A JOSEPH PRIESTLEY
Fiene Philosophale. — Situation de V Amérique.
Paris, 27 janvier 1777.
Cher Monsieur,
J'ai reçu en septembre votre bonne lettre de février dernier; le major Garleton, qui avait eu la bonté de s^en charger, n'a pas trouvé l'occasion de me la remettre plus tôt.
Je me réjouis d'apprendre vos progrès continuels dans CCS utiles découvertes. Vous avez mis tous les savants d'Europe à travailler sur Vair fixe^ et c'est avec grand plaisir que je remarque la place que vous tenez dans leur estime ; je jouis de la gloire de mes amis comme si elle était mienne.
Vous m'avez dit, en plaisantant, que vous ne désespériez pas de trouver la pierre philosophale. Si vous la trouvez, perdez-la de nouveau, je vous prie ; car, en conscience, je crois que les hommes sont assez méchaots pour continuer à s'égorger les uns les autres, aussi longtemps qu'ils trouveront de l'argent pour payer les bouchers.
Mais, de toutes les guerres de mon temps, celle que nous fait en ce moment l'Angleterre me parait la plus peryerse. Elle n'a d'autre cause que la haine de la liberté et la jalousie du commerce. Le crime trouvera son juste châtiment; ce sera pour l'Angleterre la perte totale de sa propre liberté, la destruction de son propre commerce.
Je suppose que vous aimeriez savoir quelque chose des affaires de l'Amérique. Selon toute apparence, nous serons beaucoup plus forts dans la prochaine campagne que nous ne l'avons été dans la dernière ; nous serons mieux armés, mieux disciplinés et mieux fournis de munitions. Lorsque
j'étais au camp devant Boston *, il n'y avait pas cinq cartouches par soldat. C'était un secret que nous taisions même aux nôtres. Le monde était étonné que notre artillerie tirât si rarement le canon : nous ne pouvions faire mieux ; m^is aujourd'hui nous fabriquons de la poudre en quantité.
Je crois, et j'ai toujours cru que cette guerre se terminera à notre avantage et à la ruine de la Grande-Bretagne, si les Anglais ne s'empressent d'en finir. Un gentilhomme anglais se trouvant ici l'autre jour en société avec quelques Français, disait que, de la part de la France, c'était foUe de ne point Mve de suite la guerre. — c De la part de l'Angleterre, répliqua l'un d'eux, c'en est une de ne point faire la paiœ^ •
N'ajoutez point fbi aux bruits qu'on fait courir sur nos divisions intérieures. Jamais peuple n'a été, je vous assure, plus d'accord et plus fortement uni. B. F.
A MIÇTRISS THOMPSON, A LILL|!,
Paris, 8 février llf»?.
Vous êtes bien pressée, friponne^ et bien hardie de m'ap« peler rebelle] attendez Tévénement; c'est lui qui décidera si c'est une rébellion ou seulement une révolution- Ici les dames sont plus polies; elles nous appellent le$ insurgents : c'est un rôle qui d'ordinaire ne leur déplaît pas, Et vraiment toutes les femmes qui gémissent ou qui ont gémi sous la liyrannie d'un tnauvais mari, doivent se connaître m principes rivQlutiQnmires ^ et se conduire en conséquence.
En me rendant au Canada, le printemps dernier, je vis U obère mistriss Barrow à New-York. M. Barrow l'avait