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A l'ouverture du Parlement

u corëespondancb

pria de mettre par écrit quelques propositions eonte*^ Haut les conditions moyennant lesquelles je croyais qu'on pourrait rétablir une bonne intelligence entre les deux pays, et d*y joindre la conduite à adopter potir y réussir, tl me proposa de nous réunir soit chez moi, smt ehez lui. Soit ailleurs si je Taimais xnietix, pOUf dis» euter ees propositions dès qu*elleS seraient rédigées; mais comme en nous ^yant entrer lui chez moi, cm moi chez lui, il était à craindre qu'on ne parlftt, il fut décidé que le miéuï était de nous rencontrer éiei 8ft isoéuf, qui aussitôt nous ofiirit sa maison. Nos partidS d'échecs étaient un excellent prétexte, ni ses parents ni ses amis ne pouvaient être surpris de me toir soii«> Tent chez elle. Je promis de dresser un projet^ et Ikotlft nous séparâmes en Convenant de nous réunir au SàéxDô endroit, le mercredi Suivant.

Vers ce temps, je fus invité à dtnè)* ehdk lé gOûVttf» neur Pownall. Il était en famille, notis restâmes Ute h tèU après le dtner. Il avait été de l'opposition, mais il faisait alors sa paix avec les ministres, a&n d'arrivé au parlement par leur influence, ce qnè j'igûôrftii. D me répéta ee que j'avais déjà entendu dire à plusieurs amis de lord North, que ce ministre n'avait bi eôiiçli ni approuvé les mesures américaines, et qu^il était au contraire disposé à Seconder toute réconciliation qni ménagerait Thonneur du gouvernement. Il ajouta qu^on m'avait regardé comme le grand fauteur de ToppôSi»* tion en Amérique, et l'ennemi déclaré de tout arraû» gement, mais que lui, Pownall, avait rendu à lord North un compte de moi tout difi'érent, et dit à Sa Seigneurie qu'on s'était singulièrement mépris à mon endroit. De tout ce que me dit le gouverneuri je con-

dus qu'il désirait être envoyé en Amérique comme commissaire ou négociateur pour arranger noô différends, et qu'il voulait m'avoir avec lui; mais comme je voyais peu d'apparence à ce que le gouvernement nous employât ni l*un ni l'autre, je ne fis pas grande attention à cette partie de son discours.

J'aurais dû mentionner plus tôt (mais on nô peut se jràppeler chaque chose par ordre) que j'avais d'abord refusé dô rédiger les propositions d'arrangement que désirait lord HoWe, je lui dis que la chose était inutile^ puisque le Congrès, dans sa pétition au roi qu'on venait de recevoir et de présenter par l'entremise de lord Dartmouth, avait énoncé Ses griefs et indiqué claire^ ment les moyens de rétablir l'ancienne harmonie. J^ lus quelques passages de k pétition, afin de montrer les bonnes dispositions du congrès; les ^ïpressions pathétiques qui s'y trouvaient parurent faire imprêS» sion sur le frère et sur la soeur. Lord Howe insista néanmoins pour que j'indiquasse la marche à suivre, dans le cas ôti quelques-unes des demandes du Congrès ne parsdtraient pas admissibles. Et, Comme je l'ai déjà dit, j*entrèpris de faire ce qu*on me demandait.

J'avais promis k lord Ghathâm de lui faire part dês premières nouvelles importantes quô je recevrais d*Amérique. Je lui envoyai donc les actes du Congrès, aussitôt qu'ils m'arrivèrent ; mais pour là pétition, il se passa toute une semaine avant que je pusse la lui porter moi-même, comme je le désirais, afin d'avoir ses Sentiments sur toute Vaffaire. Tout mon temps fut employé à conférer avec les autres agents sur la mà-^ hière de présenter la pétition, à me rendre avec èuX, trois jours de suitô, che2 lord Dartmouth, à rédiger

ensemble et à écrire des lettres aux présidents des différentes assemblées, et à m'occuper d'autres affaires qui ne me laissèrent pas un jour pour aller à Hayes. Enfin, le lundi 26 je partis, et j'y arrivai vers une heure. Lord Chatham me reçut avec une espèce de respect affectueux, qui, de la part d'un si grand homme, était extrêmement flatteur, mais ropinion qu'il exprima du Congrès le fut encore davantage* Le Congrès avait agi, me dit-il, avec tant de calme, de modération et de sagesse, qu'il le considérait- comme la plus respectable assemblée d'hommes d'État que le monde ait vue depuis les plus beaux siècles des Grecs et des Romains, Dans tout ce qui avait été dit et fait, il n'avait trouvé qu'une ou deux choses qu'il aurait voulu changer, peut-être une seule, c'est l'assertion que, en temps de paix, le maintien d'une armée permanente dans les colonies, sans le consentement de leurs législatures, était illégal. Il croyait que cette assertion n'était pas fondée, et que la loi alléguée ne s'étendait pas aux colonies. Il admirait et honorait tout le reste. Il trouvait la pétition décente, virile, et faite en bons termes. Il s'enquit en détail de l'état de l'Amérique. Les colons persisteraient-ils dans leurs résolutions? quelles difficultés rencontreraient -ils dans cette voie? Quelles ressources auraient-ils pour suppléer au manque de commerce? Sur toutes ces questions, je lui donnai des réponses qui parurent le satisfaire. Il témoigna une grande estime et une vive affection pour notre pays, fit des vœux pour sa prospérité, et aussi pour que le gouvernement anglais reconnût bientôt ses erreurs et les réparât. Il me dit que, si sa santé le lui permettait, il pourrait bien présenter à ce sujet quelques propositions

au Parlement, à la rentrée de Noël, mais non pas sans connaître d'abord mon opinion.

Je lui parlai de Tétat critique où nous étions par suite du séjour de l'armée à Boston. Quelque disposés que pussent être les habitants à ne pas donner aux troupes de justes sujets d'offense et quelque intention qu'eût de son côté le général de maintenir le bon ordre parmi les soldats, il suffirait d'une querelle entre un portefaix et un soldat pris de vin, pour amener un tumulte, une émeute, une effusion de sang, et ouvrir un abîme que rien ne pourrait combler. L'armée, ajoutai-je, ne pouvait faire aucun bien là-bas et pouvait y faire beaucoup de mal ; il n'était possible ni de proposer ni de faire accepter aucunes conditions d'arrangement aux Américains, tant qu'ils auraient la baïonnette sur la poitrine. Pour conclure un accord durable, il fallait rappeler la force armée. Sa Seigneurie parut trouver cette opinion raisonnable.

De Hayes, j'allai à Halsted dîner chez M. Sargent. J'avais dessein d'aller ensuite faire une visite à lord Stanhope à Ghevening, mais apprenant que Sa Seigneurie était à Londres avec toute sa famille, je passai la nuit à Halsted, et le lendemain matin je m'arrêtai à Chislehurst qui était sur mon chemin en retournant à Londres, et j'allai chez lord Gamden. Je trouvai Sa Seigneurie avec sa famille dans deux voitures qui sortaient à l'instant même. On allait faire une visite de félicitation à lord et à lady Ghatham, sur le mariage de leur fille avec lord Mahon, fils de lord Staobope. Lord Gamden revenait dîner, il me fit promettre de l'attendre, de dîner et de passer avec lui la soirée, et de ne retourner à Londres que le lendemain matin. Dans

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l'après-midi et dans la soirée nous efimed une longue conversation snr les attires d'Amériqne ; il me fit force questions, j'y répondis de mon mieux. Je fus charmé des sentiments nobles et généreni qu^il montra, et j*en8 le grand plaisir de l'entendre donner tme appro^ bation sans résarvô àtil actes dtt Congrès, à là pëti** tion, etc., dont il me demanda tme Copie que je lui envoyai ensuite. Il pamt désifer vivement que les Américains continuassent à agir avec le mfime san^ froid, la même modération et la même sagesse qu'ilfi l'avaient fait jusqu'alors dans lents diverses attemblées publiques, et me dit qu'en ce Cas il ne doutait paâ qu'ils ne réussirent k établir leora droite, et l obtenir un arrangement solide et durable avec la mère patrie. Il parut pénétré au plus haut degré de la né* cessité et de l'importance de cet arrangement.

Je retournai à Londres le leudemaiu matin^ ftsack à temps pour me trouver à Theurô marquée pai* lord Howe. Je lui fis meô excuses de ne point apporter la note que je lui avais promise, en lui disant que J*âvaii été retenu à la campagne plus longtemps quô Je ne le pensais. Nous eûmes cependant une assez longue coU'* versation. Sa Seigneurie me dit que maintenaût elle pouvait m'assurer que lord North et lord Dartmouth étaient sincèrement disposés à rétablir l'accord àveô r Amérique, et à écouter favorablement toute pro* position qui pourrait amener cet heureux résultat. Il me demanda ce que je pensais de l'envoi en Âmé* rique d'un ou de plusieurs commissaires chargés de recevoir sur place les plaintes des colons, de conférer avec les chefs de Topinion, et de s'entendre avoc eui sur le moyen d^accômmoder nos différends. Je lui ré»

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pondis qu'une personne de haut rang, qui aurait une réputation de franchise, d'intégrité et de sagesse, pourrait rendre de grands services en se chargeant decette mission.

11 parut être du même avis, et ajouta que quiconque en serait chargé devrait y porter le désir d'amener entre les denx pays Une réconciliation sincère sur le pied d'un commun intérêt et dWe commune affection, en même temps que s'efforcer de détruire non-seulement les préjugés des colons contre le gouvernement, inâis aussi les préjugés du gouvernement contrô led Colons, afin de créer une parfaite intelligence. Mistrisâ HoWô dit : « Je souhaite, mon frère, qu'on vous envoyé là-baô pour cette négociation, j'aimerais bien mieux cela que l'envoi du général Howe allant prendre le commaiidement de l'armée. — Je pense. Madame, lui dis-jè, qu'on cherchera pour le général quelque emploi plus honorable. » Lord Etowe tirant alors un papiet* de sa poche, me*" le présenta et me dit en souriant : « Si ce n*est pas une indiscrétion, puis-je vous demander si vous connaissez cet écrit? » En l'examinant je reconnus la main de David Barclay, et je vis que c^était la copie du plan que j^ai donné plus haut. Je dis à lord Howe que j'avais déjà vu cet écrit, mais je ne tartiai pas â ajouter que Sa Seigneurie étant au courant d'une affaire qu'on m'avait dit devoir rester secrète, je ne ferais pas difficulté de convenir que j'avais été consulté à ce sujet, et que c^était moi qui avais rédigé cet écrit. U me répondit qu'il était fâché de voir que c'étaient là mes sentiments, parce qu'il en avait moins d'espoir de parvenir par^.mon concours à la réconciliation désirée, il avait des raisons de croire que ces propositions

n'avaient aucune chance d'être admises. Il espérait que je voudrais bien examiner une seconde fois la questioD, et former quelque plan qui pût être approuvé en Angleterre. Il s'étendit sur le service infini que je rendrais à la nation, sur l'honneur de servir d'instrument k une si bonne œuvre, et il ajouta qu'il était loin de penser à m'influencer par quelque motif d'intérêt personnel, mais que certainement j'aurais droit de m'attendre à toute récompense qu'il serait au pouvoir du gouvernement d'accorder.

C'était pour moi ce qu'on appelle vulgairement en France, cracher dans la soupe. Cependant je lui promis une nouvelle note, quoique je doutasse beaucoup que le nouveau plan parût préférable à celui qu'il avait déjà en mains. Il persista à l'espérer, et ajouta qu'attendu ma situation, comme j'avais à mé^ nager mes amis d'Angleterre et mes conunettants en Amérique, et qu'il pouvait se trouver dans mon projet des choses qu'il ne serait pas convenable de voir écrites de ma main, le mieux serait d'envoyer mes observations à mistriss Howe qui en ferait une copie, l'enverrait à son frère pour être communiquée au ministère, et me remettrait l'original. J'y consentis, quoique je n'eusse aucune crainte de l'inconvénient qu'il prévoyait. En général, ses manières me plaisaient beaucoup, et je me sentais disposé à lui accorder une grande confiance, mais ici le mystère qu'il me proposait me parut de fort peu d'importance.

Un ou deux jours après, j'envoyai l'écrit suivant sous enveloppe à Thonorable mistriss Howe :

« On suppose que le désir commun des deux parties n'est pas uniquement de prévenir les malheurs qui me-

nacent en ce moment les deux pays, mais de cimenter une union cordiale, et d'éloigner non-seulement tout grief réel, mais tout germe de jalousie et de méfiance.

< Dans cette vue, la première chose est de connaître ce que les deux parties regardent comme essentiellement nécessaire pour établir cette union.

c Dans sa pétition au roi, le Congrès américain s'est expliqué nettement à cet égard, en déclarant que si Ton rapportait les lois oppressives dont il se plaint, Tharmonie entre la Grande-Bretagne et les colonies, si nécessaire à leur bonheur commun, si ardemment désirée par toutes deux, sera à l'instant rétablie^ ainsi que leur commerce ordinaire.

« En Angleterre, avant de faire quelque changement aux mesures adoptées, on a trouvé raisonnable d'attendre que les colonies eussent fait quelque déclaration concernant leur conduite future : elles l'ont fait en ajoutant que quand les causes de leurs craintes n'existeront pluSy leur conduite future prouvera qu'elles ne sont pas indignes des égards auxquels elles ont été accoutumées en de meilleurs jours.

« Pour la sincérité de ces déclarations, elles prennent solennellement k témoin celui qui lit dans les cœurs.

« Si la Grande-Bretagne a confiance en ces déclaralions (et celles qu'on arracherait de force en mériteraient moins que celles-ci qui sont faites librement), elle peut, sans courir aucun risque pour elle-même, essayer de Texpédient proposé. S'il ne réussit pas, elle sera toujours maîtresse d'en revenir à ses premières mesures.

« On propose donc :

« Que la Grande-Bretagne montre quelque confiance

en ces déclarations^ en rapportant, toutes les lois on parties de lois dont le rappel est demandé dans la pétition du Congrès au roi;

« Que des ordres soient donnés en même temps pour retirer la flotte de Boston, et pour enyoyer les troupes dans le Canada ou dans les Florîdes, afin que les colonies soient laissées en parDeûte liberté pour les stipulations qu'elles auront à faire ;

c Que, pour l'honneur de la Grande-Bretagne, ces ordres ne paraissent pas donnés par crainte des mesures recommandées aux colons par le Congrès, mais par suite de sa bonne volonté, de son retour à des dispositions favorables pour les colonies, et d'un désir sincère de réconciliation. Qu'elle fasse droit en mênie temps à quelques-unes des plaintes que la pétition a laissées à la magnanimité et à la justice du roi et da Parlement, comme celles qui sont relatives au payement des gouverneurs, au salaire des juges, aux instructions données pour dissoudre les assemblées, etc., aux déclarations concernant le statut de Henri YIII;

c Que pour donner aux colonies une occasion inmiédiate de prouver la sincérité de leurs déclarations, le prochain congrès qu'elles se proposent de tenir, soit autorisé par le gouvernement (comme celui qui a été tenu à Albany en 1 754), et qu'un homme de poids, et d'un caractère respecté, soit choisi pour le présider au nom de la couronne ;

< Que le gouvernement fasse à ce Congrès les réquisitions qu'il désire obtenir pour sa sécurité à venir, pour les subsides, pour l'avantage du commerce général, pour les indemnités à accorder à la compagnie des Indes, etc.

c £hi plaçant dans les colonies une géuérouso con^ fiance, on donnera là-bas aux amis du gouvernement les moyens de faire consentir l'Amérique à toutes les concessions raisonnables, à tous les subsides c[u'on peut équitablement désirer. »

Le samedi soir, je vis mistrissHowe; elle m'apprit qu'elle avait transcrit ma note et l'avait envoyée à lord Howe à sa campagne, et elle me rendit l'original . Le mardi suivant, 3 janvier, je reçus d'elle le billet suivant, dans lequel je trouvai une lettre qu'elle avait reçue la veille de lord Howe :

« Mistriss Howe fait ses compliments au docteur Franklin. Elle lui envoie une lettre qu'elle a reçue hier soir, et le remercie beaucoup de son aimable présent S qui lui a déjà fait passer d'agréables moments. Si le docteur a quelque temps de reste pour une partie d'échecs, mistriss Howe sera charmée de le voir un des matins de cette semaine, et toutes les fois que cela lui pourra être agréable. Elle se trouve heureuse d'avoir un si bon prétexte pour lui demander l'honneur de sa compagnie. »

Mardi.

A T-'HONORABLE mistriss HOWB, GRAFTON STREET.

Porter's lodge, 2 janvier 1775.

J*ai reçu votre paquet. Des (5pinicns qui ont autant d'autorité que celles de notre digne ami, me font craindre à mon grand regret que raccommpdement désiré ne rencon-

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