Cette lettre a été écrite en anglais par Lafayette
DE BENJAMIN FRANKIJN. 205
d'amour pour la nation, et plein d'un zèle ardent pour sa gloire et pour son bonheur.
Les assurances de gratitude q\XQ je demande la permission d'offrir à Votre Excellence sont trop au-dessous de ce que j'éprouve, et les sentiments dont je suis pénétré peuvent seuls répondre à vos bontés pour moi.
La manière dont M. Temple Franklin m'a remis cette inestimable épée lui donne bien des droits sur moi, et réclame mes remerclments particuliers*
Avec le plus grand respect, j'ai l'honneur d'être, etc.
Lafayette.
A SAMUEL COOPEH.
Corsaires américains. — Commodore Jones. — Bruits de paix, — Luxe américain.
Passy, 27 octobre 1779, Cher monsieur,
Il y a bien longtemps que je n'ai eu le plaisir de recevoir de vos nouvelles. Les détails que vous aviez coutume de me donner, étaient souvent utiles à nos affaires. J'espère que je ne suis pas privé de votre amitié, comme je le sois de vos lettres. Je vois que notre excellent ami M. Wintbrop nous a quittés. C'était un de ces vieux amis pour lesquels je désirais retourner dans la Nouvelle- Angleterre, afin de passer dans leur société le peu qui me reste de jours. Encore quelques morts semblables, je me trouverai étranger dans ma patrie. Perdre ses amis, c'est l'impôt que paye l'homme qui vit de longues années. Je trouve qu'il est bien lourd.
Vous verrez, par les gazettes, que nous avons un peu inquiété les côtes d'Angleterre cette année. Un petit corsaire, le Prince-Noir^ sorti de Dunkerque avec une commission du Congrès et un équipage composé de quelques
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Américaint et de eontrebandiets irlandais et anglais, a fkit autour des lies Britanniques trente-sept prises en moins de troi9 mois. La petite esoadre du commodore Jones, ayec une commission pareille, et sons le même pavillon, a fort alarmé leurs c6tes, leur a occasionné des dépenses intérieures considérables, a causé beaucoup de dommage à leur commerce, et leur a pris deux frégates montées de ^atre cents hommes. Le eemmodore est maintenant avec ses prises les plus considérables en Hollande, éh il est bien accueilli ; mais il lui faudra quitter ce pays neutre, aussitôt que ses avaries seront réparées. Les Anglais avec des forces supérieures surveillent sa sortie ; mais nous espérons qu'il saura échapper à leur vigilance. Il est peu d'actions navales où Ton ait fait preuve de plus d'énergie, de sangfroid et de bravoure que dans la prise du Sérapis par Jones.
On a beaucoup parlé cet été» en Europe, de préliminaires de paix par la médiation de la Russie et de la Hollande ; mais tout cela n'est qu'une invention d'agioteurs et autres individus intéressés à propager de pareils bruits. L'Angleterre ne parait pas encore a3ses humiliée pour reconnaître l'indépendance des États-Unis, ou pour traiter avec eux sur ce pied ; nos amis ne feront jKmals la paix à d'autres conditions. Nous verrons donc probablement une nouvelle campagne.
A en juger par les ordres que je vois, ou dont j'entends parler, il paraîtrait que notre peuple a moins besoin du nécessaire que du superflu. Il est difficile de croire à votre détresse, lorsqu'on voit la plus grande partie de votre argent prodigué en modes, en colifichets, en thé I Nous est-il donc impossible de devenir plus sages, quand, par la simple économie, et en évitant des dépenses inutiles, nous pourrions défrayer, et au delà, les charges de la guerre ? Nous exportons des provisions solides, nécessaires à la subsistance de l'homme, et nous importons des modes.
DE BKNJAMm FiVAI^KLIN. %01
ifi^ objets de lux^ et des baltes. Un commeroe sem- Ij^JlablQ peut enrichir les marchand99 nuûs }9mm le pays. L'Europe est toujours pleine de bon vouloir pour uotre cajole, comme éta^t celles de la liberté, qui est û cause du geuTQ humain* XI 7 a un désir universel de voir Torgueil de l'Augleterri^ b.u,imlié et sou pouvoir abattu. Ces circou* stances sont encourageantes, et nous donnent T^spoir d'une heureuse issue. Puisse Dieu nou9 l'accorder ; et poissie^-youa vivre longtemps pour 1« bonheur do votre pays, te suis, Qto« 9. F«
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ÉdUim 4âS ouvres du Franklifu
Passy, 9 novembre 1 779.
Cher monsieur,
J'ai reçu de vous plusieurs bonnes lettares, aozquelles je n'ai point exactement répondu. Elles m'ont cependant fait grand plaisir, puisque c'est par elles que j'ai su que vous vous portiez bien, ainsi que votre famille, et nos autres amis. J'espère que vous continuerez à m'écrire aussi souvent que vous pourrez le faire sans vous gôner.
Je vous remercie des soins que vous aves pris pour mettre en ordre et corriger l'édition de mes écrits. Votre amitié pour moi se montre à chaque page, et si la conservation de ces écrits peut avoir quelque utilité, c'est à vous que le public en aura l'obligation. En les relisant, j'ai pris note de quelques fautes d'impression qui en altèrent le sens, et de plusieurs autres petites erreurs, que vous trouverez toutes inscrites sur une feuille de papier, avec le titre à^Errata. Vous êtes plus que personne en état de juger s*il vaut la peine de les ajouter à Verrata déjà imprimé, ou s'il ne vaut pas mieux les réserver pour une
seconde édition, si jamais il en parait une. Je vous envoie, par cette occasion, un texte plus complet de mon Chapitre *.
Si je pouvais recouvrer les pièces qui étaient entre les mains de mon fils, et celles qui sont restées parmi mes papiers, en Amérique, je pense que j'aurais de quoi former trois autres volumes semblables, dont une grande partie serait plus intéressante.
Quant au moment favorable pour les publier, sur lequel vous me demandez mon avis, je n'ai aucune raison, ni aucune ombre de raison sur quoi fonder une opinion quelconque. Je suppose tout naturellement qu'en vertu de son expérience, le libraire est le meilleur juge , et je serais d'avis de nous en remettre à lui.
Je ne suis point l'auteur de la brochure dont vous parlez : je ne la connais même pas. Je suppose qu'elle est la même que celle qui m'a déjà valu semblable demande du docteur Priestley. Ma brochure, qui n'est point celle-là, était intitulée : Dissertation sur la liberté et sur la nécessitéjSur le plaisir et sur la peine*; elle portait pour épigraphe les vers suivants : ,
Whatever w, is right. But purhlind man, Sees but a part of the chain, the nearest links; His eye not carrying to that equal beam Tha t poises ail above \ Drtoen .
Londres : Imprimé en MDCCXXV.
Je vous renvoie les manuscrits que vous avez eu la
1. C'est iB. Parabole corUre la persécution. Voyez les Essais de morale et d'économie politique,
2. Sur cette brochure, voyez les Mémoires de Franklin, p. 93 et 131.
3. a Tout ce qui est, est bien ; mais la faible vue de Thomme ne voit qu'une partie de la chaîne, le premier anneau; ses yeux ne s'élèvent pas jusqu'à la balance infaillible qui, là-haut, pèse toutes choses. »
bonté de me faire passer : je suis fâché qvie vous n'en ayez pas d'autre copie, j*espère que celle-ci vous parviendra heureusement. Je ne me rappelle pas que le duc de Ghauhies m'ait montré la lettre dont vous me parlez. J'ai reçu le livre du docteur Crawford^ mais non pas encore votre extrait, que j'attendrai, ainsi que vous le désirez.
Je vous envoie aussi le Tableau économique de M. Dupont'; je le regarde comme une excellente chose, enoe qu'il contient, d'une manière méthodique et claire, tous les principes de la nouvelle secte, que l'on appelle ici les Économistes,
Rappelez-moi affectueusement au souvenir de toute votre aimable famille, et croyez-moi, avec la plus parfaite estime, mon cher ami, votre, etc. B. F.