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Le fil3 aine de M. Baoha, et le petit-fils de Franklin

DE BBNJAMÎN F!(ANKLIN. 194

dix-hn!t moid. Si Vous saviez combien vos lettres me i^eûdent lieureux, et si Vous réfléchissiez combien il y et! a qui se perdent, je crois que vous m'écririez plus souvent,

Le médaillon de terre qui me représente et que vous avez donné à M. ïlopkinson est le premier de ce i^nre qu'on ait fait en France. Depuis on eu a fait Ûte quantité d^utres de grandeurs différentes, les uns pour être mis sur des Couvercles de tabatières, lôs autres assez petits pour être portés en bagues ; on en a vendu un nombre incroyable. Ces Médaillons, aVec les portraits, les bustes, les estampes (dont on répand partout épreuves sur épreuves), ont rendu la face de Votre père aussi conntie que celle de la lune ; si bien quMl h'ose rien faiire de ce qlii l'obligerait à s*enfuir , car son fticièi le trahirait partout où il oserait le montrer. De savants étymologistes disent que le bot doU donné aux images avec lesquelles jouent les enfants, est dérivé du nom d'moLE. Grâce ati nombre de doits qu'on a faits de lui, votre père peut dire en c» sens, qu'il est l-doKized (ou idolâtré) en ce pays.

le pense que pour la sauté de votre enfant vous avez bien fait de rester hors de là ville jusqu'à ce que l'été fût passé. J'espère que vous en ferez autant cette année, durant les grandes chaleurs, car je commence à aimer cette chère petite créâture,parladescriptionquevousm'enfaites.

J'ai été charmé du récit que Vous me fkltes de votre Industrie : nappes filées par vous etc., mais la dernière partie de votre lettre, hélas ! a dissipé le charme. C'est celle où vous me dites que vous demandez de la toile en France, parce que le tissage et le lin sont devenus trop chers. Et votre demande d^éplngles noires, de dentelles et de plumes ? Elle m'a fait tourner le cœur comme si Vous aviez mis du sel sur meS fraises. A<lieu le rouet, 11 faut nous habiller pour le bal. îl semble, ma chère fille, que vous ne sachiez pas que de toutes les choses chères en ce monde, la plus chère, après le vice, c'est l'oisiveté.

Le projet dont vous me parlez de m^enlever Temple, était inhumain. A un vieillard, qu'on envoie à Tétranger pour servir son pajs, ôter la consolation d'un enfant qui lui tienne compagnie, qui l'assiste en santé et qui le soi^e en maladie, ce serait chose cruelle si elle était praticable. Ici cela ne peut se faire ; les soupçons qu'on allègue sont sans fondement, tant sa conduite est irréprochable ; je ne me séparerai de Tenfant qu'en quittant la place. Mais je m^assure que malgré les propositions de gens faibles ou méchants, le Congrès est trop sage et trop bon pour songer à me traiter de cette façon.

Ben , si je vis assez longtemps pour avoir besoin de loi, sera aussi une consolation pour moi. Gomme j'en veux faire un presbytérien aussi bien qu'un républicain, je l'ai envoyé finir son éducation à Genève. Il a beaucoup grandi, et se porte bien ; il dessine un peu comme vous verrez par le papier ci -inclus, il apprend le latin, récriture, l'arithmétique et la danse , et parle mieux français qu'anglais. U a traduit la dernière lettre que vous lui avez écrite, si bien que quelques-unes de vos œuvres pourront maintenant paraître en une langue étrangère. Je vous envoie les notes que je reçois sur l'enfant, et je lui mettrai dans l'esprit de vous écrire. Je ne vous propose pas de vous séparer de votre cher Will. Un de ces jours je reviendrai le voir ; heureux d'être une fois encore tous ensemble I Mais l'avenir est incertain. En attendant, apprenez-lui à mieux diri* ger son culte ; Hercule est une déité passée de mode aujourd'hui.

Quand j'ai commencé à lire ce que vous me dites sur le prix élevé de toutes choses : c Une paire de gants, sept dollars, une aune de gaze commune, vingt-quatre dollars; il faut maintenant une fortune pour tenir une maison de la façon la plus simple » ; je m'attendais à vous entendre dire, comme conclusion, que tout le monde, et vous-même, vous étiez devenus économes et laborieux ; je ne pouvais

en croire mes yeux quand j'ai lu ensuite : « il n'y a jamais eu tant de fêtes et tant de toilettes ». Et vous-même il vous faut des épingles noires et des plumes de France, pour être à la mode, je suppose! Ceci me fait croire que peut-être ce ne sont pas les marchandises qui ont enchéri, mais l'argent qui est devenu bon marché, comme sont toutes choses en cas d'abondance excessive, et que vous êtes tous aussi peu gênés que lorsqu'on pouvait avoir une paire de gants pour une demi-couronne. Il est probable, cependant, que la guerre doit élever le prix des choses, et que les fortes taxes qui sont nécessaires pour soutenir la guerre doivent nous rendre l'économie nécessaire ; et conmie je suis toujours à prêcher cette doctrine, je ne puis en conscience, ni décemment, encourager la doctrine con* traire, par mon exemple, en fournissant mes enfants de modes insensées et d'un luxe coûteux. Parmi les articles que vous demandez je vous envoie donc ceux qui sont utiles et nécessaires, j'oublie le reste. Gomme vous dites que c vous serez fière de porter tout ce que je vous enverrai, et de montrer le goût de votre père » je dois vous éviter l'occasion de le faire avec des dentelles ou des plumes. Si vous portez vos 'manchettes de batiste aussi longtemps que je le fais, et que vous n'en répariez pas les trous, elles finiront avec le temps par être en dentelle, et quant aux plumes, ma chère fille, vous en trouverez en Amérique, à la queue de tous les coqs.

Si par hasard vous revoyez le général Washington, assurez-le de mon profond et sincère respect, dites-lui qu'ici tous les vieux généraux s'amusent à étudier le compté rendu de ses opérations, et approuvent hautement sa conduite.

Présentez mes affectueux hommages à tous ceux qui vous parleront de moi, ma chère enfant, et écrivez plus souvent à votre père qui vous aime. B. F.

202 GORRBSPONDAUGB

AU ICARQUTS DS LAFÀYETTB.

î>assy, 19 août 1779.

Cher Uonsieur,

Je reçois à Tinstant votre lettre du 17. Je vous ai écrit, il y a un ou deux jours, et n'ai que peu de chose à ajouter. Vous me demandez quelle conduite je pense que les Anglais tiendront dans cette circonstance ' ; et s'ils ne proposeront pas d'entrer en négociation pour la paix. Je n'ai qu'une seule règle pour juger ces gens^là ; tout ce qu'il leur conviendrait de faire ils ne le feront pas; tout ce qu'il leur est imprudent de faire, ils le feront. Cette règle, comme tonte autre règle générale, a ses exceptions ; mais je pense qu'elle sera bonne dans le plus grand nombre de cas, an moins tant que le ministère actuel se maintiendrai ou plutôt tant que le fou actuel ' aura le choix des ministres.

Vous désirez savoir si je suis satisfait des ministres français. Il est impossible de Tétre davantage. Bs fbnt les plus grands efforts pour servir la cause commune, et font pour nous tout ce qu'ils peuvent. Nous ne saurions rien désirer de plus, sinon un subside, que notre extrême pénurie nous rend fort désirable, pour être à m6me d'agir plus vigoureusement, de chasser Tennemi des postes qui lui restent encore, et de réduire le Canada. Mais les dépenses de la France sont si considérables, que je n'ose insister sur cette augmentation : j'espère cependant qne nous obtiendrons quelques secours d'armes et de munitions, et peut-être, quand il sera possible, quelques vaisseaux pour nous aider à réduire New-York et Rhode- Island.

1. Il s'agissait d'un projet de descente en Angleterre, auquel on renonça.

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