Dans la guerre du Canada
qu'il avait donc désiré roccasion de connaître mes sentiments sur les moyens d'apaiser des querelles qui devaient produire les plus fâcheuses conséquences^ si Ton ne les accommodait promplement. Udit encore qu'il espérait que son zèle pour le bien public excuserait à mes yeux l'impatience d'un étranger qui, autrement, n'aurait aucune raison ni aucun droit de me prier de lai ouvrir mon âme, mais qu'il se flattait que si je voulais lui donner mon opinion sur les moyens à prendre pour amener une réconciliation, il pourrait en résulter quelque utilité; que peut-être j'avais quelque répugnance à avoir des communications directes avec les ministres, et que peut-être même je ne me souciais pas qu'on sût que j'en avais eu d'inrfirécïe^, jusqu'à ce que je fusse certain de leurs bonnes dispositions; que n'étant pas en mauvais termes avec eux, et pouvant leur faire connaître mes idées, et me rapporter les leurs, il ne croyait pas impossible pour lui de contribuer au rétablissement de la concorde, sans compromettre personne, si la négociation ne réussissait pas; qu'enfin je pouvais être sûr qu'il garderait un silence inviolable sur tout ce que je jugerais à propos de tenir secret.
Ici mistriss Howe oiïrit de se retirer. Je ne sais si ce fut de son propre mouvement, ou sur quelque signe de son frère. Je la priai de rester, en lui disant que, dans une affaire de cette nature, je n'avais pas de secret que je ne pusse confier à sa prudence. C'était la vérité, car jamais je n'ai conçu une plus haute opinion de la discrétion et de l'excellent esprit d'aucime femme, après une aussi courte connaissance. J'ajoutai que, sans avoir jamais eu l'honneur de me trouver avec lord
Howe, son ton et ses manières avaient déjà gagné ma confiance, et me mett£tient à Taise pour m'ouvrir à lui en toute liberté.
Je le priai d'abord de croire que j'avais le désir sincère de combler l'abîme qui séparait les deux pays, que pour y réussir je ferais avec zèle et joie tout ce qui serait en mon faible pouvoir, mais que le discours du roi ^, les mesures dont on parlait aussi bien que celles qui avaient déjà été prises, me faisaient craindre qu'il n'existât dans le ministère aucunes intentions, aucunes dispositions favorables , et que par conséquent on ne pouvait compter sur un accommodement tant qu'un changement n'aurait pas lieu. Quant aux tnjures personnelles dont Sa Seigneurie avait parlé, les injures faites à ma patrie étaient tellement plus considérables, qu'en vérité ce n'était point la peine de songer aux autres; d'ailleurs c'était chez moi une règle arrêtée de ne pas mêler mes affaires avec celles du public; je me joindrais à un ennemi personnel pour servir le public, ou si le bien public l'exigeait, je me joindrais au public pour servir cet ennemi. Avec de pareils sentiments, lord Howe pouvait être sûr qu'aucune considération particulière ne m'empêcherait, dans l'occasion présente, de me rendre aussi utile que mes faibles moyens me le permettraient.
Cette déclaration parut lui faire plaisir; il me dil qu'il se croyait sûr que plusieurs des ministres étaient tout à fait disposés à entrer en arrangement avec les colonies, à des conditions raisonnables, pourvu qu'ils pussent sauver la dignité du gouvernement. Il me