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AU GHETALIER DE CHASTELLUX

Passy, eavril 1782.

Cher monsieur,

J'ai en grand plaisir à apprendre par les officiers revenus de YOtre armée l'hiver dernier, que vous étiez toujours en bonne santé. Vous verrez par les papiers publics que les Anglais commencent à être las de la guerre, et ils ont raison. Ils ont souffert plus d'un échec, ils ont quatre nations ennemies sur les bras, peu d'hommes disponibles, peu d'argent de reste, et de très-mauvais chefs. Ces derniers viennent d'être changés. Nous ne savons pas encore quellee mesures prendront les nouveaux ministres. On croit généralement que le roi se servira d'eux pour se tirer des difficultés présentes et faire la paix , et qu'ensuite il les jettera à la porte ; car ce sont tous des hommes qu'il a en horreur et qui lui ont été imposés par le Parlement.

Les communes ont déjà fait une demi-paix avec nous autres Américains, en défendant à leurs troupes d'Amérique de prendre l'offensive, et en autorisant le roi à achever la paix. Je ne sais rien des conditions qu'on propose; on n'a paa encore eu le temps de les dresser. Je sais qu'on déaire nous détacher de la France, mais cela est impossibl8k

Je vous félicite du succès de votre glorieuse campagne. Établir les libertés de l'Amérique, ce ne sera pas seulement faire le bonheur d'un peuple, ce sera diminuer la misère de cooi qui, en d'autres parties du monde, gémissent sous le despotisme. Il sera forcé d'être plus circonspect et de

1. Le chevalier, plus tard marquis de Ghastellux, a été célèbre au dernier siècle par son livre : De la félicité publique. Au moment où Franklin lui écrivait, il servait en Amérique commeofficier supérieur dans l'armée française. On lui doit un Voyage en Amérique qui ne manque pas d'intérêt.

gouverner d'une main plus légère. Un philosophe, possédé de cet amour de l'humanité qui perce dans vos excellents écrits, doit éprouver une grande satisfaction d'avoir aussi largement contribué, de son épée et de sa plume, à la félicité publique,

M. le comte de Ségur m'a demandé deux mots de recommandation auprès de vous. Je considère cette demande comme un pur compliment à mon adresse; car tous ceux qui le connaissent l'estiment et l'aiment, et certainement ce n'est pas un inconnu pour vous.

Oserai-je tous confesser que je suis yotre rival auprès de Mme G...? Je n'ai pas besoin de vous dire que je ne suis pas dangereux. Je vois qu'elle vous aime beaucoup, et c'est ce que fait axissi, cher monsieur, votre, etc. B. F.

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