‹ Correspondance complète de la marquise du Deffand avec ... le président Hénault, Montesquieu, dChapitre 15 sur 51 · SA TIE, S05 SALOV, SES AMIS, SES LETTRES · texte numérisé non relu

SA TIE, S05 SALOV, SES AMIS, SES LETTRES

« Ah ! m» chère prénéente, qu'avec tout cela je mim quelquefeit de mauvaise humeur de me trouver seul dans ma chanibre et de sentir qoe TOUS êtes à trente Keues de mev ? Toits devez être dans le pays de Cocag^ne. M. l'ahbé d*AiBfreTffle, avec son ventre de prélat et s«n TÎsa^ de duinibin , ne ressemble pus mal «w roi de Cocagne. Je Bs'ima^ne qae vo«s Mes des soupers charmants, qne l'imagkiatioa Tire et liiconde de madame du Deflànd et eelle de M. l'abbé cTAnifrevflle en donnent à notre ami Thiériot, et ipi'enfin tous ros moments sont dëhcieox. M. le chevalier des Allenrs es%-ii encore. arec vous? Il m'avait dit qu'il y resterait tant qu'il y tronverait éa plaisir; je jo^ q«*ii y demeanera 1ong[teraps. »

Depuis, Voltaire et madame du Defibnd m sont retrouvés à Sceaux 9 et connus et estimés de plus près. Les véritables relations commencent. Le dévouement y reiiq)iace la politesse. Macbme du Def&nd propose à Voltaire une charge à la cour de Sceaux, et le presse de Taccepter, dans Tîntérêt un peu égoïste de son agrément et de celui de la spirituelle duduesse.

• Vous m'avez propose, madame, répond Voltaire en 1732, d*achetei one charge d'ëcnyer chez madame la duchesse au Maine, et ne me sentant pas assex dispos pour cet emploi , j'ai éiâ obli^ d'attcndi^ d'autres occasioos de vons fidre ma cour. On dit qu'avec cette chaii^ d'ëcuyer, il en vaque une de lecteur ; je suie bien sûr que ce n'est pas un bénéfice Mmple chez madame du Maine comme chez le Roi. Je voudrais de tout mon cœur prendre pour moi cet emploi ; mais j'ai en main une personne qm, avec plus d*csprit, de jeunesse et de poitrine, s'en acquittera mieux

que moi Il a auprès do vous une recommandation bien puissante : il

p*l ami de M. de Forment , (pii vous répondra de «on esprit et de ses

mœars An nom de Dieu, réussissez tlans cette afiaire, pour votre

plaisir, pour votre lionneur, pour celui de madame du Maine et pooi* 1 amour de Formont, qui vous en prie pour moi.... Adieu, madame, je TOUS suis attaché comme l'abbé Linant vous le sera, avec le plus respectueux et le plus tendre dévouement. »

Ix*23 mai 1734, madame du DefPand fut employée par Voltaire à amortir par son crédit le contre-coup des Lettres philosophiques y et elle se prêta de la meilleure grâce du monde à ce rôle de médiatrice .

Basle , ce Î3 mai 1734.

• Vraiment , madame, quand j'eus l'honnem* de vous écrire et de TOUS prier d'engager vos amis à parler à M. de Main-epas, ce n'était pas de peur qu'il me fît du mal , c'était afin qu'il me fît du bien. Je le priais comme mon bon ange; mais mon mauvais ange, par malheur, est beaucoup plus puissant ({uc lui. ?('admii'cz- vous pas, madame, tous ces beaux discours qu'on tient à l'égard de ces scandaleuses Lettres? Madame la duchesse du Maine est-elle bien fâchée que j'aie mis Newtou au-dessus de Descartes? Et comment madame la duchesse de Villais, qui aime

LKUiT MADAME DU DEFFAND.

tant les idées innées , trouvera-t-elle la hardiesse que j*ai eue de traiter ses idées innées de chimères?...

• Si je ne reviens point, soyez sûre que vous serez à la tête des

personnes que je reg^tterai. Si vous voyez M. le président Hénault, diteslui bien qu'il parle, et souvent, à M. Rouillé; quand il ne serait point à portée de me rendre service, votre suffrage et le sien me suffiraient contre la fureur des dévots et contre les lettres <le cachet. Si vous vouliez m'honorer de votre souvenir, écrivez-moi à Paris, vis-à-vis Saiut-Gervais : les lettres me seront rendues. Ayez la bonté de mettre une petite marque, comme deux DD, par exemple, afin que je reconnaisse vos lettres. Je ne devrais pas me méprendre au style ; mais quelquefois on fait des quiproquos. •

Le 26 janvier 1735, Voltaire écrit à M. de Formont, devenu, comme on va le voir, son représentant ordinaire auprès de madame du Defland, son plénipotentiaire de salon :

M Voyez- vous toujours madame du De£Bamd? Elle m*a abandonné net.»

Ponnont le détrompe par une jolie lettre écrite en son nom, et Voltaire, enchanté, de répondre (13 février):

« Si madame du Defiand, mon cher ami, avait toujours un secrétaire comme vous, elle ferait bien de passer une partie de sa vie à écrire. Faites souvent, je vous en prie, en votre nom ce que vous avez fait au sien ; consolez-moi de votre absence et de la sienne par le commerce aimable de vos lettres. »

H Faites souvenir de moi, écrit-il le 12 juin, de Lunéville, à Thiériot, les Froulay, les des Alleurs, les Pont-de-Vcyic, les du Deffand, et (otam hanc suavissimam gentem. •

Enfin son enthousiasme déborde. II a reçu des vers de madame du Deffend et de Fonnont, alterna camœna. Son remerciment est un véritable feu d'artifice de compliments et de rimes. Il est heureux , il est aimé ou croit l'être , ce qui est la même chose, et sur ce fond bleu de sa vie d'alors, sa galante pyrotechnie parait plus légère et plus brillante.

H J'ai reçu, madame, une lettre charmante; comment ne le seraitelle pas, écrite par vous et par M. de Formont? Une lettre de vous est une faveur dont je n'avais pas besoin d'être privé »i longtemps pour en sentir tout le prix. Mais des vers! des vers, des rimes redoublées! voilà de quoi me tourner la cervelle mille fois, si votre prose d'ailleurs ne suffisait pas.

De qai sont-ils ces vers heureux , Légers, faciles, gracieux?

Ils ont coinmc vous l'art de plaire.

Du Deffand , vous êtes la mère De CCS enfants ingénieux.

SA VIE, SON SALON, SES AMIS, SES LETTRES. lxxxw

Forment, cet autre paresseux , En est>il avec tous le père t Il.H sont bien dignes de tous deux, Mais je ne les méritais guère.

• Je suis enchanté pourtant comme si je les méritais. Il est triste do n*aToir ces bonnes fbiîunes-là qu'une fois par an, tout au plus.

Ah ! ce auc vous faites si bien , Pourquoi si rarement le faire?

Si tel est votre caractère, Je plains celui qu*uu doux lien Soumet à votre iiumcur sévère.

> Il est bien \Tai qu'il y a des personnes fort paresseuses en amitié , et très-activcs en amour; il est vrai encore qu'une de vos faveurs est sans duuto plus précieuse que mille empressements d'un autre. Je le sens bien par cette lettre séduisante que vous m'avez écrite, et c'est précisément ce (pii fait que je voudrais en avoir de pareilles tous les jours.

• Je me sais bien bon (pré d'avoir fpnflbnné dans ma vie tant de prose et de vers, puisque cela a l'honneur de vous amuser quelquefois. Mes pauvres Quakers vous sont bien obligés de les aimer; ils sont bien plus fiers de votre suffrage que fâchés d'avoir été brûlés. Vous plaire est un excellent onguent pour la brûlure. Je vois que Dieu a touché votre cœur et que vous n'êtes pas loin du royaume des cieux, puisque vous avez du penchant pour mes bons Quakers.

Ils ont le ton bien familier.

Mais c'est celui de l'innocence, lin quaker dit tout ce qu'il pense.

Il faut, s'il vous plaît, essuyer Sa naïve et rude éloquence ; (]l;ir en voulant vou>i avouer Que sur son cœur simple et grossier Vous avez entière puisi>ance, Il est homme à vous tutoyer, En dépit de la bienséance.

Heureux le mortel enchanté Qui dans vos bras , belle Délie , Dans ces moments où Ton s'oublir, Peut pn^ndre cette lilierlé.

Sans choquer la civilité De notre nation polie !

• Quelque bégueule respectable trouvera peut-être, madame ces derniers vers un peu forts; mais vous qui êtes respectable, sans être b^ieule, vous me les pardonnerez.. »

Cirey, 18 mars 1736.

• Une assez longue maladie, madaïuc, m'a empêché de répondnr plu» tôt à la lettre charmante dont vous m'avez honoré. Vous devez vous intéresser à cette maladie ; elle a été causée par trop de travail. Eh ! quel objet ai-je dans tous mes travaux , que l'envie de vous plaire et de mériter votre suffrage! Celui (|ue vous donnez à mes Américains,

Lxzsvi MADAME DU DEFFAND.

et surtout à la vertu simple et tendre cl*Alzire, nie console bien de toutes les critiques de la petite ville qui est à quatre lieues de Paris, à cinq cents lieues du bon g[oût, et qu'on appelle la Gonr.

" Je ferai ce que je pourrai assurément pour rendre Gusman plus tolërable. Je ne veux point me justifier sur un rôle qui vous déplaît ; mais Grandval ne m'a-t-il pas fait aussi un peu de tort? n'a-t-il pas outré le caractère? n*a-t-il pas rendu féroce ce que je n'ai prétendu peindre que sévère?

»» Vous pensâtes, dites- vwis , dès les premiers vers, que Gusman ferait pendre son père. Eb! madame, le premier vers qu'il dit est celui-ci :

Quand %'ous priez un fiU, seigneur, %'ous commandez.

N'a-t-il pas l'aatorité de tous les vice-rois du Pérou , et cette inflexibilité ue peot-elle pas s'accorder avec les sentiments d'un fils? Sylla et Marius aimaient leur père.

» Enfin la pièce est fondée mu* le cbang^ement de son cœur. Et si le cœur était doux, tendre, compatissant au pi*cmier acte, qu'aurait-on fait au dernier?

» Permettez-moi de vous parler plus positivement sur Pope. Vous me dites que l'amour social fait que tout ce qui est, est bien. Premièrement^ ce n'est point ce qu'il nonune anwur social (très-mal à propos) qui est chez lui le fondement et la pi*euve de l'ordre de l'univers. Tout ce qui est, est bien, parce qu'un être infiniment sage en est l'auteur; et c'est l'objet delà première épître. Ensuite il appelle amour social, dans l'épître dernière , cette providence bienfaisante par laquelle les animaux servent de subsistance les uns aux antres. Milord Shafiesbury, ([ui le premier a établi une partie de ce système, prétendait avec raison (pie Dieu avait donné à l'homme l'amour de lui-même pour l'ençaçer à conserver son otrc*; et V amour social, c'est-à-dire un instinct très-subordonné à l'amoui^propre , et qui se joint à ce grand ressort, est le fondement de la société.

» Mais il est bien étrange d'imputer à je ne sais quel amour social dans Dieu , cette fureur iiTésistible avec laquelle toutes les espèces d'animaux sont portées à s' entre-dé vorer. Il parait <hi dessein à cela , d'accord ; mais c'est un dessein qui assurément ne pent être appelé amour.

» Tout l'ouvrage de Pope fourmille de pareilles obscurités : il y a cent éclairs admirables qui percent à tout moment cette nuit, et votre imagination brillante doit les aimer : ce qui est beau et lumineux est votre élément. Ne craignez point de fiiire la disserteuse, ne rougissez point de joindre aux grâces de votre personne la force de votre esprit; faites des iicends avec les autres femmes; mais parlez-moi raison.

rt Je vous supplie, madame, de me ménager les bontés de M. le président Hénault; c'est l'esprit le plus adroit et le plus aimable que j'aie jamais connu. Mille respects et un éternel attachement.

C'est le 18 mars que commence entre T'oltaire et madame du Tkfiand la véritable correspondance, celle où ils raisonnent ensemble, faonueur que Voltaire faisait à peu de peraoniies.

SA VIE, SON SALON, SES AMIS, SiiS LETTRES, luzvii

Le 11 novembre 1738, Voltaire écrit de Cirey à M. de Formont :

• Vous voyez sans doute souvent inadiime du DefRuid; elle m'oublie, comme de raison, et moi, je me souviens toujours d'elle ; j'en ferai une ingrate; je lui serai toujours attache. »

De BruxeHen^ il «dresse, le l*' avril 1740, à ce même Fomiont, ces vers , qid ont Tag^lité et la {jaieté mélancolique de l'alouette :

Vous voilà dans l'heureux pays Des belles et des beaux esprits , Des bagatelles renaissantes, Des bons et des mauvais écrits.

Vous entendez, les vendredis, Ces clameurs longues et touchantes Dont le Maure enchante Paris.

Des soupers avec gens choisis ; De vos jours , filés par les Bis , Finissent les heures charmantes ; Mais ce qui vaut assurément Bien mieux qu'une pièce nouvelle Et que le aoupcr le plus grand, Vous vivez avec du Deliand.

Le reste est un amusement :

Le vrai bonheur est auprès d'elle.

Le 20 août 1740, c'est au président Hénault que Voltaire s adresse :

« Si madame du Dcfïànd et les personnes avec Icscpiellcs vous vivez daignaient se souvenir que j'existe, je vous supplierais de leur présenter me% respects. «

Le 3 mars 1741 , c'est au tour de Formont :

Formont ! vous et du Deffand , C'est-à-dire les agréments, L'espiit, les bons mots, l'éloquence, Et vous, plaisirs qui valez tout , Plaisirs, je vous suivis par goût.

Et les Kewton ])ar complaisance.

Cette lettre finit ainsi :

« Une de vos conversations avec madame du Deflfand vaut mieux (jue tout ce qui est à la diambrc syndicale des libraires.

■ Madame du Châtelet vous fait mille com])Iiments. Elle sait tout ce que vous valez^ tout comme madame du DclBind. Ce sont deux femmes bien aimables (pie ces deux femmes-là. Adieu, mon cher ami '. »

^ La Préface de la Cotnrexpondance inédite de madame du Deffand , Michel Lcvv, 1859, 2 vol., p. XXIV, dé.^igne à tort cette lettre cotnnic adressée au pré»ideiit Uéiiauli.

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