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Les Stiiarts

de notre peuple est composée, non pas de marchands, mai$ de petits propriétaires qui se plaisent à cultiver leurs terre. Grâce à la fertilité et à la variété de nos climats, ces terres peuvent nous fournir toutes les nécessités et toutes les commodités de la vie, sans que nous ayons besoin du commerce extérieur. Nous avons un territoire trop large pour avoir la moindre tentation de l'agrandir par des conquêtes sur de paisibles voisins ; nous sommes trop justes pour y songer. Notre milice, vous le savez par expérience, suffit à nous défendre contre l'invasion, notre commerce sera protégé par toutes les nations qui ont intérôt à faire des affaires avec nous. Rien donc ne nous pousse à avoir des flottes et des armées, ainsi que vous l'imaginez, nous laissons à d'autres le soin d'entretenir ces coûteuses machines pour la pompe des princes, ou le luxe des anciens ÉtatSi Nous voulons, s'il est possible, vivre en paix avec le genre humain, et quand vous vous serez convaincus, à vos frais, qu'on ne gagne rien à nous attaquer, nous avons toute raison d'espérer qu'aucune autre puissance ne jugera prudent de se quereller avec nous, de crainte qu'en nous détournant de nos paisibles travaux, elle ne fasse de nous des corsaires prêts à fondre sur les siens. Le poids d'un empire indépendant, que vous nous déclarez incapables de supporter, ne' sera donc pas aussi lourd que vous l'imaginez. Nous avons toujours payé les dépenses de notre gouvernement civil, et nous pouvons les payer aisément, car elles sont petites. Ur peuple honnête et' laborieux peut être gouverné à bon marché. Résolus à n'avoir ni places lucratives, ni sinécures, deux choses si communes en des États vieux et corrompus, nous pouvons nous gouverner toute une année pour la somme que vous coûte un seul ministère, ou pour celle que, grâce à la faveur d'un ministre, un fournisseur adroit peut vous voler sur un seul article.

Vous croyez que nous nous flattons, et que nous nous

trompons en pensant que l'Angleterre finira par reconnaître notre indépendance. Nous, de notre côté, nous croyons que vous vous flattez en supposant que cette reconnaissance est une immense faveur que nous désirons fort, et qu'elle peut vous procurer quelque grand avantage, soit que vous l'accordiez, soit que vous la refusiez. Nous ne vous l'avons jamais demandée ; nous vous avons dit seulement que vous ne traiteriez avec nous que comme avec un État indépendant. Libre à vous, du reste, et libre à vos enfants, de vous bercer du droit de nous gouverner, aussi longtemps que vos rois se sont bercés du nom de rois de France; tant que vous n'essayerez pas d'exercer ce droit, nous ne nous en troublerons nullement. Que ce prétendu droit soit inattaquable, comme vous dites, c'est ce que nous nions absolument. Jamais votre Parlement n'a eu le droit de nous gouverner, et votre roi a forfait son titre par sa sanglante tyrannie.

Mais je vous remercie de me faire connaître un peu de votre pensée. Suivant vous, alors môme que le Parlement reconnaîtrait notre indépendance, cet acte ne lierait pas vos descendants ; votre nation pourrait reprendre et poursuivre ses prétentions, dès qu'elle y serait poussée par l'influence de la passion ou par sa haine contre nous. Nous soupçonnions déjà que vous ne vous tiendriez liés par vos Actes de conciliation qu'aussi longtemps qu'ils serviraient à nous désarmer, mais nous n'étions pas certains que vous étiez des fourbes par principe, et que nous ne devions pas avoir la moindre confiance dans vos offres, vos promesses, vos traités, môme confirmés par le Parlement.

Je me souviens, qu'il y a longtemps, on me dit en Angleterre, qu'un très-grand personnage, jeune alors, étudiait beaucoup un certain livre intitulé : Arcana Imperii. J'eus la curiosité de me procurer ce livre et de le lire. Il y a de bonnes choses, mais il y en a aussi de mauvaises; car, je me rappelle qu'un certain roi y est loué pour avoir

excité une rébellion parmi ses sujets, au moment où ils n'avaient pas la force de la soutenir , et cela pour en arriver à leur prendre des privilèges qui le gênaient. On y examine et on y discute la question de savoir : si unpritice qui pour apaiser une révolte fait des promesses aux révoltés est obligé de les remplir? Les honnêtes gens diront oui] mais ce politique dit comme vous : non. Et il en donne cette belle raison, qu'il était bien de faire les promesses, puisqu'autrement on n'aurait pu supprimer la révolte, mais qu'il serait mal de les tenir, parce qu'on doit punir les révoltés pour effrayer les révoltes futures.

Si tels sont les principes de votre nation, on ne peut avoir en vous nulle confiance; c'est en vain qu'on traite avec vous; et les guerres ne peuvent finir que par l'impuissance de les continuer.

Une des principales intentions de votre lettre semble être de me donner une idée de votre impartialité, en blâmant vos ministres et leurs mesures, et de tirer de moi des propositions de paix, ou l'approbation des propositions que votre lettre contient, et que vous volis chargez, ditesvous, de faire parvenir directement au roi, sansTintervention des ministres. Vous voulez que je les remette en main propre, ou que je les laisse tomber devant un étranger, que je trouverai lundi prochain dans l'église de Notre-Dame et que je reconnaîtrai à une rose à son chapeau. Mais vousmême, Monsieur, vous m'êtes tout à fait inconnu; vous ne m'avez pas confié votre vrai nom. Nous, servir de vous pour traiter avec l'Angleterre, c'est faire une démarche qui, si vous êtes un ennemi, sera tournée contre nous pour nous perdre auprès de nos nouveaux et bons amis. Je suis peut-être trop léger en beaucoup de choses; mais certainement si j'étais disposé à faire des propositions (ce que je ne puis faire, puisque je n'ai aucun mandat), je ne penserais jamais à les remettre à Dieu sait qui pour être portées Dieu sait où, et pour servir à des fins que personne

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ne connaît Je suis en ce moment une des figures de Paris les plus connues ; paraître à Téglise Notre-Dame, où je ne puis avoir rien à faire, et surtout y remettre on hdsser tomber une lettre, cela serait assez pour faire causer, et des soupçons, trop naturels en pareil cas, auraient de lâcheuses conséquences pour notre crédit en ce pays.

La seule proposition d'une correspondance ainsi condoite, ce mystère fort inutile quand les intentions sont droites, tout cela me donne plus que des doutes. D^ailleurs, pour traiter avec le Congrès, votre cour a envoyé des commissaires, avec tous les pouvoirs que la couronne pent leur donner suivant l'acte du Parlement» à quoi bon dès4on nous demander secrètement des propositions? Avant le départ de ces conmiissaires, nous aurions pu traiter en vertu de nos pouvoirs généraux, avec la connaissance, les avis et Tapprobation de nos alliés. Mais, dans les circonstances présentes, quand un traité est, dit-on, proposé au Congrès, il serait fort inconvenant à nous de faire des propositions; ce serait une grande présomption à l'égard de nos constituanti, et on n'en pourrait attendre aucun bien.

Je vous réponds néanmoins (et je crois que sans tout ce mystère, la lettre vous parviendra)» je vous réponds parce que je veux que vous sachiez ce que nous pensons de votre procédé, qui nous parait aussi insidieux que vos biUs de conciliation. Votre vrai moyen d'obtenir la paix» si vos ministres la désirent, c'est de proposer ouvertement au Congrès des conditions franches et équitables; et peutêtre en viendrez- vous plus vite à prendre ce parti quand vous verrez que des flatteries personnelles , des cajoleries générales, des panégyriques sur notre vertu et notre $ch gesse sont loin de produire l'effet que vous en attendez; c'est-à-dire de nous persuader d'agir avec autant de bassesse que de folie en livrant nos frères et nos enfants entre les mains de nos plus cruels ennemis, en donnant ou en vendant nos armes et nos munitions, en licenciant nos vais-

seaiUE et nos troupes, en mettant ces ennemis en possession de nos forteresses et de nos ports.

Vous nous proposez de nous livrer nous-mêmes, liés et bâillonnés, tous prêts à être pendus, sans même avoir le droit de nous plaindre, sans Tespoir de retrouver jamais un ami dans tout le genre humain, et vous nous de« mandez cela sur la foi d'un acte du Parlement! Grand Dieu ! Un acte de votre Parlement ! Gela prouve que vous ne nous connaissez guère, et que vous vous imaginez que nous ne vous connaissons pas. Mais ce n'est pas sur cette foi trop faible que nous devons agir, vous nous offrez de plus Vespérance^ l'espérance de places, de pensions, de la PAmiE. A en juger par vous-mêmes, ce sont là, croyez- Yous, des motifs irrésistibles. Gette offre de corruption, monsieur, c'est pour moi votre lettre de créance; elle me prouve que ce n'est pas un single particulier qui s'adresse à moi. C'est la marque de la cour. C'est la signature de votre roi. Mais songez un moment sous quel jour ces offres seront vues en Amérique ?

Ces PLAGES, ce seront des places chez nous, car vous avez un article particulier pour vous assurer vos places à TOUS seuls. Ce sera donc nous qui payerons les traitements pour nous enrichir avec ces places? Mais vous nous donnerez des PENSIONS ; sans doute elles seront payées sur ce iàmeux revenu américain, sur lequel vous comptez toujours; mais ces pensions personne de nous ne peut les accepter sans mériter , et peut-être attraper une suspens «ion. Des pâmes 1 Hélas ! monsieur, il y a si longtemps que nous voyons une majorité servile voter constamment pour toute mesure proposée par un ministre, si faible ou si méchant qu'il soit, qu'en vérité il nous reste peu de respect pour ce titre de pair. Nous le considérons comme une sorte d'honneur plumes et goudron ^^ un mélange

1. En Amérique, Témeute trempe dans des plumes et du goudron le malheureux qu'on livre à la risée publique.

d'impureté et de folie. Chez nous, quiconque accepterait de votre roi cet honneur, serait obligé d*y renoncer, ou de réchanger contre celui que confère la foule ou de le porter avec une éternelle infamie.

Je suis, monsieur, votre humble serviteur, B. F.

A JAMES LOWËLL.

Des droits d'exportation. — Les trois commissaires

américains.

Passy, 22 juillet 1778.

.... Entre nations, comme entre particuliers, le commerce doit être loyal et juste; les échanges équivalents, les fournitures réciproque». Tirer des nécessités du voisin un avantage déloyal, procure un succès temporaire, mais fait toujours faire du mauvais sang. Mettre des droits à l'exportation d'un article dont nos voisins ont besoin, c'est une escroquerie pour tirer quelque chose de rien. L'homme d'État qui le premier fit cette invention avait l'âme d'un filou, et aurait été un filou si la fortune l'avait voulu. Les nations qui ont pratiqué ce système en ont souffert au quadruple comme doivent souffrir les filous. En mettant un droit sur l'exportation des vins, la Savoie perdit le marché de la Suisse qui se mit à planter des vignes, et pour citer un autre exemple, c'est en mettant un droit sur le thé que la Grande-Bretagne a perdu le commerce de ses colonies. Et nous, qui ne produisons aucun article dont notre pays ait le monopole, et qu'on ne puisse se procurer autre part, que ferons-nous en mettant des droits à Texportation, sinon décourager Pachat de nos produits et favoriser la rivalité des autres nations ; ce serait de la folie ; mais dans toute fourberie il y a toujours plus ou moins de folie. Pour ma part, si ma protesta-

tion pouvait avoir quelque poids, je protesterais contre de telles mesures, fussent-elles prises par voie de représailles. G^est une bassesse dont je ne voudrais pas souiller la conscience ou le caractère de T Amérique.

.... Le Congrès a-t-il l'intention de maintenir trois commissaires à la cour de France ? Nous en avons quatre, y compris Tenvoyé de Toscane *, qui reste ici, et qui est fort mécontent qu'on ne Tait pas consulté sur le traité, qu*il aurait corrigé en quelques points; peut-être- a-t-il quelque raison d'être mécontent, si ses instructions, comme il le dit, nous enjoignent de le consulter. Nous en aurons bientôt un cinquième, car notre envoyé à Vienne, n'étant pas reçu à cette cour, revient, dit-on, ici. Les dépenses nécessaires pour que nous vivions tous ici sont énormes, je vous assure. Je désire que Futilité y réponde. Je suppose que chacun de nous dépense presqu*autant que faisait lord Stormont. Il est vrai qu'il a laissé la réputation d'un avare, et quand on a lu l'affiche qui annonçait la vente de son mobilier, tout Paris a ri d'un article, peut-être fort innocent : Une grande quantité de linge de table qui n'a jamais servi. — « Cela est très-vraisemblable, disait-on, car il n'a jamais donné à manger, »

Pour en revenir à notre nombre, quelque avantage qu'Q puisse y avoir dans la réunion de trois personnes pour dresser et discuter les articles d'un traité, il ne peut y en avoir aucun pour mener les affaires courantes d'un résident. Au contraire on perd tous les avantages qui résultent du secret des négociations, de l'uniformité de sentiment, et de la rapide expédition des affaires. En outre, dans une cour oiL Von épie et l'on pèse chaque mot, si les commissaires ne tiennent pas tous le même langage, en donnant leur avis sur une question, cela diminue leur autorité. £t quand il serait prudent de montrer de l'indiffé*

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