‹ CorrespondanceChapitre 79 sur 95 · Ambassadeur de France en Espagne · texte numérisé non relu

Ambassadeur de France en Espagne

que ma santé et mes forces sont meillew*es depuis quelque temps. Pour ces ennemis dont vous me parlez, il y aura eu double mortification, j'imagine, à me voir solliciter comme une faveur ce qu'ils espéraient m'imposer comme une disgrâce et de plus à me voir maintenu en place. Mais cette sorte de considération ne doit jamais influencer notre conduite. Nous devons toujours faire ce qui nous semble le mieux, sans nous trop inquiéter de ce qu'en pensent les autres. J'appelle ce maintien en place un honneur et j'estime vraiment que c'est un plus grand honneur que ma première nomination , quand je considère que tous les efforts de mes ennemis, joints à ma propre requête, n'ont pas été suffisants pour Tempècher.

Je n'ai pas encore reçu les œuvres de votre Société éco* nomiquej non plus que celles de son fondateur. Je suppose que vous n'avez pas trouvé l'occasion de me les envoyer. La lettre que vous vous proposez d'adresser à notre Société philosophique lui sera fort agréable. Je serai charmé de lire l'exemplaire que vous voulez faire passer par mes mains. Tout à vous, B. F.

Sur ce refus du Congrès qui faisait tant d'honneur à Franklin, mais qui lui remettait sur les bras une si lourde charge, le vieux philosophe écrivait à un autre de ses amis la charmante histoire de la Herse,

c Votre comparaison de la clef de voûte est fort jolie ; elle a pour objet de me rendre heureux de ma situation. Mais je suppose que vous connaissez notre histoire de la Herse; sinon la voici. Un fermier de mon pays envoya deux de ses valets emprunter la herse du voisin, en leur recommandant de l'apporter à eux deux sur leurs épaules. Quand ils furent en face de l'outil, un des valets qui avait beaucoup d'esprit et de malice, s'écria : « A quoi pense not)*e maître d'envoyer deux honmies seulement pour prendre

cette herse? Il n'y a pas deux hommes au monde qui soient assez forts pour la porter. — Bon, dit l'autre , qui tirait vanité de ses forces ; que parles-tu de deux hommes? Un seul suffît. Mets cette herse sur mes épaules, et tu verras. — Tandis qu'il marchait ainsi chargé, Tautre malin suivait en s'écriant : c Bon Dieu, que tu es fort? Je ne l'aurais jamais imaginé! Mais tu es un Samson! Il n'y a pas ton pareil en Amérique! Quelle force surprenante Dieu t'a donnée ! Mais tu vas te tuer ! Je t'en prie mets cette herse à terre et repose-toi un moment, ou laisse-moi prendre une part de la charge. » — Non, non, disait l'autre, plus encouragé par les compliments qu'écrasé par le fardeau, tu verras que je puis la porter jusqu'au logis. > Et il fît comme il le disait. En ce point j'ai peur que mon imitation n'aille pas aussi loin que l'original.

A WILLIAM NIXON'.

Moyen de faire beaucoup de bien avec peu d*argent,

Passy, 5 septembre 1781.

Mon révérend,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 25 du mois passé, avec l'excellent petit livre dont vous êtes l'auteur. Il n'est pas douteux qu'une personne de votre instruction et de votre talent ne puisse faire un membre très-utile de la société dans notre pays nouveau, et qu'elle ne puisse y trouver une place, soit comme maître dans une de nos universités, soit comme pasteur de l'Église d'Irlande. Mais je n'ai point mandat d'engager personne à émigrer là-bas, et mes ressources pour assister ceux qui sont gênés, sont très-étroites. Je suppose que grâce au cartel pour l'échange des prisonniers vous serez

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