ACTE III
Du ciel qui conduit tout la sagesse infinie Réserve, je le vois, pour de plus heureux temps Le joor trop différé (le ses grands changement* : Le monde avec lenteur marche vers la sagesse,
Que je vous porte envie, ô rois trop for lu nés ! Voeu qai faite* le bien dès que von» l'ordonne* ; Rien De pcot arrêter votre main bienfaisante ; Voua n'avez qu'à parler, et la terre est contente.
Allez : dile*-l*ur bien que dan» leur arrogance ,
Trop longtemps pour faiblesse ils ont pris ma clémence ;
Que de leur* attentat* mon courage est lamé;
Que cet autel affreux, par no* mai»* renversé,
E*t mon pin* digne exploit et mon plus grand trophée!
Que de leur» factions enfin l'hydre étouffée
Ne distillera plus le* flots de son poison
Sur moi, sur mon Etat, sur ma triste maison.
Je «ni* roi , je sa a père , et veux agir en ma i tre ;
Et vottt, qui ne savez ce que voua devez ètn,
Von», qui toujours douteux entre Phare» et inoi,
Tous fie* cru trop grand pour Sertir votre roi,
Prétendez-vous encore, orgueilleux Mérione,
Qui; von* pouvez abattre ou soutenir mon trône?
1 Voyez ce* ver* et h relatiou de cette fête dan» ru Mémoirti de MirmteL (A. N.)
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Ce roi dont vout mer vous montrer ai jaloux , Pour vaincre et pour régner n'a pa* besoin de vous. Votre audace aujourd'hui doit être détrompée. Ou pour ou contre moi tirez enfin Cépée : Il faut tlana ce moment, les armes à la main , Me combattre ou marcher bous votre souverain.
Vers adressés à mademoiselle Clairon.
Les talents , l'esprit, le génie Chez Clairon sont Irés-assidus ; Car chacun aime «a patrie.
Chez elle ils te «ont tous rendus , Pour célébrer certaine orgie Dont je suis encor tout confus.
Les plus beaui moment! de ma vie Sont tous ceux que je n'ai point vua.
Vous avez orné mon image Des lauriers qui croissent chez vous; Ma gloire, en dépit de* jaloux, Fut en tous les temps voire ouvrage.
43 octobre 1771.
Je me vante, madame, d'avoir les oreilles aussi dures que vous, et le cœur encore davantage ; car je vous assure que je »'aî pas entendu un seul mot de presque tous les ouvrages eu vers et en prose qu'on m'envoie depuis dix ans. La plupart m'ont mis dans uue extrême colère. J'ai été indigné que le siècle soit tombé de si haut. Je ne reconnais plus la France en aucun genre, excepté dans celui des finances.
J'ai voulu, dans la tragédie des Lois de Minos, faire des vers comme on en faisait il y a environ cent ans. Je voudrais que vous en jugeassiez. 11 faudrait que je vous procurasse, du moins, ce petit amusement. Vous diriez au lecteur de cesser quand l'ennui vous prendrait; avec cette précaution, on ne risque rien. Mon idée serait que vous priassiez Le Kain de venir souper chez vous en très-petite et très-bonne compagnie. J'entends, par petite et bonne compagnie, quatre ou cinq personnes tout au plus, qui aiment les vers qui disent quelque chose, et qui ne sont pas tout à fait Allobroges.
J'exige encore que vos convives aiment le roi de Suède, et
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DE MADAME LA MARQUISE DP DEFFAND. Ml
même un peti le roi de Pologne. Je veux qu'ils soient persuadés qu'on a immolé des hommes à Dieu , depuis Iphigénie jusqu'au chevalier de la Barre.
Je veux , outre cela, que vos convives, hommes et femmes, soient un peu indulgents, puisque la sottise est faite et qu'il n'y a plus moyen de rien réparer.
J'exige encore que la chose soit secrète, et que vos amis aient au moins le plaisir d'y mettre du mystère, si le mystère est un plaisir.
Si vous acceptez toutes ces conditions, voici un petit billet pour Le Kain que je mets dans ma lettre.' Lisez ce billet, ou plutôt faites-vous-le lire, puis faites-le cacheter.
Je ne vous parlerai point, cette fois-ci, de YÊpitre à Horace. Ce que je vous propose a l'air plus agréable. Cette Êpitre à Horace n'est pas finie : elle est d'ailleurs fort scabreuse, et elle demanderait un secret bien plus profond que le souper des Lois de Minas.
Je vous avouerai, madame, que j'aimerais mieux vous lire cette tragédie Cretoise que de la Faire lire par un autre; mais j'ai fait vœu de ne point aller à Paris tant qu'on me soupçonnera d'avoir manqué à votre grand'maman. Je suis toujours très-ulcéré, el ma blessure ne se fermera jamais. Ne vous fâchez pas si je suis constant dans tous mes sentiments.
28 octobre 1772.
N'allez pas croire que je vous suis fort obligée, ne vous attendez pas à des remerclments : loin de vous eu devoir, si nous étions dans le temps des Actes des apôtres, vous mourriez subitement; les pauvres gens qui subirent ce châtiment étaient moins coupables que vous.
Je vous nommerai dix personnes qui ont votre Epitre à Horace '; vous m'en parlez, vous me l'offrez, vous n'attendez que mon consentement pour me l'envoyer; je me hâte de vous marquer mon empressement; votre réponse se fait attendre mille ans, et finit par être un refus; c'est là comme vous traitez vos amis! C'est, à ceux qui vous déchirent les oreilles,
■ Voyra OF.uo.-r, Je Voltaire, tome XIII, p. 3ST. (L.)
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c'est à ceux à qui vous devriez les tirer, que vous communique/, ce que vous avez de plus précieux , que vous confiez vos secrets, dont ils donnent des copies à tous leurs bons amis, dont je n'ai pas l'honneur d'être. Pour dédommagement, vous voulez bien me procurer d'entendre les Lois de Minos. J'accepte cette laveur, mais elle ne répare point vos torts; et si vous vous souciez d'être bien avec moi, si vous voulez que je ne vous croie pas un donneur de galbanum, vous m'enverrez, sans tarder un moment, votre Êpitre à Horace.
Je compte admettre a la lecture de vos Lois de Minos M. et madame de Beauvau, MM. Craufurd et Pont-de-Veyle , ce dernier sera le porteur de votre billet : je n'en ferai usage que vers le 10 ou le 12 du mois prochain; les Beauvau ne reviendront de Fontainebleau que dans ce temps-la. Vous voyez bien qu'il y a tout l'intervalle qu'il faut pour réparer vos torts , ce qui est fort important pour me rendre auditeur bénévole.
Nous traiterons l'article de la grand' maman une autre fois; mais, pour le présent, point de paix ni de trêve que je n'aie votre Epitre : voilà quelles sont mes lois ; quand vous les aura exécutées, je recevrai celles de Minos avec le respect et la soumission qu'elles méritent.
M. DE VOLTAIRE A MADAME LA M Al OUI SE DU DEFF.4N».
* novembre 1771.
\J Êpitre à Horace, encore une fois, n'est pas achevée, madame, et cependant je vous l'envoie, et qui plus est, je vous l'envoie avec des notes. Soyez très-sûre que ce n'est pas de moi que madame la comtesse de Brionne la tient; mais voici le tait.
Mon âge et mes maux me mettent très-souvent hors d'état d'écrire. J'ai dicté ce croquis à M. du Rey, beau-frère de M. le premier président du parlement de Paris, qui a été huit mois chez moi. On ne se fait nul scrupule d'une infidélité en vers ; pour celles qu'on fait en prose dans votre pays, je ne vous en parle pas. Un fils de madame de Brionne est à Lausanne, où Ton envoie beaucoup de vos jeunes seigneurs, pour dérober leur éducation aux horreurs de la capitale. M. du Bey a eu la faiblesse de donner cet ouvrage informe au jeune M. de Brionne, qui l'a envoyé à madame sa mère. J'en suis très-faché, mais
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qu'y faire? Il faut dévorer celle petite mortification; j'en ai essuyé d'autres en assez grand nombre. Le roi de Prusse sera peut-être mécontent que j'aie dit un mot à Horace de mes tracasseries de Berlin, dans le temps où il m'a mit mille agaceries et mille galanteries.
Les dévots feront semblant d'être en colère de la manière honnête dont je parle de la mort. L'abbé Mably sera fâché. Vous voyez que de tribulations pour avoir fait copier une méchante lettre par un frère de madame de Sauvigny. Voilà ce que c'est que d'avoir des fluxions sur les yeux. Je suis persuadé que votre état vous a exposée à de pareilles aventures.
Je vous avertis que je fais beaucoup plus de cas des Lois de i/inos que de mon commerce secret avec Horace. Cette tragédie aura au moins nu avantage auprès de vous, ce sera d'être be par le plus grand acteur que nous ayons. A l'égard de ÎÊpitrc, il est impossible de la bien lire sans être au fait. Vous n'aurez nul plaisir, mais vous l'avez voulu ; je surmonte toutes bus répugnances; et quand je fais tout pour vous, c'est vous qui me grondez. Vous êtes aussi injuste que votre grand' m aman et son mari. Ce qu'il y a de pis, c'est que madame de Beauvau est tout aussi injuste que vous; elle s'est imaginé que j'étais instruit des tracasseries qu'on avait faites an mari de votre ertnd'maraan, et qu'au milieu de mes montagnes, je devais être au fait de tout, comme dans Paris. Vous m'avez cru toutes deux ingrat, et vous vous êtes toutes deux étrangement trompées. C'est l'horreur d'une telle injustice, encore plus que ma vieillesse, qui me détermine à rester chez moi et À y mourir. Vivez, madame, le moins malheureusement que vous pourrez ; je vous aime, malgré tous vos torts, bien respectueusement et bien tendrement; ces deux adverbes joints font admirablement.