I.* MÊME AD MÊME
Paria, dimanche 10 mai» 1771.
En vérité, mon ami, la lettre que M. Churchill m'a apportée m'a causé la plus étonnante surprise; je ne me souviens plus de ce que ma lettre du 15 contenait; mais il faut que je me sois bien mal exprimée, puisqu'elle tous a tant déplu. Je répondrai aux endroits que vous en citez. Je vous ai dit que je n'entendais rien à l'art qu'on met dans la conduite; hélas! mon Dieu, cela n'est que trop vrai. J'ajoute que je suis bien aise que vous connaissiez tous mes défauts. Y a-t-il du mal à cela? Est-ce dire que je ne veux pas m'en corriger? Je voudrais n'en avoir aucun, et vous ne pouvez pas me soupçonner d'un dessein formé de vous déplaire; ah! j'en suis bien loin, et je suis bien décidée, non pas à mettre de l'art dans ma conduite, mais à la régler suivant vos avis et vos conseils, tant que vous voudrez bien m'en donner. Je vous ai dit encore : Je sais que je vous déplais, je sais que je vous ennuie. Pouvez-vous me faire un crime de ces expressions? Mais enfin j'ai tort, puisque je tous ai fâché, et je pèserai à l'avenir toutes mes paroles au poids du sanctuaire. Si, après m' être bien observée, vous m'apprenez que je continue à tous ennuyer et vous déplaire, j'irai m' enterrer à Ghanteloup pour le reste de ma vie, et je serai bien persuadée que j'ai couru après une chimère, en cherchant un ami véritable.
Il y a bien longtemps que je suis persuadée qu'on ouvre les lettres aux bureaux; on aura vu dans les miennes beaucoup d'estime et d'attachement pour tous; vous savez ce qu'on peut avoir lu dans les vôtres, et si mon amour propre a pu eu être flatté.
Je me proposais de vous faire le récit du souper que j'ai fait avec le roi de Suède; mais je m'en acquitterai bien maussademont aujourd'hui ; n'importe, vous aimez les faits, voici donc comment cela s'est passé.
Je comptais , jeudi dernier, souper chez les Brienne ; M. de Creutz vint chez moi l'après-dtnée, et me dit que sou roi me priait de passer la soirée et de souper chez lui. Je n'hésitai point à l'accepter; je lui demandai quelle serait la compagnie : mesdames d'Aiguillon, et nulle autre. J'eus du monde dans le
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courant de la journée, et entre autres madame Totre sœur, qui m'avait amené une dame de ses amies ; elles restèrent chez moi jusqu'à neuf heures avec d'autres personnes ; je leur demandai la permission de sortir, et je dis tout bas à madame Churchill où y allais , en la priant de n'en point parler. Je troatat chez le roi les deu» duchesses ' et MM. de Sestam et de Creutz. Le roi s'occupa de me faire donner un bon fauteuil , me fit changer de celui où on m'avait placée d'abord, pour me mettre dans un plus commode; it aurait voulu avoir nn ton- Beau. La grosse duchesse se mit à chanter la chanson que j'avais faite sur mon tonneau, disant au roi qu'elle était de ma façon. Le petit prince et M. de Scheffer arrivèrent, et ce fut là toute la composnie. Avant le souper, on hit le discours que (fÀkmbert avait prononcé à l'Académie des sciences en présence du roi qui y avait été ht veille ; c'était sur la philosophie et les philosophes, les persécutions, les triomphes que la vérité » toujours éprouvés, Péloge de tous les princes qui l'ont protégée, et particulièrement celui des princes qui sont venus nous visiter; le prince héréditaire, le roi de Danemark. A cet éloge, le roi fit an mouvement, dit un oh! qui vous ressemblait comme deux gouttes d'eau. On passe ensuite à lui, roi de Suède; on loue feu son père, sa mère, son second frère, son petit frère, le roi de Prusse, et ensuite le roi de France. Ce discours est bien écrit, mai* un peu froid et un peu long. 11 me parut que te roi eu jugeait fort bien ; il ne disserte point, mais ses premiers nouvements expriment ce qu'il approuve ou ce qu'il blâme; je loi trouve plusieurs choses de vous , et j'aurais voulu que vous l'eussiez pu connaître. Nous soupàmes; après le souper on parla du chevalier de Boufflers; on me fit chanter ¥ Ambassade ', et puis madame d'Aiguillon dit au roi de me demander (a chanson des Philosophes, après laquelle elle dît tout bas qu'elle était de moi; et le roi, elle et toute la compagnie crièrent comme on fait à la fin des nouvelles comédies , tauteur, tauteur, routeur. ! On se retira à minuit. Je ne puis vous dire à quel point madame d'Aiguillon fut aimable, et tout le soin qu'elle
1 La ducb*uc i'Aiçniilon nàw. «I la duekawa d'AigwlIon éponac du mi-
nw*, (A. H.)
1 Choano iurleaanwt, An ciwraliar da B— lÊÊt», qui commence par en
Enivré i!w brillant patte
One j'occupe recemraenl , et*., eut. (A. H.)
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se donna pour me faire valoir. Le roi , son petit frère , MM. de Schefïer, de Sestain et de Creutz, furent hier souper à Hue!, où il ne devait se trouver que les deux duchesses, MM. d'Aiguillon, de Richelieu et de Maurepas; un dit que cette cour suédoise partira demain; le roi a beaucoup de regret ù son voyage d'Angleterre. Je suis persuadée qu'il vous aurait plu; on ne peut avoir plus de gaieté, de facilité, de politesse et de franchise.
Voilà un long récit. Ah ! si je vous disais tout ce qui se passe ici, il faudrait bien changer de ton : c'est selon moi des choses épouvantables. H y a une lettre anonyme qu'on porte à toute la noblesse, pour l'exciter à écrire à M. le duc d'Orléans, pour le prier de demander au roi le rappel du parlement; on envoie le modèle de la lettre qu'il faut écrire; il est vraisemblable qu'aucune personne sensée ne se rendra à cette invitation.
Toutes les places et les charges sont toujours vacantes. 11 y a un homme ici au comble du malheur, M. de Maillebois ' ; on l'avait nommé directeur des troupes avec MM. d'Hérou ville et de Mailly. Les maréchaux de France ont fait des représentations au roi contre lui; on lui a ôté son emploi, et on l'a donné au comte de Muy; sa femme me fait une pitié extrême; il n'y a pas d'exemple d'une personne aussi complètement malheureuse1.
Si jamais je vous revois, mon ami, j'aurai tant de choses à vous raconter que les journées ne seront pas assez longues; je m'engage par serment à ne vous rappeler le souvenir d'aucun de nos différends, ni de traiter aucun des sujets qui vous déplaisent.
> M. de Maillebois était fils du maréchal de Maillebois, et a clé regardé comme un jeune homme de mérite, cl comme un officier qui donnait de grande* espérances. Il commença par servir sous son père, en Italie, et fut ensuite beaucoup employé par le maréchal de Richelieu, au siège de M «h on. La même année, il fut nommé maréchal général des logis'de l'armée dn marcchai d'Esirëcs ; mais après la bataille d'Hastenbeck, on ht courir des bruits u désavantageux sur sa conduite pendant cet engagement, qu'il jugea à propos d'écrire un mémoire pour sa justification , dans lequel il représenta le maréchal comme un général inepte et absolument fou. Il fut sévèrement puni de cette démarche imprudente (comme on l'appelait alors), par la perte de tous ses emplois militaires, el fut renfermé au château de Dourlens. 11 ne se releva jamais de cette disgrâce; et malgré les différentes tentatives qu'où fit en aa faveur , les maréchaux de France s'opposèrent toujours aux sollicitations de ses amis pour le faire réintégrer dans le service. (A. N.)
2 Madame de Maillebois était fille du marquis d'Argeoson, et lueur du marquis de Panlmy. (A. K.)
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Mercredi 13 mars 1771.
J'aurais bonne grâce de répondre avec humeur à une lettre toute pleine d'amitié, tandis que je réponds avec la plus grande douceur à celles qui ne sont pas de même. Je suis on ne peut pas plus reconnaissante de l'intérêt que vous me marquez. J'aurais fort désiré que vous eussiez suivi votre premier projet, et que vous eussiez placé votre voyage en mars ou avril. Vous dites que c'est ma faute si vous avez changé d'avis. Je m'examine en vain, et je ne puis trouver quels sont mes torts. J'abandonne cette recherche; vous prétendez que j'en ai, cela suffît.
l MADAME LA MARQUISE SU DEFFAND.
16 mare 1771.
Je vous trouve très-heureuse, madame, de n'être qu'aveugle; pour moi, qui le suis entièrement depuis quinze jours, avec des douleurs horribles dans les yeux, moi qui ai la goutte et la fièvre, je me tiens un petit Job sur mon fumier. Il est vrai que Job n'avait point perdu les deux yeux, et n'avait point surtout perdu la langue; car c'était un terrible bavard; le diable, à la vérité, lui avait ôté tout son bien, et il ne m'a pris qu'une grande partie du mien ; mais Dieu rendit tout à Job, et il n'a pas la mine de me rien rendre.
Votre grand' maman a de la santé et de la bonne compagnie ; sa philosophie et la trempe de son àmc doivent encore contribuer à son bonheur dans le plus beau lieu de la nature; elle doit être plus chère que jamais à son mari; enfin, elle jouira des agréments de votre société. Joignez à tout cela l'acclamation de la voix publique; son lot me parait un des meilleurs de ce monde. Il me semble que quand on a tous les cœurs pour *oi, on est le premier personnage de la terre.
Ma Catherine joue uu autre rôle. Il y a à parier qu'elle sera dans Gonstantinople avant la fin de l'année, àmoinsqu'Ali-Bey ne la prévienne et ne devienne son ennemi; ce qui pourrait très-bien arriver. Voilà des événements, cela ! Nos tracasseries parlementaires sont des sottises de pédants, des pauvretés mé-
prisables eu comparaison de ces belles révolutions. Vous pourriez bien aussi cet été voir des querelles sur mer entre les Espagnols et les Anglais; mais ce sont de petites fusées en comparaison des grands feux de ma Catherine.
Les princes de Suéde devaient venir dans mon pays barbare ; maïs ils ont un voyage plus pressé à taire.
Adieu, madame, portez-vous bien. Allez voir votre amie; faites toutes deux le bonheur l'une de l'autre, si le mot de bonheur peut se prononcer. Conservez-moi des bontés qui me consolent.
MADAME LA MABQCIBE DU UEFFAKD A M. BOXACE WAIFOLE. Dimanche 17.
J'ai voulu attendre use occasion pour cette lettre; votre ambassadeur m'a fait espérer qu'il en aurait une demain ; si elle manque, elle partira mercredi par son courrier; j'imagine que les lettres qu'il porte ne sont point visitées aux bureaux. Je vais doue, dans cette confiance, vous parler à camr ouvert. Ces mots vous font peur; rassurez-vous, vous ne lirez rien qui vous Cache.
Je suis dans une grande perplexité pour mon voyage; je ne me porte point bien. Mes meilleures nuits sont de trois ou quatre heures de sommeil, et presque toujours de deux; je m'affaiblis beaucoup; le plus léger exercice me semble impossible. Je me lève fort tard; de mon lit, je passe à mon tonneau; je ne sors point, ou quand je sors, ce n'est qu'à neuf heures dn soir, j>our aller dans des maisons où je trouve peu de monde, et où je suis fort à mon aise. Comment pourra-je soutenir pendant trois jours de suite d'être en voiture huit ou dix heures , et de coucher deux ou trois nuits dans des cabarets? J'arriverai à Chanteloup morte de fatigue; les embrassades, les compliments achèveront de m'épuiser. Voilà l'arrivée, voyons le séjour. Je serai certainement fort bien reçue, avec tendresse par la grand' maman , avec joie par le grand-papa , avec beaucoup de politesse de madame deGramont, avec beaucoup de plaisir par le grand abbé. Je serai fort contente de les voir; ils auront le plus grand désir de me bien traiter, de me mettre à mon aise; je voudrai y être, je me dirai que je le dois, mais machinalement je ferai des efforts; je craindrai de les ennuyer, je cher-
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DE MADAME LA MAltQUISE DU DEFFAND. 191
cherai à leur plaire; je serai désolée si je me trouve affaissée, comme il m 'arrive souvent dans mon tonneau. Je suis quelque fois dans l'impossibilité de parler, de penser et d'écouter ce qu'on dit. Voilà l'état où je suis. Doit-on sortir de chez soit Je ne crains point de tomber malade; je finirai comme le président; il semble qu'il ait tracé ma route, je le suis pas a pas. Cet aveu dépouille d'artifice vous surprendra; je n'en ai pas pris la copie dans l'Essai des moyens, de plaire de Moncrif, ni dans Quinault, ni dans Scudery; mais quand on parle à son ami, quand on veut se conduire par ses conseils, il faut lui (aire un exposé fidèle. 11 faut ajouter à tout ceci la difficulté des mesures qu'il faut prendre. La grand' maman , le grand-papa , et tout ce qui est avec eui, disent qu'il mut que je parte sans demander permission, et que deux jours après mon départ, je fasse rendre une petite lettre à H. de la Vrillière, dont la grand' maman m'a envoyé le modèle. Plusieurs personnes ne sont point de cet avis, et nommément madame de Mirepoir, qui se chargera d'obtenir ma permission; elle en a déjà parlé à madame du Barry, qui loi a répondu qu'elle ne le voulait pas, et que si j'y allais, elle me ferait ôter ma pension. La maréchale s'est moquée d'elle, a tourné ses menaces en plaisanterie, et en effet je n'en ai pas peur; ce n'est pas ce qni m'arrêtera. Ce malheur-là n'arrivera point, et s'il arrivait, je m'en consolerais. Ma santé est donc le plus grand obstacle que je trouve. Maïs peut-être me porterai-je mieux d'ici au mois de mai.
Je n'ai point la crainte de paraître ridicule à madame de Oramont et au grand -papa; de m'attirer le mépris dej l'une et d'ennuyer l'autre en traitant le système de l'amitié; vous avez eu le privilège exclusif d'en être importuné, et si vous interrogiez tous les gens de ma connaissance et de mes amis, ils vous diraient que personne n'est plus éloigné que moi des <lissertations sur toutes matières, et surtout sur celle-là.
Lundi 18.
Comme cette lettre vous sera rendue par un particulier, et qu'elle ne passera pas par les bureaux, je puis hasarder des nouvelles.
La dame du Barry prend plus de crédit que jamais, et cependant elle ne peut venir à bout de placer le d'Aiguillon ; toutes les places restent vacantes, tous les prétendants ont chacun leur protecteur; ces protecteurs ont le pouvoir de nuire, et non
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pas celui de pouvoir servir leurs protégés. Je vois que la maréchale' n'est admise à aucune confidence; elle voit les choses de plus près, mais elle en est réduite aux conjectures qui peuvent être plus vraisemblables que les autres, mais sur lesquelles on ne peut rien tabler. Le prince de Coudé nuit à beaucoup de gens; c'est lui qui s'oppose à M. d'Aiguillon ; cependant le patron ne l'aime point. On croit que le Monteyuard ne restera point; que le Terray sera chassé; que le chancelier périra. On ne prévoit que des chutes, des disgrâces; on ne sait ce que tout cela deviendra. Vous me demanderez pourquoi donc je prétends que madame du Barry a tant de pouvoir, puisqu'elle ne peut déterminer à rien ; c'est qu'elle ne se soucie de rien, qu'elle ne veut du bien à personne, qu'elle change d'avis et de sentiment k tout moment. Nous verrons comment M. de Beauvau sera reçu à son retour de Chanteloup. On lui avait accordé sa permission de très-mauvaise grâce ; il y a passé dix ou douze jours ; il en revient aujourd'hui. Le prince que vous croyez y en avoir passé trois est apparemment le prince de Beaufremont; il n'y a point encore été, il n'a pu obtenir sa permission ; mais la grand'maman croit que c'est par la mauvaise volonté de M. de la Vrillière, a qui il s'est adressé pour l'avoir; et cela pourrait bien être, puisque M. et madame de Tirigri* l'ont obtenue en s' adressant directement au maître; ils y ont passé quinze jours, et reviennent aujourd'hui. Madame de Brionne, M. d'Aven et madame de Tessé, qui demandèrent la permission au commencement de ce mois, ne l'ont obtenue que pour le mois prochain. J'aurai le temps, d'ici au mois de mai, de voir ce qui arrivera; je me conduirai en conséquence.
Le petit prince de Suède est très malade d'une dyssenterie, ce qui retarde le départ du roi son frère.
Je m'aperçois que je vous promettais des nouvelles, et que je ne vous tiens pas parole ; c'est qu'on croit savoir ce qui se passe, et qu'en voulant s'en rendre compte à soi-même, on trouve que l'on ne sait rien ; ce qu'on a su la veille est détruit par ce qu'on apprend le lendemain.
Qu'il n'en soit pas de même entre nous, mon ami, et que le
1 La maréchale de Mircpoîx. (A. M.)
s Le prince et la princewe de Tingri. Le prince de lïngri sortait d'u branche de la maison de Montmorency ; il était un des quatre capitaines c gardes du corps. (A. N.)
plaisir que m'a fait votre dernière lettre ne soit point dim par celles qui la suivront.
Je n'ai point eu de lettres du petit Craufurd.
MADAME LA MARQUISE DU DEFFAND A M. 1I0RACF. W AL POLE. Paris, dimanche 34.
Vous n'aurez qu'un mot aujourd'hui; je compte avoir cettesemaine une occasion par laquelle je vous enverrai les discours de l'Académie, dont l'un est de M. de Beauvau, l'autre de H. Gaillard, et les réponses de l'abbé de Voisenon.
Le roi de Suède part demain. La maladie deson frère l'a retenu plus long-temps qu'il ne voulait. On a nommé pour ambassadeur auprès de lui M. de Vergennes '.
L'évéque d'Orléans ' est exilé dans une de ses abbayes, qui est dans le faubourg du Mans.
Vous m'avez annoncé une lettre de M. Craufurd, je n'ai pas entendu parler de lui.
le lis la Vie de Charles-Quint, de Robertson; l'article de Luther m'a fait plaisir; mais ce qui m'en a fait infiniment, c'est GilBlas, que j'avais déjà lu plus d'une fois; mais, grâce a mon peu de mémoire, il a eu pour moi presque l'agrément de la nouveauté; ce qui me confirme bien que la facilité du style est ce qui fait le charme de tout ouvrage, et le fait passer à la postérité; il n'y a que les livres facilement écrits qu'on peut relire plus d'une fois, et même sans cesse. Témoin les Lettres de madame de Sévigné; les Mémoires de Grammont; je dirais presque les Mémoires de mademoiselle de Montpensier; encore quelques autres, mais pas en grand nombre.
Adieu, jusqu'à un des jours de cette semaine, je ne sais pas lequel ce sera.
15 mars 1771.
J'étais étonnée de ne point avoir de vos nouvelles, et j'allais
• Le même qui fut ensuite ministre àrs affaires étrangère!. {A. N.)
* L'abbé de Jarente. Il fut pendant plusieurs années, durant le ministère do duc de Choiseul , chargé de \» feuille Jet bénéficia. (A. H.)
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tous en demander la raison quand j'ai reçu votre lettre du 16.
Vous êtes donc mon confrère en aveuglement?
Vous verrez incessamment tous les discours; il y en eut un de M. Duclos, qui est ineffable; c'est dommage qu'il ne soit pas imprimé, il ne s'en est jamais, je crois, prononcé en public de ce genre. En qualité d'historiographe, il fit l'histoire de l'Académie ; il voulut être aussi plaisant et aussi épigrammatique que l'abbé de Voisenon ', mais ce fut l'Ane qui imitait le petit chien; il en rappela parfaitement la fable, ce qui tint lieu de celle de M. de Hivernais, qui, contre son ordinaire, n'en récita point.
Voilà les nouvelles que vous aurez de moi; pour les antres, je ne les apprends que dans les gazettes; on n'est pas assez pressé de les savoir, pour qu'on ne puisse pas les attendre quatre ou cinq jours.
Quand vos neiges fondront, votre vue reviendra; il n'en est pas ainsi de moi.
Adieu, mon cher Voltaire, mettez-moi au fait de ce que je dois croire et de ce que je dois nier ou affirmer en sûreté Je conscience.
MADAME LA MARQUISE DU DEFPAND A H. HORACE WALPOLE. Pan», M min 1771.
Voila l'occasion que j'attendais ; je puis vous parler librement. Nous sommes dans des craintes mortelles : on dit que tout le monde va être exilé ; tous les princes du sang, excepté le comte de la Marche , parce qu'il n'a pas signé la lettre au roi dans laquelle les princes demandaient le rappel du parlement ; quatorze ducs, pour s'être joints aux princes; et plusieurs autres grands seigneurs, entre autres M. de Beauvau : c'est peutêtre celui qui est dans le plus grand danger. Son sort sera bientôt éclairci, il entre en quartier1 lundi) il est allé aujourd'hui à la chasse avec le roi, il doit souper ce soir chez moi ; je saurai quelle mine on lui aura faite. Les griefs qu'on a contre
1 C'est à l'abbé de Voisenon, te plaignant à quelques-uns des académicien* tes collègues, que le publie lui prêtait de» ridicules , que d'Alembert répondit : ■ Monsieur l'abbé, on ne prête qu'aux liclua. • (A. N.) 1 Comme un des quatre capitaines de* gardes du corps du roi. (A. N.)
lui sont tontes les imprudences de sa femme, dont la hauteur, et, soit dit entre nous, l'insolence, est un peu forte; nul ménagement dans ses propos. Os leur avait refusé la permission d'aller à Chanteloop; elle lui a fait écrire une lettre au roi si pressante, qu'il arracha la permission. Us ont donc passé dix jours à Ghanteloup. Avant qu'il partit, il était bruit d'une lettre à H. le duc d'Orléans pour l'inviter & se mettre à la tête de la noblesse; on prétend qu'il y a eu une vingtaine de personnes qui en ont écrit. La dame du Barry a déclaré qu'elle voulait qu'on éloignât de ta cour tous les amis de H. de Chokeul, qu'on leur ôttt toutes les places et emplois qu'il leur avait donnés. M. oVUsson, qui devait aller en Suède, a été révoqué; M. de Vergennes est à sa place. Le baron de Breteuil court grand risque ; on sollicite beaucoup la dame pour lui, on espère l'adoucir. H. de Malesherbes, M. de Sartines, l'archevêque de Toulouse, peut-être M. de Trudaiue, etc., etc., auront des lettres de cachet, ils s'v attendent. M. d'Aiguillon partit dimanche pour Veret, qui est sa terre. Il en revient vendredi ou samedi. Il veut, à ce qu'on dit, qu'on porte tous les grands coups en son absence; on ne doute point qu'il n'ait les affaires étrangères, et que la dame ne surmonte la répugnance que le roi paraît y avoir. Le roi de Suède a rendu de grands services a H. d'Aiguillon ; le roi partit hier; toutes les apparences de regrets et d'amitié pour l'absence du grand-papa ont été de pures comédies. La dame est plus souveraine que ne l'était sa devancière * et même le cardinal Fleary ; elle est irrkée au dernier point, et ce qui me mit trembler, c'est la peur qu'on ne hisse point mes parents où ils sont, et qu'on ne les envoie bien pins loin, qu'on ne les dépouiHe de leurs places et de leurs charges, enfin qu'on ne mette le comble à leurs malheurs. Ce temps-ci est affreux ; ou ne peut prévoir par où il nuira.
Je me flatte que cette lettre vous parviendra sans inconvénient; vous ne tarderez pas, je vous prie, à m'en mander la réception ; je serai fort inquiète jusqu'à ce que j'aie reçu votre réponse.
Je vous envoie les discours de l'Académie1, et la lettre anonyme adressée à la noblesse, en conséquence de laquelle cette
1 Madame de Fompadonr. (A. N.)
* A la réception du prince de ISeauvau à l'Académie française, à la place du président Hénaiilt. (A. H.)
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vingtaine de personnes dont je vous ai parlé ont écrit à M. le
duc d'Orléans.
Vous jugez bien que tous mes projets sont à vau-l'eau; j'ajouterai ce soir ou demain matin ce que j'aurai appris.
Je vous avoue que je désapprouve fort leur conduite; je trouve qu'ils s'attirent tout leur malheur.
Je tâche de me bien conduire. Adieu , à tantôt ou à demain matin.
Depuis cette lettre, je reçois un billet de la princesse de Beauvau, qui me mande qu'elle est incommodée et qu'elle me prie que le souper de ce soir soit chez elle; j'y consens.
Je soupai hier chez la maréchale de Mirepoix avec le prince de Cooti, l'Idole et la maréchale de Luxembourg, etc., etc. Je restai seule avec la maréchale de Mirepoix; elle a une entorse, je crois vous l'avoir mandé; elle est depuis dix jours à Paris; elle ne saurait marcher; mais elle ne laissera pas d'aller demain à Versailles; elle agira pour son frère ' avec une grande vivacité ; et si, malgré cela, il y arrive malheur, elle se retirera. Ses sentiments sont nobles, tendres et généreux.
Pour moi, mon ami, je suis tout abasourdie; je ne sais ou j'en suis ; je ne prévois que les plus grands malheurs ; je ne sais ce que je deviendrai ; je ne tiens plus à rien ; il ne me reste plus qu'a végéter. Vous êtes bien heureux de pouvoir vous passer de tout, de vous suffire à vous-même. Il n'y a que ce bonheurlà dans le inonde; on ne peut s'appuyer ni compter sur rien. Fait-on des imprudences, on en est puni; a-t-on une bonne conduite, elle est déconcertée par les événements; a-t-on eu. du discernement dans le choix de ses amis , les accidents, les circonstances vous eu séparent, on se trouve seule dans l'univers; peut-on compter pour quelque chose la société des sots ou des indifférents? On est tout en vie, et on éprouve le néant. Je demande pardon de ces lamentations, mais peut-on toujours souffrir sans se plaindre? Si mes parents sont maltraités, si ou les fait sortir de leur demeure, j'en serai touchée jusqu'au fond du cœur. J'aime tendrement la grand' maman ; je suis persuadée de son amitié; elle mérite si peu son malheur; elle a tant de vertus, tant de courage, que les plus indifférents s'intéressent à elle. J'aime aussi le grand-papa ; il est aimable, doux et bon. Le grand abbé m'intéresse aussi beaucoup ; il est capable d'une
' Le prince de Beauvaa. (A. N.)
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DE MADAME LA MABQUISE DU DEFFAHD. 157
rentable amitié; il était heureux, sa fortune sera renversée. Le malheur de la grand1 maman lui tournera la tête. Je ne perds point de vue tous ces objets; ils affaissent mon àme plus qu'ils De l'irritent. J'espère que je deviendrai imbécile; tant mieux, si je perds tout sentiment.
Il est à propos de vous dire quels sont les gens que je vous ai nommés. M. de Malesherbes est premier président de la cour des aides; il est fils de l'ancien chancelier M. de Blancmesnil; il a fait des remontrances et un an-été d'une grande force, et qui ont fort déplu1. M. de Sartine est notre lieutenant de police*. Le tort qu'on lui trouve, c'est de n'être pas délateur.
Ce qu'on sollicite pour M. le baron de Breteuil , c'est qu'il ne soit point révoqué de son ambassade à Vienne ; on rappellera, à ce qu'on dit, M. de Guignes.
Mercredi 17.
La journée d'hier n'a rien produit; je soupai chez les Beau- Tau; le mari revenait de la cour; il avait chassé, avait été traité comme à l'ordinaire; ils ne paraissaient pas trop inquiets, et pois la femme a un courage indomptable. La gloire est sa pas* sioo, rien ne lui fait peur; l'exil, la perte du commandement, sont des bagatelles, en comparaison de l'honneur qui résulte Rassurer la liberté, de se garantir du pouvoir arbitraire, etc., etc.
Les Idoles partent aujourd'hui pour l'Isle-Adam, avec la maréchale de Luxembourg et Pont-dc-Vevle ; j'ai eu tort de ne tous pas mander qu'il se porte fort bien ; je lui ai dit que vous me demandiez de ses nouvelles; il en est très-reconnaissant, et m'a bien recommandé de vous dire mille choses de sa part.
I La suppression de la cour de! aides formait une partie du plan du chanctlier Maupeou pour la réforme de la judicature en France, qui eut lieu dans n temps-là. La moignon de Malesherbes se distingua toujours cumme migiitmt, à la tête de sa cour, et ensuite comme ministre d'État ton» le «pie de l.ciui. XVI, et s'opposa avec énergie aux laies nouvelles et aux lettres de cacliet. Après la démission de «on ami, le sage, l'éclairé Turgot , en 1TT6, il demanda également à ac retirer des affaires. Maia en 1793, a lage de toiianie-Jji ans pansés, il se présentai la barre de la Convention pour y prendre la défense de Louis XVI , en disant : • J'ai été deux fois appelé au conseil de celui que vous allez juger, dans le temps ou cette fonction était ambitionnée «f (mit le monde ; je lui dois le même service , lorsque bien des gens trouvent Cette fan eti on dangereuse. >
II fut victime de son généreux dévouement, et périt sur l'échafaud peu de ■xoû après, avec sa Bile, madame de Rosambo, et sa petite-Bile, madame de Cbâteaubriani. (A. N.)
Le même qui, sous le règne suivant, fut ministre de la marine. (A. M.)
158 CORHESPOXDANCE COMPLETE
C'est mon ami sans cloute; M. de Beauvau l'est aussi; et puis en second ordre, j'en ai trois ou quatre autres. Oh! sans doute, je suis bien en amis. C'est ma faute si je ne suis pas contente ; on a raison de le penser, de me le dire : eh bien î malgré cela, j'ai le travers de ne me pas trouver heureuse.
Vous me direz ce que vous pensez des harangues. Je lis Charles V, de Robertson, qui ne m'amuse guère; c'est un de mes malheurs de ne pins trouver de lecture qnî me fasse plaisir. Je ne puis souffrir l'histoire où l'on s'attache a démêler les causes morales des événements et les réflexions philosophiques; c'est pour cela que je préfère les anecdotes aux mémoires, et les mémoires aux histoires. J'ai le projet de vous faire lire Saint- Simon ; j'annonce à la grand' maman que j'ai une grâce à lui demander, qui me comblera de plaisir, mais dont je ne lui parlerai que quand il sera temps; elle me persécute dans toutes ses lettres pour me faire dire ce que c'est ; je n'y réponds point, et je ne m'expliquerai que quand ce pourra être à bonne enseigne; mais comme il me faudra peut-être quelque temps pour déterminer à m' envoyer ces livres , il faudra s'y prendre un peu d'avance pour les demander.
Je finis eu vous priant instamment de ne pas tarder un moment à me répondre.
Vraisemblablement le baron de Breteuil n'ira point à Vienne ; la dame du Barry ne le voulut point voir lundi dernier, où elle lui avait promis une audience; elle ne lui a point donné d'autre rendez-vous. La maréchale de Mirepoix ne va point aujourd'hui à Versailles; elle me dit hier qu'il n'en était pas besoin. Je souperai ce soir chez elle avec le comte de Broglie en tiers. Cest lui qu'elle protège; je ne sais si elle réussira, j'en doute.
Si par hasard vous voyez votre cousin , vous lui direz ce que vous voudrez des choses que je vous mande , ou rien du tout si vous l'aimez mieux. Il y a quelques jours que je n'ai vu 51. et madame Churchill ; je les trouve fort aimables. M. Churchill a de la gaieté; madame, de la douceur et de la politesse; mademoiselle, de la grâce, de l'agrément; elle plaît infiniment.
H. de Beauvau porta dimanche son discours au roi, qui ne lui en dit pas un seul mot hier; cela me paraîtrait un mauvais signe; mais on prétend que cela ne signifie rien.
Comme j'ai encore de la marge, voici quatre méchants vers :
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La cour royale est accouchée De aîi petits parlement aux ' , Tau» composés de coquiii.iui; Le diable emporte la couvée!
Avouez que je vous ennuie à la mort, et que vous ne trouvez une grande bavarde; je suis toujours hors de propos; je vous accable de mes écritures, et l'on se plaint ailleurs de ce que je n'écris point. Je renonce à bien faire; on se passe de l'approbation, en n'ayant point à tache de l'obtenir.
Je n'ai point abandonné mes projets de voyage, mais j'attendrai que tout ceci ait pris couleur; tous les temps sont égaux, et j'aime pour le moins autant la campagne l'hiver que l'été ; je ne puis pas me promener : ainsi qu'est-ce que me fait le beau temps?
Lettre anonyme envoyée avec le projet de la lettre à M. h duc d'Orléans.
V mars 1771.
J'ai l'honneur de vous envoyer, monsieur, le projet d'une lettre que je crois qu'il est convenable d'écrire dans les circonstances présentes à M. le duc d'Orléans; ce moyen étant le seul qui nous reste pour porter au roi nos réclamations , puisqu'il nous est défendu de nous assembler.
J'ai l'honneur de vous avertir que tous les maréchaux de France qui ne sont pas pairs, M. le marquis de Poyanne, M. le duc de Gontault, M. le marquis de Ségur, M. le prince de Beauvau, M. le marquis de Castries, M. le comte de Jarnac, M. le duc de Liancourt, MM. de Coigny, ainsi qu'un, très-grand nombre de gentilshommes, reçoivent en même temps semblables projet», et vous pouvez eu conférer avec eux; car je crois qu'il est important de ne pas perdre de temps.
Je vous demande pardon, monsieur, de ne point signer; mats ' If but de cette démarche doit vous servir de preuve que je suis digne d'être membre d'un corps dont j'ai les droits autant à cœur.
Je suis bien loin de croire, monsieur, que le style de la lettre que j'ai l'honneur de vous proposer soit le meilleur que vous puissiez prendre, et je suis persuadé que les changements que vous y ferez, si vous jugez à propos d'en faire, seront à l'avantage de la démarche que j'ai l'honneur de vous proposer.
1 Ceci fait .-illusion ù la division qui venait de se faire de la juridiction, du parlement de Pari». (A. N.)
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Projet de la lettre à M. le duc d'Orléans. Monseigneur ,
La noblesse, soumise depuis longtemps au malheur de n'avoir point de chef, de représentant, et de ne pouvoir s'assembler, remet avec confiance ses intérêts dans les mains de Votre Altesse Sérénissime, dans une conjoncture où le renversement des lois et des formes observées jusqu'à présent dans l'Etat, cause les plus vives alarmes à tous les ordres qui le composent.
Tout gentilhomme vraiment conduit par l'honneur ne peut voir sans une mortelle peine qu'on déshonore pour ainsi dire la nation, en rendant arbitraire, par conséquent tyrannique, un gouvernement doux et réglé qui subsiste avec tant d'éclat depuis tant de siècles.
Ledit du mois de décembre dernier, en attaquant d'abord la magistrature, et en l'anéantissant bientôt après, annonce assez ce que les mauvaises intentions d'un seul peuvent faire éprouver à des sujets qui vivent actuellement sous le meilleur des maîtres, et ce que la postérité doit craindre du despotisme qu'on cherche à établir, et dont le parlement qu'on se propose de substituer à l'ancien serait l'instrument le plus dangereux, en abusant du nom des lois et des formes.
C'est à vous, monseigneur, que votre rang et vos sentiments approchent si naturellement du trône , de faire valoir les justes réclamations d'un ordre si distingué dans l'Etat, que Henri IV a daigné se dire le premier gentilhomme de son royaume. Que par vous le roi soit éclairé sur ses vrais intérêts, et que la noblesse vous doive d'avoir fait entendre une voix qui ne s'élève jamais que pour publier son respect pour le roi, son attachement aux vrais intérêts de l'Etat, et sa reconnaissance pour Son Altesse Sérénissime.
Je suis avec, etc.
LA MÊME AU MEME
Parit , mardi 3 aTril 1771.
Oh ! pour cette fois-ci il n'y a pas à se plaiudre du retardement de la poste; la lettre que je reçus hier est datée du 30; cette diligence est impossible, c'est une méprise de date.
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Votre aventure ' fait tenir ici toutes sortes de propos; les uns disent que c'est à votre cousin ' qu'elle est arrivée, qu'on voulait lui enlever ses dépêches; les autres disent que c'est ù vous, que l'on vous soupçonnait d'avoir une correspondance secrète avec M. de Choiseul; mais bientôt on n'en parlera plus. Nous avons ici, ainsi que vous à Londres, d'autre fil à retordre. La prudence me défendait de vous en entretenir; mais je n'ai pas besoin de ces défenses, mon aversion naturelle pour la politique, et encore plus pour l'iutrigue, me fait ignorer presque tout ce qui se passe. Nous sommes inondés de papiers et de paperasses ; le peu que j'en ai lu m'a tellement ennuyée , que j'ai pris une tenue résolution de n'en pas lire davantage. Tout ce qui me fâche ce sont les imprudences des mauvaises tètes qui peuvent nuire à des gens sensés et malheureux, qui, bien loin de les approuver, les condamnent et s'en affligent. Vous devez m'entendre et concevoir qu'il en résulte pour moi beaucoup d'incertitudes dans mes projets.
Je serais fort affectée de vos troubles ' si vous jouiez quelque rôle; mais je connais trop votre façon de penser pour avoir la moindre inquiétude.
La maréchale de Mi repoix est toujours retenue ici par son entorse; elle ne peut pas encore mettre le pied ù terre; j'en suis fâchée pour elle, mais il en résulte un bien pour moi; je passe les soirées avec elle, et j'y trouve des personnes que tous savez qui me plaisent beaucoup; la grosse duchesse, le petit comte de Broglie, et d'autres que vous ne connaissez pas et qui sont aimables, et dont vous vous accommoderiez fort bien.
Je soupai hier chez madame de Jonsac, j'y jouai au cavagnol ; elle ira le mois prochain à Jonsac ; car telle est la volonté de sou mari, et elle est son esclave. Je pense souvent que, quand on se trouve malheureuse, on doit songer qu'on n'est pas sa femme, ni celle de M. de Maillebois. S'il n'y avait pas une autre
1 L'botel Je M. Walpole, dans llarlingtan-strcct, fut forcé, sans que se» Jomejtiqnes s'en aperçussent ; toulea les serrures furent ouvertes, et les effets que contenaient les armoires, les secrétaires, etc., éparpillés dan» les appartements, *ana que rien se trouvât enlevé. (A. -N.) 1 M. Robert Walpole, qui avait été secrétaire d'ambassade à Paris. (A. y.) 1 Le* trouble* qui eurent lieu a l'élection de Middlesex, et l'expulsion de Wilkes de U chambre des communes qui en fut la suite. Toute cette histoire et Wilkes, si caractériiu'qucmcnt anglaise, est racontée a merveille dans iMitflrtrrre au dix-huitième siècle, de M. de Itémusat. Tome II, page 131 et suiv. (L.)
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Kl COURES POMD A NCE COMPLÈTE
vie, et qu'on n'eût pas le paradis pour expectative, te sort serait bien injuste de rendre aussi malheureuses les deux plus parfaitement honnêtes femmes que je connaisse. Je pourrais parler d'une troisième1, vous comprenez bien quelle elle est, mais ses malheurs ne sont pas du même genre; A» n'affaissent pas l'àme, ils ne lui ôtent pas le ressort, ils ne l'humilient pa». Us donnent de l'éclat à ses vertus.
Voilà tout ce que vous anres de moi aujourd'hui; je vous ai accablé de lettres depuis quelque temps. N'allez pas croire , je vous prie, que c'est par le goût que j'ai pour bavarder; vous êtes la seule personne à qui j'aime à écrire.
M. DE VOLTAIRE A JT1DAMK LA MARQUISE DU MFFAfCD,
ÀFen.ey,5aTril 1771.
Eh bien, madame, vous aurez VÉpttre au roi de Danemark. Je ne vous l'ai point envoyée, parce que j'ai craint que quelque Welche ne s'en fâchât. Depuis ma correspondance avec Fempereur de la Chine, je me suis beaucoup familiarisé avec les rois; mais je crains un certain public de Paris qu'il est plus difficile d'apprivoiser.
D'ailleurs, non-seulement je sois dans les ténèbres extérieures, mais tous les maux sont venus à la (bis fondre sur moi. Il y a un avocat nommé Marchand qui s'est avisé de faire mon testament; il petit compter que je ne lui ferai pas phis de legs que le président Hénault ne vous en a fait.
M. le prince de Beauvau m'a fait Fhonneur de m'envoyer son discours à l'Académie. Il est noble, décent, écrit eu style convenable; j'en suis extrêmement content. Je ne le suis point du tout qu'on m'impute des ouvrages où l'on dit que les parlements sont maltraités. Il y en a un à* un jésuite qui est fauteur d'un livre intitulé : Tout se dira, et d'un autre, intitulé : // est temps de parler. Pour moi, je ne me mêle point du tout des affaires d'État; je me conteste de dire hautement que je serai attaché à M. le duc et è madame la duchesse de Gboiseul jusqu'au dernier moment de ma vie.
Je l'ai dit à la ferre , au de) , ■ Cimcan mèait.
Ce qui m'a paru le plus beau dans le discours de M. le prince
1 De l.i diichejje de Choiacul. (A. S.)
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de Beauvau, c'est le secret qu'il a trouvé de relever tous les services que M. le duc de Choiseul a rendus a l'Etat, et qu'en faisant l'éloge du roi, il a fait celui de M. te duc de Choiseul uns que le roi en puisse prendre le moindre ombrage ; il y a bien de la générosité et de la finesse dans ce tour, qui n'est pas assurément commun.
Je n'ai pas approuvé de même quelques remontrances qui m'ont paru trop dures. Il me semble qu'on doit parler à son souverain d'une manière un peu plus honnête. J'ai écrit ce que j'en pensais a un homme qui a montré ma lettre.
J'ajoutais que j'étais enchanté de l'établissement des six conseils nouveaux qui rendent la justice gratuitement. Je trouvais très-bon que le roi payât les frais de justice dans mon village. On a montre ma lettre au roi , qui ne s'est pas fâché ; il aime les sentiments bonnétes, et il devrait être encore plus content, s'il voyait que je parle, dans le peu de lettres que j'écris, de la reconnaissance que je dois au mari de votre grand' maman.
Adieu, madame; soupez, digérez, converses; et quand vous écrirez à votre grand' maman, qui ne m'écrit point, mettez-moi tout de mon long a ses pieds.
MADAME LA MARQUISE TJTJ DEFFATO A M. HORACE W AL POLE
Paris, mercredi 1" mai 1771.
De votre lettre du 24, l'article qui me plaît davantage c'est le désarmement de vos vaisseaux ; j'ignorais le risque que je courais1, heureusement je ne l'apprends que lorsqu'il est passé.
Soyez persuadé que si vous venez ici, comme vous le faites espérer, vous serez content sur tous les points que vous désirez de moi; ni bouderies, ni import unité d'aucun genre, rien ne troublera votre tranquillité et n'entreprendra sur votre liberté. Par un bonheur extrême, vous trouverez ici votre famille *, circonstance très-avantageuse pour moi ; je ne serai point inquiète de votre amusement, ce que je serais indubitablement, si vous n'aviez que moi pour compagnie et pour ressource.
Vous me faites une peinture bien pathétique du bonheur dont on peut jouir dans la vieillesse, quand on conforme les
1 Parnnc roplure entre In France el l'Angleterre. (A. N.)
1 La tceor de M. Walpole, lady Marie Churchill, et sa Camille. (A. N.)
occupations de sa vie à cet état ' ; un chien , un chat , un apothicaire, un directeur, des voisines médisantes ; hors ce dernier article, toits les autres me manquent; j'aurai bientôt un chat, je voudrais avoir un chien , mais pour les deux autres je ne saurais les désirer.
Je vous félicite, autant que vous vous en applaudissez, de l'heureuse situation de votre àme; vous êtes vraiment philosophe. Je ne sais auquel vous devez plus de reconnaissance, de la nature ou de l'expérience. Pour moi, qui ne dois rien ni à l'une ni à l'autre, je suis dispensée, et même il m'est interdît de m' applaudir de rien ; je passerai ma vie à faire des fautes, à m'en repentir, à les réparer et puis à recommencer. J'ai perdu toute espérance, toute idée du bonheur; ce qui me console, c'est que je ne vois pas que les autres soient plus heureux que moi. Excepté vous, tout le monde s'ennuie, personne ne suffit à soi-même, et c'est ce détestable ennui dont chacun est poursuivi, et que chacun veut éviter, qui met tout en mouvement.
Notre chancelier s'est mis dans une situation qui l'en mettra à l'abri pour longtemps. Il rendra le dernier soupir avant d'avoir eu le temps de bâiller; ce n'est pas un homme, c'est un diable : tout est ici dans un bouleversement dont on ne peut pas prévoir quelle sera la fin. Je ne saurais entreprendre de vous faire des détails. Il y en aurait d'immenses à raconter; les faits principaux, vous les aurez tus dans le procès-verbal du lit de justice*; on en annonce un autre dans le courant de ce
■ M. Walpolc l'avait faîte de la manière suivante : ■ Quand je voit une vieille femme sans enfants, sans parents, sans ami*, sans esprit, qui ne s'occupe que de sa partie de jeu pour la soirée, je me dis : Voilà une personne heureuse! Elle croit assez à ce que lui dit son directeur pour avoir de l'espérance; l'on ne saurait guère craindre une éternité de tourments pour avoir pesté contre sou chat ou sa femme de chambre. Son apothicaire, ses petit* comptes, sa marchande, son dincr, et quelque dévote qui lui confie des mensonges xcandaleux, l'amusent, et elle se croit pieuse en damnant sa voisine ; elle n'aime personne et se croit pétrie de tendresse pour le genre humain , en donnant quelques sous aux pauvres, les dimanches. Mon amie, vous vous moquerez de moi, mais voila ce que j'appelle le honneur. Rien n'afflige cette lionne personne. C'est le pendant d'un philosophe. Son libraire, c'est l'apothicaire de la dévote; aes rivaux, ses voisines ; son cercle chez le baron d'Holbach, la partie de jeu. Le diuer lient la même place chez l'un et l'autre; et la renommée est le paradis de l'encyclopédiste. J'aimerais mieux cependant être la dévote; il y a moins d 'affecta lion ù son fait. • (A. H.)
s Tenu le 13 avril pour l'établissement final des nouveaux tribunaux créés à la place du parlement. {A. N.)
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mois, il sera suivi de nouveaux exils, d'édits bureaux qui achèveront la ruine de tout le monde. On ne nomme point de ministre des affaires étrangères; on dit continuellement : C'est dans deux jours que M. d'Aiguillon sera nommé : il s'en passe quinze sans qu'il en soit question; alors on dit : Ce ne sera pas lui, ce sera celui-ci, ce sera celui-là; aujourd'hui on pense que ce sera le chancelier : enfin, on en dît de toute façon, el ce qu'on a dit la veille est démenti parce qu'on dit le lendemain.
Comme cette lettre vous sera rendue par le courrier de l'ambassadeur, je puis risquer une chanson assez plaisante sur l'air de la Fée Urgèle. Cependant je tremble en l'écrivant.
Wiart, qui est encore plus prudent que moi, ne veut pas l'écrire ' .
H m'arrive une bonne fortune après laquelle je soupirais depuis longtemps , c'est un livre qui me platt infiniment; il est de M. Gaillard. Il a pour titre : Rivalité de. la France et de TAngleterre; il est par chapitres, et chaque chapitre est les événements du règne d'un roi de France et d'un roi d'Angleterre contemporains; Louis le Jeune et Henri II, Philippe- Auguste et Richard Cœur-de-lion , etc. Ledit Gaillard est tort partial ; je trouve qu'il a raison, je suis de son avis ; devinez par là pour quelle nation il est.
Je soupai hier chez la grosse duchesse avec la maréchale de Mirepoix , le maréchal de Richelieu , le petit comte de Broglie. Vous voyez que j'étais tout au travers de l'armée ennemie; on m'y traite fort bien, quoique l'on n'ignore pas que je sois bien fidèle à mon parti.
Ah! je comprends la répugnance que vous avez à écrire. Je réprouve souvent; depuis douze ou quinze jours, je ne peux pas tirer de mon génie une page entière; c'est un malheur qui «tus est réservé, qui n'est uniquement que pour vous, que cette facilité que j'ai, quand je vous écris, a remplir quatre pages; cependant aujourd'hui il n'y en aura que trois; je ne puis mettre à l'épreuve ni votre patience ni la mienne, à vous raconter tout ce que je fais , tout ce que j'entends , tout ce que je dû. Tout cela est ennuyeux à la mort. Adieu.
1 Voyez 1> lettre 384. (A. S.)
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M. 11F. VOLTAIttE A MADAME LA MARQUISE DU DEFFAHD.
5 ni 1771.
Ma sœur, vous êtes dénaturée : vous abandonnez votre frère le Quinze-Vingt, comme votre grand'maman abandonne son frère le campagnard. Si je n'étais qu'aveugle et sourd, je prendrais la chose en patience ; si à ces disgrâces de ia nature la fortune se contentait d'ajouter la ruine de ma colonie, je me consolerais encore; mais on m'a calomnié, et je ne me console point. Je serai fidèle à votre grand'maman et à monsieur son mari, tant que j'aurai un souffle de vie ; cela est bien certain.
Je ne crois point du tout leur manquer en détestant des pédants absurdes et sanguinaires. J'ai abhorré, avec l'Europe entière, les assassins du chevalier de la Barre, les assassins de Galas, les assassins de Sirven, les assassins du comte de Lally. Je les trouve, dans la grande affaire dont il s'agit aujourd'hui, tout aussi ridicules que du temps de la Fronde. Ils n'ont fait que du mal, et ils n'ont produit que du mal.
Vous savez probablement que, d'ailleurs, je n'étais point leur ami. Je suis fidèle à toutes mes passions. Vous naissez les philosophes, et moi je hais les tyrans bourgeois. Je vous ai pardonné toujours votre fureur contre la philosophie, pardonnezmoi la mienne contre la cohue des Enquêtes.
J'ai d'ailleurs pour moi le grand Condé, qui disait que la guerre de la Fronde n'était bonne qu'à être chantée en vers burlesques.
Je ne sais rien dans mes déserts de ce qui s'est passé derrière les coulisses de ce théâtre de Polichinelle. Je me borne à dire hautement que je regarde le mari de votre grand'maman comme un des hommes les plus respectables de l'Europe, comme mon bienfaiteur, mon protecteur, et que je partage mon encens entre votre grand'maman et lui. J'ai soixante-dix sept ans, quoiqu'on dise. Je mets entre vos marasmes dernières volontés, pour la décharge de ma conscience. Je vous prie même avec instance de communiquer ce testament à votre , grand'maman, après quoi je me fais enterrer.
Soyez très-sûre, madame, que je mourrai en regrettant de n'avoir pu passer auprès de vous quelques dernières heures de ma vie. Vous savez que vous étiez selon mon cœur, et que je
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DE MADAME LA MARQUISE DU DEVFAXD. tliï
mk le doyen 4e tous ceux qui tous ont été attachés ; je suis ■Béate le seul qui vous renie de vos anciens serviteurs ; je dois boiter d'eux; je réclame mes droits pour le moment qui me
MADAME LA MARQUISE DU DEFFAND A M. HORACE WAI.POLE
Mercredi S mal 1771.
Je suis fort contente d'être bien avec vous, mais je ne le suis [ias de votre santé. Si je vous en marquais trop d'inquiétude, vous vous mettriez en colère, et je ne veux plus vous fâcher. Si cette maudite goutte vous revient, toutes mes espérances seront détruites, et mes projets changés.
Vous ne me dîtes point quand votre oowin reviendra. Je compte que ce cera ces jours-ci. Votre ambassadeur ' est le meilleur homme du monde, je F aime beaucoup, mais à la manière dont on aime son chien. II vient chez moi, se campe dans un fauteuil, nous nous faisons des amitiés, nous ne nous disons rien, nous restons ensemble, et nous sommes contents l'un et l'autre; il me donne la facilité de vous écrire et de vous envoyer tout ce que je veux.
Voilà la protestation de nos princes *, vous jugerez par là si nos affaires sont en train d'accommodement; on ne comprend rien à ce qui regarde M. d'Aiguillon ; U dame ne peut parvenir à le faire ministre. Tout ce qui se passe est ineffable; on ne peut prévoir quelle en sera la fin. La petite maréchale * est à sa campagne; j'y vais souper ce soir avec mon évéque de Mirepoix; c'est un homme qui nae convient fort, mais je ne répond pas qu'il vous plaise; nous n'avons pas toujours les mêmes goûts, mais c'est surtout en fait de lecture. Je lis actuellement un livre qui a pour titre : la Rivalité de la France et de l'Angleterre, par M. Gaillard; il me fait beaucoup de plaisir. Quand vous serez ici, vous m'en direz votre sentiment;
< U comu- d'Hmwnrt. (A. N.)
1 Contre le lit de jimcicc tenu le 13 avril- Le* prince* du sanfl ayant été Bandé* pour y awM&r, re£uuxeut loua, excepté le comte de in Marche, fil* du prince de Gond. II* avaient tout écrit aurolfttc ne pouvant donner leur suffrage* ce qu'on ne proposait de faire, il* ne croyaient pas convenable d'insister a Kl de juaùoe. (A. M.)
foctwii. (A. H.)
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je ne hasarderai point de tous l'envoyer, d'autant plus qu'il est bien loin d'être fini ; il n'en est qu'à Philippe de Valois et Edouard III. Il n'y a que trois volumes; il y en aura peut-être douze ou quinze.
J'eus hier à souper milady Mary Coke, avec mesdames de Luxembourg, de Lauzun, l'Idole, su "belle-fille, que j'appelle le Trognon, et puis des évèques et des archevêques.
Maigre la prudence de Wiart, je vais le forcer d'écrire la chanson dont je vous ai parlé ; il n'y a point de risque, à ce que l'on m'a dit, parce qu'on n'ouvre point le paquet des ambassadeurs.
Ai
de la Fée Uryite.
L'avez-vous
rue, ma du Barrv,
Elle a rav
Ponr elle
ai perdu l'esprit,
De* Français j'ai le Dame :
Charmants e
faut» de la Gourdan,
Est-elle chez
voua ma in tenant?
Rendez-la-moi
non martyre ;
Rendez-la-moi ,
L'avez-vous TOC, etc.
Je «ai» qu'autrefois lei laquais Ont fêté se* jeunes attraits : Que 1rs cochera , Les. perruquiers L'aimaient, l'aimaient d'amour extrême, Mais pas autant que je l'aime :
Je ne sais si je vous ai envoyé la lettre aux princes ' sur l'air de l Allure, mon cousin; en tout cas, la voici :
Ne venez point ici, mon cousin,
C'est mon ordre suprême,
Et dîtes à mes autres cousins
Qu'ils en fassent de même, mon cousin ;
Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin,
En sa sainte et digne garde.
1 Le roi fut si irrite de la conduite des princes du sang qui ne s'étaient pas rendus au Ut de justice du 13 avril , que le jour suivant il* reçurent tous des
Dlgltzedby GOOglt
Adieu, je vais me lever. Je n'ai point encore eu de nouvelles de madame Churchill .
On a retranché nne grande partie des fêtes qu'on devait donner au mariage, toutes celles qui devaient être à Marly; un opéra, le bal masqué, une tragédie; on a changé la table du banquet royal, parce que les princes n'y seront point; les princesses y sont invitées; elles y iront ainsi qu'à la célébration, mais elles n'iront point au bal paré, ni a aucun spectacle.
Notre comtesse de Provence arrive dimanche à Fontainebleau ; le roi et toute la famille royale y vont samedi l'attendre ; toute la cour ira lundi à Choisy, le mardi matin à Versailles ; le mariage se fera à midi.
MADAME LA MARQtlSE DU DEFFAND A H. DE VOLTAIRE.
Pari», 1S mal 1771.
Non, non, je ne hais point la philosophie, mais j'estime peu ceux qui n'en ont que le masque, sous lequel ils cachent l'orgueil et l'insolence. Vous n'aimez pas plus que moi les paradoxes, les raisonnements ennuyeux, le style froid, fade ou déclamatoire. Prenez-vous-en à vous si je suis devenue difficile.
Me soupçonnez-vous de lire tous les écrits dont nous sommes inondés? Pour me forcer à les lire, on me dit qu'il y en a de tous : je les parcours ; je ne vous reconnais dans aucun ; je les jette tous au feu.
Je bénis le ciel de mon incapacité ; elle me dispense de m' occuper de tout ce qui se passe. Je suis sourde et muette, ce qui , joint à l'aveuglement, me rend, comme vous pouvez juger, (Tune agréable société.
Ah! c'est bien moi, mon cher Voltaire, qui regrette de ne vous pas voir; mais si vous étiez ici, je n'y gagnerais rien; vous me préféreriez vos nouvelles connaissances. Vous -avez beau dire. Dieu fait tout pour le mieux. La fable de Jupiter et du métayer est une de mes favorites. A propos de fables , connaissez-vous celles de M. de Nivernois? J'en ai entendu qui
lettre* de la propre main de Sa Majesté, par lesquelles elle leur défendit de paraître en sa présence, de voir -incline personne de la famille royale, ni de ■e troBTFr dans aucun lieu où la cour pourrait se rendre. C'est la formule de ee» leirres qoi était tournée en ridicule. (A. N.)
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m'ont paru jolies. Vous a-t-on envoya la Rivalité de la France et de l'Angleterre, par M. Gaillard? Dites-m'en votre avis. Adieu, je vous quitte pour écrire a la grand'maman ; je lut envoie votre lettre; elle lui confirmera la continuation de vos sentiments pour elle et pour son mari. Ils méritent l'un et l'autre l'estime et l'attachement du public, et surtout de vous et de moi; c'est U ce qui fonde le plus notre fraternité.
i«jiùn 1771.
Vous avez brûlé, madame, tout ce qu'on a écrit sur le parlement. Eh bien, brûlez donc encore une fois cette troisième édition d'un écrit composé à Lyon, mais ne brûlez pas la page 7, qui contient les justes éloges du mari de votre grand' maman.
Je vous répète que je ne serai jamais ingrat, mais que je n'oublierai jamais le chevalier de la Barre, et mon ami. Le fils du président d'Etallonde, qui hit condamné au supplice des parricides pour une très-légère faute de jeunesse. Il se déroba par la fuite à cette boucherie de cannibales ; je le recommandai au roi de Prusse, qui lui a donné , en dernier lieu, une compagnie de cavalerie.
A peine se souvient-on , dans Paris , de cette horreur abominable. La légèreté française danse sur le tombeau des malheureux. Pour moi, je n'ai jamais rois ma légèreté à oublier ce qui fait frémir la nature. Je déteste le* barbares et j'aime mes bienfaiteurs.
Vous aimez les Anglais; n'ayez donc point d'indifférence pour un homme qui: est tout aussi Anglais qu'eux. Songez d'ailleurs que je vis dans un désert où je veux mourir , a moins que je n'aille mourir en Suisse. Songez que je ne dis jamais que ce que je pense, et qu'il y a soixante ans que je fais ce métier. Songez qu'avant fondé une colonie dans ma Sibérie , je dois approuver infiniment la grâce que fait le roi a tous les seigneurs des terres, de payer les frais de leur justice.
Je sais bien , encore une fois, qu'à Paris on ne fait pas la moindre attention à ce qui peut faire le bonheur des provinces; je sais qu'on ne s'occupe que de souper* et de dire son
lïis au hasard sur les nouvelles du jour. Il tant d'autres occupations à un homme moitié cultivateur et moitié philosophe. Je me suis ruiné à faire du bien , je ne demande aucune gréée a personne, et je ne veux rien de personne. Si jamais je Tais à Paris, pour nue opération qu'on dit qu'il mut faire a mes yeux et qui ne réussira pas, ce sera beaucoup, plus pour avoir la consolation de m' entretenir avec vous que pour recouvrer la vue et pour prolonger ma vie.
Un hasard assez heureux m'amena en France, il y a près de vingt ans. Je ne devais pas y être, parce que je ne pense pas à la Française ; mais quand je serais autre, comptez, madame, que je vous serai attaché jusqu'à mon dernier moment , avec des sentiments aussi inaltérables que ma façon de penser.
MADAME LA MARQUISE DV DEFFAND A M. HORACE WALPOLE
Paris, mercredi « juin.
Au nom de Dieu, ne me marquez plus de craintes, ayez la plus entière certitude que, si nous nous brouillons jamais, ce ne sera pas pour les mêmes sujets. Je sens l'excès de votre complaisance , j'en suis si reconnaissante , j'ai tant de joie de l'espérance de vous revoir, qu'il me semble que rien ne peut plus m' affliger ni m'attrister. Je venais de recevoir une lettre de H. de Beauvau qui annonce les projets les plus ruineux; j'y suis insensible ; je ne sens que le plaisir que j'aurai de vous voir. Vous trouverez les Mémoires de Saint-Simon; l'abbé me mande qu'il en a fait le paquet , et qu'ils partiront a la première occasion : me voilà un peu rassurée sur votre ennui. Ne me Butes point de procès sur mon inégalité ; c'est le défaut de tous les gens naturels, il est plus ou moins grand selon les caractères; il tient aussi à la santé, et surtout aux digestions. Les fraises et la crème me rendent triste, et me causent des impressions différentes ; aussi j'observe de m' abstenir des choses qui me donnent des vapeurs ; enfin, enfin, je serai bien trompée , si vous n'êtes pas extrêmement content de ma raison et de ma conduite.
Je n'entends point parler de madame votre sœur; mais, selon ses anciens projets , elle doit arriver en même temps qne vous.
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Vous ne trouverez personne de votre connaissance ici ; Compiègne , Chantilly , Villers-Cotterets enlèvent tout le monde ; vous n'aurez que Saint-Simon, vos parents, la Sanadona et moi pour toute compagnie ; nous ferons tant que vous le voudrez des voyages à Buel et à Koissy ' ; j'aurai cent mille et mille choses à vous raconter, autant de conseils à vous demander. Pour moi , je crois que le temps sera très-bien employé ; j'espère , et même je crois que vous ne vous ennuierez pas. Vous trouverez la scène changée : M. d'Aiguillon en place * , d'autres nouveaux ministres ; vous entendrez crier des édits qui nous couperont bras et jambes ; nous parlerons de Strawberry- Hill ; je renouvellerai connaissance avec Rosette ; je serai bien trompée, si les journées me paraissent longues.
Adieu; d'ici là écrivez-moi, ne m'écrivez pas, vous êtes le maître. Je trouverai tout bon.
MADAME LA MARQIISE DU DEPPAND A M. DE VOLTAIRE
Paria, 15 juin 1771.
Je ne vous écris plus si exactement; voici pourquoi : tant que j'étais avec mes parents , mon commerce devait vous être agréable; à présent, que puis-je vous dire qui vous intéresse? Je ne suis au fait de rien, je ne m'intéresse à rien; je n'apprends les nouvelles que par les gazettes. Je reçois des lettres de Chanteloup ; voilà ma seule correspondance ; et comme on sait que je conserve vos lettres, on m'envoie toutes celles qu'on reçoit de vous.
L'on me charge de vous dire qu'on est très-content de votre reconnaissance, qu'on n'a nulle raison d'en douter, et que si on ne vous le dit pas soi-même, c'est qu'on s'est interdit d'écrire à personne. Ce n'est point une fausse défaite; c'est la pure vérité. On s'y porte fort bien ; on n'a de chagrins que ceux qui viennent de l'attachement et de l'amitié; maip c'est beaucoup trop , j'en conviens ; je l'éprouve par moi-même.
Je n'ai point envoyé la septième page , dont vous me parlez ;
* Le* châteaux de plaisance de la duchesse d'Aiguillon douairière , et de M. tleC*raman.(A. N.)
e d'Étal pour le* affaires él
toutes ces sortes d'écrits sont entre leurs mains; mais j'ai recommandé d'y faire attention.
Vous me donnez une lueur d'espérance de vous revoir, je fondrais bien qu'elle se réalisât. Indépendamment du plaisir que j'aurais de vous embrasser et de vous entretenir, je serais bien aise de savoir comment vous trouvez le bel esprit aujourd'hui? Ce n'est pas le vôtre ni aucun de vos contemporains, c'est on genre tout neuf, et qui me renvoie à ne lire que le Siècle de Louis XIV, et à ce qu'on a écrit il y a quarante ou cinquante ans. J'en excepte le dernier ouvrage de M. Gaillard , qui m'a fait beaucoup de plaisir. Mon pauvre Formout. appelait ce siècle-ci : pédant et frivole, j'y ajouterais : froid, sec et ennuyeux. Vous me trouveriez digne d'y tenir ma place , si je vous écrivais plus longtemps. Ainsi donc, adieu, mon cher Voltaire; je vous aime et je vous aimerai toujours.
MADAME LA MARQUISE OU DEFFAND A M. HORACE WALPOLE. Paria, dimanche 13 juin 1771.
Vous aurez votre même logement au Parc-Royal, et nous nous en sommes assurés fort à propos; quelques jours plus tard, il n'aurait plus été temps. Me voilà donc sûre que vous vous mettrez en route le 7 ; ma joie est bien troublée par In connaissance que j'ai de la fatigue que vous aurez, du sacrifice que vous faites de vos occupations, de vos amusements. Comment vous dédommager de tout cela? Mérité-je ce que vous biles pour moi ? l'estime et l'amitié que j'ai pour vous ne sontelles pas des sentiments très-naturels? exigent-elles de si grandes marques de reconnaissance? C'est à moi à vous donner toutes sortes de marques de la mienne ; ne doutez pas que la première de toutes ne soit de bannir de mes discours tout ce qui pourrait troubler votre tranquillité ; nous ne rappellerons point le passé, j'aime mieux convenir d'avoir été assez ridicule pour que vous vous soyez mépris k ce que je pensais, que de vous ennuyer par des explications qui seraient pour le moins aussi fatigantes qu'inutiles. Je ne vous ferai point veiller, vous déciderez de l'heure du repas et vous réglerez totalement ma conduite pendant tous les jours que vous voudrez bien me donner. De votre côté, je vous demande avec instance de ne me laisser
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voir aucune crainte ni aucune défiance, et qu'il n'y ait entre nous ni plaintes , ni reproches , ni gène , ni embarras ; enfin que je puisse pendant quelques semaines être heureuse et goûter le plaisir. Préparez-vous a me trouver bien vieillie ; ce n'est pas de l'extérieur que je parle , il n'importe guère ; c'est de l'Ame. Elle est bien a Baissée ; si vous la rnnimn , vous ferez un beau miracle.
Vous trouverez les Mémoires de Saint-Simon . ils rempliront quelques-unes de vos heures ; nous fierons des promenades tant qu'il vous plaira. La grosse duchesse se (ait un grand plainr de vous revoir, madame de Mirepoix vous fêtera beaucoup. Vous trouverez, à ce que j'espère, l'ami Pont-de-Veyle en fort bonne santé, sa fièvre n'est presque plus rien. Vous ferez connaissance avec on homme dont je fais cas ; il est parfaitement raisonnable, presque autant que vous, mais pas à h vérité tout à fait aussi aimable : l'éyéque de Mirepoix.
Vous verrez aussi l'ami Tourville, mais rarement, et puis les oiseaux avec leur cortège, le prince de Beaufremont, le prince de Monaco ; vous verriez aussi plusieurs étrangers, si l'on n'allait pas à Gompiègne le 16. Voilà mes alentours. Mais sur quoi je fonde votre plaisir et le mien, ce sont les Churchill, dont je n'ai point de nouvelles ; ils arriveront sans doute à peu près dans le même temps que vous.
Adieu ; ma joie est mêlée de crainte. Le voyage m'inquiète ; je ne me consolerais point-, s'il vous causait la pins légère incommodité.
LA MÊME in HSMK.
1'»™, Si juin 1771.
Mon premier mouvement , en ouvrant votre lettre , a été la terreur; mais. Dieu merci, vons vous portez bien, vous êtes content de moi, rien ne dérange vos projets ; il ne me reste plus d'autre crainte que la fatigue du voyage, et un peu de l'ennui du séjour. Les du Chatelet sont arrivés cette nuit de Chanteloup. On a dû les charger des Mémoires de Saint-Simon ; ib n'ont point encore envoyé chez moi, «tais apparemment ils y enverront avant le départ de la-poste; ainsi je pourrai vous mander si je les ai reçus.
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DE MADAME LA MAItQDISE DU DEFFASD. 1T!V
Est-il possible que je ne vous aie pas mandé la nomination de M. d'Aiguillon, qui a été le 5 de ce mois? Il donna hier son premier dîner; il y eut cinquante-cinq personnes. Madame d'Aiguillon, la mère, en fit les honneurs ainsi que, sa belle-fille. Tous les diplomatiques sont enchantés de notre grosse duchesse ; en effet, elle est charmante: sa joie est si naturelle, si simple, si exempte de hauteur, de fausse gloire , et elle est si éloignée d'être avantageuse, qne tons les différents partis sont contents d'elle, l'estiment, l'aiment et lui veulent du bien. Vous faites très-bien de hii écrire : elle compte que vous ferez de fréquents voyages à Ruel.
Il est plaisant que vous ayez ignoré la nouvelle destination de votre cousin ' , et qu'ici nous sachions mieux que vous ce qui se passe à Londres. Nous le regrettons beaucoup ; tous ceux qui le connaissent et qui ne jugent pas par les manières extérieures, l'estiment et Paiment. Comme il va être absent pour bien des années, il ne m'importe plus de ce que vous pensez pour lui ; mais s'il était resté parmi nous , j'aurais désiré que tous l'eussiez aimé. Il retourne à Londres lundi ; je tous écrirai par lui pour la dernière fois , et ce sera pour vous souhaiter on bon voynge. Suivant mon calcul , je vous embrasserai de vendredi en quinze, ce sera le 12 ; je souperai cependant chez moi le 1 1 , avec quelque espérance qne vous pourriez bien ■river. Je crois que votre présence me sera fort utile pour tontes sortes de santés ; celle de Pâme sans doute , et même celle Ai corps, qoi depuis quelque temps n'est pas des meilleures.
Pont-de-Veyre se porte mieux , mais H a cependant toujours de petits ressentiments de sa fièvre ; mais il ne veut ni vieillir ni être malade. Il se fait un grand plaisir de vous revoir , nonseulement par Panûrié qu'il a pour moi, mais c'est qu'il en a poor vous.
Point de nouvelles des Churchill, j'en suis extrêmement étonnée.
Je donne demain à souper k mtlord Grantham, à M. Robinson ' , à votre ambassadeur , à votre cousin , à madame de Mirepoix, peut-être à madame d'Aiguillon et à plusieurs autres; ce sera, j'espère, le dernier souper dans ce genre, car je suis infiniment dégoûtée de la nombreuse compagnie. Adieu.
1 Comme ministre plénipotentiaire à la cour de Lisbonne. (A. N.) * Le feu lord Grantham et son frère. Le lord Grantham était alors ambtaaa- ■lt"r eitraordjnaire a 1a cour de Madrid. (A. N.)
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H. DE VOLTAIRE A MADAME LA MARQUISE DU
30 juin |771.
Croyez-mot, madame, si quelque chose dépend de nous, tâchons tous deux de ne point prendre d'humeur. C'est ce que nous pouvons faire de mieux à notre âge, et dans le triste état OÙ nous sommes.
Vous me laissez deviner tout ce que vous pensez; mais pardonnez-moi aussi mes idées. Trouvez bon que je condamne des gens que j'ai toujours condamnés, et qui se sont souillés en cannibales du sang de l'innocent et du faible. Tout mon étonnement est que la nation ait oublié les atrocités de ces barbares. Comme j'ai été un peu persécuté par eux, je suis en droit de les détester; maïs il me suffit de leur rendre justice. Rendez-lamoi, madame, après cinquante années de connaissance ou d'amitié.
J'avais infiniment à cœur que votre grand'maman et son mari fussent persuadés de mes sentiments. Je ne vois pas pourquoi vous ne leur avez pas envoyé cette septième page, et il est très-triste pour moi qu'elle leur vienne par d'autres.
Votre dernière lettre me laisse dans la persuasion que vous êtes fâchée, et dans la crainte que votre grand'maman ne le soit; mais je vous avertis toutes deux que je m'enveloppe dans mon innocence; je n'ai écouté que les mouvements de mon cœur; n'ayant rien à me reprocher, je ne me justifierai pas. Il y a d'ailleurs tant de sujets de s'affliger, qu'il ne s'en faut pas faire de nouveaux.
Je n'aurai pas la cruauté d'être en colère contre vous. Je vous plains, je vous pardonne, et je vous souhaite tout ce que la nature et la destinée vous refusent aussi bien qu'à moi.
Pardonnez-moi, de même, l' affliction que je vous témoigne, en faveur de l'attachement qui ne finira qu'avec ma vie, laquelle finira bientôt.
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Parie, 8 juillet 1771.
Quelle vision ! pourquoi me supposer fâchée contre vous? quel sujet m' eu avez-vous donné? quelle raison puis-je avoir eue de De pas envoyer cette septième page? Vous avez vous-même envoyé l'ouvrage : je recommandais de votre part qu'on lût cette septième page. Je me suis toujours acquittée fidèlement de vos commissions. Ou m'envoie toutes vos lettres; on me charge d'y répondre, et je vais vous transcrire, mot à mot, ce que l'on m'écrit en m' envoyant la dernière.
■ Voici une lettre de M. de Voltaire; je ne lui réponds pas,
• et je vous prie de lui répondre. Dites-lui que je suis très-sen-
• sible à l'intérêt qu'il prend à ma santé, que je me porte fort
• bien, que je suis fâchée de ne pouvoir pas lui répondre, mais
• que, pour de très-bonnes raisons, j'ai pris le parti de ne plus
• écrire du tout; que quand on est parvenu à un certain âge, il
• faut se reposer sur ses enfants d'une foule de devoirs qu'on
• De peut pas rendre, et que je vois avec plaisir que je ne peux > pas choisir une main plus agréable à M. de Voltaire que celle ■ de ma petite-tille. ■
Voilà ses propres termes. Je m'offre, mon cher Voltaire, à être l'entrepôt de votre correspondance. Pour moi, je serais bien fâchée de renoncer directement à la vôtre; le rôle que j'ai à jouer sur le théâtre de la chose publique me dispense d'avoir on sentiment, une opinion, ou du moins d'eu entretenir les «ares. Je ne puis pas m'empëcherdem'intéresserauxédits, surtout à ceux qui regardent les rentes viagères ; j'y avais converti tout mon bien, et M. l'abbé Terray m'apprend que j'ai assez vécu; il dit k moi, et à tous ceux qui n'ont que de ces effets-là, et qui lui représentent qu'il faut bien qu'ils vivent : Qu'i'l n'en voit pas la nécessité. Vous vous souvenez que ce fut la réponse de M. d'Argenson ' à feu l'abbé Desfontaines.
P'ailleurs, je ne m'intéresse à rien; je ne blâme ni n'approuve; je ne dis point, avec Pope, que tout ce qui est, est bien; mais je dirais avec un autre auteur : sottises de toutes parts.
1 M. d'Aiçenson était alors lieutenant général du police à Paria; l'abbé Dfiioritiinea écrivait un journal dan* lequel il n'exprimait souvent de marient à ie faire censurer par le gouvernement. (A. N.)
Gomment pouvez-vous croire que. je cesse de vous aimer, vous qui êtes unique en votre espèce, que j'ai constamment et uniquement admiré ; vous qui m'avez toujours si Lien traitée, et qui me traiterez encore bien à l'avenir, à ce que j'espère, en reprenant F habitude de m' envoyer toutes vos productions, excepté celles qui regardent la chose publique, à laquelle je ne pense que pour faire des vœux pour qu'elle aille bien.
Je souffre de l'absence de mes parents; on ne s'opposera point à ce que je leur rende une petite visite; j'en ferai demander la permission le mois prochain. Je ne puis pas m'éloigner de chez moi dans ce moment-ci, j'attends M. Horace Walpole; madame sa sœur lo(;e chez moi, maïs dés que l'un et l'autre seront retournés en Angleterre, je compte aller à Chanteloup. C'est un grand voyage pour quelqu'un de mon âge, mais l'amitié est la fontaine de Jouvence; je ne désire de la santé et des forces que pour jouir du bonheur de vivre avec mes amis; jugez quel plaisir j'aurais de vous revoir. Ne me parlez plus, mon cher Voltaire, sur le ton de votre dernière lettre; ayez toute confiance en mon attachement, il durera autant que ma vie. Je voudrais bien que ce fut par delà, et qne le paradis fut de retrouver ses amis, et d'être uni à eux pour toute l'éternité.
18 juillet 1771.
Il vous est commode, mon cher Voltaire, de vous persuader que je u'aime pas les encyclopédies ; cela vous dispense de m' envoyer la vôtre ', que j'aurais indépendamment de vous, si ou la trouvait ici. Je n'aime point la science, la morale, la métaphysique in-folio; je ne saurais admirer iù me soumettre à l'autorité et à l'importance de certains auteurs; si j'ai tort, est-ce à vous à m'en punir, quand c'est vous à qui il faut s'en prendre du peu de respect que j'ai pour ces messieurs; c'est vous qui m'avez formé le goût; leurs opinions peuvent être semblables aux vôtres, et je les adopte volontiers ; mais dans la forme et la manière, ils ne vous ressemblent assurément pas.
M. Walpole, qui est un de vos grands admirateurs, veut
' Questions mr l'Encyclopédie. I.t la tire luivaiite, date* du J9, doit l'être du 11. (L.)
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que je tous dise qu'il est infiniment flatté de l'honneur que vous lui faites; qu'il ne se serait jamais attendu à être cité par vous, et que les louanges que tous lui donnez, c'est vous qui les lui faites mériter. Ce sont vos ouvrages qu'il lit sans cesse, c'est P admiration qu'il a de votre style qui forme le sien ; mais il n'a pas, cependant, la présomption de le croire encore assez bon pour oser vous faire lui-même ses remerctments. 11 veut qu'ils passent par moi : j'y souscris en enfant perdu, sans craindre la critique, parce que je suis fort au-dessous de la prétention : c'est votre amitié que je veux, mon cher Voltaire, et, pour nouvelle preuve, votre Encyclopédie. Vous ne devez pas écrire un mot sans m'en faire part; envoyez-moi donc incessamment cette Encyclopédie, afin de pouvoir la porter à Chanteloup, où j'espère aller an commencement de septembre. Vous n'aurez ni rime ni raison de moi que vous ne m'ayez accordé ma demande. Il me semble que vous m'aviez donné l'espérance de venirfaire an tour ici ; il n'y a point de temps où je ne vous désire, maïs dans ce moment-ci, je vous désirerais plus que dans tout autre; vous feriez connaissance avec M. Walpole, et je suis persuadée que vous seriez fort contents Pun de l'autre, et moi je le serais infiniment de me trouver entre vous deux : mais, vanité des vanités, tout n'est que vanité! J'en excepte l'amitié, que je crois, (quoi qu'on en dise) le plus grand bien de la vie.
M juillet «71.
Dieu soit béni, madame, votre grand'maman me rend justice et vous me la rendez, le ne crains plus de déplaire a une âme aimable, juste et bienfaisante, pour avoir élevé ma voix contre des êtres malfaisants et injustes, qui, dans la société, ont toujours été insupportables, et dans l'exercice de leur charge, tantôt des assassins et tantôt des séditieux.
Je suis dans un âge et dans une situation où je puis dire la vérité. Je l'ai dite sans rien attendre de personne au monde, et •oyez sûre que je ne demanderai jamais rien à personne, du ■toint pour moi, car je n'ai jusqu'ici demandé que pour les «■très.
Si M. Walpole est à Paris, je vous prie de lui donner à lire
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la page 76 de la feuille que je vous envoie ; il est dit un petit mot de lui. J'ai regardé son sentiment comme une autorité , et ses expressions comme un modèle. Cette feuille est détachée du septième tome des Questions sur l'Encyclopédie, que vous ne connaissez ni ne voulez connaître. Ou a déjà fait quatre éditions des six premiers volumes, comme on a fait quatre éditions de ce grand dictionnaire qui est à la Bastille. Il est en prison dans sa patrie; mais l'Europe est encyclopédiste. Vous me répondrez comme une héroïne de Corneille à Flaminius :
Le monde soua toi lois ! ah , voua me feriez peur, S'il ne t'en fallait pat l'Arménie et mon cœur!
Ne confondez, pas je vous prie, l'or faux avec le véritable. Je vous abandonne tout l'alliage qu'on a mêlé à la bonne philosophie. Nous rendons justice à ceux qui nous ont donné du vrai et de l'utile ; soyons ce que le parlement devrait être, équitable et sans esprit de parti ; réunissons-nous dans cette sainte religion qui consiste a vouloir être juste, et à ne voir, autant qu'on le peut, les choses que comme elles sout.
Si vous daignez vous faire lire la feuille que je vous envoie (laquelle n'est qu'une épreuve d'imprimeur), vous verrez qu'on y foule aux pieds tous les préjugés historiques.
Il y a d' autres articles sur le Goût, tout remplis de traductions en vers des meilleurs morceaux de la poésie italienne et anglaise. Gela aurait pu vous amuser autrefois; mais vous avez traité tout ce qui regarde Y Encyclopédie comme vous avez traité mon impératrice Catherine. Vous êtes devenue Turque pour n'être pas de mon avis.
Avouez du moins qu'on lit ^Encyclopédie k Moscou, et que les flottes d' Archange! sont dans les mers de la Grèce. Avouez que Catherine a humilié l'empire le plus formidable, sans mettre aucun impôt sur ses sujets; tandis qu'après neuf ans de paix, on nous prend nos restrictions sans nous rembourser, et qu'on accable d'un dixième le revenu de la veuve et de l'orphelin.
A propos de justice, madame, vous souvenez-vous des quatre Êpitres sur la loi naturelle? Je vous en parie, parce qu'un prélat étranger, étant venu chez moi, m'a dit que non-seulement il les avait traduites, mais qu'il les prêchait. Je lui ai répondu que M. Pasquier, l'oracle du parlement, les avait fait brûler par le bourreau de son parlement. Il m'a promis de faire brûler Pasquier, si jamais il passe par ses terres.
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De ma maison des Quime-Viiigli ù la votre, S anguxte (1771).
« Envoyez-moi des pâtes d'abricot de Genève. »
Cela est bientôt dit, madame, mais cela n'est pas si aisé à faire. Vos confiseurs de Paris s'opposent à ce commerce. Il n'a jamais été si difficile d'envoyer un pot de marmelade dans votre pays lorsque toute l'Europe en mange. Si M. Walpole demeurait encore quelquefois en France, on pourrait lui en envoyer; car je ne crois pas qu'on soit assez hardi chez vous pour saisir les confitures d'un ministre anglais.
Quand vous verrez votre grand' maman, je vous prie de me mettre à ses pieds. Elle m'a pardonné mon goût pour Catherine; elle me pardonnera bien la juste horreur que j'ai eue de tout temps pour les pédants qui tirent la guerre des pots de chambré au grand Coudé , et qui ont assassiné un pauvre chevalier de ma connaissance.
Passez-moi l'érnétique, madame, et je vous passerai la saignée. Je vous sacrifierai une demi-douzaine de philosophes ; abandonnez-moi autant de pédants barbares, vous ferez encore un très-bon marché.
Ne m'aviez-vous pas mandé, dans une de vos dernières lettres, que les nouveaux règlements de finance vous avaient fait quelque tort? Ils m'en ont fait beaucoup, et j'ai bien peur que cela ne dérange la pauvre petite colonie que j'avais établie au pied des Alpes. Je croîs que la France est le pays où il doit y avoir le plus d'amis; car, après tout, l'amitié est une consolation, et on a toujours besoin en France de se consoler.
Ma plus grande consolation, madame, a toujours été la bonté dont vous m'avez honoré dans tous les temps. Vous savez si je tous suis attaché, et si je ne compterais pas parmi les plus beaux moments de ma vie le plaisir de vous entendre; car, grâce à nos yeux, nous ne pouvons guère nous voir.
Je ne peux vous dire, madame, que je vous aime comme mes yeux; mais je vous aime comme mon âme, car je me suis toujours aperçu qu'au fond mon âme pensait comme la vôtre.
CORRHSl'ONDABCB COMPLETE
MADAME LA MAROCISE OU DEFFAND A M. HORACE WALPOLE
Mardi 3 septembre, h six heures du matin, 1771.
Toutes réflexions faîtes, la meilleure tournure que je puisse donner à mes lettres est celle d'un journal ; je tous écrirai donc tous les jours l'histoire de la veille; vous y trouverez rarement des faits intéressants, mais il y aura quantité de noms propres , quelquefois des faits, toutes les nouvelles que j'apprendrai; et jamais, non jamais, des pensées ni des réflexions.
Pour commencer, hier quand vous fûtes parti ' on ferma ma porte ; on l'ouvrit une demi-heure après , et l'on m'apporta an billet de la princesse de Beauvau, et deux lettres de la poste; le. billet, disait qu'il ne fallait prier personne pour ce soir, qu'on pouvait bien quelquefois souper en particulier. Les lettres étaient de deux prélats, l'une de mon neveu*, fort triste, fort tendre et fort naturelle; l'autre de mon ami, qui a le bonheur de vous plaire1; la date était du 28; il ne savait rien de l'événement*; il me disait ses conjectures; il ne savait rien non plus du changement de mes projets; il me croyait partie, ou même arrivée; il m'exhortait a être fidèle à la résolution de ne pas excéder un mois; il est dans tous vos principes, ses conseils ressemblent aux vôtres ; c'est la pierre de touche à laquelle je reconnais le bon sens et l'amitié.
Mercredi , à sept beurca du malin.
Ma journée d'hier fut bien insipide; je vis l'évêque d'Arras ', je sentis du plaisir à être dégagée d'avec lui; je vis aussi votre cousin \ il viendra me tenir compagnie ce soir. 11 rit plus qu'il ne parle ; je suis si sérieuse, qu'il est impossible que je ne l'ennuie; je ne sais de quoi lui parler; j'eus hier à souper M. et madame de Beauvau, la princesse de Poix, l'archevêque d'Aix '
t M. Walpote arriva à Paria le 10 juillet, et quitta cette ville le î septembre vivant. (A. H.)
* L'archevêque de Toulouse. (L.)
* L'évêque de Mirepoii (L.)
* Jj dingràce du prince de Beauvau, et aa retraite du gouvernement de Languedoc. (A. H.)
» M. de Coniié, éVeque d'Arras. (A. H.) « M. Thomas Walpole. (A. N.) ï L'abbé de Cicé. (A. N.)
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et l'ami Pont-de-YevIe ; je mis toutes tos leçons en pratique; elles me détiendront chaque jour plus aisées h suivre; je m'intéresse si peu ii tous les sujets qu'on traite, j'y prête si peu d'attention, qu'il me sera facile de ne choquer personne par mes contradictions; dans le temps que la conversation fut le plus animée, je pensais à Arras, à Gala», au passade à Douvres, et à Londres; j'aurais préféré des nouvelles de ces lieux-là à toutes celles de la cour et de la ville.
LA MÈNE AU MÊME
Mardi 3 septembre 1TT1 , a sii heures du soir.
M. Blackier ' passa hier la soirée chez moi ; voici ce qu'il m'a raconté. Le 25 du mois passé, qui était un vendredi, il fut dîner chez M. d'Aiguillon ; on ne se mit à table qu'à trois heures, le conseil ayant duré jusqu'à cette heure-là. C'était le propre jour de la Gazette où est l'article de miladv Waldegrave. M. d'Aiguillon, en rentrant chez lui, prit M. Blackier en particulier, et lui dit : Monsieur, je Tiens de porter au roi la Gazette, et je lui ai fait lire l'article d'Angleterre. Sa Majesté est très en colère contre les gazetiers, de leur» insolences; il est bien éloigné de vouloir manquer de considération au roi d'Angleterre, il m'a ordonné de les punk, et on leur a ôté la Gazette. M. Blackier marqua beaucoup de surprise, et assura M. d'Aiguillon que le roi d'Angleterre ne serait nullement taché de l'article, mais beaucoup de la punition qu'on voulait faire aux auteurs; que souffrant dans son propre pays tout ce que tes papiers publics contenaient contre lut, il était bien éloigné de trouver «mauvais les écrits des antres pays, et qu'il ne ferait certainement nulle attention à cette Gazette*. Le même jonr, M. d'Aiguillon tint le même propos à milord Harconrt, qui lui Et la même réponse, et ne se contentant pas de lui avoir parte, il lui donna par écrit le désaveu de cette Gazette, en le priant de le notifier au roi d'Angleterre.
1 Le colonel Btaehier , ensuite sir John, et maintenniit lord Ilhu-kier, 18J7. Il était secrétaire d'ambassade auprès do lord H ar cou ri. (A. N .)
1 Dans la Gasetle de France on avait parlé de \\\ comtesse douairière de Waldegrave comme femme du duc de Gtoceslèr, avant que leur mariage tût rtudo public et avoué par la cour de Londres. (A. N.)
Le Hlackier ne doute point que l'on cherchait nn prétexte pour ôter la Gazette à MM. Arnauld et Suard; milord Harcourt a sollicité pour eux ainsi que M. Blackier, mais on croit qu'on ne leur pardonnera pas, et l'on me dit hier qu'il était question de la donner à M. Marin.
M. de Guignes a été bien reçu ; le soir le roi lui donna le bougeoir; on ne doute cependant pas que tous n'ayez le baron de Breteuil : maïs rien n'est encore déclaré.
Adieu, mon cher ami, votre laquais attend ma lettre, il part demain matin; il compte n'arriver que mardi ou mercredi, ainsi je ne doute pas que vous ne receviez ma lettre par la poste un jour plus tôt que celle-ci.
LA MÊME AU MÊME
Paria, lundi 23 septembre 1771-
Oui, je désire d'être raisonnable ; maïs que faut-il donc (aire pour y parvenir? Je croyais que vous étiez charmé de ma conduite, que vous y aviez trouvé du changement, et que vous vous en applaudissiez; et point du tout! Vous me donnez des louanges que je ne mérite pas, pour faire passer à leur faveur un blâme que je ne mérite peut-être pas davantage. Je ne peux pas, dites-vous, souffrir la contradiction : quand on me donne des raisons, je suis toujours prête à m'y soumettre; mais je ne saurais supporter le manque de justesse, l'opiniâtreté et l'aigreur. Je pourrais avoir le ton plus doux et plus poli, j'en conviens, mais je ne suis point avantageuse, et je suis toujours prête à me rendre aux avis des autres, quand ils sont raisonnables. Voulez-vous que je ne dispute plus? voulez-vous que je change de caractère? Non, vous ne le voulez pas. Il vaut mieux être un méchant original qu'une bonne copie ; il faut se rechercher dans son naturel, il faut le régler, le conduire, maïs jamais le perdre. Je peux être née imprudente; il faut m'en corriger et me contenter d'être franche, et ne point me donner pour être mystérieuse et réservée; rappelez-vous, mon ami, les personnes qui sont toutes parfaites, qui s'observent sans cesse, qui passent les vingt-quatre heures sans faire une faute, et mettez-moi à côté, moi qui en fais bien plus que Dieu n'en pardonne aux justes, et dites franchement laquelle vous plaît le
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plus. Soyez raisonnable à votre tour, mon ami, contentez-vous des progrés que vous avez trouvés à votre dernier voyage, espérez d'en faire encore davantage dans ceux qui le suivront. Dites-moi pourtant toujours la vérité, mais n'affectez plus une sévérité dont il n'est plus besoin. Ne pensez plus de moi ce qu'on dit aux enfants : Quanti on vous donne un pied, vous en prenez quatre. Oh! non, non, vous n'avez plus rien à craindre; lielas! hélas! c'est tout au contraire; je suis bien éloignée de me flatter et d'abuser; je suis toujours prête à tomber dans les plus excessives défiances. Mais voilà- l-il pas que vous baillez? Venons aux nouvelles, aux noms propres, etc.
Votre cousin arrivera à Londres, chargé de toutes sortes d'écrits ; je lui ai recommandé de vous prêter ceux dont vous seriez curieux. La fin de la seconde partie de la Correspondance pourra vous divertir : les Lettres d'un homme à un autre homme m'ont paru ce qu'il y a de plus raisonnable; mais dans le fond, tout cela ne vous fait rien. Ce qui me décourage a vous mander des nouvelles, c'est qu'il me semble qu'elles vous doivent bien peu intéresser. Vous vous affectez cependant de celles delà cour de Louis XIV. Voyons 'l'effet que vous feront celles de la cour de Louis XV. Vous étiez ici quand on a ôté m («rince ' son commandement. Vous avez vu la lettre du roi et sa réponse. Le jour de votre départ il eut une audience du roi. Il lui donna le mémoire de l'état de ses affaires, de ses dettes, qui sont sept cent mille francs qui portent intérêt, et quatre cent soixante mille livres de dettes criardes; il demande des secours d'argent et de continuer à être employé lieutenant général, ce qui vaut trente-sept mille francs d'appointements. La première demande a été refusée tout net. On n'a point encore répondu à la seconde. Vous trouverez comme moi qu'on a grand tort de contracter autant de dettes, quand on n'a pas des fonds pour en répondre, et qu'il ne faut pas être si glorieux et avoir tant de hauteur, quand on a besoin d'avoir recours aux grâces. Tout cela n'est que trop vrai, mais j'en plains davantage ce pauvre prince , qui a été entraîné dans le malheur, ainsi que notre premier père, par l'instigation de sa femme, qui fut séduite par l'instigation de Lucifer, ou de son orgueil.
La sœur * affecte beaucoup de chagrin ; elle dit à moi et à 1 De Beau van. (L.) 1 La maréchale de Mirepoii. (A. N.)
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' d'autres qu'elle rend tous les services qui dépendent d'elle ; je ne sais si cela est sincère et si la haine qu'on a pour la bellesœur ne l'emporte pas sur l'amour qu'on a pour le frère. Je marche sur des œufo entre ces deux partis, et ne voulant m'arttirer l'inimitié d'ancun, je n'ai l'amitié véritable ni de Fun ni de l'autre. Tous les deux me parlent très-librement et sans défiance, mais c'est par le besoin et le plaisir qu'ils ont à répandre leur fiel. Toute la part que j'y prends, c'est d'observer le cœur humain ; je n'en connais qu'on dont je puisse penser du bien; souffrez cette douceur en passant.
J'eus avant-hier le prince, la princesse ', les archevêques d'Aix et de Toulouse. Ce dernier est bien triste; il croyait n'être qu'aux premiers échelons, et il pourrait bien ne jamais monter plus haut ; son esprit s'en ressentira. Le mouvement lui était nécessaire pour s'accrottre, le repos l'affaiblira.
Le chancelier poursuit son ouvrage. Les parlements de Bordeaux et de Toulouse sont cassés et rétablis, celui de Rouen sera détruit, je crois, le 26; on y substituera un conseil supérieur. Celui d'Aix viendra après. 11 sera cassé et rétabli. Celui de Bretagne est réservé pour la bonne bouche. On Ôlera le commandement de cette province à M. de Duras; le comte de Broglie espérait l'avoir, il est presque sûr qu'il ne l'aura pas, et qu'il sera donné à M. de Fitz-James.
La duchesse de BoufHers ', qui avait donné sa démission de sa place chez madame la Daupnrne, vient d'être remplacée par la duchesse de Luxembourg*.
Adieu , à demain ou à m autre jour. Je prévois que votre cousin ne partira pas sitôt.
Mercredi*».
Depuis lundi, il n'est pas survenu de grands événements; les gazettes, si vous les lisez, vous auront appris la mort de ra duchesse de Villars, et que sa place est donnée à madame la duchesse de Cossé, fille de M. de Nivernois*. Elle l'aurait refusée
1 De Beauvau. (L.)
3 Veuve du duc de BoufHers, fiU de la maréchale de Luxembourg , de ion premier mariage, et mère de la duchesse de Lauzun. (A. N.)
1 Le mari da cette darne ri ' cita it pas un fils du maréchal de ï.uiembonrjj , mais du duc de Boulevîlle, branche de la maison de Luxembourg. Durant la vie de son père, on le nommait M. de Poyanne. Il épousa une fille du marquis de Panlmy, et prit, après son mariage, le titre de duc de Luxembourg. (A.N.)
* Il était difficile d'avoir plus d'esprit et de l'avoir plus cultivé que la duchesse de Cossé. (A. N.)
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de grand cœur; mais son mari, qui est favori de la Sultane ', l'avait demandée à son insu et l'a obligée de l'accepter; mais comme elle nourrit sa petite fille, on lui permet de n'entrer en exercice qu'après qu'elle l'aura serrée. Madame la Dauphme n'a pas d'éloignement pour elle; maïs elle est fâchée qu'on n'ait pas choisi pour cette place une de ses dames de compagnie. On parte tous les jours du renvoi de l'abbé Terray : mais au moment- qu'on le croit noyé, il reparaît sut l'eau. Sa dame de la Garde *, qui est une infâme, vient d'être renvoyée : il y a été forcé; ce sacrifice le soutiendra peut-être quelques semaines, mais il périra à la fin. J'ai quelque soupçon que votre cousin en sera fâché; il a, dît-on, d'assez fâcheuses affaires avec les fermiers généraux sur les fournitures ,de tabac, et le Terray lui est favorable.
Je trouve que vous avez raison quand vous dites qu'il y a des esprits marchands, qui se moquent et méprisent tout ce ■rai n'a pas directement l'intérêt pour but. Je pensais l'autre jour que bien des gens faisaient une grande dépense d'esprit «ans en avoir la propriété; tout ce qu'ils ont est d'emprunt, on rie hasard, comme l'argent du jeu. Je dis cela hier à la maréchale de Luxembourg : je fus bien surprise de ce que nonseulement elle trouva que j'avais raison, mais elle dit qu'elle allait me le prouver par un exemple dont elle me demandait in grand secret; elle me nomma tout bas l'Idole. Ah! mon Dieu, lui dîs-je, vous ne vous souvenez donc pas que c'était la femme du monde que vous prétendiez qui avait le plus d'esprit? Ah! oui, dit-elle, je le pensais alors, et je ne le pense plus aujourd'hui. Et moi, madame la maréchale, je ne l'ai jamais pensé.
11 me resterait à vous parler des ambassades. Tout est encore problématique; mois votre cousin, qui vous rendra cette lettre, est très-instruit sur cet article, qui sera plus éclairci quand il partira, qu'il ne l'est à présent. Pour mot, je crois toujours que ce sera le baron de Breteuil ; il vous dira aussi que tout le corps diplomatique donne l'un après l'autre des dîner» au batha d'Aiguillon. Bâcha : souvenez-vous que c'est ainsi que je l'ap-
1 Madame du Barry. (A.N.)
1 La maitrette de l'abbé Terray, qui de concert (comme on le supposa) me l'abbé, recevait de l'argent, Don-sealcmenl pour chaque faveur, rirais **•* caaqve acte de Julie* au d'injastice bjb'cj* aoNkîlak d*M le depsrttsn—t ia coDlrOtcnr général des finances. (A. K.)
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pelleraî. L'ambassadeur d'Espagne se distingue singulièrement ; il ne va à aucun de ces dîners. 11 a refusé celui de madame de Valentinois où était la sultane; la sultane en doit donner un lundi, où tous nos mandarins et tous les diplomatiques sont invités .
J'ai eu une seconde visite de Caraccioli ; il parle facilement , abondamment, et communément. Gela vaut autant et même un peu mieux que Saint-Chrysostome '.
Y a-t-il exemple d'une pareille bavarderie? Ah ! je vous en crois bien ennuyé. Cependant elle pourrait n'être pas finie, cela dépend du départ de votre cousin.
Lundi 30.
La lettre que je reçus hier, datée du 23, devrait bien me couper la parole; j'y ai cependant répondu hier par la poste; je ne vous en dirai donc rien aujourd'hui, si ce n'est que je vous prie de bannir vos craintes, ou du moins de ne m'en plus parler; attendez mon manque de parole pour m'en dire de dures et de désobligeantes ; je les mériterai alors, comme étant la plus basse, la plus sotte, la plus folle, en un mot la plus ridicule du monde.
Je ne sais plus du tout quand votre cousin partira; je suis bien tentée de vous envoyer ce volume par le Blackier; il prétend qu'il n'y aura nul inconvénient. Si je vois que votre cousin ne se détermine pas à partir, je pourrai bien prendre ce parti.
Je vais vous surprendre, en vous apprenant que la grosse duchesse dîne aujourd'hui à Luciennes chez la sultane; le pacha, son fils, a exigé d'elle cette complaisance; il y a huit jours qu'elle s'en défend; mais il a fallu céder ou se brouiller avec lui. La petite maréchale ■ est fort aise de l'avoir pour compagne. Les autres femmes qui sont à ce dluer sont mesdames de Valentinois, de Montmorency et de Choiseul; ce dernier nom vous surprend; mais c'est celle qui est jeune et belle, et dont le mari est le grand ennemi du grandpapa *. Les autres convives sont H. le chancelier, tous les ministres d'Etat et tout le corps diplomatique, excepté les ambas-
1 Nom que , par plaisanterie de société on avait donné, on ne Mil trop pourquoi, à mademoiselle Sanadon. (A. N.)
s De Mirepoix.
3 Dn M. de Choiieul, qui était au service de la marine, de la même famille que le duc de Choîgeul, mais principalement connu par «on inimitié contre ion parent. (A. N.)
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sadeurs d'Espagne et de Naples; ce sont les seuls qui ne vont point chez elle; apparemment qu'ils suivent leurs instructions. Je ne veux point tarder à tous donner du plaisir; l'affaire de l'armure ' est en très-bon train ; mais après l'aventure des Mémoires de M. de Saint-Simon *, je n'ose plus compter que sur ce que je tiens. Dites-moi, si votre prudence vous le permet, s'il n'y a point quelque sujet d'inquiétude sur la guerre. Nos confédérés ' d'ici, qui ne demanderaient que plaies et bosses, en murmurent quelque chose; le prétendant a quitté Home. On dit qu'il va se mettre à la tête des confédérés de Pologne ; le marquis de Fitz-James est parti avec une commission de noire cour. On dit que c'est pour le joindre ; cela ferait-il quelque sensation chez vous? Cette nouvelle ne me parait qn'une peau d'ane, c'est-à-dire un conte.
LA MEME AU MÊME
Paris, mercredi 9 octobre 1771.
J'attendais constamment le départ de votre cousin pour (aire partir mon volume; il est énorme; mais ce sont des rapsodies de trois semaines, de vieilles nouvelles, des réponses à quelques-unes de vos lettres dont vous ne vous souviendrez plus; enfin de vrais galimatias. ■Pourquoi me l'envoyer, me (tirez-vous? Je n'en sais rien, si ce n'est par le regret du temps que j'aurais perdu. Vous voilà prévenu; si vous craignez l'ennui à un certain point, tenez-vous-en à la lettre d'aujourd'hui, et jetez le volume au feu.
J'ai de bien mauvaises nouvelles à vous donner sur l'armure ; voilà le billet que je viens de recevoir de madame de la Vallière , qui vous mettra parfaitement au fait. Vous jugez bien que j'attendrai votre réponse pour terminer cette affaire ; l'armure restera chez madame de la Vallière jusqu'à ce que je l'aie reçue. Ce bijou me parait un peu cher *, et ressemble beau-
1 L'armure de Franco» I", maintenant a Strawberry-Hill. 1BST. (A. S.) 1 Le manuscrit des Mémoire! du duc de Saint-Simon publié» depuis, que
miHame du Deffand croyait entre les ntaini du duc de Choiseul, tandis qu'il
Haït déposé aux archives des affaires étrangères. (A. N.) 3 C'est de la sorte qu'elle indique le parti du duc de Choiseul. (A. N.) * On l'avait d'abord estimé mille écut; mais il fut acheté pour cinquante
anii. {A. N.)
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coup au casque du château d'Otrante. Si vous persistez à le désirer, je le payerai, je le ferai encaisser et partir sur-le-champ. C'est certainement une pièce très-belle et très-rare; mais, comme voue voyez, infiniment chère, et pour laquelle il faudra peut-être faire bâtir un château de Madrid, comme nous en avons dans le bois de Boulogne.
A l'égard de votre lit, de ses circonstances et dépendances, et des deux fauteuils, je n'enverrai chercher le marchand de la rue de la Huchette que lorsque M. d'Aiguillon se sera décidé à nommer un ambassadeur ' . Votre cousin vous racontera tout ce qu'il fait. Il est très-bien instruit, et il vous mettra au courant, mieux que je ne pourrais faire, de l'état des choses et du jugement qu'on en peut porter; il a de l'esprit, de la chaleur et beaucoup de franchise; je devrais peut-être dire d'indiscrétion : vous ne serez pas étonné si ces deux mots me paraissent synonymes.
Nos confédérés sont étrangement scandalisés du dîner que la grosse duchesse d'Aiguillon a fait à Luciennes; la grand'maman dit qu'elle s'est souillée. La crainte qu'elle me parait avoir de le céder en chaleur et en animosité aux dominations (c'est ainsi que je nomme les dames de Beauvau et de Gramont) , la fait tomber dans des exagérations ridicules et risibles. Vous ne le croirez jamais, mais je me conduis avec une prudence ineffable; j'en suis moi-même étonnée, et je cherche quelle est la cause de ce grand changement; je n'aurai point la fadeur de vous dire : C'est le désir de vous plaire ; non, ce n'en est point le motif, il me semble plutôt la vanité déjouer dans tout cela une espèce de petit rôle; et puis, ajoutez l'excessive indifférence que j'ai pour les deux partis. Je vous sais bien bon gré de m' avoir détournée de mou voyage ; c'était une entreprise, par rapport à mes forces et à mes sentiments, beaucoup plus grande que nature. Je me trouve très-bien de l'habitation de mon tonneau. Je crains moins l'ennui, je m'accoutume à mon âge; je sens que mon bonheur dépend de supporter patiemment les privations , et d'arriver par degrés à pouvoir me passer de tout.
On est d' avant-hier à Fontainebleau;. Paris sera pour moi comme Londres l'est pour vous; mais je n'ai point de Strawberry-Hill, je ne puis avoir les mêmes occupations que vous
1 Ppur Londrei, C'est avec le bagage de cet «nbatMileur qu'on devait envoyer le lit de M. Walpole. (A. N.)
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avez. D'abord je n'ai point d'yeux, ni de talent; je n'ai ni chien, ni chat, ni goût, ni fantaisies, et je sui.s pour ainsi dire réduite à moi-même, à mademoiselle tjaint-Chrysostome et quelquefois à la fièvre et à la continuelle toux de l'ami Pont-de-Veyle : oui , à sa toux et à sa lièvre ; car dès qu'il a du relâche, il abandonne le coin de mon feu pour l'opéra-comique, et ma soupe et mon poulet pour aller souper ailleurs. Eh bien , en vérité, je trouve tout cela fort bon.
Je voie beaucoup Caraccîoli; c'est comme si je l'avais vu toute ma vie; on est pour lui, dés la première fois qu'on le voit, ce qu'on pourrait être pendant toute une éternité, il m'amena hier Goldoni, pour me lire une comédie qu'on appelle le Bourru bienfaisant; on m'en avait dît tant de bien, que je désirais de l'entendre. Je fus bien attrapée, c'est la pièce la plus froide, la plus plate qui ait paru de nos jours ' . Mais j'aurai plus de plaisir ce soir : mesdames de Mire poix , de BouMers et de Boisgelia souperont chez moi; elles réciteront des scènes du Misant/irope. Elles eu récitèrent avant-hier des Femmes fanantes, mais si parfaitement bien, qu'il y avait longtemps que je n'avais entendu rien qui me fit autant de plaisir. Mais je m'avise que je ne vous en fais guère en écrivant si longuement ; j'espère du moins que le style ne vous déplaira pas, c'est celui dont je me sers avec tous mes autres amis.
Se tardez pas à me répondre et à vous décider pour l'armure; si vous persistez a la vouloir, vous l'aurea au plus tard dans le courant du mois prochain.
' Cette pièce ut excellente, quoi qu'en diae madame du Deffand, mai* ou ne peut la juger qu'à la représentation.' Lue par Goldoni , qui parlait mal notre langue m la prononçait encore plus mal, elle dut paraître ennuyeuse. (A. M.) Il en rertain qu'elle avait eu le plus grand anrcè*. • Pièce fortunée, ditGoldoai en parlant d'elle dana «es Mémoires, qui a couronné mes travaux et a ■M la sceau a ma réputation. Elle a été donnée pour 11 première fois i Paria, le i novembre 1771, et le lendemain a Fontainebleau; elle eut le même fsecca a la cour et à la ville. J'eus dti roi une gratification de cent cinquante louij; )e droit d'auteur me valut beaucoup à Paris, mon libraire (ne traita mt. Je me via comblé d'honneur, de plaisir et de joie. • (L.)
madame la marquise dd deffah» a m. le chevalier de l islt * (inédite).
Ce mercredi, 16 octobre 177is.
J'allais répondre -à votre première lettre quand j'ai reçu la seconde du 13; elle m'a fait transir de peur*. Vous avez mis dans votre récit tout l'art de la tragédie ; j'étouffais ainsi que le pâtissier dans sa cheminée, et je n'ai respiré que quand j'ai su qu'il n'y avait ni plaies ni bosses.
Je vous dois bien des remerctments, et je n'aurais jamais cru pouvoir me réjouir de votre absence; c'est cependant ce qui arrive aujourd'hui. Oui, mon cher monsieur, je suis ravie que vous soyez k Ghanteloup, et pour mes parents, et pour vous, et pour moi-même; vous avez trop bien débuté pour ne pas continuer. Vous ne me laisserez rien ignorer de ce qui m'intéresse le plus au monde; cependant vous pouvez encore faire mieux que vous n'avez' fait, et entrant dans de plus grands détails sur ce qui regarde la grand'maman. N'a-t-elle pas été troublée au point d'en être malade? Ses nerfs (qui sont les seuls en qui je crois) ne s'en sont-ils pas ressentis? Voilà ce que je vous prie de me mander. Si elle se porte bien , je n'aurai plus d'autres peines que le dommage et les dépenses qu'il occasionnera; mais il en résultera cependant une sorte d'avantage : mes parents n'accorderont plus si facilement leur consentement pour les aller trouver, je doute que l'affluence soit de leur goût. On juge des autres par soi-même, et quelque plaisir que j'eusse d'être à Ghanteloup, je n'ai point de regret, je l'avoue, de ne m'y pas trouver au milieu de la foule. On est bien éloigné à Paris d'y être exposé. Fontainebleau a enlevé tout le monde. Je n'y ai pas grand regret en général, il. y a cependant des exceptions : je suis fâchée de l'absence de M. de Beauvau, et je suis inquiète de n'avoir point encore eu de ses nouvelles. 11 me dit, samedi, en partant, qu'il comptait que dans trois ou quatre
1 Le chevalier était alors à Ghanteloup. (L.)
1 La lettre n'est point datée , maU, d'après la correspondance, il faut ajouter octobre 1771. (H. de ChU.)
* II est ici question de la chute d'une aile du château de Chantcloup, en 1771. (Hou du chevalier.) Ici le chevalier m trompe d'une année. (H. dt fAsV.)
jours il en aurait à m' apprendre. Vous vous attendez bien que ce n'est pas par moi que vous pouvez être instruit de ce qui se passe, pour plusieurs raisons, et vous vous contenterez de la première: c'est que je ne sais jamais rien. Si vous en voulez • une seconde, c'est que je crois qu'il n'y a rien à savoir. Cela ne m'empêche pas d'avoir beaucoup de choses à vous dire. Il y a une certaine fable ' qui m'a fait un fort grand plaisir*. J'en ai eu beaucoup aussi à la dispute théologique que vous m'avez racontée. Qui est-ce qui a pu croire qu'on pouvait désunir trois choses qui n'en font qu'une, et s'il y avait une distinction, une prédilection pour une des trois, ce serait sans doute (comme tous le dites très-bien) en faveur de celle qu'on peut mettre à toute sauce '. Votre danseuse m'a beaucoup réjouie aussi. C'est un emblème parfait, il n'y manque rien *.
Dites à l'abbé que je ne lui écris point parce que je n'ai rien à lui dire. Il me parle dans sa dernière lettre de gageure, de revengc (sic) ; vraiment, vraiment, il est bien question de tout cela, quand on a son château par terre.
Mes profonds respects à mes parents, mes plus tendres amitiés à l'abbé, et à vous mille et mille remerctments et l'assurance de ma reconnaissance.
MADAME LA MAROt'ISE DU DEPPAND A M. HORACE WALPOLE. Mercredi 30 octobre 1771.
Nous voilà donc en paix! le ciel en soit béni; il nous y maintiendra, j'en suis sûre, et nous n'aurons plus à l'avenir de querelles; nos disputes ne rouleront que sur des larcins d'idées. Comment trouvez-vous cette phrase? La croyez-vous de moi? J'espère que non : elle est de Marmontel , dans le conte des Trois Sultanes. Ah! mon Dieu, quel auteur! Qu'il a de peine,
1 La Jeune Fille et les Oiseaux. Voyci le tome I" de la Correspondance ir madame du DeffanJ , de la duchette de Choiseul, elc. , publiée par M. de Bainl-Aolaire ; page *». (H. de l'hle.)
* « Il y a une certaine fable , • jusqu'à : • Dite* à l'abbé ■ , a été copié dans la collection de Cayrol, qui se trouve aux manuscrits de la Bibliothèque impériale. Correspondance de Voltaire, t. VI , p. 40t. (H. del'/tle.)
3 Celte diipule ihéoloflique concerne sans douta Voluirc , car M. de Cayrol a nia au-deiaua du Folio US le nom de Voltaire.
* Quelle danaeiuc? Une pièce de ver* a chercher? {H. de l'Itlt.)
il. 13
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m CORRESPONDANCE COMPLÈTE
qu'il se donne de tourmente pour avoir de l'esprit I II n'est qu'un gueux revêtu de guenilles.
Vous saura que fat passé une nuit blanche, mais si Mancbe, que depuis deux heures après minuit que je me suis couchée, jusqu'à trois heures après midi que je tous écris, je n'ai pas exactement fermé La paupière; c'est la plus forte insomnie que j'aie jamais eue; mais depuis quinze jours, je ne dors que quatre ou cinq heures par nuit, séparées par des lacunes de six, sept ou huit heures; je ne souffre point, j'ai rarement de l'agitation, je ne sais à quoi attribuer cette incommodité ; j'imagine toujours que ce sont les digestions; cependant je mange fort peu; et tous les jours je fais quelque retranchement ; je me porte bien dans la journée, j'ai la tète libre, et le seul inconvénient que j'éprouve, c'est un peu de faiblesse, et surtout dans les jambes. Suivez mon exemple, non pas en ne dormant point, mais en me rendant un compte aussi fidèle de votre santé, et c'est de quoi vous ne me parlez jamais.
Je suis parfaitement satisfaite que vous soyez content de mes lettres; les louanges que vous leur donnez me font beaucoup de plaisir ; la vanité sans doute peut y avoir part, mais en vérité moins que vous ne croyez. J'ai beaucoup de correspondances actuellement, et même j'ensuis fort fatiguée. Quelquefois j'écris des lettres dont je ne suis pas mécontente ; eh bien ! alors je regrette qu'elles ne soient pas pour vous, et puis je m'en console, parce que vous seriez bien importuné d'en tant recevoir.
Je viens d'écrire à la grosse duchesse qui est à l'ont chart rai n ; je la prie de s'informer du petit paquet que vous m'annoncez et que je n'ai point reçu. Madame de Mirepoix a fait un voyage ici de deux jours, nous avons soupe ensemble chez les Caraman. Son frère est toujours dans la détresse ; s'il n'obtient aucun secours, je ne sais ce qu'il deviendra.
Madame de Luxembourg partît hindi dernier pour Chanteloup ; elle y restera huit jours ; rien n'est plus comique et plus singulier que cette visite. C'est pour qu'elle soit placée dans ses fastes ; ce n'est pas assurément l'amitié qui en est le motif.
Oui, vous avez raison, mon vovage, quoique pour le printemps prochain, n'est pas cependant fort prochain, et sûrement vous serez appelé au conseil; je me trouve trop bien de ceux que vous voulez bien me donner.
Souffrez qu'aujourd'hui je ne vous mande point de nouvelles; j'ai la tète un peu étourdie.
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Je n'ai plus rien à vous dire de votre armure, elle est payée,
et je accrois pas qu'elle le suit plus qu'elle ue vaut; peut-être
aurait-elle été au-dessus de cinquante louis à l'inventaire; muis
il y a grande apparence qu'elle aurait été par delà.
J'ai vus deux fauteuils chez moi; je ne sais ce qui adviendra de votre lit. Les ambassades ue se nomment point; j'en suis fâchée et fort inquiète; j'ai peur que cela ne signifie rien de bon.
Je ue vous ai point parlé de la chute de la moitié" d'une aile du château de Chanteloup ; cet accident arriva le 12 de ce mois, à huit heures et demie du soir, comme on était à table ; un quart d'heure plus tôt, il y aurait eu plusieurs personnes d'écrasées; et si c'avait été la nuit, il y en aurait eu plus de trente; heureusement tout le monde en était sorti; le dommage sera réparé pour douze ou quiuxe mille francs.