‹ Correspondance complète de la marquise du Deffand avec ... le président Hénault, Montesquieu, dChapitre 45 sur 51 · LA MÊME AT MJIMK · texte numérisé non relu

LA MÊME AT MJIMK

lAindi 26 mai 1766.

Vous m'avez irritée, troublée, et, qui pis est, gelée : me comparer à madame de la Suze ' ! me menacer de m'écrire pour

1 Henriette de Golignv, miirqnijjp de la Suze, était la HIlc du maréchal de Coligny. Elle floriitsait à Paris, romiiie bel esprit, au milieu du dix-HeptifiDt> siècle; écrivit des élégies, des madri{;aux, admirés par les demi-ctuinaisseursde son temps, et négligé» par le nôtre. Elle mourut à Paris en 1673. (A.K.)

DE MADAME LA MAHOCISK T)V DEFFAM). 361

"épouse une Portugaise * ! ce sont les deux choses du monde |ue je hais le plus; l'une pour sa dé^^oùtante et monotone Fadeur, et Fautre pour ses emportements indécents. Je suis triste, malade, vaporeuse, ennuyée; je n'ai personne à qui parler : je crois avoir un ami, je me console en lui confiant mes peines, je trouve du plaisir à lui parler de mon amitié, du liesoin «pie j'aurais de lui, de Fimpatience que j'ai de le revoir; i*t lui , loin de répondre à ma confiance , loin de m'en savoir [^^ il se scandalise, me traite du haut en has, me tourne en ridicule, et m'outrage de toutes les manières! Ah! fi, fi! coin est liorrihle; s'il n'y avait pas autant d'extravajjance que de dureté dans vos lettres, on ne pourrait pas les supporter; mais A la vérité elles sont si folles que je passe de la plus grande colère à éclater de rire : cependant j'éviterai de vous donner occasion d'en écrire de pareilles.

J'eus dimanche à souper seize persoiuies ; on ne pouvait pas se tourner dans ma chambre; madame de Forcalquier était assurément celle (|ue j'aime le mieux; j'en suis assez contente : elle a cependant quelquefois des airs à la Walpole, mais je les lui passe en foveur de quelque autre ressemblance que je lui soup<;onne. Pour M. de Sault, si l'on ôtait l'aiiicle de son nom, qu'on en changeât l'orthographe, et (|u'on n'y laissât que le son, il serait parfaitement bien nommé. A propos, je me souviens que l'autre jour, pensant à vous, je vous comparais à un logogriphe; on en tient tous les rapports, on a toutes les lettres, et on n'en trouve pas le mot. Kst-ce là le style qu'il vous faut, et à quoi me comparez-vous! 21 un amphigouri, à une parade; j'aime encore mieux cela r|H'au\ élégies de madame de la Suze , aux Lettres pnrtutjaisrs , et aux romans dt» mademoiselle Scudéri.

Manli 27.

Je vous prends et je vous quitte connne il nu» plait; voyez ce qui m'est arrivé hier au soir : je fais copier la lettre <|ue j'ai écrite au président, pour ne pas faire deux éditions.

« Je vais vous causer un moment de trouble, mais il ne « durera pas : je ramenai hier madame de Forcalquier; elle » était dans le fond du carrosse, et moi sur le devant. Vis-à-vis

' heltrti iV amour it uiw rrU<jiens.e portutfaisc , écrites au chevalier de €,,.,, officier français en Portugal. Toi ej»t le titre d'un petit volume de lettres publiées il La Uayc en 1688, qui méritent bien la uiaDÎère dont madame du DefFand eo parle ici. (A. N.)

362 COUUESPONDANCE COMPLETE

]M. de Prasiin \ l'es&ieu de derrière rompit fout anprès de la roue; la roue tomba, nous versiàmes sans que la glace de devant, ni que celle de la portière, du côté que la voiture versa, aient été cassées : mon cocher fut jeté par terre» ainsi que les trois laquais qui étaient derrière , personne n^i été blessé , et les chevaux , à qui tout cela ne fit rien , s^eo revinrent tout seuls avec l'avant-train à la porte de Saint- Joseph : le portier les reçut très-honnétement , et leur tînt compagnie jusqu'à ce que mes gens les vinssent rechercher pour ramener la voiture. Nous ne fûmes pas si heureuses, madame de Forcalquier et moi; le suisse de M. de Prasiin nous refusa l'hospitalité : Monseigneur trouverait mauvais qu'il nous reçût; monseigneur n'était point rentré : nous le* primes sur le haut ton ; nous entrâmes malgré lui ; le pauvre homme était tout tremblant : monseigneur rentra; madame de Forcalquier proposa à ce suisse de lui aller dire que nous

» étions là. — Oh! je n'en ferai rien. — Et pourquoi donc, s'il vous plaît? — Parce que je n'oserais; monseigneur le

« trouverait mauvais ; je ne dois pas quitter mon poste. Ua laquais d'une mine superbe passe devant la porte; madatne de Forcalquier lui demanda un verre d'eau. — Je n'ai ni

» verre ni eau. — Mais nous en voudrions avoir. — Où vouleivous que j'en prenne? — Allez dire à M^ de Prasiin que nous sommes là. — Je m'en garderai bien; monseigneur est retiré.

» Pendant ce temps-là, madame de Valentinois, qui revenait

) de la campagne, et qui était à six chevaux, passe de^'tnt riiùtel de Prasiin, voit notre voiture, demande à qui elle est,

•) vient nous chercher, et nous tire de la chambre du suisse, et nous ramène chez nous. 11 eut l)ien dommage cjue M. le chevalier (le Boufflers * ne soit pas ici; l)eau sujet de couplets:

) il est boa d'avertir les voyageurs de pas verser devant l'hôtel de monseigneur de Prasiin. »

Le président nie mande : « Le feu ministre de la paix estua

)> faquin, ainsi que tout ce qui a Dionneur de lui appartenir.

1 I/liùtel <1ii iliir lie Prasiin^ cousin tlii duc ili; Olioiscul, et alors tninûtit dos affaires étrangères. Cet liôtel est situé rue de iiuurbon, au coin de la rue ilu Bac; il donne sur l<? quai d'Orsav. (A. N.)

^ Le deuxième lils de la marquise de Boufflers, connu avanla^jeuiciiifnt par la vivacité de son esprit et par son t;ilent pour la poésie. 11 avait d*alMMrd été abl>é; |MMidant la révolution il é|HniMa madanu; de Salirait. 11 est mort il y a quatre ans (1827;; il était niendire de l'Académie française. (A. N.)

V Si le successeur ' avait été a sa place, les choses ne se seraient » pas passées de même, et madame de Forcalquier en aurait » reçu tout au plus quelque demande hounête pour \o droit de

V glle : il faudrait faire la lecture de votre relation à l'a&sem- » Mée du dimanche des ambassadeurs. »

La suite de cette aventure est que monseifpieur n'a pas compromis sa dignité en envoyant savoir de nos nouvelles : madame de Forcalquier, ainsi que moi, s'en porte bien : mon cocher a une bosse à la tôte et a été sai{;né : ainsi finit F histoire.

Je vis hier madame de Luxembour(;; elle était revenue la veille au soir de l'Ile-Adam*; il y a eu des plaisirs ineffables; elle donne à souper jeudi au prince héréditaire*

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