‹ Correspondance complète de la marquise du Deffand avec ... le présidentChapitre 6 sur 53 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

17S G0RRESP0I9DÂNGE COMPLETE

Vous ne trouverez personne de votre connaissance ici ; Gompiègne, Chantilly, Villers-Gotterets enlèvent tout le monde; vous n'aurez que Saint-Simon, vos parents, la Sanadona et moi pour toute compagnie ; nous ferons tant que vous le voudrez des voyages à Ruel et à Roissy * ; j'aurai cent mille ^et miUe choses à vous raconter, autant de conseils à vous demander. Pour moi , je crois que le temps sera très-bien employé ; j'espère, et même je crois que vous ne vous ennuierez pas. Vous trouverez la scène changée : M. d'Aiguillon en place * , d'autres nouveaux ministres ; vous entendrez crier des édits qui nous couperont bras et jambes ; nous parlerons de Strawberry- Hill ; je renouvellerai connaissance avec Rosette ; je serai bien trompée , si les journées me paraissent longues.

Adieu; d'ici là écrivez-moi, ne m'écrivez pas, vous êtes le maître. Je trouverai tout bon.

Paris, 15 juin 1771.

Je ne vous écris plus si exactement; voici pourquoi : tant que j'étais avec mes parents , mon commerce devait vous être agréable; à présent, que puis-je vous dire qui vous intéresse? Je ne suis au fait de rien, je ne m'intéresse à rien; je n'apprends les nouvelles que par les gazettes. Je reçois des lettres de Ghanteloup ; voilà ma seule correspondanee ; et comme on sait que je conserve vos lettres, on m'envoie toutes celles qu'on reçoit de vous.

L'on me charge de vous dire qu'on est très-content de votre reconnaissance, qu'on n'a nulle raison d'en douter, et que si on ne vous le dit pas soi-même, c'est qu'on s'est interdit d'écrire à personne. Ce n'est point une fausse défaite; c'est la pure vérité. On s'y porte fort bien ; on n'a de chagrins que ceux qui viennent de l'attachement et de l'amitié ; mais c'est beaucoup trop, j'en conviens; je l'éprouve par moi-même.

Je n'ai point envoyé la septième page, dont vous me parlez ;

< Les châteaux de plaisaoce de la ducbesse d*Aîçaillon douairière, et de M. de Caranan. (A. JN.) 3 Gomme secrétaire d'Éut pour les affaires étrangères. (A. K.)

toutes ces sortes d'écrits sont entre leurs mains; mais j'ai recommande d'y £aire attention.

Vous me donnez une lueur d'espérance de vous revoir, je voudrais bien qu'elle se réalisât. Indépendamment du plaisir que j'aurais de vous embrasser et de vous entretenir, je serais bien aise de savoir comment vous trouvez le bel esprit aujourd'hui? Ce n'est pas le vôtre ni aucun de vos contemporains, c'est un genre tout neuf, et qui me renvoie à ne lire que le Siècle de Louis XIV, et à ce qu'on a écrit il y a quarante ou cinquante ans. J'en excepte le dernier ouvrage de M. Gaillard, qui m'a fiait beaucoup de plaisir. Mon pauvre Formont appelait ce siécle-ci : pédant et frivole, j'y ajouterais : froid, sec et ennuyeux. Vous me trouveriez digne d'y tenir ma place , si je vous écrivais plus longtemps. Ainsi donc, adieu, mon cher Vol* taire; je vous aime et je vous aimerai toujours.

Paris, dimanche 23 juin 1771.

Vous aurez votre même logement au Parc-Royal, et nous nous en sommes assurés fort à propos; quelques jours plus tard, il n'aurait plus été temps. Me voilà donc sûre que vous vous mettrez en route le 7 ; ma joie est bien troublée par la connaissance que j'ai de la fatigue que vous aurez, du sacri^ fice que vous faites de vos occupations , de vos amusements. Comment vous dédommager de tout cela ? Mérité-je ce que vous Seiites pour moi? Testime et l'amitié que j'ai pour vous ne sontelles pas des sentiments très-naturels? exigent-elles de si grandes marques de reconnaissance? C'est à moi à vous donner toutes sortes de marques de la mienne ; ne doutez pas que la première de toutes ne soit de bannir de mes discours tout ce qui pourrait troubler votre tranquillité ; nous ne rappellerons point le passé, j'aime mieux convenir d'avoir été assez ridicule pour que vous vous soyez mépris à ce que je pensais , que de vous ennuyer par des explications qui seraient pour le moins aussi fatigantes qu'inutiles. Je ne vous ferai point veiller, vous déciderez de r heure du repas et vous réglerez totalement ma con* duite pendant tous les jours que vous voudrez bien me donner. De votre côté , je vous demande avec instance de ne me laisser

174 COIRESPONDANCE COMPLÈTE

voir aucune crainte ni aucune «défiance , et qu'à n'y ait entre nous ni plaintes , ni reproches , ni gène, ni embarras ; enfin que je puisse pendant qnelqites semaines être heureuse et goulet^ le pUtsir. Préparea^TOus à me trovier bien vieiHie; ce n'est pa« de l'extérieur que je parle, il n'importe çuère ; c'est de Fàme. Elle est bien affaissée ; st vous la ranimez , vxms ferez «n beau miracle.

Vous trouverez les Mémoires de Saiat-Simon , ils fienpiîpont quelques-unes de vos bevres ; bous ferons des promenades taat qu'il vous plaira. La grosse «ducliesse se fut un ^and piai» de vous revoir, madame de Mir^oix vous fetera beaucoup. Vous trawverez, il ce que j'espère, Fami Pout-de-Veyie ea toit bonne «anté , sa fièvre n'est presque plus rian. Voas .ferez oen* ncâssaiice avec un bomme dont je ftis cas ; il est ^rfakement raisonnable, presque autant que vo«is, anais pM à Ja vérité tout à feit aussi aimable : l'évéque de Mirepoix.

Vous verrez aussi l'ami Tourville, mais rarement, et puis les oiseaux avec leur cortqge, le prince de Beaufremont, le prince de Monaco ; vous verriez aussi plusieurs étrangers, si l'on n'allait pas -k €ompiègne le 16. Voilà mes alentours. Mais sur quoi je fonde votre ptaistr ^4e mien, ce sont les Churchill, dont je n'ai point de nouveDes^ ils arriveront sans doute à peu près dans le même temps que vous.

Adieu ; sia joie est nélée de crainte. Le voyage m^înquiete ; je ne me oixis(derais poiaft, s'il vous causait la plus légère inoamnodité.

«.A mAmb jlv mA.mc

P«ii,.Mjumi771.

Mon premier anouvenecit , en ouvraaft votre lettre , a été la terreur; mais, Dieu merci, vous vous pMtex bien, vous êtes oenAent de moi, rien ne dérange vos projets ; il ne me reste plus d'autre crainte que la fy^fue du voyage , et un peu de l'eanai du séjour. Les du Chàtelet sont arrivés ^^tte nruit de Cfaaoteloup. On a lia les charger des Mémoires de Saint*Siaaoa ; ils n'ont point enoore enviiyé cheis moi, «nais appanamnent As y enyeiTont avamft le départ de la po^e:; ainsi je pourrai "vous mander si je les ai reçu^

Est-il possible que je ne vous aie pas mandé la nomination de M. d'Aiguillon, qui a été le 5 de ce mois? II donna hier soi^ premier dîner; il y eut cinquante-cinq personnes. Madame d'Aiguillon , la mère , en fit les honneurs ainsi que, sa belie-HUe. Tous les d^lomatiques sont enchantés de notre grosse duchesse ; en effet, elle est charmante : sa joie est si naturelle , si simple , si exempte de hauteur, de fausse gloire , et elle est si éloignée ^l'être avantageuse , qne tous les différents partis sent contents d'elle, l'estiment, l'aiment et lui veulent du bien. Vous feites très-bien de lui écrire : elle compte que vous ferez de fréquents voyages à Ruel.

Il est plaisant que vous ayez ignoré la nouvelle destination de votre cousin ' , et qu'ici nous saijiions mieux que vous ce qui se passe à Londres. Nous le regrettons beaucoup ; tous ceux qui le connaissent et qui ne jugent pas par les manières extérieures, l'estiment et l'aiment. Gomme il va être absent pour bien des années, il ne m'importe plus de ce que vous pensez pour lui; mais s'il était resté parmi nous, j'aurais désiré que vous l'eussiez aimé. Il retourne à Londres hmdi; je vous écrirai par l«i pour la deraière fois , rt ce sera pour vous souhaiter un bon voynge. Suivant mon calcul , je vous embrasserai de vendredi en quinze, ce sera le IS; je souperai cependant chez moi le 11 , avec quelque espérance que tous pourriez bien arriver, le crois i|ue votre présence me sera fort utile pour toiites «ortes de santés ; celle de l'àme sans doute , et même celle ém. corps, qui depuis quelque temps n'est pas des meilleures.

PonKie-Veyle se porte mieux , mais il a cependant toujours de p^its ressentiments de sa fièvre ; mais il ne veut ni vieillir ni être malade. Il se fait un grand plaisir de vfras revoir , nonsealemeiit par Tamitié qu'il a poin* moi , mais c'est qu'il en a poor vous.

Point de nouvelles des Churchill, j'en suis extrêmement étonnée.

Je donne demain à souper à milord Grantham, à M. Robinson * , à votre ambassadeur , à votre cousin , à madame de Mirepoix , peut-être à madame d'Aiguillon et à plusieurs autres ; ce sera , j'espère , le dernier souper dans ce genre , car je suis infiniment dégoûtée de la nombreuse compagnie. Adieu.

1 Comme minùtre plénipotentiaire à la cour de Lisbonne. (A. N.) 3 Le feu lord Grantham et son frère. Le lord Grantham était alors ambassadear extraordinaire à la cour de Madrid. (A. N.)

30 juin 1771.

Croyez-moi, madame, si quelque chose dépend de nous, tâchons tous deux de ne point prendre d'humeur. C'est ce que nous pouvons faire de mieux à notre âge, et dans le triste état où nous sommes.

Vous me laissez deviner tout ce que vous pensez ; mais pardonnez-moi aussi mes idées. Trouvez bon que je x^ondamne des gens que j'ai toujours condamnés, et qui se sont souillés en cannibales du sang de l'innocent et du faible. Tout mon étonnement est que la nation ait oublié les atrocités de ces barbares. Comme j'ai été un peu persécuté par eux, je suis en droit de les détester; mais il me suffit de leur rendre justice. Rendez-lamoi, madame, ^près cinquante années de connaissance ou d'ainitié.

J'avais infiniment à cœur que votre grand'maman et son mari fussent persuadés de mes sentiments. Je ne vois pas pourquoi vous ne leur a^vez pas envoyé cette septième page, et il est très-triste pour moi qu'elle leur vienne par d'autres.

Votre dernière lettre me laisse dans la persuasion que vous êtes fâchée, et dans la crainte que votre grand'maman ne le soit; mais je vous avertis toutes deux que je m'enveloppe dans mon innocence; je n'ai écouté que les mouvements de mon cœur; n'ayant rien à me reprocher, je ne me justifierai pas. Il y a d'ailleurs tant de sujets de s'affliger, qu'il ne s'en faut pas faire de nouveaux.

Je n'aurai pas la cruauté d'être en colère contre vous. Je vous plains , je vous pardonne , et je vous souhaite tout ce que la nature et la destinée vous refusent aussi bien qu'à moi.

Pardonnez-moi, de même, l'affliction que je vous témoigne, en faveur de l'attachement qui ne finira qu'avec ma vie, laquelle finira bientôt.

Paris, 8 juillet 1771.

Quelle vision! pourquoi me supposer fâchée contre vous? quel sujet m'en avez-vous donné? quelle raison puis-je avoir eue de ne pas envoyer cette septième page? Vous avez vous-même envoyé l'ouvrage : je recommandais de votre part qu'on lût cette septième page. Je me suis toujours acquittée fidèlement de vos commissions. On m'envoie toutes vos lettres; on me charge d'y répondre, et je vais vous transcrire, mot à mot, ce que Ton m'écrit en m'envoyant la dernière.

« Voici une lettre de M. de Voltaire; je ne lui réponds pas, » et je vous prie de lui répondre. Dites-lui que je suis très-sen-

V sible à l'intérêt qu'il prend à ma santé, que je me porte fort » bien, que je suis fâchée de ne pouvoir pas lui répondre, mais

V que, pour de très-bonnes raisons, j'ai pris le parti de ne plus » écrire du tout; que quand on est parvenu à un certain âge, il » faut se reposer sur ses enfants d'une foule de devoirs qu'on » ne peut pas rendre, et que je vois avec plaisir que je ne peux » pas choisir une main plus agréable à M. de Voltaire que celle » de ma petite-fille. »

Voilà ses propres termes. Je m'offre, mon cher Voltaire, à être l'entrepôt de votre correspondance. Pour moi, je serais bien fâchée de renoncer directement à la vôtre; le rôle que j'ai à jouer sur le théâtre de la chose publique me dispense d'avoir un sentiment, une opinion, ou du moins d'en entretenir les autres. Je ne puis pas m' empêcher de m'intéresser aux édits, surtout à ceux qui regardent les rentes viagères ; j'y avais converti tout mon bien, et M. l'abbé Terray m'apprend que j'ai assez vécu; il dit à moi, et à tous ceux qui n'ont que de ces effets-là, et qui lui représentent qu'il faut bien qu'ils vivent : Qu'il nen voit pas la nécessité. Vous vous souvenez que ce fut la réponse de M. d' Argenson * à feu l'abbé Desfontaines.

D'ailleurs, je ne m'intéresse à rien; je ne blâme ni n'approuve; je ne dis point, avec Pope, que tout ce qui est, est bien; mais je dirais avec un autre auteur : sottises de toutes parts.

^ M. d'Argenson était alors lieutenant général de police à Paris; Tabbé Desfontaines écriTait un journal dans lequel il s'exprimait souvent de manière à se faire censurer par le gouvernement. (Â. N.)

Comment pouvez-vous croire que je cesse de vous aimer, vous qui êtes unique en votre espèce, que j'ai constamment et ^ uniquement admiré; vous qui m'avez toujours si bien traitée, et qui me traiterez encore bien à l'avenir, à ce que j'espère, en reprenant l'habitude de m' envoyer toutes vos productions, excepté celles qui regardent la chose publique, à laquelle je ne pense que pour faire des vœux pour qu'elle aillfe bien.

Je souffre de Pabsence de mes parents; on ne s'opposera point à ce que je leur rende une petite visite ; j'en ferai demander la permission le mois prochain. Je ne puis pas m' éloigner de chez moi dans ce moment-ci, j'attends M. Horace Walpole; madame , sa soeur loge chez moi , mais dès que l'un et Tautre seront retournés en Angleterre, je compte aller à Gbanteloup. C'est Un grand voya^ge pour quelqu'un de mon âge, mais l'amitié est la fontaine de Jouvence ; je ne désire de la santé et des forces que pour jouir du bonheur de vivre avec mes amis ; jugez quel plaisir j'aurais devons revoir. Ne me parliez plus, mon cher Voltaire, sur le ton de votre dernière lettre; ayez toute confiance en mon attachement , il durera autant que ma vie. Je voudrais bien que ce fût par delà, et que le paradis fut de retrouver ses amis, et d'être uni à eux pour toute l'éternité.

38 juillet 1771.

Il vous est commode, mon cher Voltaire, de vous persuader que je n'aime pas les encyclopédies ; cela vous dispense de m' envoyer la vôtre \ que j'aurais indépendamment de vous, si on la trouvait ici. Je n'aime point la science, la morale,, la mé-» taphysique vir-folio; je ne saurais admirev ni me soumettre à l'autorité et à l'importance de certains auteurs; si j'ai tort» est-ce à vous à m'en punir, quand c'est vous à qui il faut s'en prendre du peu de respect que j'ai pour ces messieurs; c'est vous qui m'avez formé le geût; leurs opinions peuvent être semblables aux vôtres, et je les adopte volontiers ; mais daiifr la forme et la manière, ils ne vous ressemblent assurément pas«

M. Walpole, qui est un de vos grands admirateurs, veut

1 Questions sur V Encyclopédie , ]<a letlie suivante, dalwe da29, doit l*ètre

au 11. (L.)

que je tous dise qu'il est infiniment flatté de l'honneur que vous lui 6ûtes; qu'il ne se serait jamais attendu à être cité par tous, et que les louanges que tous lui donnez, c'est tous qui les lui faites mériter. Ce sont tos ouTragcs qu'il lit sans cesse, c'est l'admiration qu'il a de Totre 9tylc qui forme le sien ; mais il n'a pas, cependant, la présomption de le croire encore assez bon pour oser tous faire lui-même ses remerctments. Il Teut qn^ils passent par moi : j y soascris en enfant perdu, sans craindre la critique, parce que je suis fort au-dessous de la prétention : c'est TOtre amitié que ^e tcux, mon cher Voltaire, et, pour nouvelle preuTe , Totre Encyclopédie. Vous ne dcTCz pas écrire un mot sans m'en faire part; envoyez-moi donc incessamment cette Encyclopédie, afin de pouToir la porter à Chanteloup , où /espère aller an ccmunenceraent de septembre. Vous n'aurez ni rime ni raison de moi que tous ne m^ayer accordé ma demande. U me semble que tous m^arriez donné Fespérance de Tenir faire un toor ici; it n'y a point de temps où je ne vous désire, mais dans ee nsKMnent-ci, je vous désirerais pkrs que dans tout autre; vous feriez connaissance STecM . Walpote, et je suis persuadée que TOUS seriez fort contents Ton de Faotre, et moi je le serais infiniment de me troirrer entre tous deux : mais , Tanité des vanités, tout n'est que Tanité ! J'en excepte l'amitié, qtre je crois (qnot qu'on en dise) le pkis grand bven de la TÎe.

U. DE TOLTAIBE A MADAME LA MAHQVISE DC DEFFAH».

S9 juillet «771.

Dieu sok béni, madame, Totre grand'maman me rend justice et TOUS me la rendez. Je ne crains plus de déplaire à une âme aimable, juste et bienfaasante, pour avoir élevé ma tchx contre des ètvesmalfiaasanls» et injuste», qui, dans la société, ont toujours été insupportables, et dme Texercicede teur charge, tantôt des îWriaHHn*! et taatôt des séditieux.

Je sois dans un âge et dans une situation oà je puis dire là Tériti. Je l'ai dite sans rien attendre de personne au monde , et soyez sâae que je ne* demanderai jamais rien à personne , du iBoinft ponv moi, car je n'ai* jusqu'icii demandé que pour les aolnss^

Si H. Walpole est à Paris , je tous prie de lui donner à lire

180 C0RRESP0NDA:SCE COMPLETE

la page 76 de la feuille que je vous envoie ; il est dit un petit mot de lui. J'ai regardé son sentiment comme une autorité, et ses expressions comme un modèle. Cette feuille est détachée du septième tome des Questions sur l'Encyclopédie, que vous ne connaissez ni ne voulez connaître. On a déjà fait quatre éditions des six premiets volumes, comme on a fait quatre éditions de ce grand dictionnaire qui est à la Bastille. Il est en prison dans sa patrie; mais l'Europe est encyclopédiste. Vous me répondrez comme une héroïne de Corneille à Flaminius :

Le monde sous vos lois! ah, vous me feriez peur, S'il ne s'en fallait pas l'Arménie et mon cœur!

Ne confondez, pas je vous prie, l'or faux avec le véritable. Je vous abandonne tout l'alliage qu'on a mêlé à la bonne philosophie. Nous rendons justice à ceux qui nous ont donné du vrai et de Futile ; soyons ce que le parlement devrait être, équitable et sans esprit de parti ; réunissons-nous dans cette sainte religion qui consiste à vouloir être juste, et à ne voir, autant qu'on le peut, les choses que comme elles sont.

Si vous daignez vous faire lire la feuille que je vous envoie (laquelle n'est qu'une épreuve d'imprimeur), vous verrez qu'on y foule aux pieds tous les préjugés historiques.

Il y a d'autres articles sur le Goût, tout remplis de traductions en vers des meilleurs morceaux de la poésie italienne et anglaise. Cela aurait pu vous amuser autrefois; mais vous avez traité tout ce qui regarde V Encyclopédie comme vous avez traité mon impératrice Catherine. Vous êtes devenue Turque pour n'être pas de mon avis.

Avouez du moins qu'on lit V Encyclopédie à Moscou, et que les flottes d'Archangel sont dans les mers de la Grèce. Avouez que Catherine a humilié l'empire le plus formidable, sans mettre aucun impôt sur ses sujets; tandis qu'après neuf ans de paix, on nous prend nos rescriptions sans nous rembourser, et qu'on accable d'un dixième le revenu de la veuve et de l'orphelin.

A propos de justice, madame, vous souvenez-vous des quatre Êpitres sur la loi naturelle? Je vous en parle, parce qu'un prélat étranger, étant venu chez moi, m'a dit que non-seulement il les avait traduites, mais qu'il les prêchait. Je lui ai répondu que M. Pasquier, l'oracle du parlement, les avait fait brûler par le bourreau de son parlement. Il m'a promis de faire brûler Pasquier, si jamais il passe par ses terres.

De ma maison des Quinze-Vingts u la vôtre , 9 auguste (1771).

« Envoyez-moi des pâtih d'abricot de Genève, »

Gela est bientôt dit, madame, mais cela n'est pas si aisé à faire. Vos confiseurs de Paris s'opposent à ce commerce II n'a jamais été si difficile d'envoyer un pot de marmelade dans votre pays lorsque toute l'Europe en mange. Si M. Walpole demeurait encore quelquefois en France, on pourrait lui en envoyer ; car je ne crois pas qu'on soit assez hardi chez vous pour saisir les confitures d'un ministre anglais.

Quand vous verrez votre grand'maman, je vous prie de me mettre à ses pieds. Elle m'a pardonné mon goût pour Catherine ; elle me pardonnera bien la juste horrem* que j'ai eue de tout temps pour les pédants qui firent la guerre des pots de chambre au grand Condé , et qui ont assassiné un pauvre chevalier de ma connaissance.

Passez-moi l'émétique, madame, et je vous passerai la saignée. Je vous sacrifierai une demi-douzaine de philosophes; abandonnez-moi autant de pédants barbares , vous ferez encore un très-bon marché.

Ne m'aviez-vous pas mandé, dans une de vos dernières lettres, que les nouveaux règlements de finance vous avaient fait quelque tort? Ils m'en ont fait beaucoup, et j'ai bien peur que cela ne dérange la pauvre petite colonie que j'avais établie au pied des Alpes. Je crois que la France est le pays où il doit y avoir le plus d'amis; car, après tout, l'amitié est une consolation, et on a toujours besoin en France de se consoler.

Ma plus grande consolation, madame, a toujours été la bonté dont vous m'avez honoré dans tous les temps. Vous savez si je vous suis attaché, et si je ne compterais pas parmi les plus beaux moments de ma vie le plaisir de vous entendre; car, grâce à nos yeux, nous ne pouvons guère nous voir.

Je ne peux vous dire, madame, que je vous aime comme mes yeux; mais je vous aime comme mon âme, car je me suis toujours aperçu qu'au fond mon âme pensait comme la vôtre.

MADAME LA «ARQ^ISE OU DEFFAKD A M. HORAC£ WALPOLE.

Mardi 3 septembre, à six heures du matin, 1771.

Toutes réflexions faites, la meilleure tournure que je puisse donner à mes lettres est celle d'un journal ; je vous écrirai donc tous les jours l'histoire de la veille ; vous y trouverez rarement des feits intéressants, mais il y aura quantité de noms propres, quelquefois des faits, toutes les nouvelles qm j'apprendrai; et jamais, non jamais, des pensées ni des réflexions.

Pour commencer, hier quand vous fûtes parti '' on ferma ma porte ; on l'ouvrit une demi-heure après , et Fon m'apporta un billet de la princesse de Beanvau , et deux lettres de la poste ; le billet disait qn il ne fallait prier personne pour ce soir, qu'on pouvait bien quelquefois souper en particulier. Les lettres étaient de deux prélats, Tune de mon neveu', fort triste, fort tendre et fort naturel'le ; l'autre de mon ami, qui a le bonheur de vous plaire'; la date était du 28; il ne savait rien -de l'événement * ; il me disait ses conjectures ; il ne savait rien non plus du changement de mes projets ; il me croyait partie , ou même arrivée; il m'exhortait à éftre fidèle à la résolution de ne pas excéder un mois; il est dans tous vos principes, ses conseils ressemblent aux vôtres ; c'est la pierre de touche à laquelle je reconnais le bon sens et l'amitié.

Mercredi, à sept lieures du matin.

Ma journée d'hier fut bien insipide; je vis l'évéque d'Arras *, je sentis du plaisir à être dégc^gée d'avec lui; je vis aussi votre cousin ', il viendra me tenir compagnie ce soir. Il rit plus qu'il ne parle; je suis si sérieuse, qu'il est impossILle que je ne l'ennuie; je ne sais de quoi lui parler; j'eus hier à souj>er M. et madame de Beauvau, la princesse de Poix, l'archevêque d'Aix ^

* M. Walpole arriva à Paria le 10 juillet, et quitta cette ville le 2 septembre suivant. (A. N.)

2 I/archevêqne de Toulouse. (L.)

* L'évèqne de Mirepoix (L.)

^ La disgrâce du prince 4le Beauvau., et sa retraite du gouvernement de Languedoc. (A. N.)

* M. de Conzié, évêque d'Arras. (A. N.) « M. Thomas Walpole. (A. N.)

7 L'abbé de Cicé. (A. N.)

et] rami Pont-de-Veyle ; je mis toutes vos leçons en pratique ; elles me deviendront chaque jour plus aisées à suivre; je m'intéresse si peu à tous les sujets qu'on traite, j'y prête si peu d'attention, qu'il me set% facile de ne choquer personne par mes contradictions; dans le temps que la coirversation hit le ])lu.s animée, je pensais à Arras, à Calais, au passage à Douvres, et à Ijondres; j'aurais préféré des nouvelles de ces lieux-là à tontes celles de la cour et de la ville.

LA MÊME AU MÊME

Mardi 3 septembre 1771 , à six heures du soir.

M. Blackier * passa hier la soirée chez moi ; voici ce qu'il m'a raconté. Le 25 du mois passé, qui était un vendredi, il fut dîner chez M. d'Aiguillon ; on ne se mit à table qu'à trois heures, le conseil ayant duré jusipi'à cette heure-là. C'était le propre jour de la Gazette où est l'article de milady Waldegrave. M. d'Aiguillon, en rentrant ohez lui, prit M. Blackier en particulier, et lui dit : Monsieur, je viens de porter au roi la Gazette^ et je lui ai fait lire l' article d'Angleterre. Sa Majesté est très^en colère contre les gazetiers, de leurs insolences; il est bien éloigné de vouloir manquer de considération au roi d'Angleterre, il m'a ordonné de les punir, et on leur a ôté la Gazette, M. Blaokier marqua beaucoup de surprise, et assura M. d'AiguiUon que le roi d'Angleterre ne serait nullement fâohé de i'artiole, mais beaucoup de la punition qu'on voulait foire aux auteurs.; que souffirant dans son propre pays tout ce que les papiers publics contenaient contre lui , il était bien éloigné de trouver mauvais les écrits des autres pays, et qu'il ne ferait certainement nulle attention à cette Gazette* . Le même jour, M. d'Aiguillon tint le môme propos à milord Harcourt, qui lui fit la même réponse, et ne se contentant pas de lui avoir parlé, il lui d<Mma par écrit le désaveu de cette Gazette, en le priant de le notifier au roi d'Angleterre.

^ Le colonel Btaekier, ensuite sir John, et maintenant lord Blackier, 1827. Il était «ecrctaire d'anibasiiade auprès cle lord Harcourt. (A. ^.)

2 Dan^ la Gazette de France on avait parlé de la comtesse douairière de Waldegrave comme femme du duc de Gloce«ter, avant que leur mariage tut Rmhi public et avoué par la conr de Londres. (A. N.)

184 C0RRESP0NDA1NCE COMPLETE

Le Blackier ne doute point que l'on cherchait un prétexte pour ôter la Gazette à MM. Arnauld et Suard; milord Harcourt a sollicité pour eux ainsi que M. Blackier, mais on croit qu'on ne leur pardonnera pas, et l'on me dit hier#qu'il était question de la donner à M. Marin.

M. de Guignes a été bien reçu; le soir le roi lui donna le bougeoir; on ne doute cependant pas que vous n'ayez le baron .de Breteuil : mais rien n'est encore déclaré.

Adieu, mon cher ami, votre laquais attend ma lettre, il part demain matin; il compte n'arriver que mardi ou mercredi, ainsi je ne doute pas que vous ne receviez ma lettre par la poste un jour plus tôt que celle-ci.

LX MÊME AU MÊME

Paria, lundi 23 septemisre 1771.

Oui, je désire d'être raisonnable ; mais que faut-il donc faire pour y parvenir? Je croyais que vous étiez charmé de ma conduite, que vous y aviez trouvé du changement, et que vous vous en applaudissiez ; et point du tout ! Vous me donnez des louanges que je ne mérite pas , pour faire passer à leur faveur un blâme que je ne mérite peut-être pas davantage. Je ne peux pas, dites- vous, souffrir la contradiction : quand on me donne des raisons, je suis toujours prête à po'y soumettre; mais je ne saurais supporter le manque de justesse, l'opiniâtreté et l'aigreur. Je pourrais avoir le ton plus doux et plus poli, j'en conviens , mais je ne suis point avantageuse , et je suis toujours prête à me rendre aux avis des autres, quand ils sont raison* nables. Voulez-vous que je ne dispute plus? voulez-vous que je change de caractère? Non, vous ne le voulez pas. 11 vaut mieux être un méchant original qu'une bonne copie; il faut se rechercher dans son naturel, il faut le régler, le conduire, mais jamais le perdre. Je peux être née imprudente; il faut m'en corriger et me contenter d'être franche, et ne point me donner pour être mystérieuse et réservée; rappelez-vous, mon ami, les personnes qui sont toutes parfaites, qui s'observent sans cesse , qui passent les vingt-quatre heures sans faire une faute, et mettez-moi à côté, moi qui en fais bien plus que Dieu n'en pardonne aux justes, et dites franchement laquelle vous plaît le

plus. Soyez raisonnable à votre tour, çnon ami, contentez-vous des progrès que vous avez trouvés à votre dernier voyage, espérez d'en faire encore davantage dans ceux qui le suivront. Dites-moi pourtant toujours la vérité , mais n'aftectez plus une sévérité dont il n'est plus besoin. Ne pensez plus de moi ce qu'on dit aux enfants : Quand on vous donne un pied, vous en prenez quatre. Oh! non, non, vous n'avez plus rien à craindre; liélas! hélas! c'est tout au contraire; je suis bien éloignée de me flatter et d'abuser; je suis toujours prête à tomber dans les plus excessives défiances. Mais vpilà-t-il pas que vous bâillez? Venons aux nouvelles, aux noms propres, etc.

Votre cousin amvera à Londres, chargé de toutes sortes d'écrits ; je lui ai recommandé de vous prêter ceux dont vous seriez curieux. La fin de la seconde partie de la Correspondance pourra vous divertir : les Lettres d'un homme à un autre homme m'ont paru ce qu'il y a de plus raisonnable; mais dans le fond, tout cela ne vous fait rien. Ce qui me décourage à vous mander des nouvelles, c'est qu'il me semble qu'elles vous doivent bien peu intéresser. Vous vous atfectez cependant de celles de la cour de Louis XIV. Voyons l'effet que vous feront celles* de la cour de Louis XV. Vous étiez ici quand on a ôté au prince ' son commandement. Vous avez vu la lettre du roi et sa réponse. Le jour de votre départ il eut une audience du roi. 11 lui donna le mémoire de l'état de ses affaires, de ses dettes, qui sont sept cent mille francs qui portent intérêt, et quatre cent soixante mille livres de dettes criardes ; il demande des secours d'argent et de continuer à être employé Ueutenant général, ce qui vaut trente-sept mille francs d'appointements. La première demande a été refusée tout net. On n'a point oicore répondu à la seconde. Vous trouverez comme moi quon a gi*and tort de contracter autant de dettes, quand on n'a pas des fonds pour en répondre, et qu'il ne faut pas être si glorieux et avoir tant de hauteur, quand on a besoin d'avoir recours aux grâces. Tout cela n'est que trop vrai , mais j'en plains davantage ce pauvre prince , qui a été entraîné dans le malheur, ainsi que notre premier père, par l'instigation de sa femme, qui fut séduite par l'instigation de Lucifer, ou de son orgueil.

La sœur * affecte beaucoup de chagrin ; elle dit à moi et à

^ De Beaiiv.in. (L.)

* La maréchale de Mirepoix. (A. N.)

166 CORRESPOISDANGE COMPLETE

d'autres qu'elle rend tous les services qtri dépendent d'elfe; je jve sais si oela est sincère et si la haine qu'on a pour ia bellesœur ne l'emporte pas sur Famour qu'on a pour le frère. Je marche sur des œufe entre ces deux partis, et ne voulant m'attirer l'inimitié d'aucun, je n'ai l'amitié véritable ni de Pun ni «de l'autre. Tous les deux me parlent très-librement et sans défiance, mais c'est par le besoin et le plaisir qu'ils ont à répandre leur fiel. Toute la part que j'y prends, c'est d'observer le cœur humain; je n'en conniris qu'un dont je puisse penser du bien.; souffKrez cette douceur en passant.

J'eus avant-hier le prince, la princesse ', les archevêques d'Aix et de Toulouse. Ce dernier est bien triste; il cro^'ait n'être qu'aux premiers ^hélons, et il pourrait bien ne jamais monter plus haut; son esprit s'en ressentira. Le mouvement lui était nécessaire pom* s'acoroftre, le repos l'afifiaiblira.

Le chanx^elier poursuit son ouvrage. Les parlements de Bordeaux et de Toulouse sont cassés et rétablis, celui de Rouen sera détruit, je crois, le 26; on y substituera un conseil supénenr. Celui d'Aix viendra après. Il sera cassé et rétabli. Cdtri de Bretajpie est réservé pour la bonne bouche. On ôlera le commandement de cette province à M. de Duras; le comte de Brogplie espérait l'avoir, il «st presque sûr qu'il ne l'am^ pas, et qu'il sera donné k M. de Fitz-James.

La duchesse de Boufflers *, qui avait donné sa démission de sa place chez madame la Dauphine, vient d'être remplacée par la duchesse de Luxembourg ' .

Adieu, à demain ou à un aiftne jour. Je pré\t)is que votre cousin ne paitira pas sitôt.

Mercredi 25.

Depuis lundi, il n'^st pas survenu de grands événements ; les gazettes, si vous les lisez, vous auront appris la mort de la duchesse de Viliars, et que sa place est -donnée à madame la duchesse de Cossé, fille de M. de Nivenyis *, KUe Faurait refusée

* De Beauvau. (L.)

* Veuve du duc de Boufflers, fils de la marécliale de Luxembourg, de son premier mariage, et mère de la duchesse de Lauzun. (A. N.)

3 Le mari de cette daoM n'était pas un fils du mafféchal de LmemboQiig, mais du duc de Bouteville , branche de la maison de Luxembourg. Durant la vie de son pcre, on le nommait M. de Poyanne. Il épousa une fille du marquis de Paulmy, et prit, après son mariage, le titre de duc de Luxembourg. (A . N.)

* Il était difficile d'avoir plus d'esprit et de l'avoir plus cultivé que la duihesse de Cossé. (A. N.)

DE yiADAME LA MAHQUiaE DU DEFFAiSD. 187

de grand cœur; mais son mari, qui eât favori de la Sultane \, Tavait demandée à «on insu et l'a obligée de l'accepter; mais comme elle nourrit sa petite fille, on lui permet de n'entrer en exercice qu'après qu'elle 1-aura sevrée. Madame la Daupbine n'a pas d'éloignement pour elle ; mais elle est fâchée qu'on n'ait pas choisi pour cette place une de «es dames de compagnie. On parle tous les jours du renvoi de l'abbé Terray : mais au moment qu'on le croit noyé, il reparaît sur l'eau. Sa dame de la Garde *, quiest'une infâme, vient d'être renvoyée : il y a été forcé; ce «acrifioe le soutiendra peut-être quelques semaines, mais il périra à la fin. J'ai quelque soupçon que votre cousin en sera fâché; il a, dit-on, d'assez fâcheuses affaires avec les fermiers généraux sur les fournitures de tabac , et le Terray lui est favorable.

Je trouve que vous .avez raison quand vous dites qu'il y a des esprits marchands, -qui se moquent et méprisent tout oe qui n^ pas directement l'intérêt ,pour but. Je pensais l'autre jour, que bien des gens faisaient une grande dépense d'espidt sans en avoir la propriété; tout ce quilsont est -d'emprunt, ou de hasard, comme l'argent du jeu. Je dis cela hier à la ma- Féohale de Luxembourg : je fus bien surprise de ae que nonseiilemeot elle trouva que j'avais raison, mais elle*dit qu'elle allait me le prouver par un exemple dont elle me demandait im grand secret; elle me nomma tout bas T Idole. Âh! mon Dieu, lui dis-je, vous ne vous souvenez donc pas qne c'était la fîpmme du monde que vous prétendiez qui .avait Je plus d'esprit? Ah! oui, dit^elle, je le pensais alors, et je ne le pense plus aujourd'hui. Et moi, madame Ja maréchale, je ne l'ai jamais pensé.

Jl me resterait à vous parler des ambass^ades. Tout^est encore problématique; mais votve cousin, qui vous rendra cette lettre, est 'très-instruit sur cet article, qui eera plus éolaivci quand il partira, qu'il ne l'est à présent. Pour moi, je crois toujours que ce aéra le baron 'de Breteuil ; il vous dba aussi que tout le oorp6 diplomatique donne l'un après l'autre des diners au bâcha d'Aiguillon. Bâcha : souvenez-vous que c'est ainsi que je l'ap-

* Madame du Barry. (A.N.)

^ La niaitre8.se de Tabbé Ten*ay, qui de concert (comme on le supposa) avec Tabbé, recevait de Targent, nun-seulement pour chaque faveur, mais pour crbaque acte de justice ou d'injustice qu'on sollicitait dans le département du contrôleur général des finances. (A. N.)

pellerai. L'ambassadeur d'Espagne se distingue singulièrement; il ne va à aucun de ces dîners. Il a refusé celui de madame de Valentinois 'où était la sultane ; la sultane en doit donner un lundi, où tous nos mandarins et tous les diplomatiques sont invités.

J'ai eu une seconde visite de Garaccioli; il parle facilement, abondamment, et communément. Gela vaut autant et même un peu mieux que Saint-Ghrysostome * .

Y a-t-il exemple d'une pareille bavarderie? Ah ! je vous en crois bien ennuyé. Gependant elle pourrait n'être pas finie, cela dépend du départ de votre cousin.

Lundi 30.

La lettre que je reçus hier, datée du 23, devrait bien me couper la parole; j'y ai cependant répondu hier par la poste; je ne vous en dirai donc rien aujourd'hui, si ce n'est que je vous prie de bannir vos craintes, ou du moins de ne m'en plus parler; attendez mon manque de parole pour m'en dire de dures et de désobligeantes ; je les mériterai alors, comme étant la plus basse, la plus sotte, la plus folle, en un mot la plus ridicule du monde.

Je ne sais plus du tout quand votre cousin partira; je suis bien tentée de vous envoyer ce volume paille Blackier; il prétend qu'il n'y aura nul inconvénient. Sije vois que votre cousin ne se détermine pas à partir, je pourrai bien prendre ce parti.

Je vais vous surprendre, en vous apprenant que la grosse duchesse dîne aujourd'hui à Luciennes chez la sultane; le pacha, son fils, a exigé d'elle cette complaisance; il y a huit jours qu'elle s'en défend; mais il a fallu céder ou se brouiller avec lui. La petite maréchale ^ est fort aise de l'avoir pour compagne. Les autres femmes qui sont à ce dhier sont mesdames de Valentinois , de Montmorency et de Ghoiseul ; ce dernier nom vous surprend ; mais c'est celle qui est jeune et belle, et dont le mari est le grand ennemi du grandpapa '• Les autres convives sont M. le chancelier, tous les ministres d'État et tout le corps diplomatique, excepté les ambas-

1 Nom que par plaisanterie de société on avait donné, on ne sait trop pourquoi, à mademoiseUe Sanadon. (A. N.)

* De Mirepoix.

^ Un M. de Choiseui, qui était au service de la marine, de la même famille que le duc de Choiseul , mais principalement connu par son inimitié contre son parent. (A. N.)

sadeurs d'Espagine et de Naples; ce sont les seuls qui ne vont point chez elle; apparemment qu'ils suivent leurs instructions. Je ne veux point tarder à vous donner du plaisir; l'afïiEiire de l'armure ' est en très-bon train ; mais après l'aventure des Mémoires de M. de Saint-Simon *, je n'ose plus compter que sur ce que je tiens. Dites-moi, si votre prudence vous le permet, s'il n'y a point quelque sujet d'inquiétude sur la guerre. Nos confédérés ' d'ici, qui ne demanderaient que plaies et bosses , en murmurent quelque chose ; le prétendant a quitté Rome. On dit qu'il va se mettre à la tête des confédérés de Pologne ; le marquis de Fitz^ames est parti avec une commission de notre cour. On dit que c'est pour le joindre ; cela ferait-il quelque sensation chez vous? Cette nouvelle ne me parait qu'une peau d'âne, c'est-à-dire un conte.

LA MÊME AU MÊME

Paris, mercredi 9 octobre 1771.

J'attendais constamment le départ de votre cousin pour faire partir mon volume ; il est énorme ; mais ce sont des rapsodie^ de trois semaines, de vieilles nouvelles, des réponses à quelques-unes de vos lettres dont vous ne vous souviendrez plus; enfin de vrais galimatias. Pourquoi me l'envoyer, me direz-vous? Je n'en sais rien, si ce n'est par le regret du temps que j'aurais perdu. Vous voilà prévenu; ^i vous craignez l'ennui à un certain point, tenez-vous-en à la lettre d'aujourd'hui, et jetez le volume au feu.

J'ai de bien mauvaises nouvelles à vous donner syr l'armure ; voilà le billet que je viens de recevoir de madame de la Vallière , qui vous mettra parfaitement au fait. Vous jugez bien que j'attendrai votre réponse pour terminer cette affaire; l'armure restera chez madame de la Vallière jusqu'à ce que je l'aie reçue. Ce bijou me paraît un peu cher *, et ressemble beau-

< L*arniurc de François I*', maintenant à Strawbcrry>Hill. 1827. (A. N.) - Le manuscrit des Mémoires du duc de Saint-Simon publiés depuis, que

madame du Deffand croyait entre les mains du duc de Choiseul, tandis qu'il

était déposé aux archives des affaires étrangères. (A. N.) ^ C'est de la sorte qu'elle indique le parti du duc de Cboiseul. (A. N.) ^ On l'avait d'abord estimé mille écus; mais il fut acheté pour cinquante

louis. (A. N.)

190 CORBBSPONDANGE C031PLETE

coup au casque du château d'Otrante. Si vous persistez à le désirer, je le payerai, je le ferai encaisser et partir sur-le<îhamp. C'est certainement une pièce très-belle et trés-rare; mais, comme vous voyez, infiniment chère, et pour laquelle il faudra peut-être faire bâtir un château de Madrid; comme nous- en avons dan» le bois de Boulogne.

A Tégardide votre lit, de ses circonstance» et dépendances, et des deux, fauteuils, je n'enverrai chercher le marchand de la rue de la Huchette que lorsque M*. d'Aiguillon se sera décidé à nommer un ambassadeur '. Votre cousin vous racontera- tout ce qu'il fait. Il est très-bien instruit, et il! vous mettra au courant , mieux, que je ne pourrais faire , de l'état des choses et du jugement qu'on en peut porter; il a de l'esprit, de la cha^ leur et beaucoup de franchise; je devrais peut-être dire d'indiscrétion : vous ne serez pas étonné si ces deux mots me paraissent synonymes.

Nos confédérés sont étrangement scandalisés du dtner que la grosse duchesse d'Aiguillon a fait à Luciennes; la grand'maman dit qu'elle s'est souillée. La crainte qu'elle me parait avoir de le céder en chaleur et en animosité aux dominations (c'est ainsi que je nomme Ibs dames de Beauvau et dé Gramont), la fait tomber dans des exagérations ridicules et risibles. Vous ne le croirez jamais, mais je me conduis avec une prudence ineffable; j'en suis moi-même étonnée, et je cherche quelle est la cause de ce grand changement; je n'aurai point la fadeur de vous dire : C'est le désir de vous plaire; non, ce n'en est point le motif, il me semble plutôt là vanité de jouer dans tout cela une espèce de petit rôle; et puis, ajoutez l'excessive indifférence que j'ai pour les deux partis. Je vous sais bien bon gré dé m' avoir détournée de mon voyage ; c'était une entreprise, par rapport à mes forces et à mes sentiinents, beaucoup plus grande que nature. Je me trouve très-bien de l'habitation de mon tonneau. Je crains moins l'ennui, je m'accoutume à mon âge ; je sens que mon bonheur dépend de supporter patiemment les privations , et d'arriver par degrés à pouvoir me passer de tout*

On est d' avant-hier à Eontainebleau; Paris sera pour moi comme Londres l'est pour vous; mais- je n^ai^ point de Straw* berry-Hill, je ne puis avoir les mêmes occupations que vous

^ Bour. Londres» 0*ast avec le bagage de oeC ombattadeur (pi*on devait envoyer le lit de M. Walpole. (A. N.)

DE MADAME LA MARQUISE DU DEFFAIND. i9i

avez. D'abord je n'ai point d'yeux, ni de talent; je n'ai ni chien, ni chat, nig[oût, ni fantaisies, et je suis pour ainsi dire réduite à moi-même, à mademoiselle Saint-Chrysostome et quelquefois k la fièvre et à la centinuelle toux de F ami Pont-de-Veyle : oui , à sa toux et à sa fièvre ; car dès qu'il a du relâche, il abandonne le coin de mon feu pour l' opéra-comique, et ma soupe et m^n poulet pour aller souper ailleurs^. Eh bien , en vérité, je trouve tout cela fort bon.

Je vois. beaucQU{> Garaccioli; c'est eomme si je l'avais vu toute ma vie; oa est pour lui, dès la première fois qu'oa le voit, ce qu'on pourrait être pendant toute vmn. éternité.. Il m'am«ua hier Goldoni, pour me lire une comédie qu'on appelle le Bourru bùsn/aùanl; on m'en avak dit tant de bien , qu« je désirais de l'entendre.. Je fus bien attrapée , c'est la pièce la plus fi:oide,.la plus plate cpL ait paru de nos jours * . Mais j.' aurai plus de plaisir ce soir : mesdames de Mirepoix, de.BoufBers et de Boisgelin souperont chez m^i ; elles réciteront des* scènes du Misanthrope. Elles en récitèrent avant- hier des Femmes savoHieSy mais si parfaitement bien» qu^il y avait longtemps que je n'avais entendu rien qui me fit autant de plaisir. Mins je m'avise que je ne vous en fais guère en écrivant si longuement ; j'espère du moins que la style ne vous déplaira pas, c'est celui dont je me sers avec tous mes autces» amis.

Ne tarder pas à me répondre et à vous décider pour Farmure; si vous persistez à la vouloir,, vous l'aurez au plus tard dans le courant du moiis poochain.

1 Cette pi«ce est excelicotc, quoi C|ii*en di«e madame du DefCand^ maùi on ne peut la juger qu*à la représentation. Lue par Goldoni, qui parlait mal notre langue et la prononçait encore plus mal, elle dut paraître ennuyeuse. (A. N.) Il est certain qu*ellte avait eu lé plus grand succès. « Pièce fortunée, dit Goldoni en parlant d'elle dans ses Mémoires y qui a couronné mes travaux et a mi« le sceau à ma réputation.. Elle a été donnée pour la première feis àiParts^ le 4 noTembre 1771, et le lendemain à Fontainebleau; elle eut le même succès à la cour et à la ville. J*eus du roi une gratification de cent cinquante louiâ; le droit d'auteur me valut beaucoup a Paris, mon libraire me traita fort lionnêtemene. Je me tîs comblé d'honneur, de plaisir et de joie. » (L.)

192 CORRESPONDAKCE COMPLETE

MADAME LA MARQUISE DU DEFFAND A M. LE CHEVALIER DE l'iSLE ^

(inédite).

Ce mercredi, 16 octobre 1771 2.

J'allais répondre à votre première lettre quand j'ai reçu la seconde du 13; elle m'a fait transir de peur*. Vous avez mis dans votre récit tout l'art de la tragédie; j'étouffais ainsi que le pâtissier dans sa cheminée, et je n'ai respiré que quand j'ai su qu'il n'y avait ni plaies ni bosses.

Je vous dois bien des remercfments, et je n'aurais jamais cru pouvoir me réjouir de votre absence; c'est cependant ce qui arrive aujourd'hui. Oui, mon cher monsieur, je suis ravie que vous soyez à Chanteloup, et pour mes parents, et pour vous, et pour moi-même ; vous avez trop bien débuté pour ne pas continuer. Vous ne me laisserez rien ignorer de ce qui m'intéresse le plus au monde; cependant vous pouvez encore faire mieux que vous n'avez fait, et entrant dans de plus grands détails sur ce qui regarde la grand' maman. N'a-t-elle pas été troublée au point d'en être malade? Ses nerfs (qui sont les seuls en qui je crois) ne s'en sont-ils pas ressentis? Voilà ce que je vous prie de me mander. Si elle se porte bien , je n'aurai plus d'autres peines que le dommage et les dépenses qu'il occasionnera ; mais il en résultera cependant une sorte d'avantage : mes parents n'accorderont plus si facilement leur consentement pour les aller trouver, je doute que l'aMuence soit de leur goût. On juge des autres par soi-même, et quelque plaisir que j'eusse d'être à Chanteloup, je n'ai point de regret, je l'avoue, de ne m'y pas trouver au milieu de la foule. On est bien éloigné à Paris d'y être exposé. Fontainebleau a enlevé tout le monde. Je n'y ai pas grand regret en général, il y a cependant des exceptions : je suis fâchée de l'absence de M. de Beauvau, et je suis inquiète de n'avoir point encore eu de ses nouvelles. Il nie dit, samedi, en partant, qu'il comptait que dans trois ou quatre

• ^ Le dievalicr était alors ù Chanteloup. (L.)

2 La lettre i)*est point datée , mais, d'après la correspondance , il faut ajouter octobre 1771, {H, de VJsle.)

^ Il est ici question de la chute d'une aile du château de Chanteloup , en 1772. (Aofe du chevalier,) Ici le chevalier se trompe d'une année. (£i, de VIsle.)

jours il en aurait à m' apprendre. Vous vous attendez bien que

ce n'est pas par moi que vous pouvez être instruit de ce qui se

passe, pour plusieurs raisons, et tous vous contenterez de la

première: c'est que je ne sais jamais rien. Si vous en voulez

une seconde, c est que je crois qu'il n'y a rien à savoir. Gela

ne m'empêche pas d'avoir beaucoup de choses à vous dire. 11 y

a une certaine fable ' qui m'a fait un fort grand plaisir*. J'en

ai eu beaucoup aussi à la dispute thëologique que vous m'avez

racontée. Qui est-ce qui a pu. croire qu'on pouvait désunir trois

choses qui n'en font qu'une, et s'il y avait une distinction, une

prédilection pour une des trois, ce serait sans doute (comme

vous le dites très-bien) en faveur de celle qu'on peut mettre à

toute sauce *. Votre danseuse m'a beaucoup réjouie aussi. C'est

un emblème parfait, il n'y manque rien *.

Dites à l'abbé que je ne lui écris point parce que je n'ai rien à lui dire. Il me parle dans sa dernière lettre de gageure, de revenge (sic) ; vraiment, vraiment, il est bien question de tout cela, quand on a son château par terre.

Mes profonds respects à mes parents, mes plus tendres amitiés à Fabbé, et à vous mille et mille remerctments et l'assurance de ma reconnaissance.

MADAME LA MARQIISE DU DEFFAND A M. HORACE WALPOLE

MerciHîdi 30 octobre 1771.

Nous voilà donc en paix! le ciel en soit béni; il nous y maintiendra, j'en suis sûre, et nous n'aurons plus à l'avenir de querelles; nos disputes ne rouleront que sur des larcins d'idées. Comment trouvez-vous cette phrase? La croyez- vous de moi? J*espère que non : elle est de Marmontel, dans le conte des Trois Sultanes, Ab! mon Dieu, quel auteur! Qu'il a de peine,

* La Jeune Fille et les Oiseaux, Voyez le tome I*' de la Correspondance de madame du Deffandy de la duchesse de Choiseul, etc. , publiée par M. de Saint- Aulaîre; page 426. (H, de Vlsle,) ^

^ « Il y a une certaine fabie, » jusqu'à : « Dite9 à Tabbé », a été copié dans la collection de Cayrol , qui se trouve aux manuscrîts de la Bibliothèque impériale. Correspondance de Voltaire, t. VI, p. 402. (H. de Vlsle.)

3 Cette dispute tbéolofjique concerne sans cloute Voltaire, car M. de Cayrol a mis au-dessus du folio 402 le nom de Voltaire.

* Quelle danseuse? Une pièce de vers à chercher? (H. de Vlsle.)

ir. 13

qu'il se donne de tourments pour avotr de Fesprit ! Il n'est qu'un gueux revêtu de guenilles.

Vous saurez que j'ai passé une nuit Manche, mais si blaficbe, que depuis deux heures après minuit que je me suis couehée , psqu'à trois heures après midi que je vous écris, je n'ai pas GEactement ferme la paupière ; c'est la plus forte insomwe que j'aie jamais eue ; mais depuis quinze jours, je ne dors que qwatre . ou cinq heures par nuit, séparées par des lacunes de six, sept ou huit heures; je ne sou£hre point, j'ai rarement de l'agitation, je ne sais à quoi attribuer cette incommodité ; f imsçine toujours que ce souk les digestions; cependant je mange fort peu; et tous les jours je fais quelque retrandiement ; je me porte bien dans la journée, j'ai la tète libre, et le seul inconvénient que j'éprouve, c'est un peu de faiblesse, et surtout dans les jambes. Suivez mon exemple, non pas en ne dormant point, mais en me rendant un compte aassi fidèle de votre santé, et c'est de quoi vous ne me parlez jamais.

Je suis parfaitement satisfiaite que vous soyez conlenl de mes lettres ; les louanges qme vous leur donnez me font beaucoup de plaisir; la vanité sans doute peut y avoir part, mais en vérité moins que vous ne croyez. J'ai beaucoup de correspondances actuellement, et même j'en suis fort fatiguée. Quelquefois j'écris des lettres dont je ne suis pas mécontente ; eh bien ! alors je regrette qu'elles ne soient pas pour vous , et puis je mien console, parce que vous seriez bien importuné d'en tant recevoir.

Je viens d'écrire à la grosse duchesse qui est à Pontchartrain ; je la prie de s'informer du petit paquet que vous m'annoncez et que je n'ai point reçu. Madame de Mirepoix a fait un voyage ici de deux jours, nous avons sonpé ensemble chez les Garaman. Son frère est toujours dans la détresse ; s'il n'obtient aucun secours, je ne sais ce qu'il deviendra.

Madame de Luxemboui^ partit lundi dernier pour Chanteloup; elle y restera huit jours ; rien n est plus comique et plus singulier que cette visite. C'est pour qu'elle soit placée dans ses fastes; ce n'est pas assurément l'amitié qui en est le motif.

Oui, vous avez raison, mon voyage, quoique pour le pviiitemps prochain, n'est |)as cependant fort prochain, et sûrement vous serez appelé au conseil ; je me trouye trop bien de ceux que vous voulez bien me donner.

Souffrez qu'aujourd'hui je ne vous mande point de nouvelles; j'ai la tête im peu étourdie:

Je n'ai plus rien à vous dire de votre armure, elle est payée, et je ue crois pas qu elle le soit phis qu'elle ne vaut; peut^tre aurait-elle été au-dessus de cinquante leuis à Tinventaire; mais il y a grande apparence qu elle aurait été par delà.

J'ai vos deux fauteuils- chez moi; je ne sais ce qui adviendra de voire lit. Les ambassades ne se nomment point; j'en suis fâchée et fort inquiète; j'ai peur que cela ne signifie rien de bon.

Je ne vous ai point parlé de la chute de la moitié d'une aile du château de Ghanteloup ; cet accident arriva le là de ce moi», à huit heures et demie du soir,. (K>mme on était à table; un quart d'heure plus tôt, il y aurait eu plusieui*s persowies d'écrasées; et si c'avait été la nuit, il y en aurait eu plus de trente; heureusement tout le monde en étoit sorti; le dommage sera réparé pour douae ou quim^e mille francs.

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