Franklin était envoyé au Canada comme commissaire avec
J'ajouterai seulement que la France nous a fait assurer qu'en envoyant des troupes aux Antilles, elle n*a nullement des vues hostiles à nous ou à notre cause. On suppose que les Français veulent commencer la guerre sans déclaration préalable. Que Dieu protège toutes vos entreprises, et vous ramène en santé, honneur et honheur. Votre bien affectionné £. F.
Un mois environ après cette lettre, Franklin partit pour le Canada en qualité de commissaire du Congrès. On avait espéré que les Canadiens se joindraient au reste de l'Amérique pour repousser la domination «Dglaisey et une armée était entrée au Canada. Le début fut des plus favorables^ quoiqu'on trouvât peu d*appni chez une population catholique et française, cpi n'avait point oublié ce qu'elle avait eu à souffrir des colons américains. Mais l'arrivé de renforts anglais et la mort du général américain Montgomery firent manquer l'expédition; l'armée ^tait en pleine retraite quand les commissaires la rejoignirent à Montréal. La santé de Franklin fut fort éprouvée par cette aventure qui ne convenait plus à son âge. Il avait beaucoup souffert du froid et du mauvais temps, et avait été plus d'une fois forcé de coucher dans les bois. Obligé de rentrer chez loi, il revint à Philadelphie au oonmieneement de juin; il y trouva un meilleur emploi de flon expérience et de sa sagesse.
Soutenu par l'opinion^ le Congrès s'était décidé à rompre définitivement avec l'Angleterre, et à proclamer l'indépendance de l'Amérique. Franklin n'avait pas
Samuel Chase et Charles CarroU auquel s'était joint John CârroU prêtre catholique^ qui fut plus tard archeyèque de Baltimore.
été un des moins hardis à se prononcer ; aussi £ parti du comité qui prépara la Déclaration.
On sait que Jefferson fut le rédacteur de cet a célèbre; les autres membres du comité Franklin, Jol Adamsy Sherman, Livingston ne firent qa'approuYi Pœuvre de leur jeune collègue. La discussion d Congrès dura trois jours et enfin le 4 juillet 1776 le colonies américaines se proclamèrent indépendantes à la face du monde et entrèrent dans Thistoire sous le nom d'États-Unis.
Tandis qu'on discutait la déclaration, et que, suivant Tusage des assemblées, chacun critiquait une phrase, un mot différent, Jefferson se désolait de voir son chefd'œuvre altéré par des mains maladroites.
c J'étais assis, nous dit-il, près du docteur Franklin, qui voyait que je n'étais pas insensible à ces mutilations. — Je me suis fait une règle, me dit-il, d'éviter autant que je peux d'être le rédacteur d'un acte qui doit ôtre revu par une assemblée. Un incident, que je veux vous conter, m'a servi de leçon en ce point. Lorsque j'étais ouvrier imprimeur, un de mes compagnons, apprenti chapelier, ayant fini son temps, voulut ouvrir boutique pour son compte. Son premier soin fut d'avoir une belle enseigne. U fit peindre un chapeau et écrivit au-dessous : John Thompson^ duh pelier, fait et vend des chapeaiAx, au comptant. Il consulta ses amis pour avoir leur avis. Le premier dit que le mot c^pelter faisait double emploi, puisqu'il était suivi des mots : fait des chapeaux^ qui montraient assez que le maître de la boutique était un chapelier. Le nom de chapelier fat donc effacé. Un second remarqua qu'on ferait bien d'éter le mot faitf car peu importait aux chalands qui faisait les chapeaux; pourvu qu'ils fussent bons on les achèterait sans s'inquiéter du faiseur. Thompson effaça ce second
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mot. Un troisième dit que les mots au comptant étaient inutiles ; ce n^était pas Fusage de vendre à crédit. Tout acheteur entendait payer. Les mots au comptant furent donc enlevés, et il resta pour enseigne : John Thompson vend des chapeaux. — Vend des chapeaux dit le dernier? S'imaginet-on que vous les donnez pour rien? Quel est donc l'usage de ce mot? Le mot vend fut donc effacé, suivi du moi chapeau qui ne servait de rien puisqu'il yen avait un en peinture. Et l'enseigne se réduisit à John Thompson, surmonté de la figure d'un chapeau.
An moment de signer laDécIarâtion, il y eut quelque émotion. Cet acte solennel, c'était un titre de gloire si on réussissait, mais si Ton échouait c'était un brevet qui menait à la potence; l'Angleterre, si elle eût triomphé n'eût certes pas épargné ceux qu'elle appelait des rebelles et des traîtres. « Signons tous, disait Hancock le président du Congrès, il n'y a pas ici à hésiter, il faut que tons nos noms soient là, tous accrochés ensemble. — « Oui, dit Franklin, avec son goût pour les bons mots et son enjouement courageux, il faut qu'ici nous soyons tous accrochés ensemble, ou assurément nous serons tous accrochés séparément. »
Deux mois avant la déclaration d'indépendance, on avait convoqué une convention à Philadelphie, pour réformer la constitution de Pensylvanie. Franklin fut le président de cette convention. Ce fut lui qui fit introduire dans la constitution de Pensylvanie le système d'une chambre unique. En ce point il cédait aux idées françaises, car les Anglais ont toujours eu deux assemblées. Dans les débats, il avait comparé une législature divisée en deux chambres à une voiture .chargée, qui avait à chaque bout un attelage, tirant en
sens opposé. Dans one autre circonstance, il appuya son opinion de l'histoire du serpent qui avait deux têtes. < H allait boire, disait Franklin, mais en son chemin il lui fallut passer au travers d'une haie; quelques branches coupaient le passage; une des tètes voulut aller à droite, l'autre voulut aller à gauche ; le temps se passa en querelles, et la décision n'était pas prise, que le pauvre serpent était mort de soif, w
Comparaison n'est pas raison, disaient nos pères ; c'est im proverbe qu'il sera toujours bon de citer aux faiseurs d'apologues. Ce n'est pas ici le lieu de disculer cette question; il nous suffira de dire que malgré tout son respect pour Franklin, la Pensylvanie en revint bientôt au système des deux chambres ; système qu'on ne discute plus aux États-Unis. Une seule chambre est forcément despotique, puisque rien ne limite son pouvoir, c'est un des plus grands dangers qui menacent la liberté. La France en a fait plus*1f une fois la douloureuse expérienœ.
Tandis que l'Angleterre expédiait des vaisseaux et des troupes en Amérique, pour écraser les rebelles, lord North faisait confier le commandement de ces forces à deux hommes que la modération de leur caractère, et le respect qui entourait leur nom aux colonies, désignait comme pacificateuriS. C'étaient le général Howe, et lord Howe, amiral de la flotte anglaise, Pami particulier de Franklin.
Dès son arrivée sur les côtes d'Amérique, lord Bowe envoya au général Washington une dépêche qui offrait l'amnistie à tous ceux qui se soumettraient, n n'était point question d'entrer en arrangement; c'était une grâce que lord Howe offrait à des rebelles.
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Washington renvoya cette pièce au Congrès, qui la fit aussitôt imprimer c afin, dit la résolution, que le petit nombre de ceux que berce encore une espérance fondée sur la justice ou la modération de leur ancien roi soit enfin convaincu que pour sauver ses libertés, le pays ne peut compter que sur son courage. »
En même temps qu'il écrivait à Washington, lord Hcwe adressait & Franklin la lettre suivante :
A bord de V Aigle, le 20 juin 1776.
Je ne puis, mon digne ami, laisser partir les lettres et les autres papiers que j'envoie, tels que je les ai reçus, sans y ajouter un mot au sujet des cruelles extrémités auxquelles nous ont entraînés nos malheureux différends.
Les dépêches officielles, que j'ai recommandé de vous flaire passer avec cette lettre, vous apprendront la nature de ma mission. Plein du désir que j'ai toujours témoigné, devoir accommoder nos querelles, j'espère que si je trouve dans les colonies les dispositions qu'on m'a naguère annonoées, je pourrai seconder efficacement la sollicitude patemeÛe durci, en rétablissant une paix durable et l'union entre les colonies et l'Angleterre*
Mais si les préjugés de l'Amérique sont trop profondément enracinés, et si la nécessité d'empêcher son commerce de passer dans des canaux étrangers doivent nous diviser encore, je regretterai sincèrement) comme homme public, et comme homme privé, que le moment ne soit pas venu de ramener cette paix, l'un des plus grands objets de mon ambition. Je serai aussi très«affligé d'être encore privé de l'occasion de vous assurer personnellement de toute l'estime avec laquelle je suis votre sincère et humble ierviteur. Hown.
P.-S. Je n'ai pu vous envoyer cette lettre le jour qu'elle a été écrite. Des calmes et des vents contraires m'ont même empêché d'apprendre au général Howe q[ue j'ai la satîsfaci tion d'être chargé d'une mission pacifique, et qu'il doit la remplir avec moi.
En vue de Sandy-Hook, 12 juillet.
Franklin communiqua cette lettre au Congrès, qui l'autorisa à y répondre, s'il le jugeait convenable. Cette réponse qui n'était rien moins que confidentielle, fat répandue par toute l'Amérique et bientôt expédiée en Europe, où elle fit sensation,