MADAME LA MAROC I SE DU DEEPA1TO A M. HORACE
Pari» , mercredi 3 janvier 1776.
L'évéque ' prétend qu'il vous avait donné sa commission par
écrit; qu'elle consistait en trois habits de tricot, noir, violet et
rouge, chacun composé de six pièces, ce qui faisait en tout
dix-huit pièces; qu'il les voulait de laine, et il pensait que le
« Par Diderot. (A. N.)
s Le duc d'Aiguillon était capitaine-lieutenant roi» mandant des cbevau-
* L'éVêque de Mirepoix, l'abbé de Camion. (A. N.)
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tout, suivant ceux que l'on reçoit ici, lui coûterait dix louis; qu'au lieu de cela le mémoire du marchand monte à onze cent cinquante-sept livres dix-neuf sous , ce qui fait , par rapport au prix qu'il voulait y mettre, neuf cent dix livres de plus. Au lieu de dix huit pièces, il y en a trente et une, dont six pour un pantalon auquel l'évéque n'a jamais pensé, et six pour des culottes, séparées des habits. Que faire à cela? Ce serait de foire reprendre au marchand toutes ses fournitures , si cela se pouvait. Si te marchand ne le veut pas, l'évéque en passera par là , il le payera ; il serait fâché de vous causer le plus petit embarras. 11 part dimanche 7 pour son diocèse, il ne reviendra certainement pas avant la fin du mois de décembre 1776.
Je suis on ne peut pas plus fâchée d'avoir été pour ainsi dire l'occasion des soins que vous vous êtes donnés, et de leur mauvaise réussite. Oh! j'en réitère le serment, je ne me chargerai des commissions de personne, et vous ne recevrez par moi nulle iuiportunité ; je n'ai point à me reprocher de m' être mêlée de la commission de l'évéque , elle a été de vous à lui , sans que j'en aie eu la moindre connaissance. En voici bien long sur cet article , qui m'ennuie à la mort.
Le comte de Broglie est de retour de Metz ; toutes mes connaissances sont rassemblées , je vois plus de monde et j'ai plus de soupers que je ne veux. Ce n'est point une extrême dissipation qu'il me faut ; je voudrais que mes journées fussent remplies , mais par la même société et les mêmes occupations ; j'ai souvent la pensée de me mettre dans un couvent; ce serait, je l'avoue, une manière d'être enterrée vive. J'aime Pompon' et Tonton; l'ingénuité de l'un, l'excessif amour de l'autre, me satisfont peut-être plus que tout ce que je trouve d'ailleurs.
J'ai lu Londres* ; je l'avais sans le savoir, il m'a assez plu ; j'avais lu autrefois Burnet avec plaisir, je l'ai voulu relire, il m'a ennuyée. On se trompe bien en écrivant l'histoire de son temps ; un demi-siècle passé après les événements les rend bien peu intéressants, il n'y a guère que les lettres, et quelques mémoires écrits par ceux dont ils contiennent l'histoire , qui paissent m'amuser. Burnet ne jouait pas un assez grand rôle dans les faits qu'il nous raconteuses portraits me plaisent assez,
* Pompon était fils de «on secrétaire Wiart, âgé de quatre an), a qui elle avait permis de vivre avec son père dans sa maison. (A. N.)
* Londres. C'est un tableau de cette ville, en trois vol. in-8", parM.Grosley, avocat de Trêves en Champagne. (A. N.)
mais les anglicans et les presbytériens sont fastidieux ; il n'a pas le défaut, je l'avoue, de faire étalage du bel esprit, et c'est ce qui domine dans tous les livres que l'on fait actuellement, et c'est ce qui me les rend insupportables.
Savcz-vous que ce M. Texier , qui vous charme et qui m'a charmée aussi, n'est pas bien dans ce pays-ci , et qu'on s blâmé M. de Guides de l'avoir reçu chez lui? On ne parle à présent que de M. de Saint-Germain ; il a l'estime publique, quoiqu'il fasse le malheur de beaucoup de particuliers.
Je me refuse à vous raconter toutes les petites nouvelles de société; il me parait impossible qu'elles puissent vous intéresser; elles me semblent si froides , à moi qui y joue un rôle , que je ne saurais croire qu'elles puissent vous amuser.
Je ne vois plus les Grenville , je les ai laissés là ; je ne comprends pas ce qu'ils font à Paris , et qu'est-ce qui a pu les déterminer à quitter Nancy où ils avaient de la société, pour venir dans un lieu où ils ne connaissent personne.
LA même au même.
Dimanche £5 février 1776.
Vous aurez été étonné , en recevant madame d'Olonne , que je ne l'aie pas accompagnée d'une lettre; mais j'ai des temps de stérilité ; j'étais dans cet état au départ de M. Saint- Paul ; je crois que mes insomnies y contribuent ; elles attaquent la mémoire. Je m'aperçois sensiblement de l'affaiblissement de ma tête; mais à quoi bon en parler? on s'en apercevra assez sans que j'en avertisse. Vous avez raison , j'ai tort d'annoncer des projets de retraite , ils ne peuvent rien taire à personne ; c'est vouloir forcer ceux à qui je les communique à les combattre, c'est vouloir occuper de soi. Vous êtes souverainement raisonnable , tous vos conseils sont bons , et partent d'un intérêt véritable et bien entendu ; il est malheureux que l'Océan nous sépare, tout autre genre de distance serait surmantable ; mais à quoi servent les regrets ?
Vous voilà donc quitte de la goutte? Puisque vous ne pouvez pas vous en délivrer, je la trouverais mieux placée dans cette saison-ci que dans le mois de septembre ou d'octobre ; ne le pensez-vous pas? Je suis persuadée que vous observez le
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régime convenable ; je suis ravie que vous soyez à Londres ; j'estime fort votre Strawberry-Hill , mais l'air n'y est-il pas fort humide , et la retraite ne vous rend-elle pas un peu sauvage?
Le temps s'avance à grands pas où toutes mes connaissances et mes amis abandonneront Paris ; les Choiseul pour Chanteloup, les Beauvau le 1" avril pour leur quartier; les Broglie iront à Metz , les Caraman à Roissv ; il ne me restera que madame de la Vallîère. D'où vient suis-je sujette à l'ennui? D'où vient ne trouvé-je aucune lecture qui m'amuse, et un si petit nombre de gens qui me plaisent? C'est peut-être parce que je manque de raison et de bon sens ; mais dépend-il de moi d'en avoir davantage? Je vois très-clairement que c'est une sottise de se plaindre, parce que cela ne remédie à rien. Quand je pense à la retraite, je sens bien que l'ennui m'y suivrait et deviendrait peut-être pins grand ; mais il y aurait de moins une certaine honte et humiliation qu'on éprouve au milieu du monde , et que l'on n'éprouve pas quand on est environné de gens qui ne sont pas plus heureux que nous. Enfin on n'est point mattre de ses pensées et de ses sentiments ; on l'est jusqu'à un certain point de sa conduite et de ses actions ; on peut l'être de ses paroles, mais il est fâcheux de ne pouvoir pas dire ce qu'on pense et de n'oser ouvrir son âme à personne ; et je conviens que cela est nécessaire , parce que , tout bien examiné, on doit être persuadé qu'on n'a point d'amis, vous excepté, et ce n'est point un compliment. Mais de quelle ressource pouvez-vous m'être ? Ne vaudrait-il pas autant être dévote? cela vaudrait mieux. Mais voilà encore ce qui ne dépend pas de soi.
Je suis véritablement fâchée de ne vous avoir pas écrit par M. Saint-Paul; ce qui m'en console, c'est que ce que je vous aurais mandé ne vous aurait pas beaucoup intéressé ; je ne suis point comme était madame de Sévigné, qui parlait de tout avec chaleur parce qu'elle s'intéressait à tout; si j'ai quelque vivacité dans la conversation, dans les disputes, elle est passagère, et je retombe promp terne» t dans la froideur et l'indifférence. Cette façon d'être tient aux organes, ils sont en moi très-faibles.
Nous attendons , mardi ou mercredi , M. de Guines ' ; son arrivée produira des sujets de conversation. Nous n'en manquons pas présentement; MM. de Saint-Germain et Turgot en 1 Revenant d'Angleterre. (A. M.)
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fournissent d'amples matières ; il y a des subdivisions à l'infini dans chaque parti ; les encyclopédistes , les économistes forment des religions avec différentes sectes. C'est ici pour. le moins comme chez vous , et je suis certainement beaucoup plus neutre que vous ne sauriez l'être. M. le prince de Gonti ne manque aucune séance au parlement, et il se porte beaucoup mieux; cette occupation lui était nécessaire.
Je vous mandais , dans ma dernière lettre , combien j'étais contente de madame la maréchale de Luxembourg, je n'en dirais pas autant aujourd'hui ; les jours avec elle se succèdent, mais ne se ressemblent pas ; peut-être demain cela ira-t-il bien. Je soupe ce soir tête à tète avec la maréchale de Mirepoix, c'est un petit réchauffé qui ne sera pas suivi de beaucoup de chaleur. La grend'maman est tout ce que je connais de plus parlait, son départ me géra fort sensible. Je suis fort contente de son mari; s'ils n'allaient qu'à vingt lieues de Paris, ce serait un grand bonheur pour moi , mais soixante et tant rendent le voyage impossible.
Avez-vous lu les Anecdotes sur la vie de madame du Barry? presque tous les Faits sont vrais.
Parlez de moi à M. Conway, je parle beaucoup de lui avec milord Stormont. Je ne .vois point la milady Barrymore1. Je sais qu'elle ne parle point encore de son départ , j'ignore avec qui elle vit.
Je voudrais bien vivre avec vous.
MADAME LA MARQUISE DU DEPFAND A M. HOHACE WALPOLE. Dimanche 3 mnrt 1776, S deux heure* après midi.
Je préviens l'arrivée du facteur; s'il m'apporte une lettre j J répondrai , et s'il ne m'en apporte pas , je ne prétends pas me dispenser de vous écrire.
M. de Guînes arriva avant-hier à minuit, il avait essuyé un passage affreux: sa voiture cassa .versa et roua un de ses gens; il fut hier matin à Versailles ; nous verrons ce qui arrivera. n n'a point encore de successeur. Ce temps-ci est curieux ; on peut parier presque sur tout , le pour ou le contre. On fait des
1 Ladj Emilie Stauiiopc, fille du comte d'Hsrriugton, <;t mèro du cot"1* "' Barrymore. (A. H.)
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édits, on en refuse l'enregistrement; on fait des remontrances, qu'en résnItera4-il?retirera-t-on les édits? y aura-t-il un lit de justice ? Les paris sont ouverts.
Il y eut jeudi h l'Académie la réception de l'archevêque d'Aix', pour remplacer l'abbé de Voisenon*. Hier M. Colardeau * rut élu a la place de M. de Saint-Aignan*. Je crois que tous êtes peu curieux de toutes les belles harangues qui s'ensuivront. Voici une épigramme que je leur préfère.
Quelqu'un, dît-un, .1 peint Voltaire, Entre h Beaiimelle et Fréron:
Cela ferait un vrai Calvaire , S'il n'y manquait no bon larron.
Ce temps-ci produit une infinité de bons mots , je me reproche de ne les pas retenir pour vous les mander , mais je perds la mémoire; les insomnies en sont cause; déplus, depuis quatre jours j'ai un rhume de cerveau qui m'offusque la tête ; je suis comme la chanson de M. Chauvelm, j'écoute sans entendre , je regarde sans voir. Ah ! je ne regarde pas !
Êtes-vous parfaitement guéri de votre goutte? Je commence à craindre de n'avoir pas de vos nouvelles aujourd'hui. Vons aurez dû recevoir , mardi ou mercredi , votre madame (TOIonne ; je ne le saurai que dans huit jours. Je commence à être embarrassée quand je vous écris ; que puis -je vous mander qui vous intéresse? Rien, cerne semble. Je pensais Y autre jour que j'étais un jardin dont vous étiez le jardinier ; que , voyant l'hiver arriver , vous aviez arraché toutes les fleurs que vous jugiez n'être pas de la saison , quoiqu'il y en eût encore qui n'étaient pas entièrement fanées , comme de petites violettes , de petites margue-
> L'ahbé Boiagelin de Cicé. (A. N.)
3 Un abbé plus connu par son talent à composer des opéras-comiques que par des sermons. Voici ton épitapbe faîte par Voltaire :
Ici gît, ou plutôt frétille,
Voîsenon, frère de Cbaulieu :
A la Muse rive et gentille
Je ne prétends pal dire «dieu ;
Comme cadet de la famille. (A. N.)
' Auteur de Calitte, A'Aitarbé, tragédies, et de quelques beaux morceaux de poésie. Il mourut, fort regretté, peu de semaines après la date de cette lettre, et avant d'être reçu à l'Académie française. (A. N.)
* La duc de Saintr-Aignan, qui était parvenu à l'âge de quatre-vingt-douie .... (A. N.)
rites , etc. , et que vous n'aviez laissé qu'use certaine fleur (qu'on ne connaît peut-être pas chez vous) , qui n'a ni odeur ni couleur , que l'on nomme immortelle, parce qu'elle ne se fane jamais. Ceci est l'emblème de mon àme , dont il résulte une grande privation de pensées et d'imagination , mais où il reste une grande constance d'estime et d'attachement.
On disait ces jours passés qu'il paraissait un nouveau volume des Lettres de madame de Sévigné; vous croyez bien que j'étais bien pressée de l'avoir; mais c'était une nouvelle édition du neuvième tome, qui commence par des lettres du cardinal de Retz, de M. de la Rochefoucauld, et où il y en a plusieurs de madame de la Fayette, quelques-unes de madame de Grignan, d'autres de madame de Sévigné, et beaucoup de madame de Coulanges, dont l'esprit ne me plaît point du tout. On y découvre de la vanité, des airs, nul sentiment, enfin tous les défauts que l'on rencontre dans le grand nombre des gens avec lesquels on vit. Relisez ce volume. Madame de la Fayette avait des vapeurs ; je me trouve beaucoup de conformité avec elle. Le style dp M. de la Rochefoucauld me plaît. Pour celui de madame de Sévigné , il est unique et d'un agrément qui ne ressemble à rien.
Je vous envoie de nouveaux vers de Voltaire ' , ils ont ici de grands succès ; je les trouve bien, mais je n'en suis pas charmée.
Mais à propos , je te suis de votre lettre à madame de la Valliére, elle est très-jolie; elle la montre à tout le monde. J'ai un tonneau établi chez elle , que la grand' maman a fait venir de Chanteloup; c'est un indice que je n'y retournerai pas ; mais je m'afflige de ce que leur départ s'avance à grands pas ; je ne sais pas si ces gens-là m'aiment , mais ils me sont bénévoles : on ne peut guère rien espérer de mieux.
Le facteur n'arrive point, l'heure se passe, il est vraisemblable que je n'aurai rien à ajouter.
A quatre benrei.
Voilà le facteur. Votre lettre n'exige pas beaucoup de réponse. J'ai tort de vous avoir annoncé que j'écrirais par M. Saint-Paul ; quand je veux parler nouvelles, ma plume me tombe des mains ; premièrement , parce que je ne sais pas raconter, et puis que ce que je raconterais ne m'intéresse point; et ce qui est encore bien plus certain, c'est l'assurance où je suis que ce que je pourrais vous mander ne vous intéresserait
1 Ces vers, intitulé! le Temps prêtent t sont imprimé* dam sa OEvtrti-
point du tout: tout ce qui s'est passé devant vos yeux pendant vos séjours ici ne vous a pas fait plus d'impression que la lanterne magique. Les choses qui pourraient peut-être vous intéresser sont celles dont je suis le moins instruite, et qui exigeraient le plus de connaissance et de vérité ; dans ce temps-ci, le faux et le vrai se débitent également, et ce que je crains le plus, c'est de dire des faussetés. Je comprends que les détails de société doivent devenir, en l'absence, comme étaien tpour vous mes détails domestiques, c'est-à-dire ennuyeux. Que faut-il donc faire, ne pouvant parler ni des autres ni de soi? Faire des gazettes? Je n'en ai plus le talent. Ce qui me fâche , c'est que votre goutte ne soit pas entièrement dissipée. Vous avez bien tort, si vous croyez que je ne vous plains pas et que je fasse comparaison de l'insomnie aux douleurs ; ah ! mon Dieu , non , j'en sens la différence.
MADAME LA MARQUISE DU DEPFAND A M. HORACE WALPOLE. Lundi h mar* 1776.
Je veux réparer le tort que j'ai eu de ne vous pas écrire par M. de Saint-Paul. Il partira jeudi un certain baron suédois, envoyé du roi de Suède, qui vous rendra cette lettre ; je n'ai pu retenir son nom1 , mais il n'importe. Je vous ai mandé l'arrivée de H. de Guines, vendredi à minuit; le lendemain, samedi , il fut à Versailles ; il vit le roi , et lui remit une lettre ; le roi rougit, ne lui fit pas mauvaise mine et ne lui parla pas ; il était dans la foute des courtisans; on n'infère rien de cette première entrevue. La cour était nombreuse, il y avait les députés du parlement qui venaient demander au roi quel jour il assignerait pour répondre aux remontrances* qu'ils lui apportaient ; le roi, avec un visage sévère, leur dit qu'il voulait la grande députation et qu'il leur assignerait le jour.
Tout le monde est persuadé qu'il y aura un lit de justice ; le comte de Broglie a parié contre moi qu'il n'y en aurait point.
L'on m'apporte dans le moment les harangues de l'Académie ; comme elles ne vous coûteront point de port , je vous les
1 Le baron de Nolken. (A. S.)
2 Les remontrance! du parlement de Paris contre les t-éforo
L'épigramme qne je tous ai envoyée , qoe je croyais nouvelle, est ancienne.
Je ne vous ai point dit que ce fut chez l'Idole que H. de Guines débarqua en arrivant ; elle avait un grand souper où étaient son prince (de Conti), M. et madame de Beauvau.M. le duc de Cnoiseul, madame de Gramont, madame de Luxembourg, madame de Launin, madame d'Usson, le marquis de Laval , l'archevêque de Toulouse et plusieurs autres ; ce dernier ne se porte point bien , sa poitrine, son ambition ne sont pas en bon état ; il est ami du Turgot , du moins en apparence, mais peut-il y avoir de l'amitié entre les ambitieux? On ne sait ce que tout ceci deviendra : il parait impossible que le Tnrgot ne succombe , il ne sait ce qu'il fait. Le Maurepas est la faiblesse même. Le Saint-Germain, dont on avait bonne opinion, indépendamment qu'il est assez malade , ne soutient pas l'idée qu'on avait de lui ; le choix qu'on a fait de M. de Hontbarrey pour être en quelque sorte son adjoint , marque peu de discernement; c'est un homme très-borné , d'une naissance très-médiocre , et sans aucun mérite distingué ; nous n'avons personne qui ait le sens commun.
Mardi 5.
J'ai envoyé chercher toutes tes ordonnances de M. de Saint- Germain, moins pour vous, à qui elles ne feront rien, que pour M. Conway, qui ne sera peut-être pas facile de les voir.
Je n'ai rien appris de nouveau hier. J'ai lu les harangues: c'est bien abuser de la parole.
Je donne à souper ce soir à madame de Roucherolles ' et à M. Francés , lesquels sont très-turgotins, c'est ainsi qu'on les appelle ; car turgotistes les rendrait trop fameux, cela leur donnerait l'air d'une secte ; à eux n'appartient pas tant d'honneur. Adieu jusqu'à demain.
Mercredi 8.
Il y a eu hier bien des on dit , qui sont sans vérité , et même sans vraisemblance. On dit qu'on propose au chancelier Maupeou, pour qu'il donne sa démission, un million, et de faire son fils aîné duc et pair; la place de chancelier serait pour M. de Malesherbes ; cela est absurde.
On dit qu'on veut supprimer deux places de gentilshommes de la chambre, et deux de capitaines des gardes; autre absurdité. Le roi n'a point encore dit quel jour il signifierait sa vo-
I La fille de M. Amelot, minium de l'intérieur. (A. S.)
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lonté, et les paris subsistent. Je commence à croire que je pourrais bien perdre et que le parlement cédera ; ce qui est de certain, c'est que le Turgot ne cédera pas; il n'y a pas d'homme plus entreprenant, plus entêté, plus présomptueux; son associé Malesherhcs va comme on le pousse. On dit de nos trois ministres : le Turgot ne doute de rien , le Malesherbes doute de tout, et le Maurepas se moque de tout; et chacun pense qu'un tel gouvernement ne peut subsister. Venons aux faits vrais.
Il y a eu avant-hier un duel entre le prince de Salm ' et un M. de Lanjamet*, officier dans le régiment du roi. L'affaire se conte différemment ; mais comme il y a un grand nombre de témoins, on ne tardera pas à en savoir la vérité. La querelle fut occasionnée par le jeu : Lanjamet était le débiteur; il était convenu de payer à un terme qui n'était point expiré ; il sut que le prince tenait de fort mauvais propos; il chercha de l'argent et s'acquitta , et rencontrant le prince dans les Tuileries , il le traita très-mal. Us sortirent pour s'aller battre sur le rempart où il y avait beaucoup de monde. M. de Salm fut suivi de deux hommes, dont l'un, dit-on, était son valet de chambre, et, l'autre, un maître en fait d'annes. Lanjamet lui demanda pourquoi ces gens-là le suivaient; le prince, sans lui répondre, tira sou épée ; on prétend que celui-ci avait un gros manchon devant lui. Lanjamet lui proposa de se déshabiller ; l'autre , sans répondre, alla sur lui ; on prétend que la pointe de l'épée de Lanjamet trouva de la résistance ; ce qui est de sûr, c'est que Lanjamet tomba, et que le prince l'aurait tué par terre si Lanjamet ne s'était saisi de son épée et ne l'eût cassée ; on prétend que le maître en fait d'armes, quand il vit Lanjamet par terre, criait au prince : Plongez votre épée. Lanjamet se relevant fut sur le prince qui n'avait plus d'épée et le poursuivit; il était comme un enragé; le prince a eu quelques légères blessures. Une madame de Gréqui, ami» de la princesse de Salm, fut lui rendre visite , ne sachant rien de l'aventure de son fils ; sa mère lui dit qu'il était incommodé ; elle demanda à le voir; on lui fit quelques difficultés, elle insista, le prince était dans son lit. Elle lui demanda pourquoi on avait fait difficulté de la laisser entrer : C'est , dit -il , qu'il y a des tableaux fort obscènes dans ma chambre : <■ Bon, dit-elle, qu'est-ce que cela fait, je suis si vieille !
» Le prince Frédéric de Salm. (A. N.)
* M. de Lanjamet était le fil* cadet d'une bonne famille de Bretagne. (A. N.J Ce duel eut raconté dam les Mémoires de M. de Se'yur. (L.)
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53t CORRESPONDANCE COMPLETE
Je sais que ce sont les impuissants qui aiment les peintures malhonnêtes , et que ce sont les poltrons qui veulent toujours se battre. » Elle ne savait rien de l'aventure, ce qui a rendu ce propos plaisant.
J'ai fait copier hier des vers que j'ai trouvés jolis et que je vous envoie ; c'est une invitation à dmer que fit Voltaire à Destouches après la représentation de sa pièce du Glorieux.