‹ Correspondance complète de la marquise du Deffand avec ... le président Hénault, Montesquieu, dChapitre 17 sur 51 · II» MAD.VS1K DU DEFFASD · texte numérisé non relu

II» MAD.VS1K DU DEFFASD

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«U' chevalier Biaise- Ma ni- d'Aydie, né vers UHM, fil* de i> Frani'oiiid'Aydioetde Marii-deSiiiiitc-Auliiin-, l'-Liil propix- nvveu , 'I par x!t mère, du iiiiircgitis de Saiutc-Auhiirc. de l'Aradéiniv firan- 'I i;aise. Sun pan-ntii eurent neuf eiiIUnln et peu de liîen ; trois ftlle* » onlivrciil ail eoiivcnl. InitH liidel» smvin-nt l'état ecdi'iiiastifiue. » Rlaise, le seeund iIi'm |;an;ons, ^iii avait le titre de dei-c lontiurd « du diosèae de Péri^riieux, elievalier non )>rotës de l'ordre de Il Saint-Jean de JéniKalem, fnl ))ré!ienté à hi roiir du Palais-Royal ■• par son rnusin le eointe de Itionis. leijiiel était l'amant avoué et » le mari sein-et de la diieliesse de Ilcri y . la fiHe du Itégent . Riom* «avait la liante main un Ln\emliour|; ; il intruduixit son jeune i< couRin, dont la bonne mine réussit d'emblée assez bien potir at- " tirer un eapriee pass:i{;ei- de cette princesse, ijui ne se les refusait Il pas. Ia' elievalier était donc dans le inonde sur le pied d'un i> bomme à la mode, lorstju'tl rencontra mademoiselle Aîssé, et >> de ce joui^là il ne fut [lius qu'un homme passionné, délicat et aennsible". n

C'est chez madame du DeRand, en 1721 ou 1720, au plus t&t, que te cbe^-alier rencontra celle qui devait occuper son c(rur, « vie, et lui foire une part dons u gracieuse immortalité.

Voltaire et madame du De&nd noiu ont laissé , épara dans leun

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SA VIE, SON SALON, SES AMIS, SES LETTRES. gixt

le plus que j*ai pu d'amour, de jalousie , de Auteur, do bienséance , de probité et de grandeur d*àme. J*ai inia(jine un sire de Coucy qui est un très-digne liomine, comme on n'en voit çucre à la cour; un très-loyal dieralier, comme qui dirait le chevalier d*Aydie ou le chevalier de Frodlay*. »

Dans une autre lettre du 13 janvier 1736, ii dit encore au môme lliiénot :

* Si vous revoyez les deux chevaliers sans .peur et sans reproche , JQJfUnez, je vous en pne, votre reconnaissance à la mienne. Je leur ai écrit; mais il me semble que je ne leur ai pas dit avec quelle sensibilité jrsuis touché de leurs bontés , et combien je suis or^eilleux d'avoir pour nés protecteiuY les deux plus vertueux hommes du royaume. »

Madame du Deffand , de son côté , dîia :

* L'esprit de M. le chevalier d'Aydie est chaud , ferme et vi{;oureux ; toat en lui a la fv>rce et la vérité du sentiment. On dit de M. de Fontfoelle , qu'à la place du cœur il a un second cerveau ; on pourrait croire qae la tête du chevalier contient un second cœur. Il prouve la vérité de ce que dit Rousseau, que c'est dans notre cœur que notre esprit réside...

■ Le chevalier est trop souvent afiecté et remué pour que son humeur foit cfçale , mais cette inég^alité est plutôt a{[rcable que fi'icheusc. Clia{[rin ans être triste , misanthrope sans être sauvage , toujours vrai et naturel Auis ses différents chan{jements , il plaît par ses propres déf.mts, et l'on leraît bien fâché qu'il fût plus parfait. •

Pour re qui est de la valeur intellectuelle du chevalier, écoutons encore M. Sainte-Beuve :

■ Sann être un bel esprit comme cela devenait de mode à cette date , le chevalier d'Aydie avait de la lecture et du jugement ; il savait écouter et tjoûler; son suflfrage était de ceux qu'on ne né{j[lig[eiiit pas. Lorsque d'Alembert publia , en 1753 , ses deux premiers volumes de M(^langesy madame du Defland consulta les diverses personnes de sa société ; elle alla, pour ainsi ihre , aux voix dans son salon , et mit à part les avis divers pour que l'auteur en pût faire ensuite son profit. C'est sans doute ce qui a procuré l'opinion du chevalier d'Aydie, qu'on peut lire d.ins les œuvres de d'Alembert *. »

Heureux hounne dont mademoiselle Aïssé nous a attesté le ccrur, rt dont madame du Deffand, d'Alembert et Montesquieu ont estime 1 «prit !

\j^ lettres du chevalier, pleines d'un énergique bon sens, d'une mâle (jaieté , d'une verve ori{;tnale , ne démentent pas tous ces éloges et ces illustres témoins.

* IxMtre du 24 février 1733.

^ Œuvrer posthumes, an XII, 1. 1*% p. 117.— Voir iVofice sur mademoistUe Àusê, par Sainte- ii<*uvc, p. 35.

cxxvi MADAME DU DEFFAND.

ti Votre dernière lettre, madame, écrivait-il à madame du Deffiuid le 27 juin 1754, m'a fait encore plus de plaisir que lc« autres; elle ett plus longue ; elle remet sous mes yeux \vê allui*es et rimaçe de presque toutes les persoinies (jui coni|>osent voire société. Elle vous représente si parfaitement vous-m^nnc \ (\uh (ont moment, je mourais d*envie de vous embrasser. H faut pourtant , madame, passer Ié(jêrement, et ne pas faire semblant <rentendrc quelques articles où vous me paraissez avoir toujours un peu le diable au corps, non déplaise à vos prétendues réticences. Je vous aveiiirais seulement qu'une personne comme vous, qui a voulu être dévote, et qui (soit dit sans reproche) n'a jamais pu le devenir, <loit juger et parler des gens de Dieu avec modestie et révérence, etc. *... »

Par toutes ces lettres du chevalier, de M. de Fomiont et autres, nous suivons d'Alenibert connne eux avec des yeux aniis , triomphant (le l'ingratitude de la fortune et de son propre caractère , et obtenant enBn par une pension du roi de Prusse , et bientôt par une place à PAcadémie, la justice qui lui était due.

Rien, après son talent, ne fit plus pour ces succès que i 'amitié ingénieuse , infatigable , habile de madame du Deflfand , qui avait fait de la gloire et du bonheur de cet homme une question de salon, comme qui dirait une question de cabinet, et s'était portée à la res(!ousse de ses adversaires avec luie sorte de passion et de belle folie. D'Alembert, à cette époque, ne faisait pas difficulté de reconnaître des services qui mettaient madame du Deffand , sous le rapport intellectuel, siu' le même pied (jue la vitrière Rousseau, sa nourrice, sous le rapport matériel. Il devait la vie à l'une, à l'autre il devait la gloire solide qui avait succédé à ses équivoques et difficiles débuts, quand il entra dans le monde u en qualité de prodige n . D'Àlembert, né plus sensible que tendre, rendait justice et hommage à ce dévouement si intelligent et si efficace d'une femme qu'il avouait «aimer à la folie » , mais peut-être sentait-il ces bienfaits malemels de madame duDeflfand moins vivement encore que les autres.

C'est par Formont, plutôt que par lui, que nous nous faisons une idée de la valeur et de l'industrie déployées par madame du Deffand, dans ce tournoi académique de 1754, dont un fauteuil était le prix , que lui disputait madame de Chaulnes.

« Je suis enchanté, écrit Formont, le 4 décembre 1754, de réiection de d'Alembeii ; il semble qu'il ne fallait (pie le montrer, et que c*était ime chose faite. Cependant vous avez eu besoin de tous (en talents que

' Combien cette lettre de madame du Deffand ent rojjrettable ! jNe serait-il pas possible de la rerherclier et de la retruiiver dans les papiers si libéralement déflora déjà par l'édition à^ Aïssé par la famille de Bunneval?

2 Voir notre t. K% p. 209.

SA VIE, SON SALO>\ SES AMIS, SES LETTRES. cxxvii

votu avez pour iu négociation ; inaût mi n'est pin» sarpria quand on fiût réflexion que vous aviez aflàirc à l'ilhiKti-c , à la savante duchesse de Chanlnes* •

Mais quelqu'un qui dut savourer ce triomphe , en jouir plus que penonne, plus que d'Alembert , plus que Forment , c'est madame du Defland , qui savait tout ce qu'il lui avait coûté. C'est sur ce beau succès qu'elle put achever de fermer les yeux , et cette grande joie fit ime heureuse et salutaire diversion à cette grande douleur. Grâce à ce concert consolateur , aux efforts de mademoiselle de Lestpinasse, de Formont et du chevalier d'Aydie, auquel vint se joindre Voltaire lui-même, elle passa pour ainsi dire sans s'en apercevoir ce terrible défilé qui mène de la crainte à la réalité, du crépuscule à la nuit. Elle ne pouvait plus lire les lettres de ses amis, elle ne pouvait plus les voir, mais ces amis redoublaient si bien de «rie et d'esprit , mademoiselle de Lespinasse leur prétait un si tendre et si pénétrant accent, que madame du Deffand croyait du moins les entendre, leur découvrait des qualités nouvelles, et oubliait, en les retrouvant plus aimables que jamais, qu'elle avait perdu les yeux.

• Votre lettre est diannante, écrivait-elle au chevalier d'Aydie, le U juillet 1755*; elle a fait l'admiration de tous ceux à qui je l'ai lue. Je TOUS retrouve tel que vous étiez dans vos plus beaux jours... J'ai fiiit lire rotre lettre par d'Alcnibcii à mesdames du Châtel et de Mirepoix. On l'a fnit recnnnnencer deux ou trois fois do suite; on ne pouvait s'en lasser; en eflêt, c'est un che^i'œn\Te. Je la eonserverai précieusement toute ma vi(r, et je vous la ferai relire quand je serai contente de vous. C'c*»l à vous (ju'il appartient de poindre, porsoime n'a plus que vous le style de sa pensée; c'est-à-dire que vos pensées sont à vous, qu'elles sont orifjinales, et que vous n'avez pas besoin d'avoir recour» à la recherdie de l'expres^^ion pour leur donner l'air de la nouveauté... •

Nous avons gardé poui- la bonne bouche les lettres de Voltaire , cpii ne furent pas une des moindres consolations de madame du Defiand dans ces années d'épreuve. C'est Voltaire qui fera , en beaiu vers et en belle piose , la {;alante oraison funèbre de ses yeux et Tapothéose de son esprit.

Il avait salué d'une salve d'éloçes et de reçrets la première annonce du mal qui menaçait madame du DefEind, et pour la mieux coDsoler, il fei{} liait de devenir aveugle comme elle, délicatesse qu'il finira par pousser plus tard jusqu'à la satiété et à la banalité.

• Voir notre t. 1«% j). 224.

5 ïbul., p. 228.

»xviii MADAME DU DEFFAND.

M Je suis à peu près, monsieur, écrit-il à Fonnont*, comme madame du Dcfi&nd. Je ne peux ([ucre écrire, mais je dicte avec une ^ande consolation les expressions de ma reconnaissance pour votre souvenir. Comptez que vous et madame du Defïnnd vous êtes au premier rang des personnes que je re{[i*ette , connue de celles dont le sufirag^e m'est le plus précieux... Adieu, monsieur, soyez persuadé que je ne vous oubliermi jamais... Présentez à madame du Defîand mes plus tendres respects. »

Le 28 avril 1 752 , il sVxcuse flatteuseinenl auprès du même Formont et par lui auprès de madame du Defland , de ce qu'il ne leur a pas encore envoyé \d Siècle de Louis XIV, la première édition n'étant qu'un essai non encore dig^e d'eux.

ïje 29 février 1754 commence le lamcntabile carmen. Il est impossible de mettre sur une plaie plus délicate un baume plus délicat :

«Mon ancien ami, éciit-il à Formont, votre souvenir me console beaucoup ; mais ce que vous me dites des yeux de madame du Deffiuid me fait une peine extrême. Ils étaient auû'cfbis bien brillants et bien beaux. Pourquoi faut-il qu'on soit puni par où l'un a péché, et ipiellc rage la nature a-t-elle de gâter ses plus beaux ouvrages? Du moins, madame du Defland conserve son esprit , qui est encore plus beau que ses yeux. La voilà donc à peu près comme madame de Staal, à cela près qu'elle a, ne vous déplaise, plus d'imagination que madame de Staal n'en a jamais eu. Je la prie de joindre à cette imagination un peu de mémoire, et de se souvenir d'un de ses plus passionnés courtisans, qni s'intéressera toute sa vie à elle. »

Enfin Voltaire adressait à madame du Defland elle-même cette adorable lettre du 3 mars 1 754 :

« Votre lettre, madame, m'a attendii plus que vous ne pensez, et je vous assure que mes yeux ont été un peu humides en lisant ce qui est arrivé aux vôtres. J'avais jugé, d'après la lettre de M. de Fonnont, que vous étiez entre chien et loup, et non p<is tout à fait dans la nuit. Je pensais que vous étiez à peu près dans l'état de madame de Staal , ayant par-dessus elle le bonheur inestimable d'être libre , de vivre chez vous , et de n'être point assujettie chez lino princesse à une conduite gênante qui tenait de l'hypocrisie; enfin, d'avoir des amis qui pensent et qiri parlent Hbrement avec vous.

» Je ne regrettais donc, madame , dans vos yeux que la peiie de votre beauté, et je vous savais même assez philosophe pour vous en consoler; mais si vous avez perdu la vue, je vous plains infiniment. Je ne vous proposerai pas l'exemple de M. de iS...^, aveugle à vingt ans, toujours gai , et même trop gai. Je conviens avec vous que la vie n'est pas bonne à grand'chose ; nous ne la supportons que par la force d'un instinct

1 De Berlin , le 25 février 1754.

'^ De Senneterre.

SA VIE, SOxN SALON, SES AMIS, SES LETTRES. ciziz

|ireM|ii(* invincible qno la nattu'c nous a donnd : elle a ajoute à cet inutiiH't le fond de la boite de Pandore, l'espérance.

• Je ne sain pa8 ti*o|> ce que je deviendrai, et je ne m'en soucie (j[nère ; mais compte/., madame, (jue vous éias la personne du monde pour cpii j'ai le plus tendre respect et l'amitié la plus inaltérable.

• Penuettez que je fasse mille <*ompIiments à M. de Formont. Le prémlent llénault donne-t-il toujours la préférence à la reine sur vous? Il mI vrai que la reine a bien de l'esprit.

• Adieu, madame, comptez que je sens bien vivement votre triste état, et que du bord de mon tombeau, je voudrais pouvoir contribuera b douceur de votre vie. Restez-vous à Paris? Passe/.-vous l'été à la campagne? Les lieux et les hommes vous sont-ils indifférents? Votre sort ne me le sera jamais. »

Au milieu de ces éloges, de ces lettres, de ces conversations, de ces soupers, la vie de madame du Defïand s'écoulait avec une assez agréable monotonie, et elle y trouvait assez d'agréments pour « résigner sans cesser de sourire. Ce n'est qu'à partir de 1758 que l'abat , sur sa sécurité , sur sa tranquillité , un orage dont la mort de deux de ses meilleurs amis , Formont et le chevalier d'Aydie , sont les éclairs , dont la décadence croissante de sa liaison avec dWlenibert est le tonnerre intermittent, dont l'éclat scandaleux qui la sépfira à jamais de mademoiselle de I^spinasse et d'une partie «lésa soi'iété est le coup de foudre final; coup mortel, si madame <lii DcfKnid n'eût pas été de cette race souple , nerveuse , de cette ran» d'acier dont était VolLiire, de cette race qui plie mais ne nnnpt point sous la tempête. Nous allons raconter succinctement f^ divers épisodes au bout desquels nous trouverons, comme la ver- «luix* plus verte après l'orage , comme le ciel plus bleu au sortir d'un tiuinel , ratmospliùre plus sereine , les visages plus animés , la so<*iété plus noiTd)reuse que jamais dans le salon de Saint-Joseph arrivé à son apogée, et désormais gouverné magistralement par une Femme pfde, douce, dont l'âme, complètement apaisée, voltige dans un triste sourire , et dont le visiige de marbre aux yeux fermés inspiiv ce respect attendrissant qu'on éprouve devant ime belle virtime de la fîitalité.

Madame du Defïand perdit M. de Formont en 1758. £n 1758 «'éteignit subitement cet homme « délicieux * » , « la bonté incamée » , qui pendant trente ans n'avait pas été pour madame du

' Voir notre t. !«', p. 71,

cxxx MADAME DU DEFFAND.

DcfFand seulement un ami , mais l'ami par excellence , et que tout le monde aimait, comme* madame de Beauvau, w h la folie. » *

C'est madame du Defiand qui apprit elle-même à Voltaire cette nouvelle , le suppliant de s'associer à sa douleur et de donner à leur ami commun, par quelque éloge funèbre , une statue qui participât à son immortalité.

M Je croyais que vous m'ariez oubliée, monsieur; je m'en affligeais «ans me plaindre ; mais la plus grande perte que je {Hnivaifl jamais faire , et qui met le comble à niex malheurs, m*a rappelée à votre souvenir. Nul autre que vous n*a si parfaitement parlé de l'amitié ; la connaissant si bien, vous devez juger de ma douleur. L'ami que je regretterai toute ma vie me faisait sentir la vérité de ces vers qui sont dans votre discours de la Modération :

O divine amitié! félicite parfaite!

• Je le dirais sans cesse avec délices , je le dirai présenteuient «Tec amertume et douleur!

• Mais, monsieur, pourquoi refuseiiez-vous à mon ami un mot d'éloge? Sfirement vous l'en avez trouve digne ; vous faisiez cas de son esprit, <le son goût, de son jugement, de son cœur et de son caractère. Il n'était point de ces philosophes in-folio qui enseignent à mépriser ie public , à détester les grands (jui voudraient n'en reiicrontrcr dans aucun genre , et qui se plaisent à boideverser les têtes par des sopbisines et par des ])aradoxes Bitigants et ennuyeux ; il était bien éloigné de ces extravagances : c'était le plus sincère de vos admirateurs, et, je crois, un des plus éclairés. Mais , monsieur, pcmrquoi ne serait-il loué que par moi? Quatre lignes de vous, soit en vei-s, soit en prose, honoreraient sa mémoire et seraient pour moi une vraie consolati<m. »

Voltaire répondit :

M Libre d'amliitiou, iln soins et d'estrlavage, \)c6 sottises du inonde éclairé s|M*c'tnt(nir,

Il se {i[arda hicn irètre act(?ur.

Et fut heureux autant que sajje.

Il fuyait le yain nom cl auteur; Il dédaitfua de vivre au U'niph: de Mémoire,

Mais il vivra danj* notre cœur :

C'est sans doute assez pour sa {][toire. »

« Les fleurs que je jette , madame , sur le tombeau de notre ami Formont sont sèches et fanées comme moi. Le talent s'en va, l'âge détruit tout. Que ])oiivez-vous attendre d'un campagnard qui ne sait plus que planter et que semer dans la saison? J'ai conservé de la sensibilité; c*est tout ce qui me reste, et ce reste est pour vous ; mais je n'écris guère que dans les occasions '• »

• Voir notre t. I«'', p. 239;

SA VIE, SON SALON, SES AMIS, SES LETTRES. cxui

Nous suppléerons au inai^pre hommage tii*é par Voltaire de sa mne tarie. Nous nous bornerons à inscrire sur la tombe de Forment ce qu*îl lui éciîvait à uue autre époque , à ce temps de la jeunesse prodigue où il ayait des vers et des compliments pour le ■oindre de ses amis . L'homme a qui Voltaire écrivait le 29 avril 1 732 :

Formont, rbcz nous tant regretté, Toi qui, parlant arec linesse.

Penses avec suiiditc , Et Siios languir dans la paresse Vis heureux àsm^ l'oÎAvité, Dis-BOBS nn peu sans Tanité Des nouyelles de la Sagesse Et dfT sa s(eur la Volupté ; Car on iiait bien qa*à ton cAté Ces deux. Hllcs yi^cnt san« cesse.

L'une et Taurro est une maîtresse Pour qui j*ai beaucoup de tendresse, Mais cNNit Formont a seul gonté.

• Nous £iiiM>ns quelquefois bonne chère, assez souvent inau-

Tiif e ; mais «oit qu*(Mi meure de faim ou qu'on crève , on dit toujoiu*s : ■ Ah ! si M. de Formont était là. •

Lliomme à qui Voltaire écrivait le 26 janvier 1735 :

• L'extrême plaisir que j*ai eu à lire votre Epttre à M. tabbtf du hcinel Hiit que je vous pardouiic , mou cher ami , de ne me l'avoir pas envoyée plus tôt ; car lorsqu'on est bien content, il n'y a rien qu'on ne panloniio.

Votre fcnne pinceau, que rien ne dissimule, Peint du siècle passe les nobles attributs,

Et notre siècle ridicule.

Vous ii«ius nuintrut le» bieus que nous avons perdus. Les |>oi*tes du temps seront bien confondus,

Quand ils linint votre opuscule.

Devant des indi^^ts votre main accuonide

Les va:«t(r8 tn*sors de Crésus,

Vous vantrx la taillejd'llrrcule

Devant des nains et des bossus.

- En vente, je ne saurais vous dire trop de bien de ce petit ouvrapo. Voii* avez ranimé dans inoiycette ancienne idée que j'avais d'un Essai sur le ùcrli* de Louis XIV,,. Ce que vous dites en \''cr8 de tons les f^nds bnmnies de ce temps-là sera le modèle d'ane prose :

Car s'ils n'étaient connus par leurs écrits snblines.

Vous l(*s eussiez rendus famcnic.

.Inste en vos ju{;(Mn(':n(s et rliarniant daas vos rimes , ' Vous 1rs é{;al(>z tous lorsque vous |»arlez d'eHV. ■

u Le rlif'r philosophe, pooto aimahle, plein deçrâce et déraison * m ,

' Lettre du 6 mai 1735.

cxziii MADAME DU DEFFAND.

» à qui Virgile a prêté son pinceau * » , l'écrivain « au style juste et coulant, n à la raison ferme et polie * n , qui fait partie de ce trio pour lequel « est tout ce que fait Voltaire* n , le rival de Bacliauniont , rémuie de Voiture*, le second Chapelle *, le destinataire de cette épitre si flatteuse du 11 novembre 1738, — Formont , enfin , n*avait pas besoin d'autres titres pour aller à la postérité. Son ombre peut montrer aussi , comme des brevets d'immortalité , cette lettre du chevalier d'Aydie : « Je ne me consolerai point d'avoir manqué » l'occasion de passer un été avec notre ami Formont; je partage- » rais de si bon aruravec vous le plaisir que donnent sa conipa(;uie, n ses rires, ses bons mots* » ; et cette lettre du prince de Beauvau : M C'est un homme de bien bonne compagnie que vous perdez là ' n . Enfm elle pourrait montrer ses ingénieuses et afïectueiLses lettres à madame du Deflfaud , par lesquelles il la guérissait de l'ennui cjuand il était absent, comme par sa conversation quand il était là.

« Le.H maladies de ràiiie se giicrinsent souvent par un tour d*iiiinginatiou, et toujours parle temps et rhabitudc,-f|ui apprivoisent tout... Vous ne faites point assez d*usage des forces et des hiiiiiêres de votre esprit. Vous ne songez «ju'à vos pertes, sans penser aux ressouix»es qui sont en votre pouvoir. Il faut tenir t6te à ses ennemis, dissimuler avee de faux amis , et regarder les Iionnnes comme une Kiusse monnaie , mais avec laquelle on ne laisse pas que d'acheter de ragreuient et de la distraction. Il n'y a point de plus (p*ande folie que dY'trc malheureux... Au reste, vous avez bien raison de dire que vous seriez folie et injuste de np pas compter sur moi : oui, madame, je vous serai attaché toujours, toujours, soyez-en siu*e •• »

Cette première disparition de Fonnont dans l'éternité, où il suit madame de Flamarens et le général Bulkeley, semble commencer le vide et dénouer la chaîne ; le chevalier d'Aydie , entraîné dans la mort par tous ses amis qui l'y ont pré(.*édé, tombe en 17G0, encore vert et vigoureux, au retour de la chasse.

^lais si c'est une triste chose que de perdre par la mort ses meilleurs amis , quelle douleur n'est-ce |>as que de les perdre de leur

1 Lettre du 15 novembre 1735.

3 Lettre du i3 février 1736.

3 Lettre du 30 mai 1736.

^ Lettre du 23 décembre 1737.

ft Lettre du 14 juillet i738.

« Voir notre t. I«, p. MO.

7 /6i</., p. 2Sf .

8 /6iV/., p. 214.

SA VIE, SON SALON, SES AMIS, SES LETTRES, cxxxiii

vivant , et d'avoir à ajouter au regret de leur absence le reproche de leur ing^ratitude ! C*est cependant une semblable désertion qui va achever les épreuves de madame du DeflFand , et faire toucher au fond amer de l'expérience, comme Walpole plus tard la fera toucher au fond amer de la passion, cette femme destinée à épuiser tous les doutes , à ac'hever tous les calices , à recevoir, même en cheveux blancs, l'affront de toutes les leçons.

Nous connaissons assez d'Alembert pour savoir que la tendresse et la générosité étaient aussi étrangères à sa nature que la poésie l'est à la géométrie. Peu à peu, avec l'âge et la gloire, reparaissent ces âpretés foncières, dissimulées, même en cet homme ingrat, par les fleurs de la jeunesse, de l'espérance , qui font aux hommes les plus égoïstes comme une passagère parure de bonté et de grâce. Peu à peu le masque tombe, l'homme reste , et le héros rêvé témérairement par madame du Deffand s'évanouit. Madame du Deffand «'effraye de divers symptômes de refroidissement, d'indifférence. Il se laisse débaucher à d'autres sociétés plus attirantes et plus actives, les Boufl-lers, les Luxembourg, madame Geoffrin. Mademoiselle.de Lespinasse est obligée d'excuser celui dont l'amitié passionnée couve des projets d'émancipation et d'abandon.

• Je vais sans doute vous surprendre, écrit-elle à madame du Dcflànd, HQ vous apprenant que M. d*Alcmbert part demain pour Saint-Martin |M)ur ne revenir «jue jeudi. On ne lui a point demandé s'il voulait faire ce voyafj<*, et en conséqiKMice, madame de IJoufflcrs dit qu'elle l'enlève «iemain. Il m'a fait ]>romettre de vous mander qu'il avait beaucoup de regret au voya^je de Montmorency, car il comptait bien y venir; il se Uïi^aii nri f^rand plaisir d'avoir riionnenr de faire la cour à M. et à madame ia maréchale, et il s'affli^re, madame, d'être aussi longtemps à vous voir^.»

Madame du Deflfand, inquiète et mécontente des inconstances du pnsident , de madame de Mirepoix , de Pont-de-Veyle , ne peut retenir une plainte sur ces dispositions vagabondes d'un homme <]ui lui semblait si raisonnable , et qui , comme les sages quand ils ^ dérangent , s'éloigne de plus en plus du salon légitime , de l'annenne habitude, pour ajouter à ses infidélités ses relations avec le roi de Prusse.

Voltaire cherche à rassurer ses craintes et à retenir ses reproches :

• M. d'Alembert est bien digne de vous, madame, bien an-dcssu «!«* «on siècle *. J'exécuterai vos ordres au])rcs de M. d'Alembert, je voi le* i'ortcs raisons du prétendu éIoi(rnemcnt dont vous parlez ; mais vou

us

ois

vous

* Voii notre t. l*"", p. 217.

- Lettre du 19 mai 1754.

cxixnr MADAME DU DEFFAiKD.

en avez oublie nne, c*c»t cpie vous êtes éloignée de son quartier. VoiU donc le grand motif «ur lequel court le coitiincrcc de la vie! Savez-vou» bien, vous autres, ce qu'il y a de plus difficile à Paris? C'est d'attraper le bout de la journée ' . »

Madame du Defiand espère encore, tout en .^ méfiant déjà, et en oommençant à craindre de ne p)uvoir apprivoiser a ce cliat sauvage n . C'est à ce moment d^afiection clairvoyante , d'estime sans iUuMoa, qu'eiie écrit sans doute, dans le portrait de d'Alembert, ces lignes presque pi*ophétiques et dont l'observation semble un presaentiment:

• Le difsintc*re«scnient , ia vérité fomaent son caractère ; généreux , oonpaftiisaut, il a toutes les qualités essentielles, mais il n*a ]>as toutes celles de la société : il manque d'une certaine douceur et auidifltê qui en fait ragréuient ; son cœur ne paraît pas fort tendre, et Ton est jmi'té â croire qu'il y a plus de vertu en lui qne de sentimeat. On n*a point le plaisir d'éproaTcr avec lui qu'on hii est nécessaire ; fl n'exige rien et «es aoiis ; il aine mieux leur rendi^e des soimt que d'en rece\*oir d'eux. La reconnaissance ressemble trop aux devoii-s; elle générait sa liberté : toute gène, toute contrainte, de quelque espèce qu'elle puisse être, lui est insupportable, et on Ta par^itement défini en disant qu'il était esclave de Ta liberté. »

11 n'était pas d'un grand secours à madame du Defïand, en cette fin d'année 1758, où elle venait de perdre Formont, et où, foute de mieux', elle est obligée de se rejeter ^ur le président.

« Le président fait toute la consolation de ma vie ; mais il en fait aussi le tourment par la crainte qne f ai de le j>erdre. ?ious parlons tïe vous bien souvent*. ■

En jnfflet 1760 , la solitude rongée madame du IkrflBEinfl ; je dîs solitude, quoiqu'elle régnât dans un salon des plus £ré<{aentés. Mais qui ignore qu'il n'y a pas de pire solitude que celle où nous plonge le dégoÂt d'une foule d'indifférents ? Elle écrit à Voltaire :

« Je suis au désespoir de n'avoir pas \m jirévoir les malheurs qui me sont arrivés, et de n'avoir pas connu ce que c'était que l'état de la vieillesse, avec une fortune dea plus mé<iiocres. J'aurais quitté Paris, je me serais établie en province; là j'aurais joui d'une plus grande aisance, et je ne me serais pas aperçue d'une grande différence pour la société et la compagnie '. »

C'est à la fin de 1 760 qu'éclate entre madame du Def!and et

i Lettre du 2 imUel 1754.

2 Lettre de madame du Deffand a Voltaire, de novembre 1758. Voir notre t. I", p. Î40.

3 Voir notre t. 1er, p. 2C2, 263.

SA VIE, SON SALON, SES AMIS, SES LETTRES. gxuv

Voltaire cette petite guerre épi8to(aii*e ù propos des prétentions, du pathos , de la médiocrité pompi^use et de la vanité théâtrale de ce qu'cHe appelle plaisamment « sa livrée » . Et on sent que le cœur froissé excite et anune, chez la spirituelle douairière, cette colère de jfon l>on sens et cette indi(piation de son ^ût. Elle aime encore trop d'Aleml>ert , déjà équivoque et contraint, pour le frapper directement; elle se venge sur sa suite.

«J'ai luis, écrit-elle à Voltaire le i*^ novembre 1700, beaucoup d'impartialité' dai» la {[iierre don pbilosoplieg. Je ne saurain adorer leur Encyclopédie , qui peut-être c»t adorable , niais dont quelques ailicles que j*ai lus m*ont ennuyée à la moH. Je ne |)(»urrais admettre pour It^g^skteurs deti {^ens (]ui n*ont que de Tesprit, peu de talent et point de goût ; qui, quoicpie trèn-honnétes (jens, écrivent les diosee les plus malsonnantes sui* la morale ; dont tous les raisounenients sont des sopbismes, des paradoxes. On voit clairement qu'ils n'ont d'autix but que de courir après une célébrité où ils ne parviendront jamais ; ils ne jouiront pas mémo de la {;loriole des Fontcnellc et la Motte, qui sont oubliés depui» leur mort ; mais eux , ils le Kcront de leur virant ; j*en excepte , à loûtei» soiies d'égards, M. d*Alenibeit, quoiqu'il ait été mon délateur auprès de vous ; mais c'est un égarement que je lui pardonne , et dont la cause mérite quelque indulgence; c'est le plus lionnéte homme du monde, qui a le cœur bon, un excellent esprit, beaucoup de justesse, du goût sur bien des ciioscs; mais il y a de ceiiains articles qui sont devenus pour lui afiàires de parti , et sni* lesquels je ne lui trouve pas le sens commun. Par exemple, l'écbaFaud de inadeuioiselle Clairon, sur lequel je n'ai pas attendu vos ordres |K>ur nie trans)M>rter en colère. J'ai (Et mot pour mot les mC'uics cboses que vous me dites, et d'Aleinbcrt lera bien suq)nH quand je lui donnerai à lire votre lettre. Ce sera un graiid triomphe* n

Quand on lit la dernière lettre de (rAJembcrt à madame du Def- &ud, celle qui est datée de Saiis-Souci le 25 juin 17G3, et qui est si rontniinte, si (»nil)arras.sée, ou comprend que c'est là une amitié qui va finir et qu'une ciitastroplie est prochaine.

• Je me eontetiterai de vnun assurer que dans l'espèce de tourbillon où je suis je n'oublie point vos bontés cl l'aiiiitié dont vous voulez bien m'bonorcr; je uie flatte de la mériter un ])eu par mon respectueux uttachrnient |M)ur vous. Connue je sais que rien ne vous ennuie davantage que d'écrire des lettres, je n'ose vous demander de vos nouvelles directement ; mais j'cs(>ère que madenioiselie de Lespiuasse voudra bien m'en donner. J'oubliais de vous dire que le roi m'a parlé de vous, de voti'e e»pril , de vos bons mots, et m'a demandé de V(»s nouvelles^. »

l^e (> janvier 1 7(>4, Voltaire écrit à madame du Defrand :

* Voir notre I. I'^'", p. 275.

cxzxvi MADAME DU DEFFAND.

« Avez-vous le plaisir de voir quelquefois M. d'Alembcrt? Non-seulement il a beaucoup d'esprit, mais il Ta très-decidé, et c'est beaucoup; car le monde est plein de {jens d'esprit qui ne savent comment Us doivent penser. »

Madame du Deiland répond le 1 i :

u Je vois assez souvent d'Alembeii; je lui trouve, ainsi que vous, beaucoup d'esprit*. »

' Mademoiselle de I^espinasse était, il parait , du même avis, et poiu' se dédommager de la contrainte et de Thumiliation d'écouter, simple comparse, une conversation dont les honneurs n'étaient pas pour elle , elle avait , usurpant cette souveraineté intellectuelle dont madame du Deffand était si jalouse, profité de Thabitude qu'avait sa maîtresse de veiller la nuit et de causer le jour, et installé sournoisement dans sa petite cliambre, sur la cour de Saint-Joseph, un petit snlon d'une heure où elle jouissait du double plaisir d'avoir les prémices de l'esprit des habitués de madame du DefFand et de les lui enlever. Elle était jeime, belle , malhem^euse. Elle avait de l>eauz yeux qui n'étaient point fermés. D'Alembert, le premier, passioi^ nément épris de cette personne si intéressante, vers laquelle l'attirait irrésistiblement une communauté d'infbrtimc , avait le premier fondé auprès d'elle cette petite société intime, fi'ustratoire des droits de l'autre , ce petit salon de contrebande où il avait été suivi par Tur(jot , d'Ussé, Cliastellux, et par tous ceux que sa gloire et son crédit attiraient, et qu'attirait aussi le plaisir tout nouveau, tout imprévu , de faire à une belle hôtesse qui n'était pas douairière et aveugle connue l'autre , une cour dont elle récompensait par de charmants sourires le facile dévouement. A quoi bon tant de raisons ? Ne suffit-il pas du proverbe <jui a consacré l'attrait tout-puis» sant du fruit défendu ?

Sans doute mademoiselle de Lespinasse n'eut pas ce seul tort aux yeux de madame du DefFand , de lui ravir la fleur du panier aux nouvelles et aux bons mots , et de contraindre ses amis à un partage peu flatteur pour elle. Il serait facile de trouver d'autres griefs pour expliquer le coup d'éclat qui suffit à peine à la colère d'une femme, que l'ennui, à défaut de la vanité, eût rendue implacable. Mais à considérer la situation réciproque des deux femmes, celui-là suffit pleinement, selon nous*, pour justifier Tindignation et le châtiment. Qu'on songe à la surprise , à la douleur, à la terreur de madame du DefTand, à la subite révélation d'ime usur^

« Voir notre t. 1", p. 281.

SA VIË, 80N SALON, SES AMIS, SES LETTRES, cxixvii

patiou si insolente, d'une si perfide in^atitude, d'une si menaçante rnralîté ! Frappée à la fois dans son juste org^ueil , dans son é{^oïste curiosité , dans son affection , dans st^s habitudes , madame du Defbud se conduisit avec une sévérité inexorable , ime implacable dignité. Elle chassa celle qui avait abusé de sa crédulité , de sa confiance , de sa sécurité , par un trait qui la montrait capable de tous les autres ; et elle reconquit, à force d'énergie, une autorité et un repos que le pardon eût certainement compromis pour jamais. ?îous allons demander à Mannontel, la Harpe et Grimm, le récit de cette scène fameuse. Mais souvenons-nous que Marmontel fut Tami de d'Alembert, qui le fit entrer ù TAcadémie, et que la plus simple convenance lui interdisait un blâme contre son bienfaiteur ; que d'ailleurs il n'avait pas à se louer d'une femme qui avait formulé sur lui , comme sur la Harpe , de ces jugements frappés en bons mots , qui couraient tout Paris , avec la double autorité de la justesse et de la malice; enfin , en ce qui concerne Grimm, qu'il n'est que l'écho et l'écho prévenu des Encyclopédistes ^ dont mademoiselle de Lespinasse devait partager avec madame GeofiFrin la tutelle, et, comme le dini Grinnn lui-même, u l'administration » .

■ Il y avait à Paiis , dit Mannontel , une marquise du Deflànd , femme |ileinc d>8prit, (riiumcur et de malice. Galante et assez belle dans sa jniiiessc , mais vieille dans le temps dont je vais pailler, presque aveu(;]e, etn»ngée de vapeur» et (Fennui; retirée dans un couvent avec une étnïite inrtuue, elle ne laissait pas de voir encore le (j^rand monde où elle avait vécu. Elle avait connu d'Alembcrt chez son ancien amnnt le président Héiiault , qu'elle tyrannisait encore et qui , naturellement très-timide , était resté esclave de la crainte, longtemps après avoir cessé de Tétre de Tamour. Madame du Defïand, charmée de l'esprit et de la gaieté de d'Alembcii, l'avait attiré chez elle, et si bien captivé, qu'il en était inséparable. Jl logeait loin d'elle, et il ne passait pas un jour sans l'aller voir. »

• Cependant, pour remplir les vides de sa solitude, madame du Detlànd «'hercliail une jeune pei-sonne bien élevée et sans fortune qui voulût Hvq !^ coinp;i(;ue, et à titre d'amie, c'est-à-dire de compltiisante , vivre avec HIr dans son couvent. Elle rencontra celle-ci, elle en fut enchantée, comme vous le croyez bien. D'Alcmbcii ne fut pas moins charmé de trouver chez s^i vieille amie un tiers aussi intéressant.

• Entre cette jeune personne et lui, l'infortune avait mis un rapport qui devait rap|)i'oclier leurs âmes. Ils étaient tous les deux ce qu'on appelle enfants de l'amour *. Je vis leur amitié naissante, lorsque

• Il y a , à ce nro|>os, dans les Mémoires de madame de Genlis, une amu- «anie anecdote u'uii liavard indiscret qui s'avise de ]>Iaindrc les bâtards, et cela 4(iiccessivemcnt à l'oreillo de madeinoisellc de Lespinasse, de d'Alembcrt et de Cbamfort , tous trois atteints de cette infirmité. On voit d'ici la figure (lu sot , avec la triple couche de pour|)rc qui fait ressortir ses oreilles, s'éver-

««vin MADAME DO DEFFAND.

madame dn Deffiind les tiictinit nvvc elle «oiiper chez mon amie madame HareiK'; ei e*esit <le ce ieiup«-lâ qtn? datait notre connaÎMancc. Il ae fiyiait pas moins (|truii ami tel que d*Aleiiibei*t |K)m* adoucir et ix*ndre i^uppoiiables à mademoiselle de Lespinasse la tristesse et la dureté de n condition ; car c*e'tait peu d'être assujettie à une assiduité perpétuelle auprès d'une femme aveugle et vaporeuse : il Fallait, i>our vivre avec elle, hire oonuMî elle du jour la nuit et de la nuit le jour ; veiller à c6té de ttou lit, et rendoniiir eu Élisant la lecture ; travail qui fut mortel à cette jeune Bile naturellement délicate, et dont jamais depuis sa |>oitnne épuisée n*a pu se rétablir. Elle y résistait cependant, lorsque arriva rincident qui rompit sa chaîne.

• Madame du Defiand, après avoir veillé toute la nuit chez elle-même ou chez loadaiHC de Luxembourg, qui veillait comme elle, donnait to«t le jour au Mjmiueil , et n'était visible que vers les six heures du soir. MadenH>iselle de Lespinasse, retirée dans sa petite chambre sur lu cow du m^ne couvent, ne se levait çuère qu'une heure avant sa dame; mais cette heure si précieuse, dérobée à son esclavage, était employée à recevoir chez elle soi amis personnels, d'Aleuil>ert, Chastellux, Tutigot et moi, de temps en temps. Or, ces uiessiem's étaient aussi la cpmpagnie habituelle de madimie du Defïand ; mais ils s'oubliaient quelquefois chez mademoiselle de Lespinasse, et c'étaient des moments qui lui étaient déi^obés : aussi ce rendez-vous particulier était-il pour elle un mystère, car on prévoyait bien qu'elle en serait jalouse. Elle le découvrit : ce ne fut , à l'entendre, rien de moins qu'une trahisoil. Elle en fit les hauts cris, accusant cette pauvre fille de Itri soustraire ses amis, et déclarant qu'elle ne voulait plus nounir ce serpent dans son sein.

n Leur séparation fiit brusque; mais mademoiselle de Les])inasse ne restait point abandonnée. Tous les amis de madame du Deffand étaient devenus les siens. Il lui fut facile de leur persuader que la colère de cette femme était injuste. Le président liénault lui-même se déclara {>our elle *. La duchesse de Luxembourg donna le tort à sa vieille amie, et fit présent d'un mevible rom(>]et à mademoiselle de Lespinasse, dans le logement qu'elle prit. Enfin le duc do Choisenl en obtint ponr elle, «lu Iloi. une gratification anntN^le qui la mettait au-dessus du besoin*,

tuant à i*c|»;irei' sa héviic, et s'cufouraiit davau(;igc, a cbu(|ue effort qu'il fait pour sortir de sa Ijètisit.

^ Nous ne itavims .sur la foi de quelle autorité l'auteur de la Notice publiée en tête de la Con-expondance inédite (1859) prétend que le jirésident jioutsa la bonté jusqu'à offrir à la disgraciée do l'épaiiscr. Four quiconque connaît le président, sa situation à la cour, sen |)nnci|>es, c'est là nue marque d'intérêt tout à f.iit iuvr.ii«end>lable et une assertion que nous avons, en l'absence de tout témoignage, le droit de qualifier de hasardée. Ce qid n'est pas doutcvx, c'est que le président s'intéressa à madeinoiseile de Lespinasse; uuii:< de là i l'épouser, lui l'é^^oïstc, lui le dévot, lui le courtisan, voilà qui n'est pas croyable. Le président n'était pas Iionnne à faire ce que n'osèrent ni d'Alemhert ni M. de Mora. On veut oicn s'exposer à être clîaritabie, mais non à être ridicule.

* INous ignorons sur la foi de quelle autorité l'auteur de la Notice de la Correspondance inédite (1859) affirme que l'on découvrit que madame Geoffrin disait pendant ses dernières années une pension de « mille écus à made-

SA VIE, SON SALON, SES AMIS, SES LETTRES, oxxxix

et Ie;i ëociétes de Paris les |ilu8 dûttinfj^uées se disputèrent le bonheur de hpoKAeder.

t D'Aleoibert, à qui madame du Defiand proposa impérieasomeiit l'dtcroatnre de rompre arec mademoiselle de Lcs])ina88e ou avec elle, l'héAti fMiint, et se livra tout entier à sa jcniiie amie. »

Ainsi finit cette union de dix années, plus d'une fois troublée , sur iaqudle planait le fâcheux augure des oppositions de M. de Vichy ctdes prévisions de madame de ijuyaes. Madame du Defland et ses mm étaient loin de s'attendre à une pareille déception. Les plus cbinroyants s'y étaient trompés. Nul u*aTait vu le volcan de cette JMaginition » de ce tempérament, de œ caractère, et n'avait pensé i one explosion possible des ambitions, de la vanité, de l'aniourproprede niadenioiselle de Lespinasse.

Le Li juillet 1755, madame du Deffand écrivait au chevalier d*Avdie :

« Mademoiselle de LcKjûiinHHC est bien vivement tourhéo des choses dianuaiites que vous dites d'elle; quand vous la coonaitrex davanta(^e, fous verrez combien elle les mérite; chaque jour j'eu suis plus contente.»

El ie chevalier répondait :

Par mademoiselle de Lc8]>inasse vous reti'ouvcz desycnx, et ce qui vous «t enrore pins nc*cessain*, madame, elle exerce la bonté et la sensibilité de votre <*ue«ir. Je me sais bon gré de ro|Hnion que j*ai d'abord conçue d'elle, et je vous supplie de continuer à me méuaçcr quelque piut à sa hîeiivcillance. •

Et quelques années plus tard on se séparait avec scandale, h la suite de torts dont nous voulons bien dmmer <fuelques-tins à madune du Defland, mais dont les plus g;i*a\'es retiennent à coup sûr à mademoiselle de l^espinassc.

ÎJSL notice du iiecfir/7 de 180i), publiée sous une influente? hostile à madaiiir du Defïand, et d'apn-s tes indications de deux hommes qm avaient à se veng;er des dédains de ia spirituelle douairicTe de Saint-Joseph, la Harpe et Marniontel', ajoute à tant d'assertions faites pour éveiller notre méfiance, une imputation évidemment calonmieuse et que nous ne i*etrouvoiis pas dans tes Mémoires de Marmontel , auxc|uels les attribue gratuitement l'auteur de la ^'otice de la Correspondance inédite (1859) :

moîselle de Lchîpiuasiie » . Il est bien rog^rettablc que rctte Notice cite si rarc- -MBt k» témoiçnagCH gur lesqacls elle s'appuie, et qu*il serait intéressant du

* £llc avait dit de Marmontel, par excnqde : » Ah! mou T)ien , quel auteur !

• qu*il a de |>eine, qu'il se donne de tourment pour avoir de rcsprit ! Il u*cst

• qu'un gsenx revêtu de {guenilles. » (Lettre du dO octobre 1771.)

cxL MADAME DU DKFFAND.

« Par une suite des chagrins (|ii'clie éprouvait à Saiut-Joseph , elle avait déjà rherché à finir se» peines en prenant soixante (j^rains d'opiinn. Ils ne firent qu'iiriter ses nei*is et lui causer une maladie assez grave. Madame du Deftand étant venue pleurer près de son lit, elle s'abstint de tout reproche et se contenta de lui dire : Madame, il n'est plus temps. »

Tout cela est inalheureusement démenti par l'attitude humble, suppliante, repentante, que prend mademoiselle de Lespinasse dans cette lettre du 8 mai 1764, où elle sollicite la permission de revoir madame du Defïand , permissicm qui lui est inexorablement refusée. Dans cette correspondance révélatrice , madame du Deffiand n'a pas seulement l'avantage de la situation, mais celui de la dignité.

Tels sont les deuils , tels sont les orages qui traversèrent , de 1 758 à 1 7(56 , l'éclat toujours croissant d'un salon qui remplaçait par les plus brillantes recrues les vides qu'y faisait la mort ou la désertion, et qui devient une sorte d'institution, de puissance, dont il est intéressant et nécessaire d'examiner les rapports avec le salon ou plutôt le camp rival de mademoiselle de lespinasse, le centre philosophique, sagement et prudemment gouverné par madame GeofFrin , et enfin le salon aristocratique de madame de Luxembourg, dont Rousseau est l'ours de génie. Chemin faisant, nous mentionnerons et esquisserons les personnages nouveaux qui, de 1755 à 1766, entrent dans l'intimité de madame du DefiBuid, les Beauvau, les Broglie, les Paulniy, les Choiseul, les Holdemess, les Macdonald, les llrienne, et nous arriverons enfin à cette présentation de Walpole, de l'homme privilégié qui absorbera et tyrannisera la fin de la vie et le reste de la sensibilité de madame du DeBand, ne recevant pas la lumière, mais la donnant pour ainsi dire par son rayonnement aux autres hôtes de ce salon , tous changés en comparses depuis la venue du souverain ami , les Hume, les Ligne, les de l'Isle, etc.

En ce qui con<*enic mademoiselle de Lespinasse et son salon, voici quelle fut l'attitude des trois héms de la séparation de 1764. Mademoiselle de Lespinasse , discrète et réservée ; d'Alembert injurieux d'al>ord , puis après la mort de son amie , revenant peu à peu à madame du Deffand, jusqu'à oser demander de ses nouvelles: enfin , madame du Defiand contenant sa haine , et ne la trahissant

SA VIE, SON SALON, SES AMIS, SES LETrUES. cxli

(le teoips en temps que par des ironies ou des colères brèves et aiguës, brillantes et froides comme des épées.

Le 25 octobre 1773, elle écrit, à propos de la mort de M. d'Ussé, (fui lui avait préféré mademoiselle de [^spinasse, et de son testament.

■ Je voudrais |>ouvoir vous inaiidcr (|U(']([iic cIiohc qui vous amusât » je ne nais c|uc le testament de M. d^Ussé (]ui puisse vous divertir un peu. Vont rappelez-vous de l'avoir vu chez le président ou chez madame i]o Rocliefbrt? C*était un vieillard de mon «ige, distrait, ennuyeux, assez fbu, ci qui avait de Tesprit, g[rand partisan de mademoiselle de Lcspinatsc. Je lui laisse le Dictionnaire de Moréri, nouvelle édition. »

Le 25 juillet 1774, elle écrit à Walpole, à propos de l'avènement au ministère de M. Turg;ot :

«Je le voyais tous les jours, il y a (piatorze «m quinze ans. La Lespiiiasse m'a brouillée avec lui, ainsi qu'avecr tous les autres encyclopédistes ; il est Tami intime de M. (le Maurepas , à qui il n'est pas douteux qu'il ne doive cette place ; c\*st un lionnétc lionnne.

« Nous allons être f^ouvemés par les philosophes, continue-t-elle le 20 septembre. J'ai bien du re(][ret de n'avoir pas su ménaf][er leur protection; pour l'obtenir aujounl'hui, il me faudrait avoii* recours à madeiBoi»elle de Lespinasse; inc le conseillez- vous? «

Et comme Valpole avait pris la plaisanterie au sérieux, elle le détrompait avec indignation :

• La y»pnsée que j'ai eu cette promesse (de M. Shelhitrn) est à peu (ircs semblable a la [)ensée de revoir jamais cette fille. Je ne saurais coiDprendn; comment vous n'avez [tas vu cpie c'était une plaisanterie. Je ne voudrais pas lui devoir de uw sauver de téchafaud. Je suis pressée de vous ('iter de la t(''te une opinion aussi avilissante... Elle est la seule personne (pie je pourrais r('(;arder (domine mon ennemie, si Je ne dédai(;naiM d'y p(înHer; c'(»st de (pioi je ne me cache point*. «

Le 22 mai 177G, elle annonce en ces termes laconiques la mort, «le mademoiselle de Ix'spinasse :

• Mademoiselle de Lespinasse est morte cette nuit , à deux heures 4près minuit ; c'aurait été pour moi autrefois un événement ; aujourd'hui re n'est rien du tout. »

Et mie partie de la lettre du 0 juin 177G est employt'^e à anaivser et à persifler son testament.

Selon la Sotice du recueil de 1809, son premier mot, en apprenant cette mort, fut celui-ci : « Elle aurait bien dû mourir

> Lettre du IS octohre 1774.

cxLii MADAME DU DEFFAND.

n quinze ans plus lût; je n'aurais pas pordu d'Aleml>ert. » Ge fut là toute Toraison funèbre de mademoiselle de I.«9pinasse.

Pour madame Geofii'in, madame du DefFand parait ravoir re- (];ardée d'un œil assez indifférent : c'est à peine si , quand roccasion s'en présente, elle daig;ne écraser l.i mère des pliilosoplies de <|«ielquesbrèvi's ironies * . Ce fut là son attitude vis-à-vis de madame Geoffrin, (]ui de son côté ne poiLssa peut-être pas la vengeance jusqu'à subventionner sa plus grande eiuiemie, quoique c'eût été là une vengeance spirituelle.

I^s relations de madame du I>efïhnd avec madame la marécliale de Luxembourg; furent au contraire (*onstannnent familières et amicales, autint qu'on peut appliquer ce mot aux rapports de deux femmes qui avaient tant d'esprit cl qui se conuaissaieni sibieD,et se prolongèrent intimement jusqu'à la mort de madame du Defïand, dont la maréchale fut , avec madame de Mi repoix et madame de Choiseul , la dernière garde-malade et compagne de chevet .

C'est le momeifit de peindre cette l>rillante et originale personne qui après avoir traversé tant de scandales, s'était fait, à force d'esprit , une considération , et partageait avec madame do Deffimd le gouvernement de la société de son temps, lui cédant Tempire littéraire et gardant la tyrannie des manières, de la mode et du ]>on ton.

Il y a deux courants historiques sur madame de lAUcembourg, l'un hostile jusqu'à la calomnie, l'autre favorable jusqu'à Fadulation, selon que l'auteur s'est souvenu davantage de la première partie d(> sa vie ou de la seconde, et a eu à s'en plaindre ou à s'en louer» Nous tâcherons de tenir le juste milieu.

Madeleine-Angélique de Neuf\'ille-Villeroy , née en 1707, morte en 1787, fille du duc, petite-fille du maréchal de Mlleroy, gouverneur de l^uis XV, avait épousé, le lundi 15 septembre 1721, Joseph-Marie duc de BoufHers, né en 170(>.

I^s deux époux avaient trop le même esprit , le même caractère et surtout le même tempérament , pour qu'à une époque comme la Régence leur union fût longtemps tranquille et digne. Dc'S le

^ Voir ses lettres du 7 scptcnihrc 1776. Elle rappelait la reine mère de Polo{]iie, jiarce qu'elle avait proté{;é Poiiiatowski, qui fa combla de reconnai*santit éfprds. Elle appelait celui-ri : « /^ prince Gec/frin. • Enfin, mi j«B% impatientée d'entendre exagérer rinflucnce et len méritcH de cette hourgeoise rivale, rite s*érric : « Voilà liien du bruit pour one oiiM.*lctt<e ati lavd! »

SA VIE, SON 8AL0N, SES AMIS, SES LETTRES. cuiii

mois (l*août 1 722 , nous trouvons le mari compromis cbns cette scène Je débaudie digne des jours les plus cyniques de la cour ries Valois^ qui souille les bosquets de Versailles et &it rou^r jus- <|u a l'impudeur du temps ' .

Nous n'avons pas à nous occuper davantage du mari , qui semble avoir voulu réparer par la gloire militaire les fautes de sa jeunesse , et fpii, tombé dans le drapeau victorieux de Gênes, en 1 747, au moment où le bâton de marécbal allait récompenser sa noble ambition et .ses succès, mérita les regrets de la reine et l'éloge du duc de Ijuynes , du président Hénault et du marquis d'Argenson , confiimé par le deuil populaire.

Il mourut le 2 juillet 1747.

■ C*est, dit le duc de Luyiie«, une vraie perle pour le roi et TÉtai. Il avait quarante et un ans; il avait de Tesprit, du courage, de la ca|>acité et beaucoup de politesse '. »

Il laissait un fils qui prit après sa mort le titre de duc de Bouffiers et épousa mademoiselle de Montmorency de Flandre. (Avril 1747).

Madame de Boufflers , riche de plus de quatre-vingt mille livres de rente*, <k>nt la mort de son fils allait (en septembre 1751) lui biner l'entière disposition , possédant de nombreux ami^^, héritière auprès de la reine de la faveur de son mari*, se retira, en juif- Ift 1747, de la cour active, obtint la place de dame du palais pour sa lidle-fille*, et ne songea plus qu'à vivre dans le repos et la considération que donnent un grand mariage et un grand salon.

Dans la nuit du 26 au 27 juin 1750, elle épousa le duc de Luxembourg, à la paroisse de la Madeleine^, et le vendredi 24 juillet, «on mari prêta serment entre les mains du roi pour la charge de capitaine des gardes du coips.

A partir de ce moment, elle s'appliqua, par des prodiges de grâce et de tact , par des mirades d'habileté et de patience, à eflacer le souvenir de ses trop nombreuses galanteries, et à se faire accorder la royauté de la mode et du goût.

Ce n'était pas là une petite affaire ni unefecile victoire. Et il a fallu du génie à cette femme, jadis si décriée, dont la honte courait les.

* Juurntd de Barbier, l. I*"^, p. 227. — Mémoires de Matthieu Marais, ^ MéiiMMres du duc île Luynesj C. VIII , p. 263.

3 Ihid.. p. 270.

* Ibid., p. 376.

^ Ibi.i., I. IX, p. 268.

< I6fi/., |i. 457.

* Mémoires du duc de Luynes, t. X, p. 288.

cxMV MADAME DU DEKFAKD.

l'ues , fredounée par les palefreniers et les soldats aux (jardes , qui savaient, comme tout Versailles, les malins couplets de Tressan, (|ui n'avait pas volé le soufflet dont ils lui furent payés :

Sur l'air : De l'amour tout subit les lois.

Quand Hoiifflers [)ariit à la cour On crut voir la mère d'Amour; Chacun s'empressait à lui plaire, Et chacun l'avait à son tour.

Eh bien ! en quelques années d'une lente et habile métamorphose, Tancicnne maîtresse de M. de Fimarcon, de M. de Riom, de Richelieu, de M. de Luxembourg (son futur mari), de M. deDui*as, du (»omte de Pont-Saint-Maurice, du comte de Frise, de Facteur Chassé ; cette femme « qu'il fallait que tout homme de bon air mît sur sa » liste * ») , et qui « s'était passé la fantaisie d'un nombre prodi(>[ieux ») d'hommes à la mode * » , cette femme dont Rezenval , dans ses Mémoires , a raconté l'histoire avec une verve de médisance et malheureusement une précision de détails qui ne permettent pas de croire à la calomnie, — avait triomphé du souvenir de ses égarements, de l'effet de ces (!ouplets cités dans tous les sottisiers et jusque dans les journaux de police^ ; et, par l'esprit, par la grâce, parla flatterie, par la crainte, par ces beaux yeux qui lui étaient restés, par cette langue de vipère (|ui ne faisait que des blessures mortelles, elle était arrivée non-seulement à la considération , mais au respect, et elle exerçait sur la jeune (*our et sur la littérature elle-même une sorte de redouUible et despotique domination. Une présentation à la cour, en 1760, ne sufHsait pas. Il fallait être agréé par madame de Luxembourg. L'aveu du roi donnait le rang, l'aveu de la maréchale faisait l'opinion.

Le président Ilénault, dans ses Mémoires , a i^enoncé à la peindre, après avoir iuinoucé son portrait; reculant ou devant la ressemblance ou devant la flatterie. Mais le marquis d'Ai'genson nous a donné quelques détails curieux et piquants sur la fondation de ce salon, dont le premier agrément, avant Tautorité et le crédit, est dii à des moyens qui attestent l'habitude de l'intrigue et l'expérience de la galanterie.

« La nouvelle duchesse de Luxembourg a résolu de tenir une bonne

* Mémoires de Bezetival, édii. Bamèrc, p. JW à 57.

2 rbid.

3 Voir à la suite du Journal de Barbier, t. VJII, le Journal de police, p. 209, 229.

SA VIE, SON SALON, SES AMIS, SES LETTRES. czlw

maison cet hiver à Paris, et pour cela il y faut de beaux esprits; elle a obligé madame de la Vallière à renvoyer Jëlyotte , chanteur de TOpëra. Le duc de la Vallière a dit à Jëlyotte : « Quoique vous ne soyez plus ■ désormais ami de ma femme , je veux que vous n*en soyez pas moins « des miens ; nous vous aurons quelquefois à souper. » On a choisi un autre amant pour cette duchesse , c'est le comte le Bissy ; et pour décorer la société il a été résolu de le faire de TAcadémie française. On y a hadé ses prétentions sur une traduction de l'an^^lais du Boi patriote , de Bolingbroke ; on a exigé de madame de Pompadour qu'elle r^mtt la Domination de Piron à une autre fois, et la marquise a conduit ceci arec beaucoup de finesse en se tenant, derrière le rideau, ce qui a pleinement réussi hier jeudi , M. de Bissy ayant été élu tout d'une Toix pour remplacer Fabbé Terrasson à l'Académie. Par là. Ton prétend opposer l'hôtel de Luxembourg à l'hôtel de Duras et Bissy à Pontde-Veyle. Nos mœurs françaises deviennent charmantes*. ••

Qui recoimaitrait cette héroïne favorite des coupletiers , dans la (rand^mère de la céleste Amélie de BoufHers, dans la protectrice de Rousseau, de la Harpe, de Gentil-Bernard, dans celle dont Grimm a encensé la puissance et dont pas un ministre n'a osé braver les bons mots , enfin dans celle qui a posé devant le duc de Lêvis, madame de Genlis, Jean-Jacques, madame du Defiand, de façon à leur imposer les portraits suivants?

• Lorsque j'ai connu la maréchale de Luxembourg, dit le duc de Lévis, elle était très-vieille; il n'était plus possible de s'apercevoir qu'elle avait été jolie, et les traces de son amabilité étaient presque entièrement disparues. Tout ce qui était resté d'elle, c'était un esprit encore piquant et un Qoiii toujours sûr. A l'aide d'un grand nom, de beaucoup d'audace, et surtout d'une bonne maison, elle était parvenue à faire oublier une conduite plus que légère , et à s'établir arbitre fonveraine des bienséances, du bon ton et de ces formes qui composent le fond de la politesse. Son empire sur la jeunesse des deux sexes était absolu; elle contenait l'étourderie des jeunes femmes, les forçait à une coquetterie générale, obligeait les jeunes gens à la retenue et aux égards ; enfin |elle entretenait le feu sacré de l'urbanité française ; c'était chez elle que se conservait intacte la tradition des manières nobles et aisées que l'Europe entière venait admirer à Paris et tâchait en vain d'imiter. Jamais censeur romain n'a été plus utile aux mœurs de la république que la maréchale de Luxembourg l'a été à l'agrément de la société pendant les dernières années qui ont précédé la révolution française...»

Il faudrait , et nous ne le pouvons , citer tout entier ce portrait, un des meilleurs du noble observateur, où il nous montre madame de Luxembourg apaisée, attendrie, bonne malgré son esprit, et dévote malgré son expérience, fertile en saillies étincelantes et en

< Mémoires du marquis d*Àr^enson, édit. Rathery, t. VI, p. S9S. I. J

ciLLYi MADAME DU DEFFAJND.

inventions originales, comme celiede cette cliaise à porteurs qiiVUe fit installer dans son salon , et où elle se trouva si bien qu'elle y demeura tout l'hiver. La différence de cette chaise à port.eurs au tonneau de madame du DefiEand est ce qui les distin^jue toutes les deux. L'une est plus femme de cour, l'autre plus femme d'esprit.

Madame de Genlis, qui avait (!onnu la marédiale à l'Isle- Adam, chez le prince de Conti , parle d'elle exactement comme le duc de Lévis :

« La maréchale avait peu d*in$tnictioii , beaucoup d*e8pnt naturel, ci cet c«))rit était rempli de finesse, de délicate;i8C et de (p*àce... Elle jugeait sans retour sur uue cxprC4i8ioa de mauvais goût... 8a désapprobatioQ, (pfellc n'exprimait jamais que par une moquerie laconi([ue et piquante, était une sentence sans appel. Cehii qui la recevait perdait communément cette espèce de considération personnelle qui faisait que Ton était recherché dans la société et toujours innté aux petits soupers, où l'oii ne voulait rassembler que des personnes aimables et de bon air. <]e çenre de considération était alors très-désirable et très-envié... La maréchale était véritibleiuent Tinstitutricc de toute la jeuue&se de la cour, qui mettait une grande importance à lui plaire*. »

\j^ Esprit lies usages et des étiquettes du dix-huitième siècle y de madame de Genlis, n'est pas autre chose, de son aveu, que le recueil des décisions de la maréchale de Luxembourg;, « cet orade » du bon ton » .

Madame du Defiand a tracé un joli portrait de la maréchale, qui demeura jusqu'au bout son amie, avec des alternatives de tiédeur ou de recrudescence de part et d'autre , et pour laquelle elle conservera im coût que Walpole ne partageait pas, si Ton en juge par une courte esquisse dans une de ses lettres*.

M Madame la duchesse de Houfflers est belle sans avoir Tair de s'en dbuter. Sa physionomie est vivo et pitpianto; son regard exprime tous les mouvements de son âme... Elle domine partout où elle se trouve, et elle fait toujours la soiie d'impression qu'elle veut fiiire... Elle est pénétrante à faire trembler; la plus petite prétention, la plus lég^cre affectation, un ton, un çeste qui ne sci*ont pas exactement naturels, sont sentfs et ju(jés par elle à la «iernière ri(jiiem-... Madame de Houfflers, en général, est plus crainte (pi'aimée... Kiie a beaucoup d'esprit et de (jaieté; elle est constante dans ses engafjements, fidèle à ses amis, vraie, discrète, serviable, {;énéi*euse; enfin, si elle était moins clairvovante, ou si les hommes étaient Moins ridicules, ils la trouveraient parfaite. •

i Mémoires, t. I«% p. 296, 297, 298, 382, 383, 384. 2 Voir notre t. I«'.

SA VIE, SON SALO», SKS AMIS, SES LETTRES. ctxni

[l fiiut finir par le portrait de Rotisseau , qui fut \e protégé de la maréchale et Pami du maréchal , jusqu'au jour où ses bizarreries et ses incartades lui enlevèrent ce double appui. Il a parlé des oomineDceinents de sa &veur, en 175^), en termes où Ton sent b main du maître.

• Je crai{;iiai8 cxccMsivciiKMit madame de Luxembourg. Je savais qu'elle était aimable. Je l'avais vue plusieurs fois au spectacle et chez madame Dupin, il y avait dix ou donice an», loriWfnVlIc était duchesse fif BoufHers et ({u*elle biillait encore de sa première b(>auté. Mais elle insMÎt poin* méchante ; et dan» une aussi (];i>aii(le dame , cette réputation me fiiisâit trembler. A peine f*ens-je vue, que je fus subju{]^ué. Je la Inwvai charmante de ce charme à Tépreure dn temps , le plus lait pour agir sur mon cceur. Je m'attendais à lui trouver im entretien mordant et plein d*(ipignunmes. Ce n'était point cela; c'était beaucoup uiieiu. La roorersation de madame de Luxembourg ne pétille pas d'esprit. Ce ne sont pas des saillies , et ce n'est pas même proprement de la finesse ; HHM c'eîit ime délicatesse exquise , qui ne frappe jamais et qui plalt tmfmn. Ses flatteries sont d*antant phiif enivrantes qn'elles sont plus sinples. On dirait qu'elles lui échappent saiia qn'ctte y pense, et que c'est son cœur qui s*épaiiche, uniquement parce cpi'il est trop rempli *«..•

Si madame de Luxembourg sut apprivoiser Tours de Monlmoreucy, madame du DefFand n'eut pas le même bonheur; cai* il fui a décoché une de sas plus terribles et de ses plus injustes boutades :

• Onfre Tabbé de BonWers , qni ne ai'aimait p<ns; mrtre madame de JUNifflers, auprès de laquelle j'arais de» torts que jamais les femmes ni le» auteurs ne pardonnent, tous les autres amis de luadauie la maréchale m'ont toujours paru peu disposés à ù\rc des miens, entre autres M. le président llénault, lequel, enrôlé parmi les auteurs, n'était pas excm[)t «le leurs défauts ; entre antres aussi madame du DefFand et mademoiselle lie Lespifiaste , tooles deux en {'r^iule liaisorr avec Voltaire et intimes unies de d'Alembert, avec lequel la dernière a même hni |>ar vivre, «'entend en tout bien et en tout honneur; et cela même ne peut s'en^ tendre autrement.

" J'avais d'abord conmiencé par m'intéresser fort à madame du DelEind, que la ]>erte de aoè veux faisait anx miens un objet de considération; mais sa manière de vivre si contraire à la inieime^ que rhein*e du lever de l'un était pres<pie celle du coucher ck' l'autre; sa passion sans boriu*s pour le petit bel esprit, l'importance qu'elle donnait, soit en bien, soit en mal, aux moindres torclie-culs (|ui paraissaient; le despotisme et l'emportement de ses oracles, son enjjouement outré pour ou

* Confessions f cdit. Cbarpentier, p. 511, 512.

csLTiii MADAME DU DEFFAND.

contre toutes choses, qui ne lui permettait de parler de rien qu'avec de» convulsions; ses préjugés incroyables, son invincible obstination, Tenthousiasinc de déraison où la portait Topiniâtreté de ses jugements passionnés ; tout cela me rebuta bientôt des soins que je voulais lui rendre. Je la négligeai ; elle s*en aperçut. G*en fut assez pour la mettre en fiircur; et quoique je sentisse assez combien une femme de ce caractère pouvait être à craindre, j'aimai mieux encore m*c.\poser au fléau de sa haine qu*à celui de son amitié '. •

Ce portrait de madame du Defland et ce tableau de son salon ne sont qu'une admirable caricature. Le caractère de Rousseau fait souvent tort à son goût, et il y a parfois un peu trop de bile dans son éloquence. Il s'est vengé, dans cette page regrettable des Coitfessions , d'une femme qui avait Taudace de lui préférer Voltaire, ce vrai , cet unique ami d'esprit de madame du Deffand , et qui avait pénétré trop profondément dans les ténèbres de l'âme humaine , que la réflexion rend claires aux aveugles qui pensent , pour plaindre sincèrement ce fanfaron de douleur, ce charlatan d'infor^ tune. C'est le bon sens et la finesse impitoyable de madame du Deffand qui ont rebuté l'orgueilleux et farouche Rousseau, et c'est à elle que cet homme de la nature a fait expier les impertinences clairvoyantes et les tyrannies du salon. Quant ù son cœur, il est plus innocent de l'avoir mal jugé. I^ véritible, Tunique ami de cœur, Horace Walpole, n'était pas encore venu, et elle ne se connaissait pas elle-même ces ressources de tendresse et de passion, économies d'une vie égoïste , qu'elle allait prodiguer inutilement à un honmie dont l'esprit avait gâté le acur , que la crainte du ridicule rendait cruel, et qu'un perpétuel malentendu devait aveugler sur la valeur de ce dernier sacrifice, sur le parfum de ces fleurs d'amitié, écloses dans un dernier printemps de tendresse, qui ressemblait trop à celui de l'amour et qu'il foula aux pieds brutalement. Mais pour éclairer d'un coup, avec l'énei'gie des lumières 8ul)ites, l'âme de madame du Defiand et son salon en I7(ïG, citons les passages de ses premières lettres qui contiennent , à travers d'irrésistibles et importants aveux, le tableau de sa société et le portrait de ses amis. En nous trouvant transportés tout d'un coup sur le tliéâtre, à un deniier acte si différent des premiers, nous apprécierons mieux le chenihi mystérieux fiiit par l'action, le changement du dialogue et des acteurs. Et ces détails donneront aussi plus de relief au nécessaire portrait du Deus ex machina^ de cet homme bizarre et channant, autour duquel,

1 Confissions, p. 548, 549.

SA VIE, SON SALON, SES AMIS, SES LETTRES. gkliiz

comme sur iin pivot, allait désormais tourner toute Texistence de madame du Deffand.

Le samedi 19 avril 17G6, madame du Deffand écrivait à Horace Walpole, qui avait quitté Paris le 17 avril, après y avoir fait un n^our de sept mois , et qui avait eu la galanterie de lui faire les avances de la première lettre en lui donnant de ses nouvelles :

■ Je commence par vous assurer de ma prudence ; je ne soupçonne aacan motif désobligeant à la recommandation que vous m*cn faites ; pmonnene sera an fait de notre correspondance; et je suivrai exactement tout ce que vous me prescrirez. J*ai déjà commencé par dissimuler mon chagrin ; et , excepté le président et madame de Jonsac , à qui il a bien fallu que je parlasse de vous, je n*ai pas articulé votre nom. Avec tout autre que vous , je sentirais une sorte de répugnance à faire une pareille protestation ; mais vous êtes le meilleur des hommes, et plein de si bonnes intentions qu'aucune de vos actions, qu*aucmie de vos paroles, ne peuvent jamais m'étre suspectes. Si vous m*aviez fait plus tôt Taveu de re que vous pensez pour moi , j'aurais été plus calme , et par conséquent pins réservée. Le désir d'obtenir, et de pénétrer si Ton obtient, donne une activité qui rend imprudente : voilà mon histoire avec vous ; joignez à cela que mon âge, et que la confiance que j'ai de ne pas passer pour foUe, doit donner naturellement la sécurité d^être à l'abri du ridicule. Tout est dit sur cet article; et comme personne ne nous entend, je reox.étre à mon aise et vous dire qu'on ne peut aimer plus tendrement i)ne je vous aime ; que je crois que Ton est récompensé tôt ou tard «uivant ses mérites ; et comme je crois avoir le cœur tendre et sincère , j'en recueille le prix à la fin de ma vie. Je ne veux point me laisser aller à vous dire tout ce que je pense, malgi'é le contentement que vous me donnez .- ce bonheur est accondpagné de tristesse , parce (pi'il est impossible que votre absence ne soit bien longue. Je veux donc éviter ce qui rendrait cette lettre une élégie; je vous prie seulement de me tenir farole, de m'écrire avec la plus grande confiance, et d'être persuadé que i«* suis plus à vous qu'à moi-même. Je vous rendrai compte, de mon r6té, de tout ce qui me regarde, et je causerai avec vous comme si nous étions tête à tête au coin du feu

• Je n*ai |>oint du tout dormi de la nuit, et je vous ai écrit les quatre premières lignes de cette lettre avec une écritoire que je crois ne vous avoir pas montrée; je pourrai en faire usage quelquefois si vous ne les trouvez pas effacées * . »

Nous n'avons pas la. réponse de Walpole. Elle est de ces lettres coniprouiettantes pour son caractère , que miss Berry , avec cette religion de la mémoire dont les scrupules étaient à la fois inspirés par un esprit viril et un cœur féminin , a dérobées à Findiscrète curiosité de la postérité. Mais nous pouvons juger de ce qu'elle

^ Il s'agit ici d'une petite maoliiiie à écrii-e, de règles parallèles pour guider ^ main , dont il cnt question dans les Mémoires de madame de Gettiis et dans la lettre de Voluire du 5 mai 1756.

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