CI.YIII MADAME DU DEFFAND
im ont honnêtement calomnié son cœur et son caractère. Ceux-ci l'ont accusé d'affectation et de frivolité; ceux-là l'ont taxé de sécheresse et d'éçoïsme. Voyons si le personnage , tel qu'il résulte des témoignages authentiques et impartiaux, répond abaoKonent à ce signalement, et si, dans cette dernière conquête le goût, de madame du DeflBEind a été aussi aveugle que ses yeux.
Il est facile de connaître intimement Horace Walpole, facile de l'attaquer, facile de le défendre. Il a eu, nous le répétons, de nombreux biographes, de nombreux déti^acteurs, de nombreux avocate. On a plus d'un récit de la vie qu'il menait à Strawberry-IIîll , et il a pris la peine de nous donner lui-même la description de cette demeure caractéristique. Pindcerton , dans le Watpoliana , miss Hawking dans ses Réminiscences , ont décrit sa personne , ses habitudes, ses manières. Walter Scott et lord Dover ont écrit sa biographie. M. Ëlliot Warburton a publié sur lui des Mémoires, Dans l'édition de ses OKuvres en six volumes in-quarto, le sixième contient les lettres adressées par lui aux miss Berry avec une Préfkee de l'aînée, dans laquelle elle défend vivement et éloquemment la mémoire de son bienfaiteur contre les malveillantes insinuations de Macaulay , qui, passionné contre Walpole par toutes sortes d'anti* pathies littéraires et de rancunes politiques , s'est plu à épuiser contre lui tout un carquois de spirituelles épîgranmies. Mais lord Byron , admirateur encore plus désirable que Macaulay n'est redoutable ennemi, a pansé, avec le baume du plus pur enthousiasme, les blessures faites par la verge de l'historien démocratique. On le voit par ce court exposé, il y en a pour tous les goûts. Que Ton prenne la route de l'éloge ou celle de la critique, on s'y trouvera en nombreuse et bonne compagnie. Essayons de tracer entre les deux un humble petit chemin indépendant et impartial.
Horace Walpole, né à Londres, le 5 octobre 1717, était le troisième et le plus jeune fils de sir Robert Walpole , un des grands ministres de l'An^jieterre , et qui la gouverna glorieusement vingt et un ans. On a beaucoup discuté sur son génie, son caractère, les moyens vulgaires ou honteux de son influence. Ce n'est pas k lieu d'examiner ici ces griefs et de prendre parti entre Coxe et Smollett. Gouverner vingt et un ans un pays comme l'Angleterre, par quelques moyens que ce soit, n'est point d'un homme ordinaire.
\jA mère de Walpole, Catherine Shorter, était petite-fille de sir John Shorter, lorfl-nraire de Londres, en 1088, l'année de la révolution. Les deux frères d'Horace, lord Walpole et sir Edouard, ne iDéritcrent jamais que l'histoire s'occupât d'eux. Horace sembfe
SA VIE, SON SALON, SES AMIS, SES LETTRES. eux
avoir résumé et personnifié en lui le double çénie de rAngleterre ancienne et de l'Angleterre nouvelle , la douWe influence du père et de la mère, une certaine délicatesse de cœur, Toilée et comme défendue par l'apreté du caractère , une g^rpnde hardiesse d'idées, corrigée par une grande artstocratie de goults. La santé d'Horace était &ible , sa vie semblait fragile , quoiqu'elle ait duré quatrevingts ans. Il était à la fois Saxon et Normand, delà race d'acier, souple et brillante , qui plie sans cesse et ne rompt jamais. Mais ce tempérament maladif et nerveux devait avoir , on le comprend, me influence durable sur son àme et sur sa vie. Il explique la contiadictiiMi apparente de ses idées et de ses goûts , de ses principes et de ses actions , de sa bonté foncière et de sa rudesse extérieure, il explique l'inconstance et la variété de ses manies, la susceptibilité et Tirritabilité d'un esprit et d'un cœur que l'horreur de la critique et la crainte du ridicule ont tourmenté sans relâche.
Une autre influence primordiale à noter, c'est l'éducation exclulive de la mère jusqu'à dix ans. Horace connut peu son père, absorbé par les af&ires, et dont les rares loisirs étaient consacrés à des distractions grossières. Juaqu'à dix ans , il grandit sous l'aile de sa mère, qu'il adorait, et il est demeuré dans sa vie et dans ses écrits plus d'une trace de cette influence féminine, la subtilité , la coquetterie et même une certaine préciosité.
A dix ^tàs^ Horace Walpole entra au coHége d'Eton, où son père avait été le compagnon d'études de lord Bolingbroke , cet autre esprit anglais cher à la France, précurseur d^Horace, d'un moindre atlrait littéraire, mais d'une autre vigueur philosophique que lui. lâ^ camarades de prédilection d*Horace furent Thomas Gray , le poète lyrique à qui plus tard la seide vue d'Eton dans le lointain devait iiASpirer Fode touchante où il célèbre leurs communs souvenirs d'enfance ; Richard West , en qui une mort prématurée emporta, dit-on , l'espoir d'un grand poète ; Thomas Ashton, qui se consacra à l'ËgUse et à la prédication. Cette quadruple amitié, cette quadruple alliance, comme l'appelaient nos jeunes écoliers, ne fut pas invulnérable au tempes, inaccessible aux passions. Elle eut ses vicissitudes et ses décadences. L'ami d'enfance et de prédilection d'Horace, celui à qui il demeura fidèle jusqu'au lK)ut, celui qui, aux yeux de la postérité , attestera son cœur, c'est Henri Se^'mour Gonway, qui devait jouer un rôle distingué dans l'armée et le Parlement. Gonway fut V aller eyo de Walpole , le la Boétie de ce Montîiigne anglais. On le voit se refroidir ou rompre avec Gray, avec Bentley , avec le poëte Mason, même avec Georges Montagu ,