‹ Correspondance complète de la marquise Du Deffand avec ses amis le président Hénault, Montesquieu, d'Alembert, Voltaire, Horace WalpoleChapitre 13 sur 38 · AVIS AUX PRINCES · texte numérisé non relu

AVIS AUX PRINCES

Princes et rois, si vous savei l'histoire, Vous avez tous présent à ta mémoire Ce grand combat , ce spectacle fameux , Près d'Actium , lorsque l'on vit sur l'onde Flotter l'Empire et le destin du mon Je ; Ce fut, je pense, en sept cent vingt et deui. Vous savez tous comment l'habile Octave , Toujours heureux, sans jamais être brave. Eut la victoire et ne combattit point; Comment Antoine, épris jusqu'au délire

' Atma-aeh des Mutes de 1714, p. 35. - Contre tel flatteurs, dit la Gazette et Avant-Coureur de littérature des sciences et des arts du 1" janvier 1774. p. 3, in-8-, uni nom d'auteur. — Les Perroquets, corne historique, Poésies du chevalier de flsle, de l'imprimerie du prince de Linné, 1183 (sansiftre), p. 49-51 ; p. 93 et 54 delà réimpression de set OEuvret. [H. de fille )

Digitzed by GOOgk

Vous avez dû bien tous divertir de tous les pots au noir où

vous m'avez (ait donner, et vous avez dû être content de tous

les commentaires et les interprétations que votre Monstre a

produits'. La grand' maman a tort d'être mécontente du Bis de

D'une beauté perfide au dernier point, Laissa pour elle et la gloire et l'Empire. Mais savei-voos, quand du combat d'Êpire, Rome, avilie, attendait un tyran, Ce que faisait dans Rome un courtisan?

Vous l'ignore», et je vais vous l'apprendre» : . Il instruisait douze de ces oiseaux.

Au pourpoint vert, dont la langue indiscrète, Comme nus sots, tant liien que mal répète Les mot* épara qu'on jette en leurs cerveaux. Six pour Antoine, et l'autre moitié contre, Forment des vœux par le maître** dictés. ■

Et jusqu'aux cienx ses exploits «ont porté* Dès qu'il parait suivi de ses phalanges. Des Antonins les six cols*** sont tordu*. Le reste dit : Vivat Octaviusf Princes et rois, fiez-vous aux louanges.

Le 7 décembre 1773 , 1s) chevalier écrivait ce qui tait k son cousin le Conte de Riocour :

■ Je vous envoie une anecdote de la cour d'Auguste que j'ai mile en vers. •

Vovei: 1" dans la Correspondance publiée par M. de Sainte- Auhire , ce qui est dit sur ce conte , t. Il , pp. 239, 390, 261, 263 ; 2* la lettre de Voltaire au chevalier, du 15 décembre 1773; 3° la lettre de madame dn Deffand à Voltaire, du 3 janvier 1774, t. IV de la Correspondance de 18», p. «05.

* Voici un conte erotique du chevalier qui se rapporte au Monstre dont parle madame du Deffand.

L'IKDCSTRIE **•".

Près

de More* on vit

un malheureux

Dan

«les

rochers, cou

rtisant une chèvre i

horreur les t

Von

(sur

le gars; lui .

. pin* tretnhlant qu'un lièvre,

Lcu,

r dit

: Hélas! mon sort de voua dépend;

Je h

;ns n

ion cas, j'en

suis plein de vergogne.

Se r

x pas pourta

nt que la besogne

Que

•ou

toi jeux je

faisais à l'instant,

'• Variante : FlWrtnn. (finette «I Âranl-Co«mir.) *** Variante : Coa>. {C*a»n> et Avm «.Cours»-.)

**** Poésies du cherelitr de lUslt, capitaine** dragons; de l'imprimerie d( Lient (tint litre), p. 52 ttûô; réiuipreisîan , p. 3* et 35. (H. de liste.)

Dlgltzedby GOOglt

la Petite Sainte; si elle avait entendu les ris qu'il fît et qu'il nous fit faire, elle aurait jugé que la dose du plaisir et de l'amusement était telle qu'on pouvait la désirer; ils auraient peut-être perdu à être poussés plus loin.

Je vous sais un gré infini du détail que vous me faites de l'effet qu'a causé la mort de ce pauvre Chauvelin; j'aimais le grand'papa, je l'adore depuis cette nouvelle preuve de sensibilité. Tous ses sentiments sont naturels, ils ont la vérité de l'enfance, rien n'est exagéré, rien n'est joué, il est toujours ce qu'il parait, et c'est pour cela qu'il plait et qu'il plaira toujours à tout le monde, mais surtout aux honnêtes gens et aux gens de goût1.

Dites à la grand'maman que je trouve son jugement sur la Tactique* parfaitement bon, mais qu'elle prend trop de plaisir à en critiquer la fin. Je lui écrirai incessamment. Pour M. le grand abbé, je n'ose lui reprocher sa paresse, parce queje crains qu'il ne soit malade; vous ne me dites rien de lui. Et madame la maréchale, vous ne me dites point quand elle reviendra? Je me flatte que cette lettre la trouvera partie ou qu'elle sera bien près de son départ; je l'attends avec impatience.

Je compte voir ce soir la Petite Sainte et lui porter vos vers ; je les relirai avec elle, et puis chez madame de la Vallière, où j'irai ensuite, et je les aurai lus déjà plusieurs fois à ceux qui viendront chez moi et que je croirai dignes de les entendre.

Mes hommages à madame la duchesse de Gramont. J'espère retrouver en elle les mêmes bontés; je voudrais déjà être au mois de février.

Et vous, monsieur, quand reviendrez-vous?

D'amour charnel provie

En

Gueux de fortune et vilain de nature.

Que devenir? il Faut vivre pourtant;

El pour voler j'aime encor trop ma gloire :

Sans nul necour», île tout abandonné,

Dam mon malheur j'avaia imaginé

De faire un monstre et d'aller à la Foire.

, ' Voyez le tome II de la Correspondance de M. de Sainte-Àulaire; p. 361. La vériu de l'enfance, expretaion de M. de l'IJe. (Henri de Cltle.)

* II «'agit de la Tactique de Voltaire , pièce de ver* contre V Estai général de tactique, de M. de Gnibert, ouvrage qui fut combattu par Henri de Bouiiriard , cousin du chevalier de l'Iule. M. de Bouamard était un ingénieur trèidiatiiiguc. (ff. de liste.)

Digitzed by GOOgk

MADAME LA MARQUISE DU DEFFAND A M. HOItACE WALPOLE. Dimanche 11 décembre 1773.

Je préviens le facteur; dans cette saison il n'apporte souvent les lettres que vers les quatre heures, et c'est le moment de ma toilette , de mon thé et de l'arrivée des visites.

Pourquoi ne m'avez-vous point mandé le voyage que devaient faire ici vos neveux, milord Cholmoudeley et un autre, le duc de Glocester? Ils n'ont vu personne, ils se sont contentés de tous les spectacles, de voir la cour sans en être vus, d'aller aux Invalides et dans quelques campagnes aux environs de Paris. Jamais incognito n'a été mieux observé; on a parlé d'une certaine dame hollandaise ; si on a eu raison, vous le savez ; je n'ai pas cherché à pénétrer ce qui en est.

Notre comtesse d'Artois n'est pas jolie, mais elle est mieux que sa sœur pour le visage ; elle a la gorge, les bras et les mains jolis, .son teint est beau, son nez extrêmement grand, et elle est extrêmement petite ; elle ne parle point, parce qu'elle sait trèspeu notre langue.

J'eus hier la visite de l'Idole ; son prince est toujours dans la plus grande affliction de la mort de M. de Chauvelin ; c'était son meilleur ami, il avait beaucoup contribué à sa fortune, et vous savez que ceux à qui l'on a fait du bien sont ceux qu'on aime le plus. La maréchale de Luxembourg soupera le premier jour de l'an chez moi; je lui prépare une petite étrenne fort jolie. Vous savez que la mode est le parfilage ; quand elle me rend visite, on lui apporte toujours une petite chaise de paille pour mettre ses pieds, et poser son ouvrage; cette chaise sera couverte de réseaux d'or; je l'ai fait garnir par une' marchande de modes; elle est la plus jolie du monde. Je suis dans la faveur de celte maréchale; elle est de retour de Cbanteloup depuis mardi; elle m'apporta l'autre jour une douzaine de couplets extrêmement plats sur beaucoup de saints du paradis; cela m'en fît faire un sur saint Martin. Le voici :

Saint à monsieur saint Martin, Qui partagea «on cauquin ; En pareille aventure,

Hé bien I J'aurais, je vous le jure , Donné tout ou rien.

Digitzed by GOOgk

[l Les opéras qu'on joue à la cour n'ont point de succès; il parait impossible d'amuser le public, Fennuî est une épidémie générale; le seul palliatif que j'y trouve, c'est la paresse; je voudrais que vous fussiez dans le cas d'y avoir recours. Je vous plains de l'usage que vous êtes forcé de faire de votre activité ' ; je vous trouve aussi courageux que tous les liéros romains ; vous vous êtes dévoué comme les Curtius, les Régulus, etc. Heureusement votre santé n'en est point altérée; Dieu veuille que cela continue! Je ne vous soubaite que de la santé; que tout le reste aille comme il pourra, vous avez tant d'esprit et de courage que vous surmontez tout; j'en connais de plus misérables et que le moindre souffle renverse par terre; je crois que le plus grand des malheurs est de naître faible, il n'y a de remède à cela que le repos et le nonchaloir; ce mot est gaulois, mais vous l'entendrez.

J'ai fini Ciéopàtre1; j'en ai sauté les deux tiers; il y a des endroits fort beaux, et l'auteur n'était pas sans génie.

J'ai commencé Cassandre*, dont les trois premiers livres sont d'un ennui affreux ; je le continuerai cependant, parce que je me souviens qu'autrefois il m'a fait plaisir. Je ne puis me résoudre à lire l'histoire; je n'aime pas mieux les vérités qu'elle contient (si vérité il y a) que les fables des romans; les romans et l'histoire nous peignent les hommes, et leurs portraits ne sont guère plus fidèles dans l'un que dans l'autre. Il ne s'agît que de passer le temps, et à mon âge on ne se soucie plus d'acquérir des connaissances, si ce ne sont celles qui

' Dans l'arrangement des affaires de son neveu, le lord Orford. (1. N.)

* Ancien roman français. (A. K.)

* H. WaJpolc dit à ce sujet: ■ Voue avex achevé CléopéUit; voilà ce qui s'appelle du courage ! Je commençai il y a quelques années Cassandre : apparemment que je ne passai pas les trois premiers livres, car je le trouvai l'ouvrage le plus bêle, le plus plat, le plus assommant de tous les livres connus. L'auteur n'attrape point la moindre vraisemblance; bien que tons les événements soient du dernier commun, pas le moindre petit brin d'invention, el puis point de caractère. Toutes les aventures se répètent. Tous ces princes, généraux el dames, sont ennuyeux comme s'ils étaient aux grands couverts. Il est impossible que vous lisiez un tel livre par ennui , à moins que ce ne fût dans le «en« de chasser un poison par un autre. Vous me permettrez de vous dire que de tels romans ne |>eignent pas des hommes; et si les portraits historiques sont aussi peu fidèles , au moins ont-ils de la. ressemblance- Quand , croyei-votu , existait-il des hommes comme ceux de la Cassandre ? Jl est vrai , comme vous dites, qu'ils écartent toutes réUaxions. Des images de carton, montées sur des brodequins, ne font pas réfléchir. ■ (A. H.)

nous tiennent compagnie et qui écartent toute réflexion.

Nous avons ici, depuis peu et pour peu de jours seulement, un jeune Anglais qui me parait assez aimable , M. Fawkener ' ; fous le connaissez, ou du moins tous en avez entendu parler; il part pour l'Italie à la fin de cette semaine.

Le Caraccioli est un peu refroidi pour moi, mais il se réchauffera le mois prochain. Madame de Beauvau ira à Clianteloup, et ses absences remontent beaucoup mes actions auprès de lui.

On me dit hier que le Taureau blanc était imprimé; je ne comprends pas comment vous le protégez et quel mérite vous y pouvez trouver : il me semble qu'il n'y a pas le mot pour rire. Je vous quitte pour me lever ; si le (acteur ne vient point , on fermera cette lettre.

Le facteur arrive. et m'apporte votre lettre. Je n'aime point que votre humeur devienne sombre, mais je sais, par expérience, que les dispositions changeât et que l'on n'est jamais bien sur d'avoir toujours les mentes sensations. Ce que je crois, et ce que je comprends aisément, c'est qu'on perde le goût des spectacles et des assemblées; j'aimerais presque autant vêpres que l'opéra; mais pour la société, je ne comprends pas qu'on s'en puisse passer; il est vrai qu'un quinze-vingt en a plus besoin qu'un autre. Je suis persuadée que, tout clairvoyant que vous êtes, vous regrettez votre sourde, et que vous seriez trés-affJigé de perdre vos amis, c'est-à-dire ceux avec qui vous vivez. Tout le monde se ressemble jusqu'à un certain point, et il y a des choses de première nécessité pour tous également ; la société est à la tète.

LA MÊME AU MEME

Samedi 19 décembre, à 5 heures après-midi.

De Londres, lundi 14. Voilà ce que vous m'avez écrit de mieux de votre vie, et ce qui certainement m'a fait le plus de plaisir1. J'espère que vous reprendrez bientôt vos forces, que

1 Giiilliiumc Fawkener, fil* île feu air Edouard Fawkener. Il a été premier •errt'iairc du conseil privé. 1817. (A. N.)

1 M. Walpole arait été retenu longtempa H Strawlierry-Hill pu une dinjerciÉie attaque de poulie. (A. S.)

vous ne vous fatiguerez point à recevoir trop de monde, que vous vous observerez beaucoup sur votre manger, et que de deux ans d'ici je pourrai être sans inquiétude. Ce terme est court pour vous , il n'est pas de même pour moi , qui ne serai peut-être plus en vie.

Soyez persuadé que je ne commettrai point votre tragédie; si je puis la faire traduire, ce ne sera que pour moi, je verrai comment je m'y prendrai ; je chercherai quelques petits traducteurs qui feront cette besogne en présence de Wiart ; vous juge* bien qu'un ouvrier tel que je pourrai l'avoir ne sera pas tort élégant; quand l'ouvrage sera fait, vous en aurez une copie, et il y aura une marge assez grande pour que vous y puissiez faire des corrections. Voilà une occupation pour les deux années de santé que vous allez sûrement avoir, et pour celles que j'ai à vivre.

Oui, j'ai reçu votre grande lettre, et j'ai été fort fâchée de la fatigue qu'elle a dû vous coûter; il y a bien des articles auxquels il faut que je réponde. Les lettres que je vous fais copier ne sont que de madame des Ursins , il n'y a point les réponses de madame de Maintenon. Les quatre in-folio que j'ai eus de sa main n'étaient que des lettres à sa famille, peu dignes de curiosité.

Je vous écris par une occasion qu'on me dit être très-sure; je vous envoie le dernier ouvrage de la Harpe, dont je ne suis nullement contente. Vous trouverez aussi la lettre du prince de Gondé au roi, aven des cpigrammes sur le père et le fils, et des fragments d'une lettre de ce prince à un de ses amis; nous fumes trois ou quatre à retenir le récit qu'on nous en fit; je les fis écrire sur-le-champ, et comme nous fumes interrompus, ce ne fut que la nuit suivante que je m'en rappelai la fin ; il est possible que j'y aie mis beaucoup du mien ; tout ce que je puis vous dire, si ce n'est pas exactement tout ce que le prince a écrit, c'est, à ce qu'il me semble, ce qu'il aurait dû écrire; et pour que vous ne vous mépreniez pas à ce qui est de moi, je fais mettre une petite croix à l'endroit où je commence.

Je joins encore à tout ceci l'extrait d'une lettre du roi de Prusse à d'Àlembert.

Je vous envoie aussi les Systèmes et les Cabales '; je serai

1 Par Voltaire. Voyn l'édiiion de *es Œuvre» publiée par Beau marchai* , l. XIV, p. 518. (A. S.)

Digitzed by GOOgk

fâchée si vous ne trouvez pas les Systèmes jolis, parce qu'ils me le paraissent.

Depuis la lettre que j'ai écrite à Voltaire pour le remercier de la lecture de ses Lois de Minos, je n'ai pas entendu parler de lui, je ne l'attaquerai pas.

Je reçus hier trois volumes des Lettres de madame de Pompadour; c'est madame Damer à qui j'en ai l'obligation jchargez- - vous, je vous prie, de mes remerclments. Je suis fort aise de les avoir, une autre fois je Vous dirai ce que j'en pense. Actuellement il m'est venu compagnie, je suis forcée de vous quitter. Adieu.

De M. le prince de Condé à un de ses amis.

> Je suis fâché d'avoir autant tardé de répondre à votre lettre obligeante, mais j'ai eu tant d'affaires que je n'ai pas pu trouver le moment de vous répondre plus tôt.

« Vous avez su la démarche que j ai faite, et qui sera, je crois, approuvée par toutes personnes raisonnables. Je n'ai fait cette démarche qu'après tme mure délibération. À Dieu ne plaise que je désapprouve, la conduite des autres princes! Ils ont suivi leur opinion, et moi la mienne, cela est tout simple, puisque nous sommes restés dans la même intelligence.

■ La résistance de près de deux ans a été inutile ; personne ne regrette plus l'ancien parlement que moi , et je le regretterai toujours. Je plains ces gens qui , après avoir perdu leur état , vont perdre leur fortune, c'est une espèce de barbarie.

■ Le plus grand de mes ancêtres, Louis de Bourbon, disait: Ce n'est point à moi à ébranler la couronne.

■ Nous serions au désespoir d'exciter ou de soutenir une révolte dans la nation , nous devons également craindre d'être soutenus ou abandonnés par elle ; ce sont des inconséquences qui humilient l'esprit. Se mettre à la tête de la nation, c'est la soutenir ; et ce serait au prince de porter sa tète le premier sur lécha fond.

■ Les exilés refusent leur liquidation , et risquent la perte de leur fortune sur la confiance qu'ils ont en notre soutien ; ils croiraient manquer d'égards envers nous s'ils cessaient de compter sur notre appui. Ils doivent connaître aujourd'hui qu'il leur a été inutile, et peut-être contraire.

■ En recevant leur liquidation , ils pourraient volontairement rentrer dans leurs charges, et le Parlement, dans peu de temps,

Digitzed by GOOgk

se trouverait composé du plus grand nombre de s membres.

» Enfin nous n'avons eu d'autre intention que de contribuer au bien général. Les moyens que nous avons pris ont été inutiles, et dans la crainte qu'ils ne deviennent dangereux en donnant l'exemple d'une résistance qui pourrait paraître une révolte si elle durait davantage , je me suis déterminé à me soumettre aux volontés du roi. ■

Extrait d'une lettre du roi de Prusse à M. <VAlembert , en date de Potsdam , le 8 décembre 1772, copiée fidèlement sur l'original.

* Pendant toutes les agitations diverses, on va casser

entièrement l'ordre des jésuites ; et le pape , après avoir biaisé longtemps, cède enfin, à ce qu'il dit, aux importunités des fils aînés de son Eglise. J'ai reçu un ambassadeur du général des Ignatiens, qui me presse pour me déclarer ouvertement le protecteur de cet ordre. Je lui ai répondu que lorsque Louis XV avait jugé à propos de supprimer le régiment de Fiti-James , je n'avais pas cru devoir intercéder, pour ce corps , et que le pape était bien le maître de taire die/, lui telle réforme qu'il jugeait à propos, sans que les hérétiques s'en mêlassent.*

Lettre de M. le prince de Condé et de M. U duc de Bourbon, au Roi.

> Sue, ' .* La seule consolation que nous puissions éprouver, mon Gis et moi , de notre malheur , est celle de verser dans le sein même de Votre Majesté toute la douleur que nous cause l'ordre rigoureux qui nous prive du bonheur de l'approcher. L'amour et la fidélité dont nos cœurs sont remplis, nous rendent tous les jours plus affreuse une situation que dos sentiments connus pour Votre Majesté devaient nous faire espérer que nous n'éprouverions jamais. La force et la vérité de notre attachement pour vous nous ont déterminés à résister à l'exécution d'un projet dont le succès nous paraissait impossible. Rien ne prouve plus. Sire, l'intime persuasion où nous n'avons jamais cessé d'être, que la soumission la plus entière vous était due, que les efforts que nous avons laits pour fléchir votre persévérance, dans une volonté qui nous faisait envisager les suites les plus fâcheuses.

Digitzed by GOOgk

■ Nous désirons d'autant plus vivement. Sire, de rentrer dans vos bonnes grâces, que nous ne nous consolerions pas que notre éloignement de la cour put servir de prétexte au plus léger trouble dans votre royaume. Le maintien de votre autorité nous est essentiel ; l'amour de votre personne est profondément gravé dans nos cœurs.

■ Avec des sentiments aussi vrais, aussi puis , pouvons-nous craindre de nous égarer? et serait-il possible qu'on eut pu nous prêter des vues aussi contraires à nos sentiments qu'à nos intérêts? Non, Sire, votre cœur nuus rend plus de justice. La droiture et la pureté de uos sentiments vous sont connues , vous nous pardonnerez de chercher à les justifier. Daignez donc. Sire , nous rendre vos bontés que nous chercherons toujours à mériter; ne voyez en nous que des sujets soumis et fidèles ; le zèle le plus pur , et l'attachement le plus vrai pour votre personne nous animeront toujours. Les vœux que nous formons pour la tranquillité de l'État et le bonheur de Votre Majesté lui sont de surs garants de notre soumission et de notre fidélité. Pénétrés de ces sentiments, Sire, nous osons espérer que Votre Majesté, convaincue de leur sincérité , voudra bien nous rendre auprès d'elle la place que notre naissance et plus notre cœur nous y marquent. Nous sommes, etc. =

Page 1