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Ses écrits scientifiques

i64 CORRESPONDANCE

tre des difficultés beaucoup plus grandes que je ne croyais devoir m'y attendre durant nos conversations.

a Je communiquerai les propositions comme il a été convenu. Je ne veux pas abuser plus longtemps de la complaisance de notre ami. Mais j*ai conçu pour lui des sentiments d'estime que la manière franche et obligeante dont il a répondu à mes importunes questions, rendront toujours présents au souvenir de votre affectionné, etc.

a HowE. »

Je vous dois aussi toutes mes excuses.

Dans sa dernière conversation avec moi, Sa Seigneurie s'était dit en communication avec le ministère auquel il désirait faire connaître mes sentiments. Par cette lettre, écrite de la campagne, il accuse réceptioo de ma note, et parle de son intention de la conamuniquer (aux ministres, je suppose), mais il craint que ces propositions ne produisent aucun clTet.

Quelque temps après, peut-être une semaine, je reçus un billet de mistriss Howe, qui désirait me voir. Je me rendis sur-le-champ chez elle. Elle me montra une lettre de son frère. Gomme je n'en ai pas de copie, je ne puis en donner la substance qu'au mieux de mes souvenirs. Lord Howe désirait qu'elle demandât à leur ami (c'était moi) si dans le cas où cet ami s'engagerait à ce qu'on payât le thé détruit, comme préliminaire de l'accommodement, et en se fiant aux promesses de faire droit aux plaintes contenues dans les pétitions k venir des assemblées, on ratifierait là-bas cet engagement enfin si cet ami tenait toujours à la proposition relative aux subsides, qui se trouvait dans le premier projet (le plan). Mistriss Howe se proposant d'envoyer chez son

frère dans la soirée, j'écrivis sur-le-champ la note suivante qu'elle transcrivit et qu'elle lui fit passer :

« L'auteur tient toiijours à la proposition relative aux subsides, et, suivant lui, elle est comprise dans le dernier article de la présente note.

« Le peuple d'Amérique pense que le Parlement n'a pas le droit de le taxer, et que par conséquent toutes les sommes qui lui ont été prises par suite des lois de douane, et avec l'assistance d'une force armée, avant la destruction du thé, sont une extorsion violente qui, dans l'ordre des temps, doit être d'abord réparée, avant qu'on puisse lui réclamer justement le prix du thé dont il s'agit. Il n'est donc pas vraisemblable que les Américains approuvent la mesure proposée et qu'ils payent, d'abord y la valeur de ce thé, surtout après qu'on leur a fait un tort vingt fois plus grand par le blocus de leur port, et après que leur château fort, saisi par la couronne, ne leur a pas été rendu, ni aucune satisfaction offerte à cet égard. »

A la rentrée du Parlement après les fêtes, le 19 janvier 1775, lord Howe revint à Londres. Nous eûmes une nouvelle entrevue dans laquelle il se plaignit que mes propositions ne fussent pas de nature à être acceptées, il ajouta qu'on pensait que j'avais des pouvoirs ou des instructions du Congrès pour faire quelques concessions plus favorables. Je repoussai bien loin ridée que j'avais de tels pouvoirs; je n'étais chargé que de présenter la pétition. Nous causâmes de tous les autres articles de ma note, que j'appuyai de raisonnements. Enfin, je lui dis que si ce que j'avais proposé ne pouvait réussir, je serais bien aise de savoir ce qui pouvait réussir etque je désiraisvoir quelques proposi-

tions des ministres eux-mêmes. Sa Seigneurie me dit qu'elle ne connaissait pas encore parfaitement leurs intentions, mais qu'elle en saurait davantage dans quelques jours. Il se passa pourtant quelques semaines avant que j'entendisse parler d'elle.

En attendant, je voyais fréquemment M. Barclay. Nous étions occupés à préparer la pétition des marchands, et cette affaire l'occupait tellement qu'il n'avait guère le temps de voir lordHyde; aussi ne pouvait-il me donner aucune information relativement au plan. J'étais surpris de ne pas en avoir de nouvelles par le docteur Fothergill. Enfin le docteur vint chez moi, je ne me rappelle plus quel jour. Il me dit qu'il avait communiqué le PLAN à lord Dartmouth, et lui avait répété verbalement les raisons sur lesquelles je m'étais fondé. Après y avoir réfléchi, lord Dartmouth lui avait dit qu'il trouvait quelques-unes de ces propositions raisonnables, mais que les autres étaient inadmissibles ou impraticables. Il ajouta qu'ayant souvent occasion de voir le président de la chambre des communes *, il lui avait communiqué ma note, parce qu'il l'avait trouvé fort disposé à une réconciliation, mais que le président lui avait dit qu'il serait humiliant pour la Grande-Bretagne de se soumettre à de telles conditions. Le docteur répondit & lord Dartmouth que, puisqu'elle avait été injuste, elle devait en supporter les conséquences et changer de conduite; que la pilule pouvait être amère, mais qu'elle serait salutaire, et qu'il fallait l'avaler ; que telle était l'opinion d'hommes impartiaux, après mûres réflexions et pleine

t. Sir Fletcber Norton.

DE BENJAMIN B*RANKLIN. 67

connaissance des faits ; enfin, qne tôt ou tard il faudrait adopter ces mesures, ou d'autres semblables, si Ton ne voulait pas que l'empire fût divisé et ruiné. Au total, le docteur pensait qu'il résulterait quelque bien de nos efforts.

Le 19 janvier, je reçus de lord Stanhope un billet par lequel il m'annonçait que lord Ghatham ferait le lendemain à la chambre des lords une motion relative aux affaires d'Amérique, et qu'il désirait fort que je pusse assistera la séance, où lui, lord Stanhope, tâcherait de me faire entrer. Un des règlements de la chambre était alors qu'aucun de ses membres ne pourrait y introduire plus d'un ami. Le lendemain lord Stanhope me fit savoir par un nouveau billet que si je voulais me trouver à deux heures danâ la salle d'attente de la chambre des lords, lord Ghatham y serait, et se chargerait luimême de m'introduire. Je m'y rendis, et le rencontrai. Gomme je lui disais ce que lord Stanhope m'avait écrit : « Certainement, me dit-il, et je le ferai avec < d'autant plus de plaisir que je suis sûr que votre pré- « sence aux débats d'aujourd'hui sera plus utile à « l'Amérique que. la mienne. » Et me prenant par le bras, il me conduisit vers la porte d'entrée voisine du trône, mais un des huissiers le suivit et lui dit que les fils aînés et les frères des pairs pouvaient seuls être admis par cette entrée. Il revint donc avec moi, toujours boitant, et me conduisit à la porte qui est près de la barre, où beaucoup de personnes attendaient les pairs qui devaient les introduire, et où quelques pairs attendaient les amis qu'ils devaient faire entrer. Au milieu de tout ce monde, il me remit aux huissiers en disant à haute voix : « Voici le docteur Franklin que

< je désire f&ire entrer dans la chambre, » et à l'instant la porte m'en fut ouverte.

Gomme le public ignorait qu'il eût existé quelque relation entre Sa Seigneurie et moi, je vis que ces paroles causaient quelque sensation. Son entrée dans la chambre amena une sorte d'agitation parmi les huissiers, force messagers furent dépêchés, sans doute pour aller chercher les amis du ministère, car on s'attend toujours à quelque chose d'important quand ce grand homme paraît , ses infirmités ne lui permettant que rarement d'assister aux séances. J'eus beaucoup de plaisir à entendre sa motion et le débat qui la suivit. Je n'entreprendrai pas d'en rendre ici un compte que vous trouverez beaucoup mieux fait dans les journaux du temps. Sa motion avait pour objet de retirer les troupes de Boston, comme premier pas vers un arrangement. Le jour suivant, lord Stanhope m'écrivit un billet où il me disait que, suivant le désir de lord Ghatham, il m'envoyait la motion de la veille. Sa Seigneurie m'adressait l'original même qu elle avait lu à la chambre, pour que j'eusse ce documenl sous sa forme la plus authentique. J'envoyai en Amérique des copies de cette motion qui me fit d'autant plus de plaisir, que je pensai qu'elle avait été faite, en partie, d'après les idées que j'avais données à lord Ghatham, en conversant avec lui. La voici textuellement :

Motion de lord Chatham.

20janTi9rl7?5.

c Qu'une humble adresse soit présentée à Sa Majesté afin de l'aviser et de la prier très-humblement, d'ouvrir les voies à une heureuse pacification des dangereux troubles

d'Amérique en commençant par y modérer la fermentation et y adoucir les animosités, et par-dessus tout de prévenir quelque soudaine et fatale catastrophe à Boston, aujourd'hui en proie à l'irritation journalière que cause aux habitants une armée postée dans leur ville. Qu'à cette fin il plaise gracieusement à Sa Majesté de faire dépêcher au général Gage l'ordre de retirer de la ville de Boston les forces de Sa Majesté aussitôt que la rigueur de là saison, la sécurité et le bien-être des susdites troupes le permet-tront. »

Je fus charmé du discours que lord Chatham prononça à l'appui de sa motion. B me laissa l'idée d'uu grand et habile politique. Lord Gamden, autre excellent orateur, et logicien serré, opina dans le même sens, ainsi que plusieurs autres pairs, qui parlèrent fort bien; mais tout cela ne servit pas plus que le souffle des vents. La motion fut rejetée. Seize pairs écossais, et vingt-quatre évêques, avec tous les lords qui tiennent ou qui attendent des places, forment, quand ils sont d'accord (et ils le sont toujours pour soutenir le ministère), une majorité toute faite, qui rend les débats ridicules en eux-mêmes, puisqu'ils ûe peuvent servir à rien. Plein de la haute estime dont j'étais pénétré pour lord Chatham, j'écrivis à lord Stanhope le billet suivant :

« Le docteur Franklin présente ses respects à lord Stanhope, et remercie beaucoup Sa Seigneurie ainsi que lord Chatham de lui avoir envoyé un exemplaire si authentique de la motion d'hier. Le docteur Franklin est plein d'admiration pour ce véritable grand homme. Dans le cours de sa vie, il a vu quelquefois l'éloquence sans sagesse et souvent la sagesse sans éloquence, aujourd'hui il les voit tou**

tes deux réunies» et toutes deux, à ce qu'il pense, au plus haut degré possible, i

Craven-Street, 23 janvier 1775.

Dans le cours' des débats, quelques lords qui faisaient partie de l'administration, ayant dit qu'il était ordinaire et facile de critiquer les mesures du gouvernement, mais que ceux qui les censuraient ne proposaient rien de mieux, lord Ghatham répondit qu'il ne serait pas du nombre de ces censeurs frivoles, qu'il avait longtemps et sérieusement réfléchi sur le sujet, et qu'il se proposait de mettre bientôt le résultat de ses méditations sous les yeux de Leurs Seigneuries, en leur présentant un plan pour apaiser nos différends, ejt rendre la paix à l'empire. Sa présente motion n'était qu'un préliminaire. Je désirais beaucoup savoir en quoi ce plan consistait, et j'avais dessein de passer le lendemain chez Sa Seigneurie pour voir s'il voudrait me le communiquer, mais, dès le matin, il était parti pour Hayes, et j'avais en ce moment tant d'affaires et tant de visites, qu'il ne m'était guère possible de faire ce voyage. Quelques jours après, lord Mahon vint chez moi, et me dit que lord Ghatham désirait fort me voir; je lui promis de me rendre chez lui le vendredi suivant, divers engagements m'empêchant d'y aller plus tôt.

Le vendredi 27, je pris une chaise de poste vers neuf heures du matin, et j'arrivai à Hayes vers onze; mais comme j'étais absorbé dans la lecture d'un pam« phlet nouveau, le postillon me conduisit un mille ou deux trop loin. Lord Ghatham qui était sorti dans sa voiture pour prendre Tair, m'avait rencontré sans que je le visse, un peu avant que j'arrivasse à Hayes. H avait

fait retourner la voiture, et m'avait suivi. Ne me trouvant pas chez lui, etm'ayant vu lire, il conclut que j'avais passé la porte par mégarde, et fit courir un domestique après moi. Il témoigna beaucoup de plaisir de me voir, et, dans une longue conversation, m'exposa son plan, et m'en lut même une partie. Il me dit qu'il ne l'avait montré qu'à lord Gan^den, dans les avis duquel il avait grande confiance, surtout pour les questions de droit, et qu'aussitôt que ce plan serait mis au net, il me le communiquerait pour avoir mon opinion et mon avis, mais qu'il ne le ferait voir à personne autre, avant de l'avoir présenté à la chambre. Il me pria de n'en point parler, de crainte que certaines parties mal comprises n'échouassent d'avance, et que les ministres ne s'en appropriassent certaines autres pour les présenter de leur chef. Je lui promis le secret le plus étroit, et je tins parole, car je ne dis môme à personne que je l'eusse vu. Je dinai avec lui en famille, et rentrai en ville dans la soirée.

Le dimanche suivant, 29 janvier, lord Ghatham vint à Londres et se rendit chez moi dans Graven-street. H apportait son plan, rédigé en forme d'acte du Parlement. Il me le remit en me demandant de le lire avec attention, et de lui faire part des réflexions que cette lecture pourrait me suggérer. Sa raison, pour me prier de prendre cette peine, était, comme il eut la bonté de me le dire, qu'il ne connaissait personne qui fût plus au fait des affaires d'Amérique, ni plus capable de donner un avis en ce point. Il croyait que les fautes commises par les ministres tenaient souvent à ce qu'ils n'avaient pas reçu les meilleurs renseignements. Pour lui, quoiqu'il eût examiné l'affaire à fond, dans

tous ses détails, il n avait pas dans son jugement autant de confiance, et il désirait le contrôler par le mien, comme on règle une montre sur un régulateur. Il n'avait pas encore décidé le jour où il présenterait son plan à la chambre, mais dans le cours de notre conversation, réfléchissant à Tétat précaire de sa santé craignant que s'il tardait trop longtemps, il n'arrivât quelque nouvelle qui fît paraître son projet hors de saison, ou moins convenable dans toutes ses parties, ou que les ministres n'eussent pris d'autres mesures, et ne pussent lui dire : « Si vous aviez présenté votre plan plus tôt, peut-être l'aurions-nous suivi, » il résolut de le proposer le mercredi suivant. Il me dit donc qu'il désirait me voir le mardi, et qu'il reviendrait chez moi, à moins qu'il ne me convînt d'aller à Hayes. Je choisis ce second parti, autant par respect pour Sa Seigneurie que parce qu'il était plus probable que nous n'y serions pas interrompus. Je lui promis d'arriver de bonne heure, afin que nous pussions avoir plus de temps à nous. Il resta avec moi près de deux heures son équipage attendant à ma porte. Comme il y était quand on sortit de l'église, on le remarqua et on en parla beaucoup, ainsi qu'on faisait alors, sur tout ce quipouvaittoucher aux affaires d'Amérique. La visite d'un si grand homme, et pour un objet si important, ne flatta pas médiocrement ma vanité, et cet honneur me fit d'autant plus de plaisir qu'il m'arriva, jour pour jour, un an après que le ministère s'était donné tant de peine pour me déshonorer devant le Conseil privé.

Je me mis à lire et à étudier ce plan. A l'époque où il a été publié, je \ous en ai envoyé une copie; il n'est

donc point nécessaire de l'insérer ici. Tout en lisant, je jetai sur le papier quelques notes pour ma future conversation avec lord Gbatham; je les mets ici pour que vous puissiez les comparer au projet de Sa Seigneurie, si cela vous fait plaisir. Vous en verrez ainsi le dessein et le précis, qu'autrement il serait fort long de vous expliquer.

Notes pour une conversation avec lord Chatham sur son plan*

Mardi, 31 janvier 1775.

On ne peut pas demander en môme temps et au môme peuple des dons gratuits et des taxes forcées.

L'idée d'un revenu permanent ne sera pas facilement accueillie. Ne vaudrait-il pas mieux une concession temporaire, pour cent ans par exemple?

Les droits proclamés dans le Bill des droits * ne regardent-ils que la seule Angleterre?

La loi de naturalisation américaine donne aux étrangers résidant depuis sept ans tous les droits des citoyens de naissance. Peut-on supposer que les natifs n'ont pas ces droits ?

Si le roi levait des armées en Amérique, la Grande-Bretagne aimerait-elle qu'on les amenât chez elle ? Le roi cependant pourrait les y amener quand il voudrait.

Un acte du Parlement oblige les colonies à fournir certaines provisions et certains articles aux troupes qu'on met en quartier chez elles , ceci peut devenir une très-lourde charge pour les colonies qui ne sont pas en faveur.

Si on établit aux colonies un revenu permanent, pourquoi n'auraient-elles pas les mêmes privilèges commerciaux que rÉcosse ?

1. Charte des libertés anglaises, reconnue par Guillaume III, tn 1689.

llx CORRESPONDANCE

Les terres conquises en commun par la Grande-Bretagne et les colonies ne devraient-elles pas être données aux colonies ( sauf un cens) afin d'en tirer des fonds qui leur permettraient de payer ?

Retirer les instructions concernant les agents.

Vote de subsides pour trois ans, au bout desquels un nouveau Congrès, et ainsi de trois ans en trois ans.

Donner au Congrès la défense générale des frontières , le droit de faire et de régler les nouveaux établissements.

Protection mutuelle.

Nous prenons part à toutes vos guerres.

Nos établissements ne vous coûtent rien.

Adoptez le plan d'union.

Défense, extension, prospérité des colonies* Le dernier Acte du Canada prévient l'extension et peut empêcher leur prospérité des colonies.

Les lois doivent être assurées aussi bien que les chartes.

Si le pouvoir législatif du Parlement était reconnu aux Colonies , peut-être feraient-elles une loi pour défendre toute réunion d'un Congrès, etc.

Le mardi, de bonne heure, je me rendis à Hayes, comme je Tavais promis, et nous entrâmes dans l'examen du plan. Je restai à Hayes près de quatre heures, mais lord Ghatham, semblable en cela, je crois, à tous les grands orateurs, défendait si longuement chaque point sur leqnel j'élevais des doutes , qne je n'eus pas le temps de fadre usage de la moitié de mes notes. Il ne se laisse pas facilement interrompre, et j'avais tant de plaisir & l'entendre, que je pensais peu à le faire. Je réfléchis que nous ne pouvions espérer ni l'un ni l'antre qne le plan fût adopté tel qu'il était, que lors de la discussion, si la chambre se décidait à l'examiner.

on pourrait y faire les changements convenables i qu'avant qu'il fût adopté, l'Amérique aurait le temps d'y faire des objections, et, d'y proposer des amenda ments, que pour que la chambre se décidât à l'examiner, il était bon de paraître céder à quelques-uns des préjugés du Parlement, que s'il n'était pas aussi parfait qu'on l'aurait désiré, il pouvait du moins servir de base pour un traité, et en attendant prévenir bien des malheurs, enfin que Sa Seigneurie ayant résolu de le présenter le lendemain, il ne restait pas assez de temps pour y faire des changements et en dresser une nouvelle mise au net. Je cessai donc mes questions, et quoique, plus tard, bien des gens m'aient fait l'honneur de supposer que j'y avais eu une grande part, je puis vous assurer qu'il n'y eut qu'un seul mot d'ajouté à ma requête, le mot constitutions après le mot chartes. Il est vrai qu'à la demande de Sa Seigneurie, je remplis un blanc qui devait contenir le titre des lois dont le rappel était demandé, et que je pris dans les actes du Congrès, mais c'est ce que pouvait faire le premier copiste venu.

Le mercredi, sur la demande de lord Ghatham, lord Stanhope vint me prendre et me conduisit à la chambre des lords, qui fut bientôt remplie. Dans un excellent discours, lord Ghatham proposa, développa et défendit son projet. Lorsqu'il se fut assis, lord Dartmouth se leva et dit fort convenablement que l'affaire dont il s'agissait était de tel poids et de telle grandeur qu'elle exigeait de mûres réflexions. II espérait donc que le noble comte ne demanderait pas que la chambre allât aux voix sur- le-champ, mais qu'il se contenterait qu'elle ordonnât le dépôt de la motion sur le bureau, pour être

prise en considération. Lord Ghatham répondit aussitôt qu'il ne désirait rien de plus.

• Mais lord Sandwich se leva, et dans un discours pétulant et violent, il s'opposa à ce que la motion fût reçue, et dit quelle devait être rejetée sur-le-champ, avec le mépris qu'elle méritait. Il ne croirait jamais que cette motion fût l'œuvre d'un pair de la Grande-Bretagne. Elle lui semblait plutôt Toeuvre de quelque Américain. Et se tournant vers moi, qui étais appuyé sur la barre, il ajouta qu'il s'imaginait avoir devant les yeux la personne qui l'avait rédigée, un des ennemis les plus cruels et les plus malfaisants que ce pays ait jamais connus. Gette sbrtie fixa sur moi les regards d'un grand nombre de lords, mais comme je n'avais aucun désir de la prendre pour moi, je ne changeai pas plus de contenance que si ma figure eût été de bois. Plusieurs autres lords de l'administration proposèrent également de rejeter la motion, et le sage lord Hills borough soutintvigoureusement cet avis. Mais les ducs de Richmond et de Manchester, lord Shelburne, lord Camden, lord Temple, lord Lyttleton, appuyèrent la prise en considération, les uns parce qu'ils approuvaient la motion, les autres au nom de la dignité de la chambre. Un lord ayant parlé avec éloges de la proposition faite par un des ministres, lord Dartmouth, celui-ci se leva de nouveau et déclara qu'après avoir entendu tant de lords se prononcer contre la prise en considération, il avait changé d'opinion; qu'il ne pouvait donc accepter les éloges qu'on lui adressait pour une simplicité dont il rougissait maintenant, ^et qu'il voterait pour le rejet immédiat de la motion.

J'appuye d'autant plus sur ce détail, que c'est un

trait de caractère. La place qu'occnpaît ce nohle lord Ta fait considérer comme ayant eu une très-grande part aux affaires d'Amérique, mais, en réalité, il n'avait ni volonté ni jugement à lui, et, quoiqu'il fût naturellement porté aux meilleures mesures, il se laissait facilement entraîner par ceux qui voulaient les plus mauvaises.

Dans sa réplique à lord Sandwich, lord Ghatham releva l'insinuation mesquine de son adversaire, qui s'était permis de dire que le plan soumis à la chambre n'appartenait point à celui qui le proposait. Il déclara que lui seul était l'auteur de ce plan, déclaration, dit-il, qu'il se croyait d'autant plus obligé de faire, que plusieurs de Leurs Seigneuries paraissaient en avoir une plus pauvre opinion. Si c'était chose si faible, ou si mauvaise, il était de son devoir de ne pas souffrir que personne partageât injustement un blâme mérité. Jusqu'alors on lui avait reproché d'être peu disposé à prendre conseil , mais il n'hésitait pas à déclarer que s'il était premier ministre en ce pays , et qu'il fût chargé de régler cette grande affaire, il ne rougirait pas d'appeler publiquement à son aide un homme qui connaissait la question d'Amérique aussi parfaitement que la personne à qui on avait fait une allusion si injurieuse, un homme y ajouta- t-il encore, dont toute l'Europe estimait la science et la sagesse, qu'elle plaçait sur le même rang que nos Boyle et nos Newton, et qui faisait honneur non-seulement à la nation anglaise, mais à la nature humaine ! Je trouvai plus difficile de résister à ces compliments extravagants qu'aux injures non moins extravagantes dont on venait de m'accabler, mais je fis de mon mieux pour garder un air impertur-

98 CORRESPONDANCB

bable, comme si je n'eusse pas compris qa*il fftt question de moi.

Entendre un si grand nombre de ces législateurs hé^ réditaires déclamer avec tant de véhémence pour empêcher non -seulement qu'on adoptât, mais même qu'on prit en considération une proposition aussi importante, faite par un personnage aussi considérable, un des premiers hommes d'Ëtat du siècle, un politique qui avait pris son pays au bord de l'abîme et l'avait conduit à la victoire et à la gloire , dans une guerre soutenue contre deux des plus puissants royaumes de l'Europe ; les entendre critiquer son plan , non-seulement parce qu'ils ne comprenaient pas ce qui s'y trouvait, mais parce qu'ils s'imaginaient y voir ce qui n'y était pas, et cela sans se donner le temps de rectifier leurs idées par une seconde lecture ; constater chez les uns une ignorance totale, chez les autres des préjugés et des passions, chez les ministres la volonté perverse de corrompre et de cacher la vérité; voir enfin ce plan ignominieusement rejeté par une si grande majorité, avec tant de précipitation, contre toute décence, sans égard pour l'honneur et la dignité d'une assemblée qui forme une des trois branches du Parlement: c'en était assez pour me donner de ce corps la plus misérable idée, et pour me faire regarder comme la plus grande des absurdités sa prétention de souveraineté sur trois millions d'Américains vertueux et sensibles. A peine semblaient-ils avoir assez de bon sens ^ pour gouverner un troupeau de porcs. Des législateurs héréditaires! pensais-je, mieux vaudrait, parce qu'il y aurait moins de danger, avoir des professeurs héréditaires demailiématiqueSy comme dans certaine université

d'Allemagne. Mais cette réflexion n'était qu'une boutade, car la chambre des communes, élus par le peuple, ne vaut pas mieux, et ne vaudra jamais mieux, tant que les électeurs recevront de l'argent pour leurs votes et que les taxes qu'ils paieront, serviront aux ministres pour corrompre leurs représentants une fois qu'ils les auront choisis.

Après cette séance, je m'attendais à ne plus entendre parler de négociations pour arranger nos différends à l'amiable; cependant, un ou deux jours après, je reçus un billet de M. Barclay qui me priait de me trouver chez le docteur Fothergill, le 4 février dans la soirée. Je m'y rendis, et je fus étonné d'apprendre que Tadministration était dans les meilleures dispositions, qu'on avait pris en considération notre plan, que plusieurs de nos propositions avaient été jugées raisonnables et que les autres pouvaient être admises avec de légers amendements. Le bon docteur, avec sa philanthropie habituelle, s'étendit sur les misères de la guerre, et nous prouva que la guerre la plus heureuse ne valait pas ime mauvaise paix; il ajouta que chaque jour l'Amérique grandissait en forces, et que^ quelles que fussent les conditions auxquelles elle serait obligée de se soumettre en ce moment, elle serait en état, dans quelques années, d'en imposer à son tour.

M. Barclay me fit entendre qu'il dépendait de moi d'amener un arrangement, qu'il serait honorable pour moi de le faire , qu'en ce cas je pouvais m'attendre, non-seulement à être réintégré dans mon ancienne place*, mais à obtenir tel autre poste que je pourrais

L La place de maître général des postes.

désirer, etc. Je n'ai pas besoin de vous dire, à yoqs qui me connaissez si bien, combien ce langage incontenant excitait en moi de dégoût. Le discours du docteur était plus convenable. Je lui répondis que nous ne souhaitions point la guerre et que nous ne désirions que des choses raisonnables et nécessaires pour notre «écurité et notre bien-être. Je répliquai à M. Barclay que j*ctais sûr qu'une place dans la charrette qui mène k Tyburn ^ était celle que le ministère anglais me donnerait de préférence à toute autre. Enfin je leur dis à tous deux que je désirais sincèrement me rendre tuile, que tout ce que je demandais, c'était qu'on mindiquftt de quelle manière je pouvais l'être, mais que je voyais clairement qu'ils me croyaient beaucoup }dus de pouvoir que je n'en avais réellement. On me répéta aloni qu'on avait discuté mon plan dans une conférence, et on me lut les observations qui avaient été faites sur chacune de mes propositions, ainsi qu'il suit:

Art. I*''. Approuvé.

Art. II. Approuve en ce qui concerne le rappel de Tacto. du thé. Refusé quant à la restitution des droits lierçun.

Art. m. Refusé comme supposant que le Parlement n*a pan le droit de rendre les lois en question.

Art. IV. Approuvé.

Art. V. Approuvé sous la réserve qu'aucun changement préjudiciable à la Grande-Bretagne n'aura lieu.

Art, VI. Approuvé quant à l'application du produit

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