A V. LITH
Des demandée indiscrètes.
I>ââsy, 6 avfil 1771 Mûnsîôur,
Voua m'ayez fait l'honneur de m^écrire une lettre, en date du 26 mars^ dans laquelle vous paraisses étonné et même irrité de n'avoir pas reçu de réponse aune lettre que vous m'avez adressée le U décembre^ et que vous affirmez m'ôtre parvenue.
Pour m'exouser) je puis tous assurer que je n'ai reçu aucune lettre de vous à oette date* Et de lait| comme je n'étais débarqué à Nantes que depuis quatre jours^ il me semble difûcile que vous connussiez déjà ma présence en Europe.
Mais j'ai reçu de Vous une lettre en date du 8 janvieri à laquelle J'avoue n'avoir pas répondu. Vous en dire la raison pourra vous déplaire» mais comme cette raison pourra vous servir dans vos futures correspondances^ je me hasarderai à la donner à une personne envers qui je me sens obligé) en ma qualité d'Américain, pour le bon vouloir qu'il porte à notre cause.
Quand on éerit à m étranger ôil doit observer trois points : 1« t>ropo$er quelque chose de {praticable. 2» Faire cette proposition eu termes explicites et faciles & Côn)pfdndre< 3o Désirer quelque chose dé raisonnable. On donne ainsi une idée favorable de son esprit et on crée le désir de faire plus ample connaissance. Or, Vous avez négligé tous oeê points. D'abord vous demandez qu'on vous procure le moyen de passer en Amérique avec sûreté, ce qui n'est pas possible, car il y a toujours le danger de la mer, et à présent il y a de plus le danger d'être pris par les Anglais. Ensuite vous désirez que cela se fasse sans de trop grandes
dépenses; c'est une demande qui n'est pas assez claire pour qu'on y réponde; on ne sait pas quelles août Vûsreâsources, on ne peut donc pââ juger quelles dépenses âûnt trop grandes pour Vous. Enfin Vous voulez des lettres d'iûtroductîoupour le Gongrfes et pour le général Washington, ce qu'il n'est pas raisonnable de demander à une personne qui ne sait rien de VOUS, sinon que Vous vous appelée lith et que Vous demeurez à Bayreuth.
Dans votre dernière lettre, vous vous exprimez également en termes vagues, quand vous demandez si vous serez reçu d'une manière convenable dans notre armée. Gomment répondre à cette question? Sait-on ce que vous entendez ^aîr manière convenable? Vous demandez encore si je vous soutiendrai de mon autorité en vous donnant des lettres de recommandation. 3e ne doute pas que Vous ne . soyez un homme de mérite, et comme vouslesaveispaï' vous-même vous devez pardonner à rignorànôô de oeu^e qui ne le savent pas ; mais réflécbisseis Un moment) mon« sieur, et vous serez eonvÂincu que si Je donnais des lettres de recommandation à toutes les personnes que jd ne connais pas plus que vOUs, mes recommandations au<>' raient bientôt perdu toute autorité.
Je ne vous on remercie pas moîûs du désir que Vous avez d'être utile à mes concitoyens, et je désiré en retour pouvoir vous être utile dans le projet que vous avé:8 formé de passer en Amérique. Mais il y a en France une foule d'officiers éprouvés qui m*ont offert d'aller se joindre à notre armée, et je n'ai pu les y encourager, parce qud jen*ai point reçu d'ordres à ce sujet, et que je sais qu'il est extrêmement difficile de placer ces officiers quand ils arrivent. Je crois donc qu'il vaut mieux pour vous ne pas faire un voyage si long, si coûteux, si hasardeux, et suivre l'avis de vos amis en restant en Franconié* J'ai l'honneur d'être, monsieur, etc.
Itili CORRESPONDANCE
Le ton de cette lettre est dur; mais depuis son arrivée en France 9 Franklin était harassé de p<ireilles demandes soutenues par des recommandations non moins indiscrètes; il ne lui avait pas fallu longtemps pour s'apercevoir qu'en notre pays chacun prodigue les recommandations k des gens qu'il n'a jamais vus et dont il ne se soucie pas le moins du monde. Pour se moquer de cette manie il fit un modèle de recommandation pour une personne qu^on ne connaît pas.
Passy, 2 avril 1777.
Monsieur,
Le porteur de cette lettre, qui part pour rÂmérique me presse de lui donner une lettre de recommandation quoique je ne sache rien de lui, non pas môme son nom. Gela peut sembler extraordinaire, mais je vous assure qu'ici ce n'est pas chose rare. Quelquefois un inconnu amène un autre inconnu pour le recommander, et quelquefois ils se recommandent Pun l'autre 1 Quant au porteur de la présente, je m'en réfère à lui pour son caractère et son mérite ; il les connaît certainement mieux que je ne puis le faire. Je le recommande néanmoins pour qu'il reçoive ces politesses auxquelles a droit tout étranger dont on ne sait rien de mal, je vous prie de lui rendre tous les bons offices, et de l'accueillir avec toute la bienveillance qu'il vous paraîtra mériter quand vous le connaîtrez mieux. J'ai l'honneur, etc.
Il y avait cependant des exceptions à cette sévérité, et parmi ces exceptions nous trouvons une lettre des plus aimables en faveur de Lafayette.
« Le marquis de Lafayette, écrit Franklin, est un « jeune gentilhomme de grande famille, et fort riche ;
c il est parti pour rAmérique, dans un navire qu'il à c équipé lui-même, et il est accompagné de quelques « officiers de distinction. Il veut servir dans nos ar- « mées. Il est extrêmement aimé ici, les souhaits uni- « versels l'accompagnent. Nous espérons qu'il trouvera « un accueil qui lui rendront agréable et notre pays et « son expédition. Ceux qui lui reprochent son impru- « dence, n'en applaudissent pas moins à son courage; c et nous sommes sûrs que l'attention et les égards c qu'on lui témoignera, serviront ici nos affaires; cela « fera plaisir non-seulement à sa famille qui est puisa santé, et à la Cour, mais encore à toute la nation oc française. H a laissé ici une jeune femme, et dans c l'intérêt de cette belle fiancée nous espérons que la « prudence du général en chef modérera un peu la a bravoure de M. de Lafayette et son désir de se dis- « tinguer, et ne lui permettra de se hasarder qu'en ce d'importantes occasions. »
AU DOCTEUR CÔOPER.
Popularité de la cause de V Amérique.
Paris, le !•' mai 1777,
Je vous remercie de vos obligeantes félicitations sur mon heureuse arrivée en France , et des bons souhaits que vous m'adressez. Je suis, ainsi que vous le supposez, traité ici avec beaucoup de politesse et de respect par toutes les classes de la société ; mais je suis plus satisfait encore de m'apercevoir que ma présence à Paris est de quelque utilité pour notre pays. Je ne saurais, pour le moment, vous en dire davantage.
Je me réjouis avec vous de Pheureux changement que
l/i6 GORBESPONDANGE
les affaires d'Amérique ont éprouvé cet hiver. J'espère que nous obtiendrons le môme succès cet été. Nos ennemis se sont trompés sur le nombre de soldats qu'ils ont envoyés pour ajouter à leurs forces. Tout ce qu'ils ont pu rassembler ne sera pas suffisant pour porter leur armée au chiffre qu'elle avait à l'ouverture de la dernière campagne, j'espère que nos troupes seront pour le moins aussi nombreuses, et mieux armées et mieux habillées qu'elles ne l'ont été jusqu'à présent.
Toute l'Europe est avec nous, au moins par ses applaudissements et ses vœux. Les hommes qui vivent sous le joug du pouvoir arbitraire, n'en aiment et n'en désirent pas moins la liberté : ils désespèrent de la reconquérir en Europe; ils lisent avec avidité les traductions qu'on a faites des constitutions de chacune de nos colonies ; partout on rencontre tant de personnes qui parlent de se retirer en Amérique, avec leurs familles et leurs fortunes, dès que la paix et notre indépendance seront assurées, que l'on croit généralement que les émigrations de l'Europe nous apporteront un accroissement considérable de force, de richesse, et d'industrie. Pour diminuer ou prévenir ces émigrations, il faudra que les tyrannies d'Europe se relâchent, et qu'elles accordent plus de liberté aux peuples. Aussi estce en ce pays une phrase généralement répétée que notre cause est la cause du genre humain, et, qu'en défendant notre liberté , nous combattons pour la liberté du monde. C'est une tâche glorieuse que nous a assignée la Providence, en nous dennant, je l'espère, la force et le courage nécessaires pour la remplir, et en se proposant sans doute de la couronner du plus heureux succès.
Je suis toujours» mon cher ami, votre très-affectionné,
DE BENJAMIN FRANKUN. l/j?