A M. HORACE WALPOLE
ParU, mercredi 2V .septembre 1760.
Monsieur ,
J'ose vous supplier très-humblement de vouloir bien ordonner à un de vos gens de mettre à la poste deux fois la semaine le bulletin de l'état de votre santé ; je ne puis vous dire à quel point madame en est inquiète. Je prends la liberté de voils mander ceci à son insu^ parce que je sais (pi'elle est dans la résolution de ne vous point écrire pour ne vous j)as mettre dans le cas de lui faire réponse, ce qui vous fati(];uerait beaucoup dans l'état de faiblesse où vous êtes ; mais , monsieur, je vous demande en grâce de faire mettre un petit bulletin en anglais deux fois par semaine. J'ai actuellement un niaftre d'anjjlais qui vient me donner des leçons tous les jours, et qui traduira ce que vous aurez la bonté de faire mander : ne vous doimez point la peine, monsieur, d'écrire vous-même.
Je ne puis vous exprimer Tinquiétude où est madame de votre état : elle me dit à tout moment qu'il faudrait que je partisse pour r Angleterre ; que je pourrais peut-être vous être de quel(|ne utilité, et qu'à elle je lui serais d'une {jrande ressource.
(jraviinw. — Essai sur la musique ancienne et moderne, 1786, 4 vol. in-V». Trèii-l»ou luiiHicieii liii-iiii'iiic, la Dordr jouit (riiiic {jraiulc vo|;iie (lnii.<< li' genre i*han:<uii ei roinancM». Smi liecueil d\tirs eu 4 vol. iu-8", orné de (jraviiro« in.i(][iiiHqiiPs, o.<<t uu dr:4 uionuiuruts du {^rnro. Il fit avrr Derton la muAÎqiin iV Adèle de Ponthieu , opéra «Ir Sainl-Marc. Il Ht »ru\ voWc iV/xnif'ne rt Ismenias^ iV Annelte et Lubin d(î MariiUMitcU iVAnipftion , de la fV/it/uantaine j de VAmadis do (Juinault, etc. [L,)
374 COnnESPONDANCE COMPLETE
Je me trouverais trés-Iieureux , monsieur, si je pouvais espérer de vous être bon à quelque chose ; je ne tarderais pas un moment h partir : je puis vous assurer que cela est très-vrai et très-sincère.
Je puis vous répondre, monsieur, que s'il existe de véritables amis , vous pouvez vous vanter que vous avez trouvé une amie en madame comme il y a bien peu d'exemples. TirezJa d'inquiétude le plus souvent qu'il sera possible : si vous voyiez comme moi l'état où elle est, elle vous ferait pitié; cela l'empêche de dormir et l' échauffe beaucoup.
Je porte une très-grande application à la lang^ue anglaise, pour être en état de traduire vos lettres, mais je prévois que ce ne pourra être que dans quatre ou cinq mois : mais , monsieur, je vous le répète , ne vous donnez pas la peine d'écrire vous-même; un de vos gens écrira le bulletin en anglais, et mon maître , qui est tous les jours ici à l'heure que le facteur apporte les lettres, le traduira sur-le-champ.
Je vous demande mille pardons, monsieur, de la liberté que je prends ; mais j'ai cru qu'il était de mon devoir de vous informer de l'inquiétude où est madame de votre santé; cela me donne occasion , monsieur, d(» vous remercier des bontés que vous daignez avoir pour moi. Je vous supplie d'être persuadé do mou atlachemonl et de mon respect. Wiart.
MADAME LA MAROl-l'*<K Dl PKFFAND A M. HORACE WALPOLE.
Mardis, 30 so|»temI»i-o 1766, à quati-e hcun» (lu inatiii^ écrite de ma propre main avant la lettre que j'attends par le courrier d'aujourd'hui.
Non, non, vous ne m'abandonnerez point; si j'avais fait des fautes, vous me les pardonneriez, et je nVu ai fait aucune, si ce n'est en j>cnsée; car pour en parole on en action, je vous défie de m'en reproclicr aucune. Vous m'avez écrit, me direzvous, des Lettres portugaises y des élégies de madame de la Suze; je vous avais interdit Tamitic, et vous osez en avoir, vous osez me l'avouer : je suis malade et voilà que la tête vous tourne; vous poussez re.\trava(jance jusi|u'à désirer d'avoir de mes nouvelles deux fois la semaine; il est vrai que vous vous contenteriez que ce fussent de simples bulletins en anglais, et
avant que d'avoir reçu mes réponses sur cette demande, vous avez le front , la hardiesse et l'indécence de songer à envoyer Wiart à Londres pour être votre résident. Miséricorde! que serais-je devenu? j'aurais été un héros de roman, un personnage de comédie, et quelle en serait l'héroïne? — Avez-vous tout dit, mon tuteur? Écoutez-moi à mon tour.
J'ai voulu vous envoyer Wiart ; ce projet n'était qu'une idée nullement extraordinaire dans les circonstances où je l'aurais exécuté; j'aurais eu la même pensée pour feu mon pauvre ami Pormont *, s'il avait été bien malade à Rouen , et qu'il n'eût eu personne pour me donner de ses nouvelles; voilà votre plus grand grief. Ah! un autre qui selon moi est bien pis, c'est l'ennui de mes lettres; vous y trouvez la fadeur, l'entortillé de tous nos plus fastidieux romans; peut-être avez-vous raison, et c'est sur cela (|ue je m'avoue coupable. Je peux parler de l'amitié trop longtemps, trop souvent, trop longuement; mais, mon tuteur, c'est que je suis un pauvre génie ; ma tête ne contient point plusieurs idées, une seule la remplit. Je trouve que j'écris fort mal , et quand on me dit le contraire , qu'on me veut louer, je dirais à ces gens-là : Vous ne vous v connaissez pas, TOUS n'avez point lu les lettres de Sévigné, de Voltaire et de mon tuteur. Par exemple, celle du 22, où vous me traitez avec une férocité sarmate , est écritt» à ravir. — Mais venons à nos affaires; voilà le procès rapporté : sovez juge et partie, et je vous promets d'exécuter votre sentence : prescrivez-moi exactement la conduite que vous voulez que je tienne; vous ne pouvez rien sur mes pensées, parce qu'elles ne dépendent pas de moi, mais pour tout le reste vous en serez absolument le maître.
J'intercède votre sainte ', je la prie d'apaiser votre colère; elle vous (lira qu'elle a eu des sentiments aussi criminels que moi; qu'c»lle n'en était pas moins honnête personne; elle vous rendra votre bon sens , et vous fera voir clair comme le jour qu une fcnune de soixante-dix ans , quand elle n'a donné aucune marque de folie ni de démence, n'est point soupconnable de sentiments ridicules, et n'est point indigne (ju'on ;n*t de l'estime et de l'amitié pour elle. Mais (inissoi)s, mon cher tuteur, oublions le passé; ne parlons plus que de balivernes, laissons à tout jamais les amours, amitiés et amourettes; ne nous aimons
* Dont p;iric souvent Voltaire. (A. N.) ' Madame de Sévigné. (A. N.)
point, mais intéressons-nous toujours l'un & l'autre sans nons écarter jamais de vos principes ; je les veux toujours suivre et respecter sans les comprendre; vous serez content, mon tuteur, soyez-en sûr, et vous me rendrez parfaitement contente si voiu ne me donnez point d'inquiétude sur votre santé, et si vous ne vous fâchez plus contre moi au ])oint de m'appeler Madame; ce mot (jèle tous mes sens; que je sois toujours t;olre Petite; jamais titre n'a si bien convenu à personne , car je suis bien petite en efFet.
ISe frémissez point quand vous songez à votre retour à Pans; vous souvenez-vous que je ne vous y ai causé nul embarras, que j'ai reçu avec plaisir et reconnaissance les soins que vous m*avez rendus, mais que je n'en exi{jeais aucun? On s'est nio* que de nous , dites-vous , mais ici on se moque de tout , et Ton n'y pense pas F instant d'après.
Il me reste à vous foire faire une petite observation poiir vous eu{'jH{^er k être un peu plus doux et plus indul^jent; ce sont mes malheurs , mon {^rand âge , et je puis ajouter aujourd'hui mes infirmités; s'il était en votre pouvoir de m'aider à supporter mon état, d*en adoucir l'amertume, vous y refuseriez-voiis? Et ne tiendrait-il qu'à la première caillette mali^pie ou jalouse, de vous détourner de moi? Non, non, mon tuteur, je vous 4*onnais bien, vous êtes un peu fou, mais votre cœur est excellent; et quoique incapable d'amitié, il vaut mieux que celui de tous ceux qui la professent : yrondoz-moi tant que vous voudrez, je serai toujours votre pupille malgré l'envie.
J'avais écrit tout cela de ma propre main , sans trop espérer <|u'on pût Iv lire ; Wiart l'a déchiffré à merveilllr, et si facilement que j '.Il été tentée de vous envoyer mon brouillon; mais je n'ai pas voulu vous donner cette fatigue.
J'attends votre première lettre avec impatience pour savoir de vos nouvelles; mais avec tremblement : m'attendant à beauroup d'injures, j'ai été bien aise de les prévenir et vous préviens que je n'v répondrai pas.
Mcrcrodi 1" octobre, avant rarnvéc du conrrior, et par conséquent point en réponse ù votre lettre s'il m'en apporte* et que je ne puis encore avoir reçue.
Vous avez raison , vous avez raison , enfin toute raison ; je ne suis plus soumise , mais je suis véritablement convertie. Un rayon de lumière m'a frappée à la manière de saint Paul; il en
fut renversé de son cheval , et moi je le suis de mes chimères. Je ne sais de quelle nature elles étaient, quel lan(;a;[e elles me fÎEiisaient tenir ; mais j^avoue qu'elles devaient vous paraître ridicules, et TefFet f|u^ elles vous taisaient ne me choque plus aujourd'hui. Il v a déjà quel<pie temps qu'en me fi{][urant votre retour ici, je sentais que votre présence me causerait de Temharras. Je me disais : Oh! mon Dieu, pourquoi ? et je trouvais que c'étaient vos réprimandes «pie mon jar(jon m'avait attirées qui me donneraient quelque honte. Brûle/ toutes mes lettres (s'il vous en reste) qui pourraient laisser traces de tf>us ces {pilimatias; je suis votre amie, je n'ai jamais eu ni pensée ni sentiment par delà cela, et je ne comprends pas comment j'étais tombée à user d'un langage que j'ai toujours fui et proscrit, et que vous ave/ toute raison de détester. Voilà donc un nouvc»au liaptême, et nous allons être l'un et l'autre bien j)lns à notre aise.
J'ai fait connaissance avec deux ambassadeurs ; celui de Venise ' , qui est un homme tout rond , tout franc ; celui de Sardaigne *, tout sensé, tout sérieux, qui a été deux ans dans votre pays et qui cause asso/ bien.
Nous alhms perdre madame Oreville ' ; je ne veux pas vous l'crire tout ce que» j'en pense ; je réser\*e à vous le dire.
Il me prend une terreur; c'cvst que vous ne voyiez que trop clairement que cette lettre a été écrite avant que j'aie rec^u la vôtre. Si j'allais a|)preiKlre que vous êtes encore bien malade ! — Cette pensée me coupe la parole.
.MtTfredi, après rariivrc du roiinicr.
(Jnrl(|uefois les lettres qu'on doit recevoir le mardi n'arrivent que le jeudi ; je fermerai celle-ci après l'arrivée du facteur.
() mon Dieu , (pie je suis contente! vous vous porte/ l»ien, voilà tout ce que je voulais; vous jugerez par ce que j'ai écrit ce matin et hier, si je suis fàcliét» contre vous. Il ne me reste plus qu'à vous dire un mot : on ne croit point dans ce pavs-ci qu'on puisse être Pâmant d'une femme de soixante-dix ans, quand on n'en est pas j)av<' ; mais on croit qu'on peut être son ami , et je puis vous répondre (pi'on ne trouv(»ra nullement
^ B.Trllirlefny Gradeni{îo. (A. N.)
' M. Ho Marinorn. Cotf<^ famille <»\ii»tr encore à Turin; un jeune rie Marinora a été |»aî»e du priiirc Horglièsc. (A. N.)
^ ..... Mararfiiev. frnimp «le feu M. Fulke Oreville. Elle mourut en 178$).
ridicule que vous soyez le mien. Je ne vous garantirai pas que l'on ne vous fesse quelques plaisanteries , mais c'est feire trop d'honneur à notre nation que d'y prendre {jarde. Je ne sais d'où peuvent venir toutes nos craintes, et vous deviez bien me parler avec la même confiance que je vous parle. J'ai dans la tête que c'est quelque mauvaise raillerie de madame la duchesse d'Âi{juilIon à milady HeiTey ', qui a troublé votre tête; je nV ai pas donné le moindre lieu. Il y a longtemps que je connais sa jalousie, mais elle n'est nullement dangereuse. Je ne me suis laissée aller à parler de vous avec amitié et intérêt qa'& mesdames de Jonsac et de Forcalquier, qui vous aiment beuicoup l'une et l'autre, et sans jalousie.
LA MÊME AU M#.ME
Paris, dimanche 19 octobre 1766.
Jugex si je suis bien corrigée ; j'ai été depuis le dimanche 5 jusqu'au jeudi 16 sans recevoir de vos nouvelles, sans proférer votre nom et sans son{fer à vous écrire , si ce n'est en vous envoyant la suite de la Chalotais* par M. Jenkinson '.
J'ai reçu, jeudi 16, deux lettres, l'une du 3, l'autre du 6, et hier, une du 10; toutes trois m'ont fait plaisir. La première
^ Marie Lrpcl, baronne d'Hervey, qui avait longtemps réside à Paris, et qoi lut (laus une t'orreiï|)ontlance suivie avec la duchesse douairière d'Aiguillon» Fille mourut au mois d'août 17G8 ; elle avait cir de la société de madame Dnpin; c'est chez cette dame que Rousseau, qui eu ]»arle, l'avait connue. (A. N«)
2 MénioifP (ir ^f. de la Cfmlotaisy procureur général au parlement de Bretagne, avec addition. C'est le premier du nomi>re inHuî de» pamphlets, farlums, exposés, qui parurentsur rinlàme]>ersécution que M. de la Chalotais Minffrit de la ])arL du duc dWiguillou, couiinaudaut pour le Roi en Rretagne, et^ sims ses ordres, di» la pnrt de .M. de Caloune. — Ces Mémoires sont datés du château de Sainl-Malo, ]irisou d'Etat, où leur auteur se trouvait si étroiliMiionl et si rigoureusement <létenu , qu'il déclare les avoir écrits « avec une fthme w fuite d'un cure-dent , de l'encre composée d'eau, de suie de cheminée, de » vinaigre et de suif, sur des papiers d'enveloppe de sucre et de chocolat;* ïU commencent ainsi : u Je suis dans les fers, Je trouve le moyen déformer s un mémoire^ je l'abandonne à h Providence. S'il peut tomltrr entre le^ w mains de (juelque honnête citoyen, je le prie de le faire passer au Roi^ s'»' » est possible , et même de le rendre public pour ma justification et celle de » monfiU. N M. Kératry, dé[uUc du Finistère, est allié de M. de la Chalolais. (A. >î.)
•* Le feu comte de Liverpool. (A. N.)
DE MADAME LA MARQITISE DU DEFIAND. 879
(quoique intiniment sèche) est celle qui m'en a fait le plus, parce qu elle me tirait de Piiiquiétude où j'étais de votre santé. La seconde n'était ni bien ni mal. La troisième est parfaite; il n'y a rien à redire, si ce n'est les louanges que vous m'y donnc^z. O mon tuteur, pourquoi vous avisez -vous de flatter ma vanité? ne m'en avez-vous pas jupée exempte, et ne m'avezvous pas traitée en conséquence? Si j'avais eu de Pamourpropre, il y a longtemps que vous l'auriez écrasé; mais c'est un sentiment que je n'ai point écouté avec vous ; jamais votre franchise ne m'a hiessée, jamais vous ne m'avez humiliée; je serai toujours fort aise que vous me disiez la vérité. Vos craintes sur le ridicule sont des terreurs paniques, mais on ne guérit point de la peur*; je n'ai point une semblable faiblesse; je sais qu'à mon âge on est à l'abri de donner du scandale : si Ton aime, ou n'a point à s'en cacher; l'amitié ne sera jamais un sentiment ridicule quand elle ne fait pas faire des folies ; mais gardons-nous d'en proférer le nom, puisque vous avez de si bonnes raisons de la vouloir proscrire ; soyons amis (si ce mot n'est pas mal sonnant), mais amis sans amitié; c'est un système nouveau, mais dans le fond pas plus incompréhensible que la Trinité. Vous vous portez donc bien? — voilà de quoi il est question ; aucun de vos compatriotes ne pourra vous dire que j'en suis bien aise, et s'ils étaient observateurs, ils auraient peut-être trouvé une sorte d'afTectation dans l'indifférence que j'ai montrée quand ils ont parlé de vous. J'ai donné à souper à M. et à madame Fitz-Roy* et à mademoiselle Lloyd •, à M. Selwyn* et à sou petit niilord *; peut-être aurai^je rc soir ces deux derniers. Je les en ai laissés les maltnvs; j'aimerais autant qu'ils ne vinssent pas, parce que je crains d'avoir beaucoup de monde; nonseulement j'aurai madame d'Aiguillon, sur qui je ne comptais
* D<inf la IfUre <lont il est question, M. \Valpolc n'était exprimé mit ce mijei comme il suit : u II v avait lonj'temps avant la date «le notre ronuaissancc que cette crainte de ridirnie s'était plantée dans mon ««prit, et vous devez assurément vous ressouvenir à quel point elle me possédait, et combien de fois j'* touj» en ai entretenue. — M allez pas lui chercher une naissance récente. Dès h' moment que je ccs!$ai d'être jeune, j'ai eu une peur horrilde de devenir tui vieillard ridicule. »» (A. N.)
* Charles Fitz-Rov, le iMcmier lord Soiitlianiplon, et son épouse. (A.N.)
3 Mademoiiu*lle Rachel Lloyd , qui fut lon^temp« employée au |>alai$ de Kcn.«in(»ton. (A. N.)
* Feu Georpes Auguste Selwyn. (A. N.)
* Le présent comte de Carlisle. (A. y.)
pas, mais j'îmaf^inc (|irolle amènera M. de Richelieu ' . Je ferai vos compliments à madame* de Forcalquier ; elle se donne Pair d'être dans vos principes , mais elle n'est pas comme vous ; elle joue ce qu'elle est , et vous , vous jouez ce que vous voulez être et ce que vous n'êtes pas.
Je fus jeudi dernier passer une partie de la journée et la soirée chez elle a une petite maison qu'elle a à Boulogne; j'y menai madame de Greville : je remets à vous dire ce que je pense de celle-ci , si jamais je vous revois ; mais je ne veux pa< vous en écrire, si ce n'est que je lui trouve beaucoup d'esprit. Nous passâmes une très-a(jréahle soirée. Le lendemain vendredi, je soupai chez la {jrand'maman, à qui je dis que j'avais eu de vos nouvelles; elle s'informa avec empressement, me i^épéta qu'elle vous avait écrit, me demanda si vous me parliez d'elle; je lui dis que non, elle fut fâchée, et n'en marqua pas moins de désir de vous revoir, et me chargea de vous faire des reproches : elle me marque beaucoup d'amitié; et comme elle n'en a point et que je n'en ai pas plus pour elle, il nous est permis de nous dire les choses les plus tendres; n'est-ce pai; comme cela, mon tuteur, que vous l'entendez?
Je soupai hier chez le président avec mesdames de Jonsac, d' Aubeterre * et du Plessis-Châtillon • ; nous jouâmesL à des petits jeux de couvent : je fis vos compliments au président et à madame de Jonsac : le pauvre président s'affaiblit terriblement; il aura bien de la peine à passer Thiver.
Voilà, mon tuteur, tout ce que je puis vous apprendre ; Japj)rendrai apparemment, par votre première lettre, quand voas serez de retour à Londres. Ne vous embarrassez point de ce que je pense de vous; laissez-moi mon libre arbitre sur me> pensées; contentez-vous de diriger mes paroles et mes actions, ot soyez parfaitement convaincu (jue ni les unes ni les autres ne vous attireront jamais aucun ridicub». ^c fretnîsspz* point
* Le inarérlinl duc de RichdÛMi. (A. y.)
- La iiinrqui.4P d'Aidictcrre. Sou Uï.iri ccail le frère aine du comte <l<* .fr)iisac, qui avait épousé la sœur du président lléuault. Elle avait époujié en «secondes noces le marquis d'Aul»elerre. C'est elle qui fut la première à s'apcrcevoir de la liaison de madauie d'FIoudctot, dont elle était Tamie^ avec Sainl- Lamliert. (A. N.)
"^ Madame du Plessis-Chàtillou était la Hlle du uiaix^nis de Torcy, mini.«irr «les affaires étrangères à la fin du rè(»ne de Louis XIV. (A. N.)
* Mot dont >L Walpole s'était servi dans une d«* ses letfr«»:î et qui avait foii déplu à madame du Deffand. (A. ]N.)
DE MADAME LA MAnQl'ISE DC DEFt'A:^!). 381
i\v revenir en France; rpie ce ne soit point moi, du moins, qui vous emj>éche d'y revenir; tout ce que je vous dis n'est qu'après vos textes : il est vrai , vos lettres sont comme l'Evangile , qui fournit des textes pour toutes les sectes. Si je ne craignais de feire une trop longue lettre, je vous intenterais un procès sur le jugement que vous portez de Montaigne *. Adieu, mon tuteur.