‹ CorrespondanceChapitre 68 sur 95 · A FÉLIX NOGARET · texte numérisé non relu

A FÉLIX NOGARET

Traduction du vers de Turgot.

Passy, 8 mars 1781.

Monsieur,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et dans laquelle, après m'avoir noyé d'un flot de compliments que je ne puis jamais espérer de mériter',

1. En plus d^une circonstance Franklin se plaint mais avec une faiblesse visible des éloges outrés dont on Taccablait en France; il écrit à Jay le 13 juin 1780 : «Mme Jay me fait trop d'honneur en désirant avoir une des estampes qui représentent son compatriote. Je vous envoie la meilleure des cinq ou six gra> vures qu'on a faites d'après différents portraits. Les vers mis au bas sont vraiment extravagants. Mais vous devez savoir que le désir de plaire en renchérissant sur chaque compliment, a tellement usé chez cette nation polie les louanges ordinaires, qu'elles sont devenues plates et insipides ; s'en servir c'est presque critiquer. Autrefois on. faisait l'éloge d'une musique en disant qu'elle était bonne; pour aller plus loin on a dit qu'elle était excellente, puis superbe, magnifique, exquise j céleste; tout cela est maintenant usé, il ne reste plus que divine. Quand ce mot sera devenu aussi insignifiant que ses devanciers, on retour-» nera au langage et au sens commun. Quand je suis arrivé ici on rivalisait en belles et coûteuses peintures pour orner les voitures , puis quand il a été impossible d'aller plus loin dans cette voie, on est retourné aux voitures unies, sans armes, sans décorations, et peintes d'une seule et même couleur.

2^ COHRfîSPONDANCR DE FRANKLIN.

vous me demandez mon avis sur votre traduction d'un vers latin dont on m'a fait l'application*. Si j'étais (ce que je ne suis pas) assez versé dans votre belle langue pour être bon juge en poésie, je me refuserais à donner mon avis sur ce vers, puisqu'il y est question de moi. Je dirai seulement qu'on me prête beaucoup trop, surtout en ce qui touche le tyran; la révolution a été l'œuvre d'une foule d'hommes braves et capables; c'est assez d'honneur pour moi si l'on m'y accorde une petite part.

Je vous suis fort obligé des sentiments favorables dont il vous plait de m'honore r, et je serai charmé de voir vos remarques sur VÉventail de Graj, ainsi que votre poème sur le même sujet. J'ai Thonneur d'être, Monsieur, etc.

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