‹ Correspondance complète de la marquise du Deffand avec ... le présidentChapitre 48 sur 53 · POBTBAIT DE MADAME LA MARQUISE DC DEFFA5D FAIT PAR ELLE-MÊME · texte numérisé non relu

POBTBAIT DE MADAME LA MARQUISE DC DEFFA5D FAIT PAR ELLE-MÊME

-On croit plus d'esprit à madame du Deflfand qu'elle n'en a : on la loue, on la craint, elle ne mérite ni l'un ni l'autre ; elle est, en fait d'esprit, ce qu'elle a été en fait de figure et ce qu'elle est en fait de naissance et de fortune, rien d'extraordinaire, rien de distingué ; elle n'a, pour ainsi dire, point eu d'éducation, et n'a rien acquis que par l'expérience : cette expérience a été tardive, et a été le finiit de bien des malheurs.

Ce que je dirai de son caractère, c'est que la justice et la vérité, qui lui sont naturelles, sont les vertus dont elte fait le plus de cas.

Elle est d'une complexion faible, toutes ses qualités en reçoivent l'empreinte.

Née sans talent, incapable d'une forte application, elle est très-susceptible d'ennui, et ne trouvant point de ressources en elle-même, elle en cherche dans ce qui l'environne, et cette recherche est souvent sans saecès; cette même faiblesse Mi que les impressions qu'elle reçoit, quoique très-vives, sont rarement profondes ; celles qu'elle fait y sont assez semblables; elle peut plaire, mais elle inspire peu de sentiments.

C'est à tort qu'on la soupçonne d'être jalouse, elle ne l'est jamais du mérite et des préférences qu'on donne à ceux qui en sont dignes, mais

elle supporte impatiemment que le charlatanisme et les prétentions injustes en imposent; elle est toujours tentée d*arracher les masques qu'elle rencontre, et c'est, comme je l'ai dit, ce qui la lait craindre des uns et louer des autres.

ESQUISSE DU PORTRAIT DE M. DE POXT-DE-TETLE PAR NADAXE LA MARQUISE DU DEFFAND, 1774.

L'esprit et les talents de M. de Pont-derVeyle mentaient toutes les distinctions qui font l'ambition des g^ens de lettres ; mais sa modestie et son amour pour l'indépendance lui firent préférer les agréments de la société aux honneurs et à la célébrité. Il évitait tout ce qui pouvait exciter l'ennui.

Ce fut malgp-é lui qu'on découvrit qu'il était l'auteur de trois comédies qui curent un ^rand succès. La crainte de déplaire le rendait fort circonspect dans la conversation.

Ceux qui ne le connaissaient pas pouvaient penser qu'il n'était pas frappé des ridicules, et il les démêlait plus finement que personne. On pouvait penser aussi qu'il n'était pas bon ju(je des ouvrages de coût et d'esprit ; il avait l'air de tout approuver, il ne se permettait aucune critique, et personne n'était plus en état que lui d'en faire de bonnes, puisque tous les ouvra^^es qu'on a de lui sont du meilleur ton et du meilleur g^oût.

Son extériem* était froid, ses manières peu empressées : on aurait pu le soupçonner d'une g^rande indifférence, et l'on se serait bien trompé; il était capable de l'attachement le plus sincère et le plus constant. Jamais aucun de ses amis n'a eu le moindre sujet de se plaindre de lui. Aucune raison, aucun prétexte ne le refi'oidissait pour eux. Il connaissait leurs débuts, il cherchait à les en corrig[er en leur en faisant sentir les inconvénients; il n'acquiesçait jamais au mal qu'on pouvait dire d'eux. Enfin, l'on peut dire de M. de Pont-de-Veyle, qu'il était estimable par son esprit, par ses talents, par ses vertus et par l'extrême bonté de son coeur.

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