AU COMITÉ DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Présentation au roi, — Paul Jones, — Prisonniers, — Necker.
Lee et Izard^ etc.
Passy 26 mai 1779.
Messieurs,
Le marquis de Lafayette, qui est arrivé ici le 11 février, m*a apporté vos lettres du 28 octobre, avec le nouveau titre, lettres de créance et instructions dont le Congrès m'a honoré. Depuis lors je n'ai pas trouvé une occasion sûre pour vous écrire. Les capitaines marchands ont l'ordre de jeter leurs dépêches à la mer, quand ils craignent d'être pris, mais cet ordre est quelquefois oublié, ou si mal exécuté que les lettres tombent aux mains de l'ennemi, et que de cette interception il résulte beaucoup d'inconvénients. Vous me dites que vous aurez bientôt l'occasion de m'envoyer des duplicata et des triplicata de ces pièces, ils ne sont pas arrivés, et je n'ai rien reçu de vous qui soit de date plus récente.
J'ai immédiatement instruit de ma nomination le ministre des affairesétrangères; j e lui ai communiqué, suivant l'usage, mes lettres de créance, sur le vu desquelles on m'a donné jour pour ma réception. Une attaque de goutte m'a empô-
ché de me présenter à la date fixée, et m'a retenu au logis quelques semaines , mais aussitôt que je me suis senti en état de figurer à cette cérémonie, je me suis rendu à Versailles, où j'ai été présenté au roi et reçu dans toutes les formes. J'ai remis la lettre du Congrès dans les mains mêmes de Sa Majesté, qui a exprimé sa satisfaction de la façon la plus gracieuse.
Depuis lors j'ai été, tous les mardis, au lever avec les autres ministres étrangers, et, suivant mes instructions, j'ai saisi toutes les occasions d'assurer Sa Majesté de la reconnaissance du Congrès, et de la ferme résolution oii il est de remplir religieusement tous ses engagements. L'ennemi prend beaucoup de peine pourafTaiblir sans cesse la confiance de la Cour dans ses nouveaux alliés; il représente notre peuple comme fatigué de la guerre et du gouvernement du Congrès ; il représente ce corps comme déchiré parles dissensions, etc.; mais tout cela fait peu d'effet; et quand par hasard on a réussi à produire quelque faible impression, à éveiller quelque crainte, je n'ai point eu de peine à tout effacer. Et c'est ma ferme opinion que, malgré les pertes considérables que le commerce de France a souffertes depuis le commencement des hostilités, la Cour est toujours décidée à continuer la guerre jusqu'à ce qu'elle ait établi notre indépendance, et que son estime pour nous n^a pas diminué.
J'ai déjà exécuté cette partie des instructions qui concerne les matelots américains pris par les Français sur des navires anglais ; le capitaine Jones ' a reçu depuis quelque temps un ordre de la Cour qui enjoint aux gardiens des prisonniers de lui remettre les Américains qu'ils ont entre les mains, afin que nos marins puissent avoir la liberté de servir sous son commandement. La plupart de nos gens, sinon tous, lui ont été remis. Le talent et la bravoure