‹ CorrespondanceChapitre 67 sur 95 · V. Sup. Lettre du 6 février · texte numérisé non relu

V. Sup. Lettre du 6 février

2. Cette lettre est intéressante à un double titre. EUe prouve

Excellence. En même temps je suis chargé c de représenter, dans les termes les plus forts, l'inaltérable résolution où sont les États-Unis de maintenir leurs libertés et leur indépendance, et d'adhérer inviolablement à l'alliance française, à tout hasard et à tout événement. Les malheurs de la dernière campagne ont redoublé l'ardeur des Américains, au lieu de l'affaiblir. Le Congrès est décidé à employer tous les moyens en son pouvoir pour chasser entièrement l'ennemi, il est prêt à la plus vigoureuse et à la plus décisive coopération avec la marine et les autres forces de son illustre allié. Il s'est adressé aux différents États pour obtenir une armée puissante et d'abondantes provisions; les États sont disposés à faire honneur à ces réquisitions. Si la Cour de France se décide à envoyer des forces navales supérieures dans les mers américaines, et à fournir les armes, les munitions, les habillements déjà demandés, si elle veut ^ider encore l'Amérique en lui accordant l'emprunt qu'elle sollicite, le Congrès se flatte, qu'avec l'aide de Dieu, on terminera promptement la guerre, à la gloire et à l'avantage des deux nations. »

De différentes lettres que m'écrivent des gens intelligents, il résulte que c'est la supériorité maritime des Anglais qui, l'an dernier, a rendu inutiles les coûteux efforts, au moyen desquels on avait levé une armée capable d'affronter l'ennemi, et qui est restée longtemps devant New- York; c'est à cette môme supériorité que les Anglais ont dû leur succès dans la Caroline, le Congrès n'ayant d'ailleurs nul moyen d'armer, de faire marcher ni de payer le nombre de troupes nécessaire à la défense de cette province. Le marquis de Lafayette m'écrit qu'il est impossible, quand on ne l'a pas vu, de concevoir ce que les soldats ont souffert^ faute de vêtements; et d'une lettre

de quel secours la France fut à rAmérique, et elle nous fait connaître Franklin comme diplomate.

que je reçois du général Washington j'extrais le passage suivant, que je dois mettre sous les yeux de Votre Excellence, c Le Congrès vous aura si complètement renseigné sur notre situation politique et militaire, quMl serait superflu de revenir sur ce sujet. Si j'en voulais parler, ce serait pour montrer que notre position présente nous met dans une alternative forcée : ou il faut faire la paix, ou il nous faut le plus vigoureux secours de nos alliés, surtout en argent. Leur disposition à nous servir n'est pas douteuse; leur générosité ira aussi loin que le permettront leurs moyens. :»

En Amérique, on espérait beaucoup, je ne sais sur quel fondement, qu'on obtiendrait d'Espagne une grande sonune d'argent; mais cet espoir a été déçu; les forces que l'Espagne entretient dans nos mers ont été employées à réduire de petits forts en Floride, sans être d'aucun secours direct aux États-Unis, et, d'un autre côté, le long retard que met cette Cour à accéder au traité de commerce, semble indiquer qu'on désire peu se lier avec nons ; si bien que pour obtenir une amitié active, et les seconrs qui nous sont si nécessaires dans la situation présente, nous ne pouvons compter que sur la France seule, et sur la continuation des bontés du roi envers nous.

Je suis vieux ; je me sens fort affaibli par la longueur de ma dernière maladie, et il est probable que je Ji'aurai pas longtemps à me mêler de ces affaires. Je saisis donc cette occasion pour dire à Votre Excellence que, selon moi, le moment est critique. Si le Congrès est incapable d'obtenir les secours dont on a besoin, il est à craindre ^'11 ne perde son influence sur le peuple, et que tout le nouveau gouvernement d'Amérique n'en soit ébranlé. Si l'on permet aux Anglais de recouvrer ce pays, on ne retrouvera pas dans le cours des siècles pareille occasion d'effectuer cette séparation décisive; la possession de ces vastes et fertiles régions, l'immense étendue des côtes maritimes, donnera

aux Anglais une base si large pour leur grandeur future, elfe augmentera tellement leur commerce, le nombre de leurs matelots et de leurs soldats, qu'ils deviendront la terreur de V Europe^ et qu'ils exerceront avec impunité cette insolence qui est naturelle à leur nation et qui grandira énormément avec Pagrandissement de leur pouvoir. Je suis avec grand respect, de Votre Excellence, etc.

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