‹ Correspondance complète de la marquise du Deffand avec ... le présidentChapitre 9 sur 53 · II · texte numérisé non relu

II

226 CORRESPOnDANGE COMPLÈTE

Je n'ai rien à tous demander de nouveau. La chose publique ne produit rien; je mène toujours la même vie» et mes pensées sont toujours les mêmes.

Je trouve votre lettre charmante, mais d'un ton que je ne puis prendre ; il me faudrait plus de force et d'énergie que je n'en ai pour y pouvoir répondre. Quoique je ne sois plus votre Petite, je suis cependant bien petite , bien sotte , bien puérile ; je n'ai qu'un petit cercle d'idées sur lesquelles je redis toujours les mêmes choses; si je veux m' élever, je sens toute ma fiaiblesse.

Adieu. Peut-être ferai-je un journal pour Fordinaire prochain; dans ce moment-ci je ne trouve rien à dire.

Paris, mardi 17 nars 1772.

Savez-vous qu'en faisant le portrait de Lindor ' , qui est parfaitement ressemblant, vous avez, sans intention, des mêmes traits, fait le mien. Je ne sais pas si j'ai des inspirations, je ne le crois pas, mais j'ai la faculté de sentir et non celle de comprendre» Ce qui frappe mon imagination n'arrive point, ou du moins très-difficilement et très-rarement à mon entendement. Mais en quoi je ne ressemble point du tout à Lindor, c'est par le sommeil. Je ne demanderais pas mieux que de suivre votre conseil; j'écrirais volontiers, si j'avais des yeux; mais je croîs qu'il me serait impossible de dicter des fkits; k peme puis-je dicter mes pensées. Je nai point le talent de raconter; ma mémoire, qui est très-courte, est à la glace; j'estropie tous les bons mots qu£ je répète; mon esprit n'est point dans ma tète; je suis le contraire de Fontenelle, de qui on disait qu'il avait deux cerveaux et point de cœur. Madame de Sévigné avait Fun et l'autre, et vous aussi ; mais gardez-vous bien de me placer dans cette classe. J'en suis parfaitement indigne.

La grosse duchesse ne veut point attendre que vous consentiez qu'elle vous envoie T Histoire de Bordeaux, elle veut vous en faire présent ; on m'en lut hier quelques morceaux, je vous garantis que vous ne la lirez pas. Je viens de lire un ouvrage de

1 Nom donné par plakanlerieà M. Selwya. (A. N.)

M. Thomas, V Éloge des femmes des différents siècles; il s'est surpasse lui-même. Noi» avions autrefois un cbarlatan qu'on appdbU le Gros Thomas ; il distribuait son orviétan sur le pont Neuf. C'était l'idole du peuple. Je prétends que M. Thomas est le Groft Thomas du peuple bel-esprit; voilà une de ses plurales , ti propos de la dislance que les rangs mettent entre le» hommes : L'orgueil ne se mêle pas, et fait signe que Von recule. Tout est du même style.

D'où vient * brCilez-vous tout ce que vous écrivez? Me trou* vea&^ous indigne de rien hre? Manquez-vous de complaisance pour m'en faire quelque traduction? Vous pensez beaucoup et vous rendez très-clairement vos pensées ; que sait-on? peut-être me feriez-vous penser à mon tour? Ne serait-ce pas une trèsbonne œuvre que de me tirer de F ennui t Je n'entends que des riens, et je ne suis pas même aussi heureuse que madame de Sévig;né , qui se plaignait , quand elle était aux États de Bretagne, de dépenser tout son esprit en pièces de quatre sous; la monnaie que je reçois et que Je distribue est encore au-dessous de cette valeur. Je ne regrette point de ne plus aller aux spectacles. Tout ce qu'on y donne est pitoyable ; en vérité , en vérité , on ne sait pas pourquoi on est sur terre, et cependant on n'a point eovie de la quitter; toujours quelques rayons d'espérance aident à soutenir l'instant présent; mais elle est au fond de la boite, et elle est. terriblement couverte de contradictions, de chagrins et d'ennui.

Vous aimeriez mieux des nouvelles que tous ces beaux discours-là; mais il n'y en a point; ce sont des conjectures, des spéculations qui n'ont de consistance que par l'intérêt qu'on y apporte. Nous n^ envoyons point d'escadre pour assiéger des châteaux et déUvrer des princesses prisonnières * ; ceci vous regarde, y a-t-il quelque fondement?

Mercredi 18.

Le facteur est passé, i) n'y a point de lettres, j'en suis filchée ; j'attends avec impatience qae vous m'appreniez comitient vous aiHrez trouvé la lettre de Bussy. Je serais assez tentée de vous

< Tonmurv familière à madame do Deffand (L.)

^ Ceci a trait à ki rei«« de Danemarlb On sait 911e le conunodore Macbridge, àÊ&çmm amùrsl , fitl earroyé dans le Samd avec troU fr^atea , pour conduire la reiiae de sa ^riaon de Groneabourg à Stade, d*où elle fut envoyée au château ^ ZcU, rétideiice <|ui lui futaMignée d'ajprès un arrangement convenu entre les cours d'Angleterre et de Danemark. Elle y mourut en 1774. (A. N.)

envoyer l'arrêt du parlement et le réquisitoire ' contre les dernières brochures qui ont paru , et qui ont pour titre : la Troisième partie de la Correspondance , et le Supplément à la Gazette. Je n'ai point lu ces deux brochures; on dit qu'elles sont de la dernière insolence. Le réquisitoire me paratt admirablement bien écrit; je ne sais d'où vient que je ne vous l'envoie pas; deux raisons m'en empêchent : l'une que cela rendrait mon paquet trop {^ros, et l'autre, qui est la plus forte, c'est que cela vous serait fort indifférent.

Adieu donc ; n'ayant point reçu de lettre, il faut bien que je finisse cellcK^i.

LA MÊME AU MÊME

Vendredi 20 mars.

Les lettres ont été bien retardées» elles ne sont arrivées qu'aujourd'hui. Non, vous vous trompez, il ne faut pas toujours que j'en revienne là. C'est où je ne retournerai jamais , soyez-en sûr; c'aurait été un plaisant chemin pour y retourner que de vous faire lire cette lettre de Bussy'; c'est la conformité des expressions qui me surprit , et qui , jointe à la critique que vous faisiez de son style, me fit naître l'envie de vous faire lire cette lettre. Ah! je n'ai pas besoin d'être rabrouée. Ma tète s'affaiblit tous les jours, je deviens comme les enfants, j'ai besoin d'être caressée, qu'on me donne du bonbon; je crains qu'on ne me frappe, je trouve tout amer; je ne prétends pas avoir raison, mais on est comme on est : on n'est point maître

^ Sur le réquisitoire écrit par M. Jacques Verges, avocat général du nouveau tribunal créé poui* remplacer le parlement, cette assemblée condamna les deux brochures en question « à être lacérées et brûlées comme impies , blasphématoires et séditieuses, attentatoires à Tautorité du roi, injurieuses à. la famille royale et aux princes du sang, tendantes à soulever les peuples cootre le gouvernement, et détourner les sujets de l'obéissance qu'ils doivent au souverain, et du respect dû aux ministres et aux magistrats, » etc., etc. (A. N.}

3 M. Walpole avait dit : « Enfin, j'ai lu cette lettre de Bussy, et je m'étonne que vous ayez eu envie de la citer. Que dit elle d'abord? Sinon cnie quand madame de Scudéry avait des vapeurs, elle persécutait Bussy, et lui re. prochait le manque d'amitié sans rime ni raison. Il s'ennuya de ses fantaisies, voilà par où je lui ressemble. Il valait bien la peine de rappeler le passé pour citer ce beau morceau! Mais, de fsiçon ou d'autre, il font toujours en revenir là. . (A. NO

de ses sensations. Madame de Beauvau me disait l'autre jour (apparemment pour me flatter) que ma manière de vieillir était surprenante, qu'on ne s'apercevait d'aucun changement. Ah! mon Dieu, mon Dieu ! que cette louange est peu méritée ! Je ne sais pas si je suis supportable pour les autres, mais je suis insupportable à moi-même. Vous avez raison, j'ai choisi un mauvais antidote contre la tristesse en lisant Clarisse; le traducteur * a été bien malhabile, il pouvait retrancher hardiment un tiers du livre, sans supprimer aucun événement, sans altérer aucune situation; l'ouvrage aurait été bien meilleur. Il n'aurait pas été moins triste, mais infiniment moins ennuyeux.

J'aurais tort de décider que mes évéques' ne sont point

ambitieux. Us ont l'esprit ferme, appliqué; ils ne sont ni dévots,

ni galants, ni intrigants; et conune il faut bien être quelque

chose et que rarement on fait le bien pour le bien , il se peut

qu'ils soient ambitieux; mais les moyens dont ils se servent

sont honnêtes. Je ne vois personne dont je croie que l'esprit

vous conviendrait. Pour votre famille anglaise ', je vous avoue

qu'elle ne m'a point plu du tout; cette belle-mère est une jabo-

teiise singulièrement importune; son début avec moi fut sur

la haute métaphysique; je me reproche de l'avoir brusquée;

je lui ai paru sans doute une vieille de très-mauvaise humeur et

fort bornée : elle m'aura bien jugée, et je ne m'en plains pas.

On dit ici que le chevalier Lambert est amoureux à la folie

de notre danseuse^ et qu'il veut l'épouser; il est depuis près de

deux mois à Londres, et il n'y est allé que dans cette intention.

Il y a un homme qui s'est tué, il y a quatre jours, dans

l'église de Saint-Eustache, sur le tombeau de sa maîtresse; cela

n'est-il pas édifiant? Il ne se passe guère de semaine qu'on

n'apprenne un suicide; les banqueroutes en produisent plus

que l'amour.

Je serai fort aise de revoir Lindor; la faculté qu'il a de s'endormir lorsqu'il s'ennuie, rend sa société très-commode. Je

* C*est Tabbé Prévost. Depuis lui , le Tourneur a retraduit Clarisse et rétabli toat ce que Prévost avait supprimé. (A. N.)

2 Les érèques de Saint-Omer et d* Arras. M. Walpole aVait dit à leur sujet : • V*<M lieux évéques ne me donnent point l'idée d'hommes sans ambition. Il faut se contenter, si les ambitieux montent aux grandeurs par l'échelle de la bienfaisance. » (A. N.)

^ La famille de feu sir John Mtllar de Batheaston , composée de sir John et lady Biillar, et sa mère madame Riçgs. (A. N.)

« Mademoiselle Heinel. (A. ».)

voudrais que tous les gens que je vois fussent de même; et ce que je voudrais plus que toutes choses» ce serait d'eu pouvoir faire autant.

A Ferney, Vk murs 1772.

Je VOUS écris, madame, malgré le pitoyable état où mon grand âge , ma mauvaise santé et le climat dur où je me suis confiné ont réduit mon corps et mon àme. Un officier suisse, qui part dans le moment , veut bien se charger de ma letti^. Songez que vous m'aviez mAodé que vous alliez chez votre grand'maman, il y a près de six mois ; j'ai cru toujours que vous y étiez. J'apprends que vous êtes à Paris. Vous m'aviez promis de me mettre aux pieds de votre grand' maman et de son mari. Je vous dis très-sincèrement que je mourrai bienlét , mais je mourrais de douleur si votre grand'maman et son très^respoo^ table mari pouvaient soupçonner un moment que mon oœur n'est pas entièrement à eux. Je l'ai déclaré très*nettement à un homme considérable qui ne passe pas pour être de leurs amis. Je ne demande rien à personne. Je n'att^sds rien de personne. Je repasse dans ma mémoire toutes les bontés dont votre grand'maman et son mari m'ont comblé; j'en parle tous les jours; elles font encore la consolation de ma vie.

J'ai autant d'horreur pour l'ingratitude que pour les assassins du chevaher de la Barre, et pour les bourgeois insolents qui voulaient être nos tyrans. J'ai manifesté hautement tous les sentiments; je ne me suis démenti en rien, et je ne me démaotirai certainement pas. Je n'ai d'autre prétention dans ce monde que de satisfaire mon cœur. Je suis votre plus ancien ami ; vous vous êtes souvenue de moi dans ma retraite; votre commerce de lettres, la franchise de votre caractère, la beauté de votre esprit et de votre imagination m'ont enchanté. Mon amitié n'est point exigeante, mais vous lui devez quelque chose ; vous lui devez de me faire connaître aux deux personnes respectables qui ne me connaissent pas. Je ne leur écris point, parce qu'on m'a dit qu'ils ne voulaient pas qu'on leur écrivit, et que d'ailleurs je ne sais comment m'y .prendre; mais vous avez des moyens, et vous pouvez vous en servir pour leur faire

passer le contenu de ma lettre. Je vous en conjure, madame, par tout ce qu'il y a de plus sacré dans le monde, par Tamitié ; il m'est aussi impossible de les oublier que de ne pas vous aimer.

Je vous souhaite toutes les consolations qui peuvent vous rendre la vie supportable. Je voudrais être avec vous à Saint- Joseph, dans l'appartement de Forment. J'y viendrais, si je pouvais m' arracher à mes travaux de toute espèce et à une partie de ma famille, qui est avec moi. Consolez-moi d'être loin de vous, en faisant hardiment ce que je vous demande. Soyez bien persuadée , madame , que vous n'avez pas dans ce monde un homme plus attaché que moi, plus sensible à votre mérite, ])lus enthousiaste de vous, de votre grand'maman et de son mari.

Avril 177;L

Non, non, vous ne m'avez point vue à Chanteloup. Vous n'êtes pas ingénieux en excuses ; mais si vous êtes sincère en repentir, je ferai très-volontiers la paix avec vous. J'eus la visite de M. Dupuis, il y a environ deux mois ; je me laissai persuader qu'il venait de votre part. Apparemment qu'il n'en était rien , puisque vous ne répondîtes point à tout ce que je le chargeai de vous dire; et par votre lettre d* aujourd'hui, je juge que vous n'avez peut-être pas su qu'il m'eût vue. Enfin, enfin, oublions le passé et reprenons notre correspondance.

J'ai toujours rendu compte à mes amis de ce que vous me mandez pour eux; et de peur d'affaiblir vos expressions et de . faire tort à votre style, je leur ai presque toujours envoyé vos lettres; je vous ai toujours dit fidèlement ce que contenaient leurs réponses : je n'ai point ajouté de réflexions ni de commentaires sur le texte. Vous avez tort de vous croire mal avec eux, puisque vous n'avez point à vous reprocher d'avoir manqué à tous les sentiments que vous leur devez. Je leur enverrai votre dernière lettre , et toutes celles où vous me parlerez d'eux; car j'espère que vous m'écrirez souvent, et que vous vous ferez un devoir de me dédommager avec usure de votre long silence. J'ai plus besoin que jamais de votre secours;

je n'ai plus de ressources contre Tennui; j'éprouve le malheur d'une éducation négligée : l'ignorance rend la vieillesse bien plus pesante, son poids me paratt insupportable. Je ne regrette point les agréments de la jeunesse, et encore moins F emploi que mes semblables en font et que j'en ai fait moi -même; je regarde tout cela aujoivd'hui comme un temps perdu. Je voudrais avoir acquis des goûts, des connaissances, de la curiosité, en un mot quelques ressources pour m' occuper, m'intéresser ou m' amuser.

Mais, mon cher Voltaire, je ne me soucie plus de rien ; il n'y a de différence d'un automate à moi que la possibilité de parler, la nécessité de manger et de dormir, qui sont pour moi la cause de mille incommodités. Je voudrais savoir pourquoi la nature n'est composée que d'êtres malheureux ; car je suis persuadée qu'il n'y en a pas un seul de véritablement heureux, et j^en suis si convaincue, que je n'envie le sort ni Fétat de personne, ni d'aucune espèce d'individu, quel qu'il puisse être, depuis l'huttrç jusqu'à l'ange. Mais bientôt nous serons l'un et l'autre... Quoi? Que serons-nous? Vous ne serez plus vous, vous y perdrez t>eaucoup; je ne serai plus moî, je n'y peux que gagner; mais encore une fois, que serons-nous? Si vous le savez, ditesle-moi; et si vous ne le savez pas, n'y pensons plus.

Vous aurez appris la mort de Duclos. Voilà deux places vacantes à l'Académie, et quatre mauvais discours à attendre.

Ne sachant plus que lire, je relis Y Iliade; ce tintamarre des dieux, des hommes, des chariots, des chevaux, m'étourdit; mais j'aime encore mieux cela que la fade et languissante éloquence, la boursouflée et emphatique métaphysique de nos sots écrivains.

Gardez-vous bien de répondre à M. Clément, vous lui feriez trop d'honneur. Cet homme n'a pas l'idée du goût ; ses critiques sur vous devraient lui valoir des oreilles d'àne. Quinault est pour lui le cocher de M. de Vertamont. Eh bien, mon cher Voltaire, il y a des gens qui osent louer et admirer son livre!

Vous savez que Marmontel a la place d'historiographe, et ce n'est pas le duc de Mazarin, mari de la belle Hortense, qui a fait ce choix. Adieu '.

^ Elle veut parler ici da duc de Mazarin, qui, à ce qu'on prétend, faisait tirer ses domestiques au sort, pour savoir quelle fonction chacun remplirait chez lui la semaine suivante. (L.)

MADAME LA MARQLISE DU DEFFAND A M. HORACE WALPOLE

Paris, vendredi 3 avril 177S.

Milord Garlisle me fait dire qu'il partira demain ; je comptais que ce ne serait que lundi , et que j'avais du temps devant moi pour vous écrire, et voilà qu'il £aut que je me dépêche : c'est peut-être tant mieux pour vous. Vous ne vous souciez guère de nos nouvelles; je ne vous en sais pas mauvais gré. Â peine m' intéressent- elles; mais je vous ai annoncé que je vous en apprendrais, il faut tenir sa parole.

Notre ministère est en guerre presque ouverte ; le chancelier tout seul, M. d'Aiguillon à la tête des autres. Le chancelier a pour lui le clergé, c'est-à-dire le clergé dévot, l'archevêque de Paris \ le cardinal delà Roche- Ayraon, et ce qu'on regardait comme très-important. Madame Louise*. On commence à en avoir moins de peur, parce que le parlement vient d'enregistrer une déclaration qui restreint l'autorité du pape, malgré la volonté du chancelier. On regarde son crédit comme fort diminué, et M. d'Aiguillon, qui jusqu'à présent avait été protecteur des jésuites et des dévots , a changé de système ; et c'est à ce qu'il paratt, les ambassadeurs d'Espagne et de Naples qui ont le plus contribué à ce changement. Vous ne comprendrez rien à tout ceci : je ne l'entends pas moi-même assez bien pour pouvoir vous l'expliquer. Il s'agissait de suspendre l'exécution d'un arrêt de 1762, donné à l'occasion de l'excommunication de Parme, qui ordonnait que tout ce qui viendrait de Rome serait examiné et enregistré au parlement avant d'avoir force de loi. Le chancelier avait obtenu une déclaration qui détruisait cet édit ; il comptait sur la docilité de son parlement pour enregistrer cette déclaration; il a été fort surpris de ce que son parlement a fait des remontrances. Ces remontrances ont été appuyées par le d'Aiguillon, et par des représentations et sollicitations très-vives des deux ambassadeurs , comme étant contraires au pacte de famille. L'arrêt de 1762 a donc été confirmé, et tout ce qui viendra de Rome, excepté ce qu'on appelle le pénitentiel, sera enregistré au parlement, ce qui sauve la nation de la servitude de Rome, où le chancelier, pour gagner le clergé, voulait la soumettre. Tout ceci vous paraîtra un gali-

i L'abbé de Beaninont. (A. N.)

2 La fille de Louis XV, qai 8*était retirée aaz Carmélites. (A. N.)

matias, mais vous pouvez en conclure que le crédit du chancelier reçoit une brèche considérable * . On dit qu'il est question d'une négociation pour la réconciKation des princes, et que le d'Aiguillon et les autres ministres sont à la tête, et veulent en enlever l'honneor au chancelier. Il va y avoir une assemblée extraordinaire du clerg<é ; l'ordinaire est qu'il n*y en ait que tous les cinq ans, celle-ci sera au bout de trois ans. On demande on don gratuit de douze millions, on en accordera dix; Fusage que l'on fait de tout cet argent est incompréhensible. On me dit hier qu'il y avait toute apparence que Ton ne continuerait point à payer au trésor royal , comme on a fait depuis le commencement de l'année; enfin, toat ceci parait si incertain, si chancelant, qu'il semble impossA)le que T état présent subsiste. Si vous voulez que je vous dise ce que f imagine qui arrivera, c'est que le chancelier sera disgracié, que l'on donnera les sceaux è M. de Boynes*, que Ton fera quelques changements aux opérations du chancelier qui faciliteront aux princes les moyens de se désister avec honneur de leurs protestations , qu'ils retourneront k la cour, qu'ils deviendront les valets de madame du Barry, et qu'il ne restera que quelques victimes de l'héroïsme. Je vois avec regret que M. de Beauvau sera une des principales. Cependant je soupçonne qu'il a trouvé quelques ressom*ces; mais je n'en suis pas assez sûre pour hasarder de le dire.

Vous devez sentir combien il m* est important que vous ne tardiez pas un moment à m' accuser la réception de cette lettre.

Je n'ai point absolument renoncé au projet d* aller à Cfaanteloup. Je ne veux point m*ôter cette ressource, en cas d'un ennui insupportable '; mais ce ne sera qu'à toute extrémité que

' Le cJei^gé et les parlements ont toujours été jaloax les uns des autres. Le cliancelier Maupeou, qui n'ignorait pas que cette jalousie subsistait entre rÉgltse et la robe, encourageait et appuyait les prétentions du clei^gé, qui voyait avec indifférence la destruction des parlements, sans songer que le pouvoir arbitraire qui anéantissait ses rivaui pourrait, dans quelque avCre occasion , lui £tre également redoutable à lui-même. Le nouveafi tribanal 4e Maupeou ne fut pas plutôt établi, que Tesprit de corps, «n des plus puissants et des plus invariables moteurs des actions humaines , se trouva si parfaitement établi parmi ses membres, qu'ils insistèrent sur la nécessité d'enregistrer les déclarations du dei^c, pour leur donner la validité d'une loi. Cependant c'était en faisant renoncer le parlement à cette p<«tention, qoe le chancelier avait obtenu l'adhésion du clei^é à son nouveau système. (A. N.)

^ Alors ministre de la marine. (A. N.)

3 M. Walpole répondit : ■ Milord Carliele me remit votre lettre hier; si vous saviez à quel point vous contei bien , vous ne feriez antre chose, et vous

je quitterai mon tonneau. Toutes le« raisong pour rester chez moi sont si fortes , qu'il Eaiidra une espèce de désespoir pour me faire partir, et alors on pourra m'appliquer le proverbe : Fin comme Gribouiile, <jui $ejeUe dans l'eau de peur de la pluie.

M. DE YOLTAIHE A MADAME tA AIABQIJISE DU DEFFAND.

A Ferney, 10 avril 1772.

Il est très-certain, madame, ou que vous m'avez trompé, ou que vous vous êtes trompée. On dit que les dames y sont sujettes, et nous aussi; mais le fait est que vous m'écrivîtes que vous alliez à la campagne , et que j'ignore encore si vous y avez été ou non* M. Dupuis prétend que vous n'avez jamais fait ce voyage. Si vous ne Tavez pas fait, vous deviez donc avoir la bonté de m'en instruire. Vous me dites : Je pars, et vous restez un an sans m'écrire. Qui, de vous ou de moi, a tort en amitié? Tout ce que je puis vous dire, c'est que je n'ai pas changé un seul de mes sentiments.

Je vous répète que j'ai détesté et que je détesterai tooyours les assassins en robe et les pédants insolents.

Je n'ai rien su de ce qui se passe depuis un an dans aucun des tripots de Paris; j'ai conservé, j'ai affiché hautement la reconnaissance que je dois à vos amis, et je l'ai surtout signifiée à M. le maréchsd de Richelieu , que vous voyez peut-être quelquefois.

Du reste, je sais beaucoup plus de nouvelles du Nord que de Paris.

vous ennuieriez bien moins. Quelle folie que de vouloir aller àChantelouppour TOUS désennuyer? C'est absolument une mante que la manière dont vous pariez de l'emiui ; on dirait que vous êtes une fiHe de seize ans qui est au désesjpoir qu'on ne lui permette pas de se divertir tant qu*eUe vent. Qa*esl>>ce donc que vous cherchez? Vous voyez beaucoup de monde, et De savez-vous pas encore que tout le monde n*est pas parfait? qu*il y a des sots, des ennuyeux, des traîtres? Vous vous lamentez tout comme si vous étiez à votre première découverte de la fausseté ou de la frivolité. Je vous parle actuellement sans humeur; je vous prie et vous conseille de quitter cette fc^ie. Rendaivous à la raison, prenez le monde comme il est; n'attendez pas à le refaire à votre gré, et ne ressemblez pas à ce prince dans les contes persans, qui courait le monde pour trouver une princesse qui ressemblât à certain portrait qu^il avait vu au trésor de son père, et qui se trouva avoir été la lÀaîtressc de SalonoD. Vous ne découvrirez pas la maîtresse de Salomon à Ghaoteloop. (A. N.)

Je suis fort aise que vous vous soyez remise à lire Homère ; vous y trouverez du moins un monde entièrement différent du nôtre. C'est un plaisir de voir que nos guerres sur le Rhin et sur le Danube, notre religion, notre galanterie, nos usages, nos préjugés, n'ont rien de ces temps qu'on appelle héroïques. Vous verrez que l'immortalité de l'âme, ou du moins d'une petite figure aérienne qu'on appelait âme, était reçue dans ce temps-là chez toutes les grandes nations. Cette opinion était ignorée des Juifs et n'y a été en vogue que très-tard, du temps d'Hérode.

Vous êtes bien persuadée que ni les Pharisiens ni Homère ne nous apprendront ce que nous devons être un jour. J'ai connu un homme qui était très-fermement persuadé qu'après la mort d'une abeille, son bourdonnement ne subsistait plus. Il croyait, avec Épicure et Lucrèce, que rien n'était plus ridicule que de supposer un être inétendu gouvernant un être étendu et le gouvernant très-mal. Il ajoutait qu'il était très-impertinent de joindre le mortel à l'immortel. Il disait que nos sensations sont aussi difficiles à concevoir que tios pensées, qu'il n'est pas plus difficile à la nature, ou à l'Auteur de la natui*e, de donner des idées à un animal à deux pieds appelé homme, que du sentiment à un ver de terre. Il disait que la nature a tellement arrangé les choses , que nous pensons par la tête comme nous marchons par les pieds. Il nous comparait à un instrument de musique, qui ne rend plus de sons quand il est brisé. Il prétendait qu'il est de la dernière évidence que l'homme est comme tous les autres animaux , et tous les végétaux , et peutêtre comme toutes les autres choses de l'univers, fait pour être et pour n'être plus.

Son opinion était que cette idée console de tous les chagrins de la vie, parce que tous ces prétendus chagrins ont été inévitables; aussi cet homme, parvenu à l'âge de Démocrite, riait tout comme lui. Voyez, madame , si vous êtes pour Démocrite ou pour Heraclite.

Si vous aviez voulu vous faire lire les Questions sur l'Encyclopédie^ vous y auriez pu voir quelque chose de cette philosophie, quoique un peu enveloppé. Vous auriez passé les articles qui' ne vous auraient pas plu, et vous en auriez peutêtre trouvé quelques-uns qui vous auraient amusée. A peine cet ouvrage a-t-il été imprimé, qu'il s'en est fait quatre éditions, quoiqu'il soit peu connu en France. Vous y trouveriez

aisément sous la main toutes les choses dont vous regrettez quelquefois de n'avoir pas eu connaissance. Vous passeriez sans peine «t sans regret le peu d'articles qui ont exigé des figures de géométrie. Vous y trouveriez un Précis de la philosophie de Descartes et du Poëme de PAristote. Vous y verriez quelques morceaux d'Homère et de Virgile traduits en vers français. Tout cela est par ordre alphabétique. Cette lecture pourrait vous amuser autant que celle des feuilles de Fréron.

Il y a une dame avec qui vous soupez , ce me semble , quelquefois, et qui est la mère d'un contre-seing. Mais je ne sais plus ni ce que vous faites, ni ce que vous pensez. Pour moi, je pense à vous , madame , plus que vous ne croyez , et je vous aime sans doute plus que vous ne m'aimez.

MADAME LA MAEQUISE DU DEPFAND A M. HORACE WALPOLE

Mardi 14 avril 1772.

Vous êtes obéi. On a corrigé les feutes d'orthographe,. et fait quelques petits changements qui me donnent du scrupule ; nous avons affaibli votre style : le vôtre a une certaine vivacité qui vous est unique, et qui vaut mille fois mieux que la lenteur et la froideur du correct ' . J'ai mis difficultés à la place de la dépense; j'ai peut-être tort. Venons à l'honneur que vous voulez me faire : il n'est pas douteux que je n'y sois bien sensible ; mais mon amoiir-propre ne m'aveugle pas au point de consentir que vous me nonuniez, il suffit qu'on me devine, en voilà assez pour ma gloire; je ne veux point nuire à la vôtre; vous vous exposeriez à un ridicule, et vous augmenteriez beaucoup la jalousie et la haine que tous les sots petits beaux esprits ont pour moi. Je ne m'oppose point aux éloges que TOUS voulez bien me donner; j'y vois votre amitié, si je n'y trouve pas la vérité. La tournure que vous aviez prise est, dit Pont-de-Veyle , du style lapidaire ; il aime mieux l'autre forme , c'est celle qu'il a prise dans la dédicace du Siège de Calais et des Malheurs de l'Amour, Ce bon ami Pont-de-Veyle vous aime infiniment. Je l'ai détourné de vous le dire lui-même; j'ai cru

1 Ceci a rapport à la dédicace et à la préface de Tédition des Mémoires du comte de Gramont, par M. Walpole. (A. N.)

Î38 CORREâPOINDANGE COMPLETE

bien faire de vous ëpai^ner à Vud et h l'antre le petit embarras d'une lettre.

Il est très-rrai que le Prétendant a éponsé cette princes^ie ', qui est la sœor atnée de madame de la Jama'ïqoe; sa mère et elle sont venues à Paris, je ne sab pourquoi ; le prince n'y était pomt, elles Vont été trouver; j'i^ore le lieu oà îl était, et celui qu'ils prétendent habiter à l'avenir. On dit que le prince a six cent mille livres de rente; pour elle, die n'a rien. Sa for* tnne me parait bien peu digne d'envie ; n'est-ce pas un des plus iprands malbeurs que d'avoir des prétentions sans espérances? elles ne causeront, je crois, à votre natk», aucune inquiétude.

Vous aurez malgré moi l'Histoire de Bordeaux; j'ai fait encore hier au soir de vains efforts pamr détourner la grosse duchesse de vous l'envoyer; mais elle est sûre qu'elle vous fera un plaisir infini. II y est fort question du prince Noir, et ce sera pour vous une grande satisfaction ; je ne saurais me persuader que cela soft, ni que vous en ayez beaucoup à apprendre de nos nouvelles. Cependant je vais faire comme la grosse duchesse , et vous dire , non ce qui est arrivé , mais ce qu'on dit qui arrivera avant que vous^ayez reçu cette lettre.

Le vicomte du Barry * aura la place de premier écuyer du roi; il en a, dit-on, le brevet depuis quinze jours. MM. de Coigny et de Polignac, qui espéraient l'avoir, en seront dédommagés , le pi*emier par la charge de premier gentilhomme de la chambre de M. le comte d'Artois , et le second, par celle de son premier écuyer. M. de Beauvau obtiendra aussi quelque dédommagement .

La vente des tableaux de M. de Choiseul a été portée à un prix inouï; elle monte à quatre cent cinquante mille livres. Je n'irai point à Ghanteloup , ma santé ne me le permet pas. Je ne vous parlerai plus de mes ennuis» vous démentez trop bien ce vers de Corneille ou de Racine :

A raconter ses maux M>«vent cm les sonlafe.

Ah! bon Dieu! c'est tout le contraire.

Croyez que je vois bien tout ce que vous pensez, et ce que

1 Une princesse de Stolbeig. Sa sœur cadelte ayait épousé le comte de la Jamaïque, fils cadet du duc de Berwick. Sur l'épouse du Prétendant, connue depuis soiK le nom de comtesse «TAlbany, voîr le livre que lui a consacré M. Saint-René Taillandier. Michel Lévy, 1862. (L.)

S Nevcv du wKui de W cooKeiae da Barri. Il avait époosc nademobelle de Tour non. (A. N.)

DE MADABfE LA HABOUiSX DU 0EFFAIND. 239

voos suqpposesi que je pense; Toas vous trompez, je n'attends rien, je nespèMe rien; je tous surprendrais et vous ne me croiriez pas si j'ajoutais : Je ne désire rien. Cependant je me trompe Sort moîr^Qéme , ai cela n'est pas vrai.

Pour »e pas groâsiir mon paqoet, je yai» copier tout de suite les corrections de l'orthographe, et ce que nous avons chanjjé «bas le style, que je croîs «pienous avons gâté. — (D n'y a rien à diian^^er au titre) K

Avis de l'éditeur sur cette nouvelle éditiim,

« On ne prétend donner qu'une édition des Mémoires du » comte de Gr amont plus correcte que les précédentes. Ce 9 livre unique n'a pas besoin d'éloge. Il est pour ainsi dire n devenu classique dans tous les pays de PEurope. Le fond de » rhistoire est véritable , l'agrément du style l'a fort embelh. » Les premiers éditeurs avaient estropié plusieurs noms pro-

V près, on les a corrijgés dans cette édition. On a encore rec-

V tifié la confusion qui s'était introduite dans l'histoire des » deux Haoniitoni, l'auteur et son frère; on n'a pas touché au » teaite.

V L'éditeur aurait voulu ajouter les portraits des principaux » personnages; mais il a troavé trop de difScukés. Il s'est

V bovaë k ne .donner que ceux de mademoiselle d'Hamilton, » de l'auleur le comte Antoine d'Hamilton, et de son héros le a comÉe de Graittont. Malheareuseiaent il n'a pu donner les w deux dernier» que d'après des tableaux feits dans leur vieillesse; « il n'existe de portrait du comte de Gramont qve dans la r salle des chevaliers du Saimb-Esprit, aux Grands-Augustins, à «•Paria. L'édîteur a eu la permission de M. le marqui» de » Marigny d'eu faire tirer uue copie.

1» Celui d'HamikoB est d'après son estampe, faîte aussi dans 8 ses dernières années. On a refuoé à lediteBr de faire tirer des y* copies des portraits des deux frères Antoine et George, et de » la belle Jennings , qui se conservent dana une branche de la » £uniUe de cette dernière. »

A Madame *^.

» L'éditeur vous consacre cette édition, comme un mono» » ment de son amitié, de son admiration et de son respect, à

* Le titre de son édition des Mémoires du comte de Grtanont,(A, N.)

tkO CORRESPONDANCE COMPLETE

» vous dont les grâces, l'esprit et le goût retracent au siècle n présent le siècle de Louis XIV et les agréments de Fauteur » de ces Mémoires, »

Je suis honteuse en £sûsant copier ceci ; je sens combien peu je mérite de tels éloges , et je ne comprends pas comment ils peuvent sortir de votre plume.

D'Alembert fut élu jeudi dernier secrétaire de l'Académie française, place vacante parla mort de Duclos '; de vingt-sept qu'ils étaient à l'Académie, il eut dix-sept voix pour lui, et l'abbé le Batteux en eut dix. Il y a un logement au Louvre attaché à cette place. Sans doute il ne l'occupera pas; il y a aussi douze cents francis d'appointemen^ , sur lesquels il doit entretenir le feu de l'Académie; je ménagerais le bois en y jetant tous leurs beaux ouvrages.

LA MÊME AU MÊME

Paris, mercredi 22 aTrll 1772.

Je suis un monstre, une folle, une insensée; si vous m'envoyez promener, si vous ne voulez pas entendre parler de moi, vous aurez raison, je ne serai point en droit de m'en plaindre, mais je serai dans le dernier désespoir. Oui , j'en conviens , ma lettre du mercredi 15 * est le comble de la folie et de l'impertinence; je ne prétends point l'excuser. Cependant, si quelque chose pouvait le faire, c'est que je ne me portais point bien. J'étais pleine de vapeurs, et votre lettre du 10, que je reçus ce jour-là, me parut dure, et d'une grande sévérité. Vous attribuiez mes ennuis à mon caractère, vous étiez fatigué de mes plaintes , vous trembliez en recevant mes lettres , enfin je n'y crus voir que sécheresse et dégoût : l'humeur me prit, et je vous écrivis des impertinences. A tout péché miséricorde, par-

' Dnclos avait succédé à Voltaire comme historiographe de Frao/ce, lorsque ce dernier s'expatria , et renonça au titre et aux honneurs de sa place, dont il chercha néanmoins, à ce qu*on dit, à conserver la pension. A la mort de Duclos, elle fut donnée à Marmontel.

Duclos ne voulut jamais rien publier pendant sa vie en sa qualité d'historiographe ; mais il laissa à sa mort trois volumes curieux et authentiques de mémoires sur la régence et sur les premières années du règne de Louis XV, écrits avec une franchise qui n'a permis de les publier que quelque temps après le commencement de la Révolution. (A. N.)

3 Cette lettre n'a pas été publiée. (L.)

donnez-moi, mon ami, suivez l'exemple du Seig^nenr avec la Madeleine; dites comme lui : Beaucoup de pêches lui sont remis, parce qu'elle a... Ah! je n'achève pas, je (jàterais mes affaires, au lieu de les raccommoder. Au nom de Dieu, ne me , (prondez pas, ou, ce qui serait bien pis, ne me boudez pas ; nous étions si bien ensemble! J'ai fait une grande faute, je Tavoue. Il Eaut me la pardonner; vous devez voir que je ne suis pas incorrigible. Je vais faire comme si j'avais obtenu mon pardon, et causer avec vous en toute liberté.

Le lendemain de cette lettre, jour du jeudi saint, je reçus vos deux petites caisses. Je les ouvris avec grand empressement; la bouilloire fut trouvée charmante. Sur-le-champ je la plaçai au milieu de ma table , les porcelaines furent rangées autour; il manquait une jatte pour le parfait assortiment, et vite, vile, j'en envoyai chercher chez madame Poirier. Madame <\e Mirepoix, qui était prévenue de l'arrivée de la bouilloire, arriva sur les six heures pour me demander du thé ; depuis ce jour-là je tiens thé ouvert , et tout le monde admire la bouilloire. Oh! si vous la voyiez en place, je n'aurais rien à désirer. Ma joie cependant était troublée par mes remords; pour me soulager, je vous écrivis une longue lettre pleine de repentir, pleine de reconnaissance; je me satisfis en l'écrivant. Mais oomme elle ne devait partir que le lundi, j'eus tout le temps de la réflexion. Je crus que cette lettre pouirait vous déplaire plus 4|ue celle qui causait mes remords. Je la jetai au feu, et je résolus d'attendre à aujourd'hui. Celle que je reçois me plait infiniment. Vous voilà occupé dans votre petit château. Comment pourrez-vous raccommoder vos apôtres, et comment pourront-ils redevenir entiers de fracassés qu'ils ont été *? Ce ne sera pas le moindre de leurs miracles.

Voilà donc ces oiseaux' en chemin;; j'en suis désolée, ils n'arriveront pas en vie. Nous venons d'avoir trois jours de froid qui les auront tués. Au nom de Dieu , ne suivez jamais mes conseils; je suis bien résolue de ne plus vous en donner; mais que sait-on! J'ai des premiers mouvements dont je ne suis jamais maltresse. Ah! mon Dieu, j'ai bien des défauts; il est bien tard pour se corriger.

( I.,e« vitrages peinu de M. Walpole ù Strawberry-Hill. Ils avaient été eassé« par Texplosion des ina{>a8inâ à poudre de la bruyère de liounsiaw. (A. ?}.)

2 i^c9 oiseaux étrangers que M. Walpole envoyait à la duchesse de la Valhèn. (A. N.)

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