A SON ALTESSE SÉR^NISSIME DON GABRIEL DE BOURBON
En recevant sa traduction de Salluste *.
Philadelphie, 12 décembre 1775.
Illustre prince,
Je vi^ns de recevoir des mains de Pambassadeur d'Espagne le précieux cadeau que Votre Altesse Sérénissime a daigné me faire, de son excellente traduction de Salluste.
Je suis extrêmement sensible à cet honneur, et vous prie de recevoir mes remerclments. J'aurais voulu vous envoyer d'Amérique quelques œuvres littéraires dignes de votre attention, mais jusqu'à présent les Muses n'ont guère visité ces régions lointaines. Peut-être cependant les actes de notre Congrès américain, qu'on vient de publier, ne serontils pas indignes de la curiosité de votre cour. Je prends donc la liberté d'en envoyer un exemplaire à Votre Altesse, j'y joins le récit des succès que la Providence nous a donnés dans ces derniers temps. Vos sages politiques y pourront contempler les premiers efforts d'un jeune État qui semble appelé à jouer bientôt un rôle de quelque importance sur le théâtre des affaires humaines, et à fournir des matériaux à un futur Salluste. Je suis très- vieux, et ne puis guère espérer de voir la fin de cette grande lutte ; mais en portant mes regards vers l'avenir, il me semble que je vois naître ici un grand empire dont Tintérôt sera de former une étroite et solide alliance avec l'Espagne, car leurs territoires se touchent. Unies ensemble, l'Espagne et l'Amérique seront en état, non-seulement d'assurer la paix de leurs peuples, mais aussi de repousser les attaques de
1. Cette traduction, sortie des presses d'Ibarra, à Madrid en 1772, est un chef-d'œuvre de l'imprimerie espagnole.
toutes les autres puissances de l'Europe. Il me parait donc sage d'entretenir de part et d'autre une amitié qui, dans Favenir, sera si utile aux deux pays. Les Américains y sont déjà portés de cœur, à cause de Topinion bien fondée qu'ils ont de Fhonneur et de la bonne foi des Espagnols. J'espère que Votre Altesse me pardonnera la présomption de ces réflexions. Si, dans cette partie du monde, je puis être utile ou agréable en quelq^ chose à Son Altesse, je serai heureux de recevoir ses ordres. J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, de Votre Altesse Sérénissime, le très-humble et très-obéissaat serviteur, B. F.
AU OÉNÉHAL GHARLES LBB.
Thomas Paine.
Philadelphie, 10 février 1776.
Cher monsieur,
Je me réjouis de vous voir aller au Canada '. J'espère que la goutte n'aura pas le courage de vous suivre sous ce rude climat. Je crois que vous aurez le nombre d'hommes que vous, désirez. On me dit qu'il y en aura deux mille de plus, mais il y a toujours des déficits.
Le porteur de cette lettre» M. Paine, m'a demandé quelques mots d'introduction auprès de vous ; je les lui ai donnés d'autant plus volontiers que je sais que ses opinions ne s'éloignent pas beaucoup des vôtres. Il est l'auteur présumé, et je crois, le véritable auteur du Sens commun^ pamphlet qui fait ici grande impression. Je n'en dis pas davantage, M. Paine attend et j'espère avoir bientôt le plaisir de causer avec vous face à face, au Canada*.