‹ Correspondance complète de la marquise du Deffand avec ... le président Hénault, Montesquieu, dChapitre 8 sur 51 · XIV MADAME DU DEFFAND · texte numérisé non relu

XIV MADAME DU DEFFAND

remède indiquer aux incrédules que le livre des simples et des humbles? Remède malheureusement inefficace vis-à-vis de ceux qui doutent par orgueil ; ils auraient besoin , pour redevenir croyants , de redevenir simples et humbles.

Madame du DefSsmd s'est souvenue plus d'une fois de cet épisode de sa jeunesse et de cette leçon, aussi spirituelle qu'inutile, d'un prélat qui a creusé plus profondément que tout autre les abîmes les plus délicats du cœur humain. Elle en parlait souvent à Horace Walpole , celui qui fiit , hélas ! son unique confesseur. Et c'était de fsiçan à ne pas nous permettre de douter de son impénitence finale , car les vies irrégulières ont de terribles et, il faut le dire, de fatales logiques.

•t Ses parents , raconte Walpole , alarmés sur ses sentiments religieux , hii envoyèrent le ct^lèbre Massillon pour s'entretenir avec elle. Elle ne fut ni intimidée par son caractère, ni éblouie par ses raisonnements, mais se défendit avec beaucoup de bon sens ; et le prélat fut plus frappé de son esprit et de sa beauté que de son hérésie. »

Madame du Defiand confirme , en termes plus modestes , ce témoignage dans sa lettre à Voltaire du 28 septembre 1765.

«Je me souviens, dit-elle, que, dans ma jeunesse, étant au couvent, madame de Luynes m'envoya le Père Massillon. Mon génie étonné trembla devant le sien ; ce ne fiit pas à la force de ses raisons que je nie soumis , mais à l'importance du raisonneur. »

A plusieurs époques de sa vie, madame du Deffand, par égoïsme plus que par raison, par crainte plus que par foi, essayera de se reprendre à ces illusions si consolantes, si ce sont des illusions. Mais il en est de l'innocence de l'esprit comme de celle du cœur. Une fois perdue, elle ne se retrouve pas. C'est en vain qu'elle désira u de pouvoir devenir dévote, ce qui lui paraissait l'état le plus heureux de cette vie » . C'est en vain qu'elle essaya « de chercher dans les pratiques de la religion ou des consolations ou une ressource contre l'ennui » . C'est en vain enfin qu'elle tenta de faire du P. Boursault, de l'évêque de Mâcon, et plus tard du P. Lenfant, les instruments de sa conversion et ses médiateurs auprès du Ciel, trop méprisé. Elle ne put jamais se résigner à appi'endre une seule page de ce catéchisme préservateur qu'on lui faisait lire inutilement tous les matins au couvent, u J'étais , dit-elle , comme Fontenelle ; j'avais à peine dix ans que je commençais à n'y rien comprendre. » Plus tard, déjà aveugle, elle se fsiit lire, par un dernier effort, les Épttres de saint Paul, et s'impatientant de ne pas entendre cela

SA VIE, SON SAL029, SES AMIS, SES LETTRES. xr

couramment comme une épitre de Voltaire, elle interrompait le lecteur en s'écriant : « Eh mais... est-ce que vous comprenez quelque chose à cela, vous?» Triste et touchante leçon que cette impuisjâance de l'oi^eii à (aire œ qui est si facile à la modestie et à rhumilité !

Par une coïncidence qui peut ressembler à une EsLtalité, mademoiseUe de Vichy, jeune, jolie, spirituelle, mais peu riche, entra dans le monde par la porte du mariage, en pleine Régence, c'est-àdire en pleine Fronde des mœurs, émancipées des sévères disciplines de la fin du 'règne précédent , et prenant gaiement leur revanche de quinze ans de dévotion forcée. Nous avons essayé de démêler, dans notre livre des Maîtresses du Régent , les principaux caractères de cette corruption universelle qui devait monter, monter sans cesse, comme une mer d'ignominie, et engloutir, dans son impur tourbillon, toutes ces antiques vertus sans lesquelles il n'est plus ni Êunille ni société. C'est le 2 août 1718, au moment où la réaction de la débauche est la plus ardente, au momacit où Paris, dans une nudité cynique, cuve le vin des petits soupers et l'or de Law; au moment où le mariage n'est plus qu'une formalité , où la fidélité est ridicule , que mademoiselle de Vichy fut jetée par la sollicitude d'une famille impatiente de lui donner un répondant légal , et rassurée d'ailleurs par les convenances qui garantissent tout, excepté le bonheur, dans les bras d'un mari qu'elle ne connaissait même pas avant le jour où elle lui appartint pour jamais.

« Tout était parfaitement assorti , excepté les caractères, qui ne 9 se convenaient pas du tout, n

Examinons un peu, Tétude en vaut la peine, ce milieu social, où va entrer aux bras d'un homme en qui elle n'a aucune confiance, et qui^ dès le premier jour, a dû trembler sur sa conquête, cette jeune fille affligée du malheur de ne pas croire aux miracles.

u L'amour dans le mariage n'est plus du tout à la mode et n passerait pour ridicule, ^ disait Madame des 1607 .Le 12 juin 1699, n elle s'écriait, indignée : « Le mariage ^t devenu pour moi un objet » d'horreur. »

l>e 16 août 1721 , elle ajoutait: «On trouve bien encore parmi n les gens d'une condition inférieure de bons ménages , mais parmi 9 les gens de qualité, je ne connais pas un seul exemple d'affection n réciproque et de fidélité ' . »

^ Je n*en sais que trois : celui de midame de Louvois, qui mourut de la

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