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datée de Bruxelles et signée du pseudonyme Charles de Weissenstein. Celte lettre mêlait assez grossièrement les offres de corruption et les menaces pour séduire ou pour effrayer Franklin. Elle offrait à T Amérique un Congrès qui se tiendrait tous les sept ans ou plus souvent, et ajoutait : « Les hommes distingués comme Franklin, Washington, Âdams, Hancock, auront des places ou des pensions à vie, et peut-être y aura-t-il une pairie américaine j pour donner des honneurs à qui les mérite. »
D'où venait cette lettre? Franklin crut y reconnaître la main du ministère anglais, et il y fit une réponse d'une extrême sévérité, sur un ton qui ne lui est pas habituel. Il supposait que cette réponse serait mise sous les yeux du roi Georges. J'avoue que tout dans cette lettre est si étrange et si romanesque, que je serais tenté d'y voir l'œuvre d'un de ces faiseurs de projets, qui abondent en politique, mais qu'on ne prend pas au sérieux.
A CHARLES DE WEISSENSTEIN.
Passy, 1" juillet 1778.
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre, datée de Bruxelles, le 16 du mois passé. Ma vanité pourrait être flattée des compliments que VOUS faites à mou esprit, si vos propositions n'indiquaient clairement que vous en avez une très-mince opinion.
C'est au nom du Dieu qui sait tout, du Dieu juste, devant qui je dois comparaître, c'est au nom de ma réputation et de ma gloire dans l'avenir, que vous me conjurez de chercher un moyen d'arrêter la désolation de l'Amérique, et de prévenir le fléau d'une guerre générale. Gomme j'ai la conscience d'avoir fait tout ce qui était en mon pouvoir
pour empêcher la raptnre, et de n'avoir rien fait pour Tagrandir, je puis paraître avec confiance devant Dieu, En ce point je n'ai rien à craindre de sa justice y quoique en beaucoup d'autres je n'aie que trop de raisons dlm* plorer sa merci. Quant à ma réputation future, je me repose sur ma conduite présente et passée, sans chercher la gloire dans ces chemins tortueux et sombres que vous me proposez de suivre, et où certainement ma réputa* tion se perdrait. Votre adjuration solennelle eût été mieux adressée à votre souverain et à son parlement vénal. C'est lui, ce sont eux qui ont commencé méchamment et qui continuent follement la guerre qui désole FÂmérique; ce sont eux seuls qui sont responsables de^ conséquences.
Vous tâchez de me donner une mauvaise opinion de la foi française ; mais l'exemple de leurs efforts amicaux pour servir une dynastie de faibles princes % qui par leur propre imprudence, déjouèrent tout ce qu'on avait fait pour eux, n'a que peu de poids à mes yeux, quand je considère la solide amitié de la France pour les treize États Unis de la Suisse, amitié inviolable qui a déjà duré deux cents ans. Vous me dites que certainement la France nous trompera , et que déjà elle nous méprise. Je ne crois pas qu'elle nous trompe, et je ne suis pas certain qu'elle nous méprise, mais je vois clairement que vous essayez de nous tromper avec vos bills de conciliation, que vous méprisez notre intelligence quand vous vous flattez que ces artifices réussiront, et que non-seulement la France, mais l'Europe entière, vous compris, nous mépriserait certainement et à jamais si nous étions assez faibles pour accepter vos insidieuses propositions.
Nos espérances en ce qui touche la future grandeur do l'Amérique, ne sont pas si magnifiques et par conséquent ni si vaines ni si chimériques que vous le dites. La masse