A UN AMI
Sur les paratonnerres '.
Passy, 14 octobre 1777.
Monsieur,
Je vous suis fort obligé de m'avoir communiqué la lettre
1. Qdt avait eu grande discussion en Angleterre pour savoir si latigemlp&ratonnerre devait être pointue <h^ obtuse. M. Wilson soutenait la seconde opinion et Franklin la première.
d'Angleterre. Je suis de votre avis, il ne serait pas convenable de la publier ici. La façon dont notre ami * traite M. Wilson est trop vive pour convenir à un savant parlant d'un autre savant, à propos d'une question scientifique. Il s^échauûe autant pour sa pointe que les jansénistes et les molinistes pour leurs cinq points. Quant à écrire sur ce sujet, je n'en vois pas la nécessité; je n'ai rien à ajouter à la note que j'ai lue devant le comité qui fit établir des paratonnerres à Purfleet. Cette note est imprimée dans la dernière édition française de mes écrits *.
Je ne suis jamais entré en discussion pour défendre mes opinions scientifiques ; je les laisse faire elles-mêmes leur chemin. Si elles sont justes^ la vérité et l'expérience les soutiendront; si elles sont fausses y il est bon qu'on les réfute et qu'on les rejette. Des disputes ne font qu'aigrir le caractère et troubler le repos. Je n'ai aucun intérêt particulier à. ce que mes inventions réussissent dans le monde, je n'en ai jamais retiré ni voulu retirer le moindre profit. Que le roi ( d'Angleterre ) change ses conducteurs pointus pour des conducteurs obtus, il ne m'importe guère. Si j'avais eu un désir à former, c'est qu'il les eût rejetés tous comme ne servant à rien. C'est depuis qu'il s'est cru à l'abri des foudres du ciel, lui et sa famille , qu'il a osé se servir de ses propres foudres pour détruire ses sujets innocents. Je suis. Monsieur, etc. B. F.