A GEORGES WASHINGTON
l£ prince de Broglie.
Passy, 8 avril 1782.
J'ai eu l'honneur de vous écrire il y a quelques jours par le comte de Ségur. Ces quelques lignes ont pour objet de présenter à Votre Excellence le prince de Broglie, qui va rejoindre l'armée de M. de Rochambeau. M. le prince de Broglie a une excellente réputation en France ; c'est un ami de notre cause, je suis persuadé que vous aurez du plaisir à causer avec lui. J'ose donc le recommander à ces égards que vous êtes toujours heureux de témoigner aux étrangers de mérite et de distinction.
J'ai déjà complimenté Votre Excellence à l'occasion des victoires que vous avez remportées sur les généraux de notre ennemi; aujourd'hui je puis vous complimenter d'avoir culbuté ses honames d'État. Vos derniers succès ont tellement fortifié l'opposition dans le Parlement»
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qu'elle est devenue la majorité, et qu'elle a forcé le roi à renvoyer ses anciens ministres et leurs adhérents. Le voilà délivré des esprits impurs qui le possédaient, mais on croit qu'aussitôt qu'il aura obtenu la paix, ces esprits rentreront avec d'autres qui vaudront moins encore, et le dernier état de cet homme, comme dit l'Écriture, sera pire que le premier.
Aussitôt que nous saurons quelque chose de certain sur les projets du nouveau ministère, je m'empresserai d'en informer le Congrès.
Avec la plus grande estime et le plus grand respect, je suis, de Votre Excellence, etc. B. F.
k ROBERT R. LIVINGSTON.
Hollande, — Espagne. •
Passy, 12 avril 1782.
Monsieur,
J'étais à la cour mardi ; j'ai appris de l'envoyé hollandais que le nouveau ministère d'Angleterre avait offert, par la médiation de la Russie, une cessation d'armes à la Hollande, et un renouvellement du traité de 1674. M. deBerkenrode a paru penser que l'offre était faite pour gagner du temps, pour troubler la marche des opérations avec la France dans la campagne prochaine, et pour empêcher la conclusion d'un traité avec l'Amérique. On craint que cette offre n'ait pour effet de fortifier le parti anglais en Hollande, et de retarder un peu les affaires; mais on espère qu'en définitive, la proposition ne sera pas acceptée. Gela rendrait les Hollandais ridicules. A. ayant une canne à lamain, rencontre son voisin B., qui se trouve n'en point avoir : le premier profite de son avantage pour donner au second une vigoureuse bastonnade. MaisB.
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9'§pt procuré un Mton, et vient pour rendre Ie« ooups qu'il A reçus, A. lui dit: % Mon vieil ami, pourquoi nou^ quereller ? Nous somme? voisins, vivons en bonne intelligence, et en paix comme noua avons coutume de le faire.» 1^1 B. 8Q paie de ces raisons et jette son bâton, ses autres camarades, ainsi que A„ se moqueront de lui, C'est sous
ce jour que j'ai présenté la chose; je vous envoie SOUS ce
pli une oopie de Ja proposition, Je vois, par les journaux, que les Espagnols ayant pris
un petit poste appelé Saint-Joseph, prétendent avoir fait la conquête dn pays des ïllinoi§. Sous quel jour le Congrès verra-t41 cette conduite? Ëst-cé au moment où Us refusent Toffre de notre amitié, que nous permettrons qu'ils envahissent nos frontières, et qu'ils nous enferment dans les montagnes Apalaches? Je commence à craindre qu'ils n'aient quelque projet semblable.
Avec grande estime, eto, B. F.
A MISTRISS HART HEWSQM.
Passy, 13 avril 1782.
Ma chère amie,
J'ai reçu votre bonne lettre du 23 décembre. Je suis toujours }ieureu:ç d'avoir de vos nouvelles et de celles de votre bonne mère, quoique je ne puisse écrire que rarement, et que les occasions sûres soient peu communes. ]Sn remuant de vieux papiers, j'ai trouvé le brouillon d'une jettre que je vous écrivais il y a quinze mois, elle s'est égarée, ou votre réponse s'est égarée, car je n'ai rien reçu. Je vous envoie cette lettre, le printemps approche, ma proposition sera de saison et facilement exécutée, si vous
Tapprouve? -.
t, U )ui 4efiA9ndait de venir h Pa^sy auprès de lui.
DE BENJAION FRÀNEUN. !275
Voiui me dites que M. Vîny est avec vous. Quelle est sa situation? Je pense que^ dans ce pays- ci il pourrait réussir avec sa fabrication de roues. Je vois dans vos journaux que Jacob s'est établi pour son compte. Ne peut-il pas faire une bonne yoiture avec les derniers perfectionnements, et vous amener tous ici dans son équipage? S'il voulait rester ici, ce serait un spedmen dé son talent, et s'il veut s'en retourner, îl la vendra avantageusement. J'espère que votre mère est revenue de son abattement et ne craint plus Thydropisie. H n'est pas rare que les vieilles gens aient les chevilles enflées vers le soir; mais c'est un mal passager qui s'en va de soi-même et qui n'a pas de suite. Faites -lui toutes mes amitiés.
Si vous avez une occasion pour Genève, j'aimerais que vous flssiez passer les livres à mon petit-fils et filleul qui étudie là-bas. Vous faites bien d'élever ma petite-fille sans corset, Que Dieu la bénisse et vous bénisse tous.
Vous pouvez croire que je commence à devenir heureux dans mes perspectives d'avenir- Je le serais vraiment si je pouvais voir la paix et l'amitié rétablies entre nos deux pays; car j'ai santé, aisance, amis et réputation. La paix est le seul ingrédient qui manque à ma félicité.
Adieu, ma chère amie, croyez-moi toujours votre trèsaffectionné. B. P.
A JONATHAN SBIPLKT, £v£QUS Dï SAINT-ASAPH.
Passy, 10 juin 1782.
J'ai reçu et lu avec un plaisir infini la lettre de mon cher et respectable ami. Après un si long silence, amené par de si tristes causes, un mot de votre main est pour moi le pronostic d'un temps plus heureux où nous pourrons causer et communiquer librement, sans avoir rien à craindre de la malveillance de certains hommes que le mauvais succès de leurs odieux projets rend enragés.
Gomme vous, et par amour de l'humanité, je désire le retour de la paix. L'espoir de passer quelques-uns de mes derniers jours au milieu des douces causeries et de Paimable société dont je jouissais à Twyford *, est un motif particulier qui se joint au vœu général et excite mes efforts pour atteindre cette première de toutes les bénédictions. J'ai eu trop d'occasions de réfléchir à la folie et aux malheurs de la guerre, ainsi qu'au peu d'avantage qu'en retirent les nations qui l'ont conduite avec le plus de succès, el j'en suis venu à penser qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais de bonne guerre, ni de mauvaise paix.
Vous me demandez si j'ai conservé du goût pour mes anciennes études? — Oui sans doute; mais je ne puis m'y livrer. D'autres affaires malheureusement absorbent tout mon temps. L'année dernière j'ai demandé au Congrès de me décharger des fonctions publiques que j'exerce ici, pour qu'il me fût permis de jouir d'un peu de repos sur le soir d'une longue vie d'affaires; le Congrès m'a refusé, et je suis forcé de traîner mon boulet un peu plus longtemps.
En vieillissant, que vous êtes heureux d'avoir autour de vous celte chère et aimable famille. Quatre filles ! Quelle richesse? Je n'en ai qu'une, et encore faut-il qu'elle vive à mille lieues de moi 1 Je ne ressens que trop la privation de tous les soins qu'on peut attendre d'une fille ; je donnerais le monde entier pour en avoir une auprès de moi. Tous vos portraits sont rangés au-dessus de ma cheminée; votre image n'est pas seulement dans mon cœur, elle est sans cesse devant mes yeux.
La cause de la liberté et celle de l'Amérique vous sont toutes deux infiniment redevables. Je souhaite que vous viviez assez longtemps pour voir notre pays florissant sous sa nouvelle constitution, qui, j'en suis sûr, vous fera grand plaisir. Permettez-moi de vous exprimer un autre