‹ Correspondance complète de la marquise du Deffand avec ... le président Hénault, Montesquieu, dChapitre 24 sur 51 · DU CLASSEMENT DES LETTRES DANS LA PRESENTE EDITION · texte numérisé non relu

DU CLASSEMENT DES LETTRES DANS LA PRESENTE EDITION

lie classement de la Correspondance de madame du Deffand ittfec ses amis a été pour nous F objet de méditations approfoudies. Il s'agissait, en eFfet, non pas d'en trouver un, mais de trouver le meilleur, le plus convenable , le plus commode, le plus rationnel, non pas seulement au point de vue de la logique ordinaire , niais de cette logique supérieure , de cet ordre en quelque sorte psvchologique , de cette gradation morale, qui sont le principal attrait des Correspondances , qui enferment Faction, et c[ui en font comme un drame à cent actes divers, avec son intérêt et sa moralité. Il fallait disposer ces lettres si diverses, si variées, émanées de mains plus ou moins illustres , de façon à éclairer à la fois la vie extérieure et la vie intérieure de celle qui en personnifie Funité , à peindre à la fuis Fànie de madame du Deffand et sa société. Il fallait éviter la confusion, le péle-méle, la promiscuité d'épftres dont le voisinage non ménagé serait une maladresse ou une profanation. D'un autre côté, il foillait aussi éviter de montrer par trop la main importune du commentateur et du critique, il fallait laisser à ce livre et aux lettres dont il se compose cette cliarniante irrégularité, ce piquant désordre de la conversation 1. i

s AVANT-PROPOS.

elle-même; il était dangereux de se trop montrer, de dissiper l'illusion , de troubler le rêve de ce monde évanoui, si cher au lecteur sincère.

Il en est d'une Correspondance comme d'un salon. Les lettres ëparses y Hgurent les fauteuils placés ça et là , selon le hasard ou le choix, la répugnance ou la sympathie. On croit, avec un peu de bonne volonté, assister au spectacle de ces réunions célèbres. A force de regarder, on distingue chacune de ces ombres spirituelles, venant prendre leur place de causerie. Il demeure dans ce silence comme une dernière impression du discours cjui vient de finir, comme un dernier murmure, comme un dernier sourire de contradiction ou de plaisanterie. Le premier des devoirs de l'éditeur n est-il pas de respecter, de ménager ces «ipparences de vie, ces restes de mouvement, ces reflets du foyer, ces ombres de la lampe, ce bruit des pas et cette illusion du chuchotement, que domic une Correspondance rangée, par un naturel plein d'art, dans la liberté même du salon, où chacun prend la parole à son tour, quelquefois tous à la fois , où le dialogue a tant de droits , et où le monologue seul est interdit. De temps en temps, la porte s'ouvre et se ferme, et un nouveau venu, étranger ou habitué, fait son entrée solennelle ou discrète, selon le rang ou la réputation, l'humeur ou le mérite, et c'est là le charme éternel des Recueils de lettres.

D'un autre côté, car nous avons fouillé dans tous les sens et vu se dresser devant nous les doutes les plus spécieux, les scrupules les plus inconciliables, n'y a-t-il pas avantage, pour l'historien et le moraliste , à trouver les Correspondances préparées en quelque sorte pour leur analyse, c'est-à-dire groupées par ordre d'événements, de personnes, d'idées, offrant, dans leur progression savante, l'échelle en quelque sorte de la vie d'une personne illustre, la progression de ses sentiments, les degrés de son âme?

On le voit, le métier d'éditeur n'est pas toujours commode ni facile, et nous n'avons donné qu'une faible idée des inconvé-

Kuents qa'il mêle à ses avantages, et des déceptions dont il çàte

^es bonnes fortunes. Toute réflexion faite, nous nous sommes

lécidé, imitant des devanciers autorisés, et profitant d'une

orte de tradition , en matière de Correspondances, à adopter

urement et simplement l'onlre le plus simple, celui qui repro-

ait le plus fidèlement la réalité, et qui donne aux Recueils

€/i? lettres le mouvement, la variété et la vie, V ordre chronolo^

gique.

C'est dans cet ordre, qui peut donner matière à des comparaisons utiles , ou prétexte à des contrastes piquants , que nous publierons la Correspondance de madame du Deffand, c'està-dire les lettres dont elle est l'auteur, le but ou l'occasion , ses lettres et celles de ses amis. Souvent le dialogue sera réduit en monologue. L'absence de plusieurs réponses nous forcera de nous en tenir à la demande ; mais quand la demande est spirituelle, ingénieuse, pleine de faits et d'anecdotes, la réponse !»e devine. C'est un remercfment ou un compliment, et le lecteur, par sa satisfaction, suppléera facilement à la galanterie du destinataire.

Dans l'espèce, l'ordre chronologique a d'autant plus d'avantages qu'il aura, grâce à des circonstances particulières, peu d'inconvénients, peu surtout de celui que nous redoutions le plus.

Les trois principaux groupes de Correspondances du Recueil, les Lettres au président Ilénault, celles à Voltaire* et celles à Horace Walpole, se suivent, à peu près sans interruption, par î>éries successives, dont, sauf de rares exceptions, aucune n'empiète sur l'autre. Il n'y a donc pas trop à craindre ce mélange et ce désordre qui nous avaient d'abord effrayé , et fait reculer devant l'exemple des éditeurs de madame de Se vigne.

* Nous n'imprimerons, pnnui les lettres de Voltaire, que celles qui j)Ourruent î'trc inédites. Nous renverrons pour les autres, quand madame du Deffand y répond, à Tédition Beuchot. Les lettres de Voltaire sont dans toutes 1rs oibliotliêqueii, et auraient trop {jrossi notre recueil.

La Correspondance de madame du Deffand ressemblera ain«i à une armée divisée en trois corps , avec avant-garde et arrièregarde , éclaireurs sur les devants , tirailleurs sur les côtés. C'est dans cet ordre que continueront d'aller à la postérité ces lettres naturelles autant que spirituelles , si parfaites sans le chercher, si importantes sans le savoir, qui croyaient n'aller qu'à la poste» et qui n'en sont que meilleures.

M. DE Lëscure.

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