ÉPIGRAMMES
Jadis le Houx ' et son pauvre beau-père 3 D'un petit choc donné chei le Germain Se disputaient la gloire asseï légère; L'honneur entre eux est encore incertain. Enfin le Roui brilla uns concurrença ; Si dans Voraaillci il traliit aujourd Lui Sa foi, son roi, sa famille et la France, Il agit seul , et sa honte est à lui.
Condé 1
Rom s'e
[démenti; '
Eh! con
ment aura
t— il pu faire!
Il (allai Ou bien
changer de parti,
Il est ro Qui pou Ma foi ,
L1X , le jn'ti
la cour ne sa rénnwl
Bourbon , 113 abandonne
Sent au
sa personne.
1 Le prince de Umdé. (A. S.) 1 Le prince de Sonbise. (A. S.)
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LA MEME AU MÊME
Dimanche M décembre 1773.
Je préviens encore aujourd'hui le facteur ; il en pourra résulter une longue lettre, prenez- vous-en à l'insomnie.
Plusieurs belles dames , et une entre autres de votre connaissance, et qui est pour ainsi dire ma meilleure amie {madame de Camtris) . sont dans de grandes alarmes de la maladie du chevalier de Durfort1 ; c'est une fluxion de poitrine très-avérée, et le soupçon d'une fièvre maligne; il entre aujourd'hui dans le dix , il est très-mal , il n'est pas bien jeune , et il est fort délicat et usé; s'il meurt, je ne sais pas ce que deviendra cette dame; cette perte mettrait le comble à ses malheurs ; je suis persuadée qu'elle se retirerait dans un couvent.
Le roi a très-bien traité la famille Ghauvclin ; il a conservé la charge de maître de la garde-robe à son fils* qui n'a que sept ans; il adonné à chacune de ses deux filles, qui en ont neuf ou dix , quatre mille francs de pension ; la veuve quitte la maison qu'elle avait dans la rue de Bourbon , parce que le loyer est de douze mille francs , et madame de Mirepoix , qui est très-dégoutée de celle qu'elle a dans la rue Bergère, proche la Grange- Batelière, est tentée de la prendre. Elle est si irrésolue, si incertaine, si changeante, que je ne fais plus aucune attention à ses projets.
Je reçois votre lettre du 14, qui aurait du arriver hier. Vous aurez vu , par ma dernière, que nous avons su le séjour que vos neveux ont fait ici, et que le duc a très-bien gardé l'incognito.
M. Fawkener est très-aimahle; il parle notre langue comme si c'était la sienne, il a de la politesse , il cherche à plaire sans affectation, il fait connaître qu'il est instruit sans empressement ; il a réussi auprès de tous ceux qui l'ont vu, et il deviendrait a
' Le chevalier de Durfort était de la famille de Duras. On l'avait destiné pour l'Église; mais il prit la croix de Malle, ce qui lui donnait le droit de conserver certains bénéfices , ([unique attaché à l'année. Il est mort premier gentilhomme de M. le duc d'Orléans. 18Î7. (A. N.)
> Le marquis de Chauvelin, ambassadeur de France eu Angleterre à l'époque de la mort de Louis XVI ; aujourd'hui membre de la chambre des députés. 18lï. (A. N.)
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la mode s'il restait ici , mais il doit partir aujourd'hui ou demain. Il passera par Genève et verra Voltaire; il parcourra toutes les villes d'Italie, et reviendra ici dans le mois d'août ou de septembre ; je l'ai beaucoup vu , je l'ai presque toujours eu à souper chez moi ; il joue à tout ce (ju'on veut , c'est un jeune homme parfaitement aimable, sans nul travers, sans nul inconvénient ; dites à M. et madame Churchill le témoignage que je vous rends de lui.
Les nouvelles d'aujourd'hui du chevalier de Dur-fort sont meilleures; la dame de mes amies est dans un état effroyable depuis onze jours que dure la maladie. Cette personne a un caractère bien décidé ; je l'aime, non par goût, parce qu'elle n'est pas ce qu'on appelle aimable, mais parce qu'elle a des vertus , et surtout beaucoup de noblesse et de vérité.
» décembre 1773.
Quoique je n'aie rien d'intéressant à vous dire, madame; quoique je n'aie aucune nouvelle à vous mander ni de la Suisse, ni de Genève, ni de l'Allemagne ; quoiqu'on m'écrive que vous • vous divertissez, que vous donnez à souper la moitié de la semaine, et que vous allez souper en ville l'autre moitié; quoique d'ordinaire je ne puisse prendre sur moi d'écrire une lettre sans avoir un sujet pressant de le faire ; quoique mes journées soient remplies par des occupations qui m'accablent et qui ne me laissent pas un moment, il faut pourtant vous écrire, dussé-je vous ennuyer.
Jene veux pas vous conter l'aventure d'une jeune tille amoureuse d'un aveugle; j'ai prié madame Necker de vous la dire, et elle s'en acquittera bien mieux que moi; mais je ne peux réprimer l'impertinence que j'ai de vous envoyer un des cailloux de mou jardin , puisque vous m'avez ordonné de jeter les pierres de mon jardin dans le vôtre.
Ce caillou est fort plat, mais heureusement il est fort petit; je l'ai jeté à la tête d'une dame qui était tout émerveillée que je fusse assez fou ponr faire encore des vers dans un âge où l'on ne doit dire que son In manus.
Pardonnez-moi donc la liberté grande de mettre h vos pieds
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38Î COftUESPONDANCE COMPLETE
celte sottise. Il y a pourtant dans cette pauvreté je ne sais quoi de philosophique et d'assez vrai ; mais ce n'est rien de dire vrai, il faut le bien dire : et puis , cela n'est bon que pour ceux qui ont lu Tibulle en latin , et vous n'avez pas cet honneur. Le marquis de la Fare a traduit assez heureusement cet endroit:
Qoe je Tire avec toi , que j'expire i tes yertï , " Et puisse ma main défaillante
Serrer encor la tienne en nos derniers adiem t
Le latin est bien plus court , plus tendre , plus énergique , plus harmonieux, M. de la Fare n'avait que soixante-quatre ans quand il faisait ces vers.
Je dois me taire en vers et en prose; mais en me taisant, je vous serai toujours très-vivement attaché. Je ferai des vœux pour que vous viviez beaucoup plus longtemps que moi, pour qu'une santé parfaite vous console de ce que vous avez perdu, pour que vous jouissiez d'un excellent estomac , pour que vous soyez aussi heureuse qu'on peut l'être dans un monde où les douleurs et les privations sont d'une nécessité absolue,
MADAME l.A MARQUISE DU DEFPAND A M. HORACE WALI'OLE. 39 décembre 1773.
Je vous annonce à mon tour que cette lettre ne sera pas longue. Les choses que j'ai à vous dire ne sont pas assez intéressantes pour que j'y sacrifie l'espérance de m' endormir ; elle sera peut-être vaine ; depuis bien longtemps j'ai perdu le sommeil ; mats madame de Talmont a perdu la vie , elle est pins avancée que moi ; elle mourut le 20 de ce mois, en héroïne de roman.
Elle avait, la veille de sa mort, ses médecins, son confesseur, et son intendant auprès de son lit; elle dit à ses médecins: Messieurs, vous m'avez tuée, maïs c'est en suivant vos principes et vos règles; à son confesseur: Vous avez fait votre devoir en me causant une grande terreur; à son intendant: Vous vous trouvez ici à la sollicitation de mes gens qui désirent que je fasse mon testament ; vous vous acquittez tous fort bien de votre rôle; mais convenez aussi que je ne joue pas mal le mien. Après cela elle se confessa, communia, ajouta un codt-
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cille à mi testament qu'il y avait longtemps qui était fait. Elle fait madame Adélaïde sa légataire universelle, donne ses bijoux à toutes Mesdames, ses porcelaines et une montre à M. de Maurepas, de petits legs à des anciennes amies avec qui elle était brouillée, et qui étaient sur son ancien testament, et qu'elle n'a point révoqués. L'é numération de tous ces legs serait ennuyeuse, et ne vous ferait rien. On prétend qu'elle avait fait faire une robe bleue et argent pour être enterrée, et qu'elle s'était fait coiffer avec une très-belle cornette de point. L'archevêque n'a pas approuvé ce luxe, il a fait vendre habit et cornette pour en faire des aumônes. Elle a laissé cent mille francs aux Enfants trouvés, à la charge de payer des rentes viagères à ses domestiques '.
1 Madame du Di-fTand a Tait de madame la princesse de Talmont un portrait qu'os trouvera à ses oruerej à Y Appendice. (L.)
M. Waipole, dans une noie jointe a ce portrait de madame de Talmont , •'«prime ainsi sur celte dame :
• Quoique la princesse de Talmont ne soit point un personnage historique, elle ■ cependant Spire a la cour de Louis XV. Elle était née en Pologne, et se disait alliée à la reine Marie Lecainslta , avec qui elle vint en France, ou elle épousa un prince de la maison de Bouillon, qni la laissa veuve. Pour plaire à la bonne reine, elle joua, dans les derniers temps de ta vie, la dévote, de galante qu'elle était dans sa jeunesse pour se satisfaire elle-même. Son dernier amant avait été le jeune Prétendant, de qui elle portait le portrait dane un bracelet dont le coté opposé portait celui de Jésus-Christ. Quelqu'un lui avant demandé quel rapport il y avait entre ces denx portraits, la comtesse de IWhefort (ensuite ducliesse de Hivernais) répondît : Celui qui résulte de et passage de l'Évangile: Mon royaume n'est pat de ce monde. Lorsque je me trouvai à Paris, en 1745, et que j'eus écrit la lettre à Rousseau, sons le nom dn roi de Prusse, la princesse de Talmont pria madame la duchesse douairière d'Aiguillon, de qui j'étais, fort connu, de me conduire chez elle, en ajoutant que, malgré sa baine contre les Anglais (à cause du Prétendant), elle avait lu avec tant de plaisir ma lettre , qu'elle ne pouvait se passer de me voir. Je n'aimais pas trop a me voir promener partout comme une pièce curieuse (l'ai* besse de Panthémont et une autre abbesse m'ayant déjà fait venir cher, eties pour le même sujet, parce que Rousseau était en mauvaise edenr parmi les dévots); mais la duchesse me dit que lu princesse était une parente de la reine, et qu'il fallait y aller. F.n conséquence, madame d'Aiguillon vint me prendre ebri madame de rtoebefort (Inquelle logeait aussi au Luxembourg) , pour me conduire chez In princesse, qui occupait les grands appartements. Nous la trouvâmes dans une vaste salle tendue d'ancien damas rouge, avec quelques vieux portraits d'anciens rois de France, el éclairée seulement par deux bmsgie*. L'obscurité était si grande, que, lorsque je m'avançai vers la princesse, qui était assise dans nn coin reenté de la Salle, sur une petite couchette entourée de saints polonais , j'allai broncher contre le chien, le chat, un tabouret, un crachoir ; et lorsque je, fus enfin parvenu auprès d'elle , elle ne trouva pas
COURES POSDASCE COMPLETE
1» janvier 177».
Je commence cette année comme j'ai fiai l'autre, en délirant que vous soyez heureux, et avec la résolution de n'y pas apporter le moindre obstacle. Je souhaite que votre sauté se fortifie, que les affaires de votre neveu s'arrangent, et que vous trouviez du plaisir à vivre. Deux soldats, le jour de Noël, en ont trouvé à mourir ' , et se sont donné la satisfaction de se tuer de compagnie. Voilà la lettre de l'un des deux, et le testament qu'ils ont signé tous deux et écrit sur la table où ils avaient bu ensemble ; ils avaient auparavant porté quatorze lettres à la poste, on ne sait pas à qui. On disait hier que le plus jeune avait dissipé l'argent qui lui avait été confié pour des recrues, et que de plus il avait une maladie incurable, mais cela n'est pas prouvé. Cette mort fera plus d'impression, et elle est mille fois plus éloquente que tous les écrits de Voltaire, d'Helvétius et de tous messieurs les athées ; ce sont les premiers martyrs de leurs systèmes, et il n'est pas impossible qu'elle ne fasse des prosélytes. Je ne sais pas quelle impression cette aventure voui fera. Pour moi, elle m'étonne, et je trouve leur courage supérieur à celui de Caton, et je n'admire plus autant que je le faisais la mort d'Othon ; on ne parle que de cette aventure.
un mot !■ me dire. En En , a pria une Tuile de vingt minutes, elle me plia de lui procurer uni: levrette blanche et une antre nuire , pareilles a celles qu'elle avait perdues, et que je n'avait jamais vues. Je promis tout, et pris congé, uns plus longer à elle, à ses levrettes, et à ma promesse. Trois mois après, au moment que j'allais quitter Paris, nu cl h mes li que suisse qui me sert-ail, vint m'appoi-ter, dans mou cabinet de toilette, nue mauvaise peinture d'un chien et d'un chat. Vous n'été» sans doute pas assez fou, lui dia-je, pour penser que je voudrai* acheter un aussi mauvais tableau? Acheter, pardi.' ce n'est pa à acheter, Monsieur; fa vient de la part de madame la princesse de Tahuonl, tt voici nn billet avec. J'ouvris le billet. Elle me dit, qu'apprenant que j'étais au moment de partir pour l'Angleterre , elle me rappelait ma promesse; ri qu'afin que je pusse ne me point tromper dans les marques de sa pauvre défunte Diane , et que je fusse en état de lui en procurer exactement une antre, elle m'envoyait son portrait, mais qu'il fallait que je lui renvoyasse le tableau, dont elle ne voudrait pas se défaire pour tout au monde. > (I..J
1 Ce suicide fit beaucoup de bruit en France, et la leUre et le dont îl est question furent ici m primés plusieurs fois. Ces deux lium: tuèrent dans une auberge de Saint-Denis, se nommaient Humait dtaux. (A. N.)
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Cette journée-ci produira peut-être quelques événements qui y apporteront de la diversion; c'est ce que je vous dirai demain.
Dimanche!.
Oui, la journée d'hier a produit des nouvelles. On reçut avant-hier au soir des lettres de M. de Breteuil qui apprenaient la mort de son gendre, le comte de Matignon ' ; c'est encore on suicide, mais involontaire. Etant à la chasse, et voulant se débarrasser de son Fusil pour un moment, il essaya de le faire tenir sur une branche; le fusil partit, et le tua roide. L'embarras de l'apprendre à madame de la Vaupalière, sa mère, a été très-grand; son mari ne savait comment s'y prendre, il fut consulter le chevalier de Durfort. A peine l' avait-il quitté, que madame de la Vaupalière arriva chez lui de la meilleure humeur du monde, se réjouissant du retour de sa santé, l'entretînt du plaisir qu'elle aurait de revoir son (ils; le chevalier ne savait où se fourrer, ni que lui dire; elle le quitta, je ne sais pas la suite, maïs elle a dit l'apprendre hier dans la journée.
11 y a bien encore un autre événement que je pourrais vous coûter, et où il est encore question de pistolet, mais personne n'a été tué ni blessé; cela vous ennuierait à entendre, et moi à raconter.
Il n'y eut point hier de promotion de cordon bleu. Tout ce qui regarde le ministère est toujours dans la même position ; les paris sont ouverts.
Je viens de recevoir votre lettre du 28; je ne l'attendais que lundi, parce que ces jours-ci on délivre les lettres plus tard.
J'ai une proposition à vous faire, et je vous prie de l'écouter avec amitié, et sans vous fâcher. Je vous mandai, il y a quelque temps, que j'avais un petit chien; je l'aime beaucoup et il m'aime; il est très-joli; promettez-moi que, s'il reste sans maîtresse, vous voudrez bien devenir son maître; je suis sûre que vous l'aimerez. J'ai cette idée dans la tête; ne la prenez point de travers ' .
1 Le comte de Matignon était fil.-* du comte de Gacé , et épousa la fille du liaroo de Breteuil. Sa inère, madame de G.icé, aprèa la mort de son époux, atait épousé M. de la Vaupalière. Eu 17(14, elle fit un voyage en Angleterre ; et c'en une dea dames à qui M. Walpole présenta des vers sortis de ta preue de Strawberry-Hill, à l'occasion d'une ffte qu'il donna à on grand nombre d'étranger* qui ae trouvaient alors en Angleterre. (A. N.)
1 M. Walpole accepta cette proposition; et Tonton, le chien de madame du
J'avais hier quinze personnes à souper; c'est un souper fondé pour tous les premiers jours de l'an. La maréchale de Luxembourg et moi nous nous donnons nos étrennes : les siennes furent une tasse de l'année, et six petites terrines d'argent, les plus jolies du monde ; la mienne, une chaise de paille, garnie en housse de taffetas cramoisi, couverte devant-derrière, du haut en bas, d'un très-magnifique réseau d'or, arrangé, ajusté du meilleur goût du monde, et par dessus une housse de papier blanc. Elle est dans l'habitude de demander toujours en arrivant une chaise de paille pour poser son sac à ouvrage, et mettre ses pieds sur les barres. Cette chaise fut celle qu'on lui apporta, avec des couplets que je vous envoie; l' à-propos leur donna tout le sel que vous trouvez peut-être qui leur manque.
DE H. DE PONT-DE-VEYLE, attaché au dossier de la chaise.
Ain de Joconde.
Je m'offre à von* uns ornementa;
Je ne suis pas bien mise ; Mais de ce mince ajustement
Kc soyez point surprise :
Souvent, sous tic simples dehors,
La béante se déguise ; Von* verrez peut-être un beau corps
En liant ma chemise.
DE M. LE CHEVALIER DE BOCFFLERS , posé sur le carreau de la chaise.
Ain : Bivrilleir-vous, belle endormit.
Si je vous sers, je suis heureuse; J'existe pour votre repos; Je ne serais point dangereuse, Quand même vous m'auriez à dos.
J'ai des secrets, mais je suis franche : Ils seront aises à trouver; J'ai mis une chemise blanche Pour engager à la lever.
Deffand, fut après la mort de sa maîtresse envoyé à Strairberry-HiU, oà il mourut environ dit ans après. (A. M.)
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Ain <le Raoul de Créifui.
De moi je suis assfi contente; J'ai l'air de la simplicité; Quoique simple, je mil brillante, Et j'y joins la solidité ; Maïs sur un point qu'on me décide Est-ce voua ou moi que je peina? Car simple, brillante et solide, Ce sont vos traits plus que le* mien
Paris, 3 janvier 1774.
Votre dernier petit caillou est le plus joli du monde '. Vous n'en avez point dans votre jardin qui ne soient des pierres précieuses; jetez-les tous dans le mien. Quand j'en devrais être lapidée, j'en serais contente. On parle ici d'un gros diamant qu'a reçu M. de Guibert : j'ai fait des tentatives pour le voir, elles ont été inutiles. Ce M. de Guibert* n'a pas daigné faire connaissance avec moi, quoique j'aie donné des louanges trèssincères à son Connétable.
Je ne suis point favorisée des beaux esprits, mon cher Voltaire ; mais il tient certainement à vous que je ne m'en aperçoive pas : envoyez-moi ce que vous leur écrivez, et je me passerai très-facilement de ce qu'ils écrivent.
Que dites-vous de l'aventure des deux soldats de Saint-Denis' ? Cela vaut des in-folio. 11 n'y a que la nature qui ait le pouvoir de leur répondre : elle saura bien arrêter les progrès que pour-
■ Les vert qui commencent par
Eh quoi ! vous «les étonnée
Qu'a* bout de qiw ire-Tin -i» btven, au.
Vovei Œuvre* de FoftaiVe, t. XIII, p. 3Ï0, où ces vers sont indiqué) comme adressés 1 madame du Deffand, ce qu'elle trouva fort mauvais et fit démentir. (L.)
* Le comte de Guibert, auteur de la Tactique et du Connétable de Bourioa, etc. Los lettres de mademoiselle de Lespiuasac, qu'on a publiées il y a quelque temps), peuvent servir à expliquer pourquoi il évitait de faire la conoaiasance de madame du DcfTand. (A. N.)
* Les deux soldats qui s'étaient, de propos délibéré, suicidés ensemble dans une aubeige à Saint-Denis. (A. N.)
3lgltzedbv GOOgk
i-ait faire leur exemple. Nous sommes dans un siècle bien singulier; toutes les têtes sont renversées : tel qui n'a qu'une tête de linotte se croit un Socrate. Je ne mets pas de ce nombre les deux soldats, mais tous les faiseurs de brochures qui nous infectent de leurs fades et ennuyeux raisonnements. Vos lettres me font un plaisir infini ; elles me soutiennent, me consolent : la raison et l'amitié ont tout pouvoir sur moi.
Je vous serai infiniment obligée, si vous m'envoyez votre lettre à M. Guibert; je n'en ferai que l'usage que vous me prescrirez.
N'avez-vous pas été content de l'Avis aux princes, de M. de l'IsleîJe l'ai trouvé joli; mais la fin n' est-elle pas trop écourtée?
! LA MA R0 CI SE DU DEPPAND A M. LE CHEVALIER DE l'isLF
(inédite).
Ce h janvier 17».
J'ai reçu votre pardon , monsieur, avec beaucoup de componction et de reconnaissance ; le trouble et la terreur que m'a causés ma faute doivent bien vous répondre de mon parfait amendement; vous dates juger par cette maudite lettre, que c'était une pure étourderie, puisque je m'y applaudissais de mon extrême prudence, et que je ne me permettais pas de montrer vos couplets, et encore bien moins d'en donner des copies. Je ne sais quel démon offusqua ma mémoire, et m'empêcha d'ordonner de ne la point envoyer par la poste; enfin il n'en a résulté aucuns inconvénients, et vous m'avez pardonné, n'en parlons plus ' .
On ne parle ici que d'horreurs, que de suicides*, les uns volontaires, les autres par accident; que de chutes qu'on prévoit et qui occasionnent des paris, tantôt pour, tantôt contre; mais vous apprendrez tout cela par la bonne compagnie qui vous arrive '. Je me borne à vous dire que je suis ravie d'être
l C'c*t toujom
■i l'histoire de* cou ni.
■t.. (H. deflsU.)
1 Eil-cfi le suicide de deux militait*
Ml L'un d'ei
ii te nomma
lit Bonrdeaux.
Il était dragon a
u régiment de Betzuii
ce. L'autre
M nommait :
Humait
i. Leur
te tt amène est d.n
a» la Correspondance
de Grimm ,
du 0 janvic
rim
.Voye.
la lettre de Voltaire à M. de Florian,
du 0 ja □ vie)
■ 1774. Huma
in étui
:, dit-il,
tambour-major, i
[H. de MU.)
* Est-ce une .illusion à une maladie
du roi ou a
un changerai
■rit du ■
ninutre
de la guerre, M.
de Monternard! (H.
de Vlitc.)
bien avec vous ; je désire que vous m'en donniez des preuves en m' écrivant aussi souvent, et avec autant de confiance et de liberté que par le passé.
Voulez-vous bien faire mes compliments à tout le monde, et en particulier aux marquis de Castellaue et de Bouiïlers, et à M. l'abbé Belliardi'.
Vous me feriez plaisir de me communiquer ce que vous recevrez de Voltaire, il vous traite encore mieux que moi.
Paris, samedi M février 1771.
C'est demain le jour de la poste ; je la préviens pour n'avoir plus qu'à répondre à votre lettre, en cas que j'en reçoive, comme je l'espère.
Tous vos livres sont chez moi, excepté la petite brochure Actlnjtuence de la philosophie sur Us lettres ', Elle ne se trouve point à Paris; il faut la faire venir de Genève : j'ai pris des mesures pour cela. On ne dit pas de bien de l'Histoire de la maison de Bourbon; elle est d'un M. Désormeaux, médiocre auteur; il doit y avoir une suite, je ne sais pas de combien d« volumes. Tous vos livres ne sont que brochés; s'ils étaient reliés, la caisse serait beaucoup plus pesante , et les libraires ont dit qu'ils payeraient des droits. Je vous envoie le mémoire de ce qu'ils coûtent, pour que vous puissiez faire le décompte avec Couty; je ne sais quand son maître reviendra de la campagne.
Vous ne savez pas la résolution que je prends? C'est de ne plus vous écrire à l'avenir de lettres, mais de faire des gazettes comme celles que je reçois du grand abbé; cela vous sera moins ennuyeux, et à moi plus commode; je vous écrirai chaque jour tout ce que] je saurai. Nous attendons aujourd'hui un grand événement, le jugement du procès de ce Beaumarchais dont je vous ai parlé, et dont je suis résolue à vous envoyer les Mémoires; je serai surprise s'ils ne vous amusent pas, surtout le quatrième. Cet homme a certainement beaucoup d'esprit;
1 L'aLbé Belliardi, employé par le duc de Cboiieul dans les m-gociationa du Pacte de famille, (h.)
1 Quelle eit l'influence de la philosophie sur Ict beltes-letties? discours inaugural, par M. Mallct (du Pan), a Cawel, 1772. (A. X.)
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M. de Monaco l'a invité ce soir à souper, pour nous faire la lecture d'une comédie de sa façon, qui a pour titre : le Barbier de Séville. On la devait jouer il y a huit jours; madame la Dauphine y devait venir : on reçut la veille la défense de la représenter: elle aurait eu certainement un grand succès, quand même elle aurait été détestable. Le public s'est affole" de l'auteur. On le juge tandis que je vous écris. On prévoit que le jugement sera rigoureux, et il pourrait arriver qu'au lieu de souper ce soir avec nous , il fût condamné au bannissement, ou même au pilori; c'est ce que je vous dirai demain.
Madame la duchesse de Gramont est toujours ici, elle y restera encore trois ou quatre semaines ; l'empressement qu'on a pour elle est extrême, rien n'a meilleur air que de la voir, que de lui donner à souper; la maréchale de Luxembourg ne la quitte pas; elle veut à toute force devenir sa favorite; je n'ai pas la même ambition ; je me contente de quelques faveurs passagères; j'ai déjà donné un souper, j'en dois encore donner un autre. Le jour qu'on m'a indiqué est le 5 du mois prochain, mais comme c'est un des jours des grands soupers que la maréchale de Luxembourg donne deux fois la semaine, et qu'elle ne pourrait pas venir chez moi, je ne doute pas qu'elle ne fasse remettre mon souper à un autre jour; c'est ce que vous apprendrez par un article de la gazette que je vous annonce, et que je commencerai lundi prochain.
Le grand abbé me mande que la grand'maman s'est prise de la plus grande passion pour la comtesse de Coigny ', qui de son côté l'aime éperdument. Son mari et elle ont quitté Paris à cause du dérangement de leurs affaires; ils s'étaient retirés dans leurs terres, mais je crois qu'ils vont se fixer à Chanteloup ; j'en suis ravie pour la grand'maman , qui a le ridicule d'aimer, et de vouloir l'être.
L'abbé viendra ici vers Pâques et le marquis de Castellane doit arriver incessamment ; je serai bien aise de le voir.
Le Garaccioli nous quittera dans le mois d'avril; il fera un
1 Fille d'un financier nommé Boissy. La roraicn* de Coigny mourut peu de temps aprèi la dale de cette lettre, et laissa uno fille qui, eu 1786, fol mariée au duc de Fleury. Si la comtesse de Coigny a ressemble a sa tille par l'esprit, la beauté, l'expression d'une sensibilité exquise, et par les manières les plus gracieuses, tous ceux qui ont connu la fille ne seront pas surpris de l'attachement que madame de Choisenl avait pour la mire. Cette aimable duchesse de Fleury est morte il y a deux ans (1827). (A. N.)
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DE MADAME LA MAHQUISE DO DEFFANO. 391
séjour à Naples de sept ou huit mots. Il laissera ici beaucoup de regrets; vous ne sauriez croire à quel point il est ici à la mode; c'est le second tome de M. Hume; on se pâme de rire à tout ce qu'il dit, presque toujours sans le comprendre, ni même l'entendre. 01»! la mode est notre souveraine, et nous gouverne despotiquement.
Il ne paraît aucun livre nouveau; les anciens m'ennuient, et c'est là un des plus grands malheurs ; je souhaite que vous ne l'éprouviez pas, et que vous trouviez beaucoup de plaisir à la lecture de ceux que vous recevrez. Vous êtes bien heureusement né ; il est bien fâcheux que votre sauté ne soit pas aussi parfaite que votre sagesse.
Dimanche.
Comme il n'est point arrivé de lettres, je ne ferai point partir celle-ci, et je vais commencer mes gazettes.
Hier, samedi 26, M. Beaumarchais et ses consorts furent jugés; madame Goetsman et lui sont condamnés à être blâmés '; mais comme vous n'êtes point au fait de l'affaire, il faut que vous lisiez les Mémoires avant d'apprendre le jugement; tous aurez le tout ensemble. Le dit Beaumarchais ne vint point souper chez M. de Monaco; le parlement resta assemblé depuis cinq heures du malin jusqu'à près de neuf heures du soir.
On a appris qu'une petite madame de Monglas, qu'on avait fait enlever pour l'enfermer dans un couvent à Montpellier, et qui était conduite par trois hommes de la maréchaussée, s'était sauvée ; je ne sais si l'on court après : le prince de Nassau et un M. d'Esterhazy s'étaient battus pour elle; son mari est secrétaire des commandements de M. le comte d'Eu; ci-devanl il était président à .la chambre des comptes de Montpellier; M. le comte d'Eu devint amoureux d'elle l'année où il tint les États à Montpellier.
Toutes réflexions faites, ma lettre étant écrite je vous l'envoie.
1 II Fat accusé d'avoir offert de l'argent à madame Goetsman, la femme de ion rapporteur, dans un procès avec les héritiers Paris Duverncy, h l'occasion de quelque! comptes pécuniaires dont dépendait non- seulement la fortune, mail encore la réputation et l'honneur de Beaumarchais. (A. N.) — Voir l'rxcellenl ouvrage de M. de Lomcnic sur Beaumarchais. Après un tel biographe il ti'ï a plus rien a dire, et il faut se borner à l'indiquer. (L.)
Samedi 30 février 1774, à neuf heures du noir.
Madame Goetsman blâmée, restitution des quinze louis au profit des prisonniers.
M. Goetsman, hors de cour.
Bertrand d'Airolle, admonesté.
Le Jay, admonesté.
Beaumarchais, blâmé, ses Mémoires brûlés par la main du bourreau, comme injurieux, calomnieux, etc. ; défense de récidiver, etc.
MM. Bidault, Àder, Malbeste, défense à eux de signer à l'avenir de pareils mémoires.
Le coupable condamné au blâme a ordre de se présenter au Parlement ; il se met à genoux, et le juge lui dit : • La cour te ■ blâme ' et te déclare infâme, ■ ce qui le rend incapable de posséder aucune charge publique*.
LA MÊME ill MÊME.
Samedi 5 mm 1771.
Vous voilà devenu père de famille * ; je crains que ce nouvel élat ne vous cause bien de l'embarras. Ne poumez-vous pas marier votre enfant? il faudrait lui trouver une femme qui put le gouverner; ce serait une chose bien triste pour vous, et un terrible esclavage que d'avoir ce soin éternellement.
Gomment pouvez-vous croire que ces vers de Voltaire aient été faits pour moi? Y aurait-il une familiarité plus ridicule de me nommer Bergère, et de m'appeler ma chère? et comment
1 Beaumarchais reçut relie invitation du prince de Contï : ■ On dit que vous êtea blâmé, mon cher Beaumarchais, et je vous attends à dîner. Si vont n'étiez pai blâmé, venez toujours. ■ (A. N.)
1 Malgré cette sentence diffamante , Beaumarchais, de nui toute la vie a été marc|uée par une conduite équivoque, et par des aventures scandaleuse), dans lesquelles un homme d'une imagination vive, sans principes, né dans la classe qu'il occupait, était alors si facilement entraîné, Beaumarchais, ouvertement protégé par le prince de Conti, fut, peu de temps après ce jugement, employé par la cour pour quelques commissions secrètes, et obtint, deui au après, la révision de son procès, et un arrêt infirma tif de la sentence ci-desns mentionnée. (A. N.)
3 Par les soins que donnait M. Walpole à son neveu George, lord Orford, qui avait alors recouvré sa raison, après une aliénation d'esprit de plus d'une
ponvez-vous penser que si cela avait été, je ne vous l'eusse pas mandé, et que je ne vous eusse pas montré toute ma colère? Non, Us n'ont pas été faits pour moi , mais pour une dame de Genève; et pour que vous n'en puissiez pas douter, et que tous en puissiez convaincre tout le monde, je vous envoie la lettre originale de Voltaire; on a mis ces vers dans le Journal encyclopédique, et à la tête : Vers de M. de Voltaire à madame la marquise du Deffand, âgée de quatre-vingt-deux ans. J'ai pris des mesures pour que dans le journal suivant on mit ces propres mots : ■ Les vers de M. de Voltaire que l'on a insérés dans notre dernier journal ne sont point adressés à madame du Deffand , mais à une dame de Genève. »
Vous me renverrez la lettre de Voltaire; je suis bien aise de la garder pour pouvoir convaincre ceux qui auraient la volonté de me rendre ridicule. J'ai encore eu d'autres chagrins en ce genre ; ce petit d' Al bon, dont je vous ai envoyé les vers pour moi, les a fait mettre non-seulement dans le Mercure, mais dans une feuille nouvelle, intitulée Journal des dames; il y a joint le remerciaient que je lui fis dans une très-plate lettre, qu'il a tronquée comme il lui a plu. Ce jeune homme a vingtun ans ; il m'appelle sa tante, quoique je lui aie représenté que je n'avais point cet honneur, que le neveu de la femme de mon frère ne m'était rien; cela ne l'arrête pas, il vent s'accrocher t k moi, croyant que je peux contribuer à établir sa réputation de bel esprit. Je pourrai bien incessamment prendre le parti de l'éconduire.
Me voilà donc dans deux journaux! De plus dans YAlmanach des Muses, on m'attribue une chanson que feu M. de Cbauvelin avait faite, il y a quinze ou vingt ans, pour feu madame l'Infante, duchesse de Parme. Tout cela m'a donné beaucoup d'humeur, et m'a fait prendre le bel esprit plus en aversion que jamais.
Je vous ai envoyé par le moyen de M. Saint-Paul les Mémoires de Beaumarchais , quoique milord Stormont m'eût assuré qu'ils étaient à Londres ; ils ont une vogue ici prodigieuse; je crois que le quatrième vous fera plaisir.
Dimanche.
J'eus hier la duchesse de Gramont à souper; nous n'étions que sept à table, elle, madame de Mirepoix, M. de Toulouse, M. de Stainville, M. de Pont-de-Veyle, mademoiselle Sanadon et moi; les non soupants étaient M. et madame de Beauvau,
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M. de Chabot, l'évéque d'Àrras et l'ambassadeur de Naples. La duchesse et l'ambassadeur ont resté jusqu'à trois heures. Elle soupera encore une fois chez moi avant son départ, qui sera le 19 ou 20. Je crois vous avoir mandé que la maréchale de Luxembourg ne la quitte point ; elles étaient avant-hier, vendredi, à l'hôtel de la Rochefoucauld; je tenais la maréchale sous le bras, qui, je ne sais si vous vous eu souvenez, prend toujours la peine de me conduire à table; elle s'obstina à faire passer la duchesse avant elle; et elle me dit : C'est un vœu que j'ai fait qu'à toutes les portes où je me trouverais avec elle, elle passerait la première; oui, ce vœu est antique et solennel; je lui dis d'une voix basse et douce : Antique, nou; vous pouvez vous rappeler qu'il y a trois ans elle arait autant de haine qu'elle a aujourd'hui d'amour.
Tous ces petits détails de société doivent vous paraître bien froids; il n'appartenait qu'à madame de Sévigné de les rendre intéressants; elle était toujours vivement affectée, et moi je ne le suis plus de rien.
Fcrney, 26 min 177t.
J'aurais bien envie, madame, de tous payer votre quartier,
puisque vous dites que je ne vous écris qu'une fois en trois mois; mais pour payer ses dettes, il faut être en argent comptant. Tout me manque, santé, loisir, esprit, imagination. Je suis accablé, à l'Age de quatre-vingts ans, d'affaires qui desséchent l'aine, et de maux qui mettent le coips à la torture; jugez, s'il vous plaît, si je ne suis pas en droit de vous demander du répit. Je voudrais être votre invalide, et vous faire la lecture, mais je suis bien plus qu'invalide, je suis mort. M. de Lisle, qui est tout à fait en vie, doit vous tenir lieu de tout. Je n'ai jamais vu un homme plus nécessaire à la société que lai. Les dragons de mon temps n'avaient pas l'esprit de cette tournure-là. Il ne veut pas croire que YEpitre à Ninon soit du jeune comte de Schouvraloff , et faite dans les glaces de la Neva ; quelque aimable que soit M. de l'Isle, il se trompe. Rieu n'est plus extraordinaire que cet assemblage de toutes les grâces françaises dans le pays qui n'était que celui des ours, il y a cinquante
ans; mais rien n'est plus vrai. Vous avez dû voir, par vos conversations avec M. de Scbomvaloff, l'oncle de l'auteur de VÊpttre, que la patrie d'Attila n'était pas le pays des sots. On parle français à la cour de l'impératrice phis purement qu'à Versailles, parce que nos belles dames ne se piquent pas de savoir la grammaire. Diderot est tout étonné de ce qu'il a vu et entendu. C'est sans doute le style de nos arrêts du conseil et de nos édits de finance qui a porté le bon goût devers la mer Glaciale , et qui fait qu'on joue Zaïre en Russie et à Stockholm.
Vous souviendrait-il, madame, que vous m'écrivîtes une fois que Catherine n'était qu'une héroïne de gazettes? Ce n'est pas de nos gazettes de Paris qu'elle est l'héroïne, elles ne lui sont pas favorables. J'espère que celles de Pékin lui rendront plus de justice. Il y a un homme dans mon voisinage qui sait fort bien le chinois, et qui a envoyé des vers chinois à Fempereur Kîen-long, lequel empereur passe pour le meilleur poète de F Asie. Pour Catherine, elle ne fait point de vers, mais elle s'y connaît fort bien, et d'ailleurs elle fait de très-bonnes plaisanteries sur le Cosaque qui s'est rais en tête de la détrôner. Vous ne vous souciez guère de tout cela, et vous faites bien. Vivez, madame, parlez, et portez-vous bien. Je suis à vos pieds.
MADAME I.A MARQUISE DU DEFFAND A M. HORACE WALPOLE. Dimanche S7 raam 1774.
L'état de monsieur votre neveu est bien singulier, et rien ne l'est plus, si ce n'est la résolution que vous avez prise d'en faire votre principale et unique affaire; si vous ou monsieur votre frère aviez des enfants, cela serait naturel, mais vous n'avez que des collatéraux dont vous ne vous souciez point; cependant il faut bien que vous ayez raison.
Je suis fort aise que les Mémoires de Beaumarchais vous aient amusé. Vous n'avez donc pas encore lu l'arrêt, puisque vous me demandez quel traitement on a fait à madame de Goetsman ' . Nous ne parlons plus de tout cela ici ; je ne vous
1 M. VValpole avait dit : • J'ai reçu les Mémoires de Beaumarchais ; j'en mis au iroiiiéme, et cela m'amuse beaucoup. Cet homme est fort adroit, mitonne jmte, a beaucoup d'eaprit; se» plaisanteries sont quelquefois tréa-
dirai pas ce qui y succède, ce sont des riens. Je voudrais bien que vous eussiez pu entendre ce que j'entendis jeudi dernier; un homme qui lit, ou plutôt qui joue une comédie tout seul si parfaitement bien, qu'où croit entendre autant de personnages différents qu'il y en a dans la pièce; c'est un prodige, et rien ne m'a jamais fait autant de plaisir ; ou prétend que j'en aurais eu encore plus si je l'avais pu voir, mais j'en doute, l'illusion n'aurait pu être plus parfaite; la pièce qu'il nous lut s'appelle l'Indigent ' ; il y a huit personnages , un financier jeune et fat, son valet de chambre, un vieux paysau très-malheureux et trèshonnête homme, son fils, sa fille, un notaire plein de probité, son clerc, un procureur grand coquin; dans la dernière scène, ils sont tous rassemblés, excepté le valet de chambre; chaque rôle est si parfaitement joué et avec une telle chaleur et vivacité, qu'il serait impossible que les sept meilleurs acteurs pussent faire le même plaisir; j'ai envoyé chercher cette pièce, elle est plus touchante que comique; c'est dans le genre de la Chaussée; on prétend que le lecteur y ajoute beaucoup du sien, et que cette pièce, telle qu'elle est, n'est pas bonne; elle a été refusée à la Comédie, et elle fait un effet prodigieux jouée par cet homme, qui s'appelle M. Texier*. Il est de Lyon, et il y est directeur des fermes; on dit que sa figure est bien, qu'il a beaucoup de physionomie et de grâce; il y a cinq ou six pièces qu'il joue aussi parfaitement; je serais fort aise de les entendre, mais je ne crois pas que cela se puisse. Quand j'aurai lu l'Indigent,' si je la trouve bonne, voulez-vous que je vous l'envoie?
Ce n'est point parce que les vers de Voltaire sont plats, que je trouve mauvais qu'on soupçonne qu'ils aient été faits pour moi, c'est parce que je trouverais très-ridicule qu'on crût qu'il m'appelât Bergère et ma chère. Je n'ai point entendu parler de lui depuis le mois de décembre ; je n'aime point assez à écrire
lionnes, mais il l'y complaît trop. Enfin, je comprends que , moyennant l'esprit de parti actuel cbei tous, cette affaire doit faire grande sensation. J 'oubliait de vous dire l'horreur qui m'a pria des procédé! en justice rhei tous : y a-t-il un pays nu monde où l'on n'eût puni sévèrement cette madame Goetsman? Sa déposition est d'une impudence affreuse. Permet-on donc chtt vous qu'on mente, qu'on se coupe, qu'on se contredise, qu'on injurie ta partie d'une manière li effrénée? Qu'est devenue cette créature et son vilain mari? Répondes, je voua prie. > (A. N.)
1 L'Indigent ett un drame de Mercier. (A. N.)
2 Le même dont le talent fut si longtemps admiré à Londres. (A. N.)
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pour me soucier d'entretenir cette correspondance; celle de Chanteloup me parait plus que suffisante. Madame de Gramont y est retournée le 20 de ce mois, accablée de gloire et de fatigue; elle a été un peu malade en arrivant. Pendant quarante-huit jours qu'elle a été ici, excepté les trois soupers qu'elle a faits chez moi, elle a soupe tous les jours avec vingtcinq ou trente personnes. A peine était-elle éveillée, que sa chambre était remplie de princes, de grands seigneurs, de grandes dames; il n'y a point de maltresse de roi, de premier ministre, de souverain, de potentat, qui puissent jouir d'une plus grande célébrité. Il faut lui rendre justice, elle n'en avait point la tête tournée; son air est simple, naturel, facile, vous la trouveriez fort aimable; elle m'a fort bien traitée. La maréchale de Luxembourg a été la plus empressée à lui (aire la cour, elle la voyait souvent trois fois le jour, et pour le moins deux ; vous pouvez vous souvenir que, dans le temps de l'exil , elle était leur plus grande ennemie. L'Idole a été aussi fort empressée, et elle a enfin obtenu la permission de faire un voyage '. Elle y ira, pendant le séjour que la maréchale y doit faire, qui sera de quatre ou cinq semaines; elle partira environ le 15 du mois prochain. Le quartier de M. de Beauvau sera le premier, ce qui me fâche fort; il ne passe pas un jour sans me voir, et je reçois de lui plus de marques d'amitié que de qui que ce soit.
Pari», t avril 1774*.
J'aimais M. del'Isle, mais aujourd'hui je l'aime bien davantage; c'est votre dernière lettre qui a produit cet effet. Maïs est-il possible, mon cher Voltaire, que j'aie eu besoin de lui pour me rappeler à votre souvenir? Vos dernières conquêtes vous paraissent toujours les plus précieuses; vous êtes aussi sujet à l'engouement, et peut-être plus que vous ne l'étiez dans votre jeunesse. Je ne suis pas de même, tout ce que je vois de nouveau me choque, me déplaît, et loin de me consoler de ce que j'ai perdu, en augmente le regret par la comparaison. Je
' A Cfcratetoup. (L.)
3 En réponse à une lettre de Voltaire qu'on donne ci -après, parce qu'elle n'a paa été intérée dan* ses Œuvres. (L.)
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De parle point du siècle de Louis XIV ; nous avions eu quelques consolateurs; premièrement vous, hors de toute comparaison; ensuite il y avait des abbé de Bussy, des président Hénault, det Saint-Aulaire , une madame de Staal, une madame de Flamarens : on pourrait en ajouter d'autres. Il peut encore se trouver de l'esprit, mais plus de goût, et par conséquent bien peu d'agrément. Je vous ai déjà fait tant de plaintes sur ce sujet, que. ce serait rabâcher que de le traiter encore. Je vous assure, mon cher Voltaire, que ce n'est pas tout ce qui m'environne, tout ce que je rencontre qui me déplaît le plus ; ce que je hais le plus, ce que je voudrais pouvoir fuir, c'est moi-même. Je me dis très-sérieusement que j'ai tort; je m'interroge sur les jugements que je porte, et je me dis : C'est vous qui avez tous les défauts et tous les ridicules qui vous blessent : pouvez-vous croire avoir seule tout l'esprit et le goût en partage? Vous êtes sotte et mal avisée; vous vous faites haïr en contredisant, en blâmant. Eh! que vous fait tout cela? Vous voudriez vous faire aimer, et vous vous faites craindre.
Pénétrée de la leçon que je viens de me faire, je voudrais changer de lieu, recommencer k vivre avec des gens qui n'auraient jamais entendu parler de moi, et avec qui je n'aurais point de prévention à détruire; mais je suis trop vieille; il faut que je reste dans mon tonneau, et que je me borne à chercher les moyens de dissiper la haine. Lesquels faut-il prendre, mou cher Voltaire? Faut-il dire que nos poètes sont aussi bous que vous, que nos philosophes valent mieux, que nos acteurs et actrices sont au-dessus des Thévenart, des Lecouvreur, etc.? Vous me direz : Non, mais il faut se taire. Je le veux bieo; mais il faudrait donc aussi devenir sourde : on n'est muet en naissant que parce qu'on est sourd, et on ne peut être muet dans la société que quand on est sourd d'entendement. Ah! je voudrais vous voir ici; mais, mon Dieu, ils vous pervertiraient peut-être.
• Ils pourraient de npi rois égarer le plul sage. ■
Si j'en étais témoin, j'en mourrais de honte et de douleur.
En vérité, mon cher Voltaire, je ne sais pourquoi je vous écris tout ce fatras; je ferais bien de ne le point relire, si je veux vous l'envoyer; mais j'ai toute honte bue avec vous. J'ai passé une nuit blanche; rien n'aigrit autant le sang et l'humeur.
Vous prétendez donc ne me plus rien envoyer; et M. de
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Tlsie est devenu le bureau de vos confidences! Faites-m'en une, je- vous conjure; je vous garderai le secret si vous l'exigez. Étes-vous l'auteur de la lettre sur le rétablissement des jésuites? C'est un aveu ou un désaveu qui vous doit être indifférent, et qui satisferait ma curiosité.
UÉpttre de M. Schouwaloff à Ninon a été corrigée par vous: je la crois du jeune homme, sur votre parole plus que sur celle de monsieur son oncle.
Àvez-vous ouï parler de M. Tester , qui, assis dans un fauteuil, avec un livre à la main, joue des comédies où il y a sept, boit, dix, douze personnages, si parfaitement bien qu'on ne saurait croire, même en le regardant, que ce soit le même homme qui parle? Pour moi, l'illusion est parfaite, et je crois eatendre autant d'acteurs différents. Il serait impossible que plusieurs comédiens pussent jouer les scènes avec la même chaleur qu'il les joue tout seul; il se coupe la parole : enfin je n'ai jamais rien entendu d'aussi singulier. Cet homme est de Lyon; quand il y retournera, invitez-le à vous venir voir; je serais trompée si vous n'en étiez pas surpris et content.
Adieu, mon cher Voltaire; en voilà assez long.
MADAME LA MARQUISE DU DEFFAKD A M. HORACE WALPOLE. Paris, dimanche 17 avril «74.
Je vous fais mille remercfments des offres que vous me faites pour moi et mes amis; ah! je n'en abuserai pas, je n'ai besoin de rien, je ne voudrais pas vous importuner pour moi, et je ne me soucie pas d'obliger personne. Je suis excessivement lasse du peu de retour qu'on trouve à tout ce qu'on fait pour les antres, et je déteste le monde au point que, si je croyais pouvoir trouver deux ou trois personnes dans un couvent quelconque qui eussent le sens commun , je m'y réfugierais ' ; vous
1 M. Wstpole fit cette réponse : • Un couvent serait une recette trù a- singulière contre l'ennui, surtout pour von» qui, par malheur , ne nouvel lire. Vont avez plut besoin de compagnie que de solitude. Est-ce parmi des sottes et île» Folles que tous compteriez trouver une conversation raisonnable 1 Vous voyez ce qu'il y a de mieux, cela ne suffit pas : des religieuses , des dévotes, des Incassiéres, valent-elles l'abbé Barthélémy, lai Beaavan, madame de Mire- P°>i, mie voua voyez souvent? La Sanadona ne vous contente point ; nne douzaine de sauta Donnai vous amuseraient assurément davantage! Ah! mon
aurez peine à allier cette façon de penser à la vie qu'on peut vous dire que je mène. En apparence elle est agréable, mais elle est bien éloignée de me satisfaire; il n'y a personne de tous les gens avec lesquels je vis sur lesquels je puisse compter, et
Sour lesquels je puisse avoir le moindre goût, j'en excepte Ponte-Veyle et mademoiselle Sanadon; leur société est sure, et ils ont une sorte d'amitié pour moi ; mais comme mon étoile a toujours été de perdre mes amis de Façon ou d'autre, Pont-de-Veyle est très-malade, et si dangereusement, qu'il y a fort peu d'espérance ; il ne me restera plus que mademoiselle Sanadon, c'est là tout mon trésor, voos le connaissez. Je suis fort invitée d'aller à Chanteloup, mais ce serait tomber de Gharybde en Scylla. Je ne perdrai pas le seul bonheur que j'ai, qui est d'être chez moi.
Vous me donnez une grande curiosité des Lettres de tnilord Chesterneld ; les jugements qu'il porte ne me donnent pas une grande idée de son discernement, cependant il y en a quelquesuns de justes. Si milord Stormont ne veut pas me prêter ce qui est en français, ne pourriez-vous pas me l'envoyer? Cela me ferait plaisir. Louer madame Dupin, cela est étrange ! passe encore pour madame de Blot '; sa figure, son maintien en imposent; elle a beaucoup d'admirateurs : je ne la connais pas, mais je connais la plupart de ses juges. Je ne sais pas ce que c'est que madame de Gaux, je n'en ai jamais entendu parler. Vous êtes très-bien instruit de ce qui regarde M. de Richelieu et madame la duchesse de Bourgogne; ce qu'en dit le milord est une fable.
Vous vous trompez sur la lecture de M. Texîer, la seconde lecture de l'Indigent m'a fait autant de plaisir que la première; mais je lui ai entendu lire une autre pièce qui ne m'en a fait
unie ! l'ennui voua doit bien peser, quand il vom fait déraisonner de la sorte ! Le voyage de Chanteloup, que je ne conseille pas, vous dissiperait au moins. Mais que peut-on tous dire! Si votre bon esprit et votre usage du monde sont inutile» pour vous faire supporter les chagrins de la vie, est-ce en changeant de place qu'on y remédie? Une longue vie assure la perte des amis. Je sais qu'on ne console pas par des raisonnements; mais aussi, rend-on la vie plus supportable en se plaignant d'événements qui sont communs à loua? Vous cherche! des chimères, et ne faites pas usage de votre raison, qui au moins, quand ou n'est plus jeune, peut servir de quelque chose. • (A. N.)
1 Madame de Blot était sœur du comte d'Ennery, qui mourut à Saint-Domingue, où il commandait en cbef. Elle épousa M. Chavigny de Blot, qui occupait une charge chez le duc d'Orléans. (A. N.)
DE MADAME LA MARQDISE DD DEFFAND. Ml
aucun; demain je lui en entendrai lire une troisième; mais dans l'Indigent, soyez sûr que lui tout seul est la meilleure troupe que nous ayons.
L'Idole est plus idole que jamais, elle va à C haute! ou jj les premiers jours du mois prochain , ne connaissant point du tout la grand' inam an ; mais elle est fort dévouée à la sœur, à qui elle a fait une cour très-assidue. Cette sœur, soupant chez moi, fit de grands éloges de son esprit , et surtout sur ce qu'il était naturel. Je ne dis mot, mais quand je fus en particulier, je lui dis qu'elle s'était méprisé, et que sûrement elle avait voulu dire turnaturel.
le soupe ce soir avec la maréchale de Mfrepoix; elle n'est point encore décidée pour une maison, mais je ne crois pas qu'elle en prenne dans le faubourg.
Ne sachant plus que lire , j'ai repris Corneille ; Ctnna m'a enlevée, et Polyeucte m'a fait plaisir; nos auteurs sont des mirmidons en comparaison, et je préfère Corneille, malgré ses défauts, à nos tragiques les plus corrects '. Nous comptantes hier, l'abbé Barthélémy et moi, combien il y avait aujourd'hui d'auteurs de tragédie vivants : vous ne le croirez pas, il y en a soixante-trois, dont plus des trois quarts des pièces ont été jouées, et toutes imprimées.
Quand vous aurez lu VËpitre du neveu de M. Schouwaloff * à Ninon, vous me manderez si vous voulez que je vous envoie la réponse de Ninon par M. Dorât. Il lut, jeudi dernier, chez moi, sa nouvelle comédie, te Célibataire.
Les pièces des soixante-trois auteurs ne sont que des tragédies, dont il y en a tels qiù en ont fait plusieurs ; les comédies
1 M. Walpole répondit : • J'admire aussi Corneille, mail j'aime mieux Pkèdrt, Britanniau et Athalit. le voua ai (lit que Milkridutt et Jphigénie ne me plaisaient point, ni Zaïre. J'aime Mahomet, et Attire, cl Sémiramit. Pour tu auteur* tragiques actuel), ai l'on doit juger sur tous ceux que j'ai lus, je le* croii au-druniu de la plus mauvaise pièce de Corneille. Molière me charme; j'aime infiniment aussi l'Enfant prodigue, elle Préjuge' à la mode, et l'Homme du jour. Mai» je tous aTona que je préfère infiniment à tous, les bonnes parties de Shakespeare- Il possédait également la nature et (émerveillent. Racine wiïii tout ce que l'art peut faire, Corneille ce que l'éducation et les munir» d'un siècle outré peuvent faire faire aux homme*- Voltaire a plus de génie que d'art, mais me paraît moins original qne Corneille, moins élégant que Racine. Shakespeare était également grand tragique et grand comique. Il envisageait tout ce que le* grandes passion* sont capables de faire, ou de sentir, et toutes les nuances de* plus petites dan* la rie privée. • (A. N.)
1 Cet [-à -dire le comte André Schouwaloff, neveu da Jean, (L.)
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n'y sont point comprises. Jamais, non, jamais il n'y a eu tant d'esprit, et, vous pouvez en conclure, si peu de goût : oh! pour le coup, en voilà assez.
Votre dernière lettre est très- consolante , je vous en dois bien des remerclments , mais je dois vous demander eu même temps bien des pardons de vous avoir forcé à l'écrire.
Nous sommes ici dans de grandes alarmes; le roi a la petite vérole; celte nouvelle est peu intéressante pour vous, mais vous devez comprendre qu'elle l'est infiniment pour bien des gens.
Dimanche matin.
J'avais quelque envie d'attendre le départ de Couty ' pour faire partir cette lettre. J'ai relu la votre dans le dessein d'ajouter à la mienne, mais j'abandonne ce projet; je vous dirai seulement que je n'ai pas celui de changer de place, et que toutes mes pensées sont très-conformes aux vôtres ; que je ne balancerais pas d'aller à Gbanteloup, où je suis désirée, m je croyais m'y plaire; que je sais très-bien qu'à mon âge je devrais être indifférente, insensible, et même dure, et ne pas chercher dans les autres ce qui n'est qu'une vraie chimère, comme vous le dites tort bien. Je suis encore d'accord avec vous, qu'on augmente ses malheurs en s' imaginant de trouver de la consolation à s'en plaindre; vous me le faites éprouver, ainsi soyez sûr qu'à l'avenir je vous épargnerai cet ennui .
L'état du roi est toujours fort inquiétant, mais les anecdotes de notre cour ne vous amuseraient pas autant que celles de Louis XIV.
Je ne vous réponds point sur les jugements que vous portez de nos auteurs; je n'en juge que par sentiment, et vous par raisonnement, d'où il ne peut pas résulter une grande conformité.
Ne me faites plus de remerctments, ne me parlez plus de reconnaissance, c'est moi qui vous en dois; quand vous me
1 Frire de sa femme de chambra. Il était altirn k Paria, quoique en aerrica en Angleterre. (A. H.)
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donnez une occasion de tous rendre service, c'est une marque de confiance que tous m'accordez, et c'est la seule faveur à laquelle je prétends.
LA MÊME AD MÊME
Dimanche 8 mai, :i deur heures.
Je n'attends point l'arrivée du facteur pour vous écrire : quand je ne devrais point recevoir de vos nouvelles, je ne pense pas devoir ne vous pas mander des nôtres. Celles qui nous occupent aujourd'hui sont, à bien des égards, généralement intéressantes. Vous avez su que la petite vérole du roi se déclara entre onze heures et minuit, le vendredi 30. Les premiers jours, il eut beaucoup d'assoupissement, tous les remèdes ont eu de bons effets, les vésicatoires surtout. Les médecins qui le traitent sont Bordeu, Lorri, le Monnier, Lassonne; il y en a encore plusieurs autres qui le voient, ainsi que ses chirurgiens, la Martinière et Andouillé. Le mardi au soir 4 de la maladie, il demanda madame du Barry; il eut avec elle une courte conversation, et le lendemain elle partit à quatre heures pour Buel, avec la maîtresse de la maison ', la vicomtesse sa nièce, et mademoiselle du Barry sa belle-sœur. J'allai ce jour-là souper à Versailles; je rendis une visite à la maréchale {de Mirepoix); je me trouvai un peu mal après souper, non pour la fatigue du voyage, maïs pour avoir bu ou mangé quelque chose qui me fit mal ; ce ne fut rien , je partis à minuit avec l'Idole qui m'avait voiturce; elle est plus sublime que jamais. Depuis ce jour, la maladie a suivi doucement et lentement son cours. Hier samedi, qui était le 8, il a demandé et reçu les sacrements, à sept heures du matin. Ne sentant pas la force de parler lui-même, il chargea son grand aumônier, qui l'avait administré, de parler pour lui, lequel dit à l'assemblée : u Mes- » sieurs, le roi m'ordonne de vous dire (ne pouvant parler lui- » même) qu'il se repent de ses péchés, et que, s'il a scandalisé ■ " son peuple, il en est bien fâché ; qu'il est dans la ferme réso- » lution de rentrer dans les voies de sa jeunesse, et d'employer i tout ce qui lui reste de vie à défendre la religion. » Voici le dernier bulletin :
' La duenesse d'Aiguillon. (A. S.)
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Do 8, à huit heures du matin.
■ Le redoublement a commencé plus tard hier au .soir, et a augmenté par degrés pendant la nuit ; sa marche a été modérée, et 8a Majesté a bien dormi jusqu'à cinq heures et demie, auquel temps le pouls s'est fort élevé, la chaleur a augmenté, et il est survenu quelques moments de délire. Ces accidents ont diminué à la suite de quelques efforts pour vomir, et des mouvements d'entrailles; la suppuration ne parait point avoir été ralentie, les vésicatoires vont bien. »
Je ne rendis, le mercredi, ù la maréchale, qu'une très-courte visite; je soupai chez M. de Beauvau; je reçois de lui journellement toutes sortes de marques d'amitié et d'attention.
A trois heure* et demie.
Je reçois dans ce moment votre lettre du 1" mai; je dirai tantôt à Pont-de-Veyle l'intérêt que vous prenez à lui.
Je vous remercie de nouveau de celui que vous prenez à mon amusement ; je n'ai jamais été dans la disposition de me mettre dans un couvent; mais je sens que cette disposition conviendrait fort à mon âge et à mon état, et je suis lâchée que mou (;oût m'en éloigne..
Je ne comprends pas bien le parti que vous pouvez tirer de ces quatre» lunes dont les habitants ont quatre paires d'yeux '. Mon imagination n'est pas encore assez exaltée pour s'amuser ni s' occuper des idées extravagantes, subtiles et sublimes; je suit toujours terre à terre, et je n'ai d'esprit que par le sentiment: j'entends par sentiment ce que mes sens me font sentir et connaître; ma tête, mon Ame, mon esprit, ne vont point par-delà.
Je crois ma correspondance avec Voltaire absolument finie; je n'aime point à écrire, et moins j'ai de choses à faire, moins j'ai de pensées, et plus de paresse. On a grand tort déjuger des autres par soi-même; il n'y a presque personne qui se res-
1 Ceci a rapport au passage suivant de la lettre de M. Walpole : < VBittoirt naturelle de Pline m'amuse beaucoup. Je n'en avais jamais lu que dei morceaux, à cause de l'obligation de fouiller un dictionnaire. Il parle de tout, et au moim n'ennuie point. Le traducteur est bien commentateur. Pline n'a suggère une idée bien folle, dunt je veux vont faire part, faute d'autre matière. Vous savez, » 'est-ce pas, que Jupiter planète a quatre satellites, ou lunes T Eh bien, je me fignre un berger, qui, dans une pastorale, parle de ces quatre lunes-la. Je vais plus loin : je me suis imaginé que dans ce monde-la, tout est dans une proportion quadruple ; par conséquent, qu'une belle femme a quatre paires d'yeux, et ainsi du reste. Vous voyci qu'un tel système fournit plia que les pygmëea et les [jé.ints de Gulliver. ■ (A. N.)
semble, rhacoti en naissant a apporté sa façon d'être; les réflexions, l'expérience ne changent point le caractère, elles tout qu'on s'afflige de n'en avoir pas reçu un plus heureux; ou le combat, on croit même dans quelque occasion l'avoir vaincu, mais on est bientôt détrompé. Je ne croirai jamais, quoi que tous en puissiez dire , que les chimères, les rêveries puissent véritablement amuser. Si c'est votre façon d'être, j'avoue que je n'ai aucun rapport avec vous sur cela; le merveilleux est mon antipode; j'y préférerais le plat. Il y a un livre qui a pour titre le Maintenoniana ; c'est un recueil de tout ce qu'on a dit de madame de Maintcnon ; on n'est point fâché de se le rappeler. Cette femme avait beaucoup d'esprit, beaucoup de jugement et de caractère; elle pouvait bien n'être pas aimable , elle avait peu ou point de sensibilité ; je m'étonne qu'elle fût sujette ' a l'ennui.
A Luit heure* de soir.
Les uns disent que cela va beaucoup mieux, et. les autres beaucoup plus mal.
MADAME LA MARQI'ISE DU DEFFAND A M. HORACE WALPOLE. Mercredi il mai 177*.
Voilà bien des nouvelles. Le roi mourut hier à trois heures après midi. Le roi, son successeur, ses deux frères, et leurs femmes, partirent à six heures pour Choisy; ils, occupent le grand château, et les trois Mesdames, qui n'ont point quitté le feu roi, sont établies dans le petit. Tous ceux qui auront à parler au roi s'adresseront à la reine, jusqu'à ce que l'époque soit donnée par le roi qu'on puisse lui parler à lui-même; il est déjà décidé que, pour les ministres, il les verra au bout des neuf jours. M. de Beauvau, qui est de quartier, est à Paris; il a remis son bàtou à M. de Tingri, et il le reprendra quand le roi aura signifié le jour qu'il reverra ceux qui outraient dans la chambre de son grand-père. Vous pouvez juger combien de conjectures, de spéculations! Pour moi, je n'en fais point; après avoir pleuré le défunt roi, je ressens tant soit peu de joie de l'espérance (qui ne peut être mal foudée) de revoir incessamment les exilés '. J'ai encore un plaisir peut-être plus grand : M. do 1 La duc et la ductieue de ChoUeul. (A. N.)
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*08 COBRESPONDANCE COMPLETE "
Beauvau, l'homme du monde le plus estimable, et le plus digne
d'être Rimé, immédiatement après la mort du roi, monta cher
sa sœur, la maréchale', et l'embrassant, lui dit : « Le mur
qui nous séparait n'étant plus, nous serons, suivant mes désirs,
unis pour jamais. » La pauvre maréchale avait besoin de cette
consolation.
J'aurais eu hier au soir à souper les Beauvau, si je n'avais pas été engagée chez les Necker à Saint-Ouen ; je les aurai ce soir. J'ai écrit ce matin à la maréchale pour lui proposer d'y venir; elle n'a point fait réponse par écrit, et a fait dire verbalement qu'elle y viendrait; je n'ai pas d'autres sûretés. C'est pour mot une grande joie que cette réconciliation; hier quand je l'appris, j'en eus une si grande émotion, que les larmes m'en vinrent aux yeux. Cette façon d'être est bien ridicule, c'est an grand travers à quelqu'un de mon âge, mais qu'y puis-je faire? D'ailleurs tous mes amis me la passent, et ne se scandalisent pas de ma sensibilité.
Je continuerai ma gazette. On dit que le roi sera porté demain à Saint-Denis; je ne sais pas quelle cérémonie on fera. Je vous manderai tout cela.
On dit que la dame ' est encore à Hue), on ne sait où elle ira. Notre bon Schouwaloff l'appidleloujours madame Barbari.
Adieu, jusqu'à dimanche.
ï LA MARQUISE DU DEPPAND A M. HORACE WALP0LE.
Dimanche 15 mai, a. deux heures.
Je n'attends pas le facteur, et je reprends la suite des nouvelles. Mercredi, madame la princesse de Gonti alla à Choisy, et demanda au roi le retour de son, fils. La réponse du roi, qui était alors avec la reine, fiit que, par respect pour la mémoire du feu roi , il ne devait changer précipitamment ce qu'il avait décidé. Sur cela, madame la princesse de Gonti répliqua qu'il était d'un bon roi d'examiner les motifs qui avaient décidé son fils au parti auquel il s'était décidé, et sur ce point, le roi repli-
1 La maréchale de Mirepoii, qui s'était trouvée constamment dans la société de madame du Barn, et qui «'était, à ce aujel, brouillée avec son frère et sa licllc-gœar, le prince île Beauvau et ta princesse. (A. H.)
* Madame du Barry. (A. ».)
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qun qu'il ne manquerait pas de faire cet examen. Alors , la princesse proposa d'expliquer lesdits motifs ; et comme la reine offrit de se retirer, madame de Conti ajouta qu'elle craindrait d'être importune au roi dans le moment actuel , qu'elle ne voulait point abuser de ses bontés, et s'en alla : et moi j'ajoute qu'elle fit très-bien. Cette conversation éloigne un peu mes espérances; je crains que le retour de mes amis ne soit pas prochain.
Jeudi , le roi accorda les grandes entrées à ses douze menins, grâce très-singulière; il n'y avait, sous le feu roi, que celles qu'où avait par ses charges.
L'évéque de Chartres ' fut nommé grand aumônier de la reine ; c'est le frère du duc de Fleury. L'évéque de Nancy, abbé de Sabran, premier aumônier de la reine; Lieutaud, premier médecin du roi; Lassonne en survivance; M. de Pauirny ', chancelier de la reine. Ordre à tous les du Barry de ne se point présenter à la cour. Lettre de cachet pour enfermer le grand du Barry à Vincennes , et le conduire ensuite à la citadelle de Perpignan ; mais il s'est évadé , et sera peut-être à Londres plus tôt que cette lettre. Je ne me souviens plus si daus ma dernière je vous ai mandé que madame du Barry, le mercredi, avait eu ordre de se rendre au couvent du Pont-aux-Dames , avec défense d'y voir personne; depuis cela on lui a permis de voir ses belles-sœurs et nièces. Mais voici la plus grande nouvelle de toutes. Jeudi au soir, M. de la Vrillière ' fut porter à M. de Maurepas * cette lettre du roi :
« Dans la juste douleur qui m'accable, et que je partage avec ■.tout le royaume, j'ai de grands devoirs à remplir; je suis roi, « ce nom renferme bien des obligations; mais je n'ai que vingt
■ ans, et je n'ai pas les connaissances qui me sont nécessaires; » je ne puis pas travailler avec les ministres, tous ayant vu le
■ roi pendant sa maladie; la certitude que j'ai de votre probité, » et de votre profonde connaissance des affaires , m'engage à
1 NeTeu lin cardinal de Fleury , et oncle du duc de Fleury, qui épousa la fille du comte de Coigny. (A. Pi.)
1 Le marquis de Panlmv riait El* de M. d'Argenson le ministre, et araii été lui-même, pendant quelque temps, ministre de la guerre durant le dernier
rj,„.(A. H.)
* Le duc de la Vrilliùre, secrétaire d'État pour le département de Tinté- H.„.(4.N.)
* Le comte de Maurepas avait été ministre de la marine durant le dernier règne, et avait été disgracié par les intrigues de madame de Pumjuitlnur, alors maîtresse en titre, dont il s'était, en dernier lien , attiré l'indignation pour
> voue prier de m' aider de vos conseils ; venez donc le plus tôt
■ qu'il vous sera possible. *
Le lendemain matin vendredi , M. de Maurepas arriva i Ckoisy, eut une audience de cinq quarts d'heure, fui très-bien reçu de la reine, et très-feté de Mesdames ; il revint coucher a Paris; il est retourné ce matin à Choisy, et madame de Maurepas' revint vendredi de Pontchartraîn. Si j'apprends quelque chose de plus, je l'ajouterai. Voilà le facteur qui arrive, il m'apporte une lettre; je l'ouvre avec quelque crainte.
J'ai eu tort d'avoir peur; votre lettre est très-bien; vous avez très-bien jugé : le 1 1 était le jour le plus critique , il a été en effet celui de la mort.
Je doute que le Beaumarchais vous fasse autant de plaisir a voir, qu'il vous en a fait à le lire ; avant ses Mémoires, il passait pour un homme de mauvaise compagnie.
Vous trouverez dans la Rivalité* des endroits fort agréables,
avoir chanté, à un souper, de» couplet* composés par M. tic Pont-de-Vejle, dont il a été parlé souvent dans ces lettres. (A. N.) Voici ces coapleU : (L.)
Une petite bourgeoise.
Si dans les beautés choisies
Elevcetla grivoise,
Elle était des plus jolies.
Qo pardonne les folies,
Fait de la cour un taudis.
yuand l'objet est un bijou;
Le Hoi.malere.DD .crapule.
Mais pour si mince ligure,
IW elle froidement broie.
Et si sotte créature,
Cette flamme ridicule
EldM dans tout Paris, ris , ri., ris.
Chacun pense le Roi fou , fou , fou,
t>tte i.mJn subalterne
Il est vrai que pour lui plaire
Insolemment le gouverne,
Le beau n'est pas nécessaire;
Et c'est elle qui décerne
Vimimille sot lui faire
I« honneur» à pria d'argent ;
Trouver ton minois joli;
Aussi croit-on que d'Estrade,
Le courtisan s'humilie,
Il subi! cette infamie,
Eln'ntque plus indigent, |enl, cent, gent.
Elle en a l'air tout bouffi , fi , fi . fi.
L* contenance éventée,
Les grands seigneurs s'avilissent,
La peau jaune et imiter.
Les financiers s'enrichissent.
Et chaque dent tachetée ,
Tous les Poisson l'agrandissent 1
Le. yeuifadea, le cou long.
C'est le règne des vauriens ;
On épuise la finance.
En bitiraens, eo dépen.e;
Les propos d'une commère ,
Tout est bas dans la Poisson , son , son , son.
Le Roi ne met ordre h rien.rieo.riei
1 Madame de Maurepas était sœur du duc de ht Vrillière. (A. S.)
S Histoire de la rivalité de la France et de l'Angleterre, par M. Gaillard.