PRÉFACE. IX
On a souvent comparé Franklin à Socrate ; nulle part, je crois, la ressemblance n'est plus sensible que dans les derniers moments de ces deux sages. On n'a jamais été plus doux et plus ferme en face de la mort. La fin de Socrate, telle que la raconte Platon, en des pages immortelles, a quelque chose de plus tragique et de plus saisissant ; celle de Franklin a quelque chose de plus humain et de plus vrai. Il est difficile de lire ces causeries familières d'un homme qui se voit mourir, sans être ému par tant de bonté, de force et de grandeur. L'âge et les infirmités n'ont pas de prise sur l'âme de Franklin ; on le sent qui peu à peu s'élève vers l'immortalité. Noble lecture pour qui cherche dans la vie des hommes de bieo un exemple et une consolation !
Plus j'ai vécu avec Franklin, plus je me suis étonné qu'on n'ait pas donné plus tôt au public français cette correspondance si pleine d'esprit et de sens ; mon étonnement a redoublé quand j'ai lu les excellents articles que dans ses Causeries du lundi, de 1852, M. Sainte-Beuve a écrits sur les œuvres de Franklin. Les éloges d'un critique aussi sûr auraient dû susciter depuis longtemps un traducteur de Franklin. Grâce à M. Hachette, cette œuvre est enfin accomplie; je crois n'avoir laissé de côté aucune lettre vraiment intéressante, aucune leçon morale;