‹ CorrespondanceChapitre 62 sur 95 · A ALEXANDRE SMALL · texte numérisé non relu

A ALEXANDRE SMALL

Passy, 22 juillet 17^0.

Vous voyez, mon cher monsieur, que je n'ai pas eu peur que mes maîtres prissent mal une visite à un vieil ami, quoiqu'il soit au service de Tennemi. Ils sont assez raisonnables pour admettre que des différends politiques ne doivent pas empêcher les communications entre philosophes qui étudient et conversent ensemble pour le bien de Phumanité. Mais vous vous faites scrupule de venir dîner avec moi. Je suppose que vous n'oserez pas le faire ; votre refus fera en vérité plus d'honneur à votre sagacité qu'à la générosité ou au bon naturel de votre gouvernement. Vous connaissez votre peuple , et je ne vous attends pas. Je crois aussi que, par amitié, je ne dois pas vous faire d'autre visite, quoique j'en eusse Tintention; mais je vous envoie mon petit-fils pour rendre ses devoirs à son médecin.

Vous vous inquiétez de ma goutte , j'ai oublié de vous dire que je l'ai traitée un peu cavalièrement dans les deux derniers accès. Une nuit, trouvant que mon pied me faisait plus souffrir dans la chaleur du lit, je l'exposai à l'air, et me sentant soulagé , je le laissai découvert plus longtemps que je ne pensais le faire au début, et je dormis dans cette situation jusqu'au lendemain. La souffrance ne revint pas, et je guéris. L'hiver suivant, j'eus une nouvelle attaque, je répétai Texpérience ; le succès ne fut pas aussi grand, la goutte ne disparut pas aussitôt , mais la souffrance fut toujours moins forte, et je pus dormir chaque nuit. Je dois dire que c'est mon fils qui m'a donné la première idée de ce traitement. Il tenait à la vieille opinion qui veut que la transpiration dissipe la goutte, et

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