Paul Jones, le fameux corsaire américain
que le capitaine a montrés dans la prise du Dràke a donné de lui une si haute opinion au ministre de la marinç qu'il a désiré de l'employer en lui donnant le commandement d'une entreprise particulière. Le capitaine Jones est en cq moment à la tête d'un vaisseau de cinquante canons et de quelques frégates, armés aux frais du roi, et portant pavillon américain. On dit qu'il mettra à la voile vers le 1^'juin.
Le marquis de Lafayette devait partir avec le capitaine Jones et emmener quelques troupes de terre ; mais j'apprends que le marquis ne partira pas, et que le plan est un peu changé.
.... Enfin le cartel est arrivé, grâce aux infatigables efforts d'un de mes vieux amis , d'un ami de l'Amérique, depuis longtemps éprouvé, M. Hartley, membre du Parlement pour la ville de HuU. Le vaisseau anglais nous a déjà amené de Plymouth une cargaison de matelots. On nous avait annoncé cent personnes; il n*y en avait que quatre- vingt dix-sept; le navire est reparti avec un nombre égal de prisonniers anglais échangés; il va nous apporter une seconde cargaison tirée de la prison de Portsmouth. On continuera ainsi jusqu'à ce que l'échange soit achevé. Les Américains s'engagent presque tous avec les capitaines Jones et Landais. Cet échange est d'autant plus remarquable, que nos gens avaient été emprisonnés comme coupables de haute trahison.
Suivant la septième instruction, j'ai vivement recommandé la prise d'Halifax et de Québec. Le marquis de Lafayette m'a chaudement soutenu, et j'espère qu'avec le temps' nous réussirons. J'ai aussi, par différentes voies et par différents canaux , fait connaître aux ministres la détresse de nos finances en Amérique. Il y a chez tous grand désir de nous aider, hormis le contrôleur général, M. Necker, qu'on dit n'être pas bien disposé pour nous, et qui, à ce qu'on croit, contrarie toutes les propositions de nous ai-
der par des secours d'argent. Le roi a déclaré qu'il ne mettrait pas de nouveaux impôts sur ses sujets cette année, et il est certain que, par suite de cette déclaration un peu téméraire, la Cour a grand'peine à faire face à ses dépenses. Pour mettre la marine de France sur le môme pied que celle des Anglais, il a fallu des sommes immenses.
(Test ici Uopinion dominante que la façon la plus efficace de nous servir, c'est de rendre la marine de France supérieure à celle d'Angleterre. Toutefois, pour encourager l'emprunt que nous faisons en Hollande, le roi a été assez bon pour s'engager, sous main, et se porter notre caution pour le payement de l'intérêt de trois millions de livres ; mais l'emprunt, jusqu'à présent, n'a pas dépassé quatrevingt mille florins- Le docteur Price, dont le Congrès avait réclamé l'assistance, a décliné cette offre, comme vous le verrez par la lettre ci-incluse ^ Il me semble que la mesure recommandée par le Congrès de diminuer la quantité de papier-monnaie par des taxes nominakmerU considérables ne peut avoir que de bons effets.
Quant à vos finances en ce pays, il est bon que vous en connaissiez l'état. Lorsque les commissaires du Congrès firent la proposition de payer à Paris l'intérêt des sommes empruntées en Amérique, ils entendaient que l'emprunt se» rait de- cinq millions de dollars '. Ils obtinrent du gou« vernementdes sommes plus que suffisantes pour payer cet intérêt. Mais le chiffre de l'intérêt a. grossi, et si vos commissaires ont pu y faire face par des moyens divers, ils ont été de temps à autre fort appauvris par quantité de dépen-
1 . Le docteur Pries avait été prié par Franklin, au nom du Congrès, de se considérer comme citoyen américain et de venir aider le Congrès à régler les finances. Il s'excusa sur son peu de capacité, son âge et ses liaisons en Angleterre. Au fond, c'était trop lui demander que d'abdiquer sa patrie, et de se faire Américain, au moment d'une guerre avec l'Angleterre.