‹ CorrespondanceChapitre 37 sur 95 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

La France se prépare à la guerre. — Voltaire et Franklin, — Avances faites à Franklin par le gouvernement anglais. — Ses difficultés avec M. Lee.— Lafayette. — Détails sur Paris. — Situation critique de PAmérique (1778-1780).

Peu après la réception de Franklin à la cour, l'ambassadeur de France à Londres instruisît le ministère anglais qu'un traité d'amitié et de commerce avait été conclu entre la France et les États-Unis. L'Angleterre considéra cette nouvelle comme une déclaration de guerre, lord Stormont reçut l'ordre de quitter Paris.

La cour de YersaUleB s'était préparée à cet événe ment. Une escadre partit de Toulon, vers le milieu d'avril, sous le commandement du comte d'Estaing. M. Grérard était sur le vaisseau amiral, comme ministre de France auprès des États-Unis; avec lui se trouvait un des trois commissaires américains, M. Silas Deane, qui avait été rappelé par le Congrès. Il était remplacé à Paris par John Âdams, celui-là même qui fut le

l62 CORRESPONDANCE

successeur de Washington, comme président des Ëtats- Unis^

Les ministres anglais sentirent alors toute la gravité de la situation. On avait la guerre avec TAmérique et la France; on l'aurait bientôt avec l'Espagne, intime alliée de la France. Ne pouvait-on pas arrêter le mal dans son germe, et traiter avec l'Amérique? Le ministère y songea et résolut d'envoyer au Congrès, c'est-àdire aux rebelles, des commissaires armés de pouvoirs suffisants pour amener une réconciliation. C'était une illusion : les États-Unis n'entendaient pas abdiquer leur souveraineté.

En même temps qu'on essayait de négocier ouvertement avec le Congrès, on dépêchait à Franklin des agents secrets pour tâcher d'obtenir de lui des propositions acceptables, et pour se servir de l'influence de son nom. M. Hutton, de la société des Moraves, M. William Pulteney et M. David Ilartley, tous deux membres du Parlement, s'employèrent à cette œuvre louable; mais Franklin n'avait aucun pouvoir pour traiter, et ne croyait pas qu'il fût possible de revenir en arrière. Son parti était pris, ni menaces ni prières ne pouvaient le fléchir.

« Mon bon ami, loi écrivait David Hartley, que Dieu vous protège ! Je ne négligerai rien pour que nous puissions un jour ou l'autre nous retrouver en pleine pair. Votre pouvoir est bien plus grand que le mien. C'est à ce pouvoir que je confie mes dernières espérances. Je finis en disant : Heureux ceux qui font la paix 1 Votre ami affectionné. D. Hartley.

Page 1