‹ Correspondance complète de la marquise Du Deffand avec ses amis le président Hénault, Montesquieu, d'Alembert, Voltaire, Horace WalpoleChapitre 8 sur 38 · I.A SÈME AU MEME · texte numérisé non relu

I.A SÈME AU MEME

ParU, mercredi 13 novembre 1771.

Oh! pour cette fois-ci, votre lettre est forte de choses ; j'attends avec impatience que vous me confirmiez la résurrection du duc de Glocester', mais je ne m'y attends pas. Que je plains madame votre nièce! Convenez que la vie est abominable, que les malheurs sont réels et le bonheur une illusion. J'en suis si fortement persuadée , que la vieillesse m'est moins insupportable (me naturellement eïle le doit être. Je dis sur toutes les choses qui me fâchent (e( qui sont continuelles) : Cela ne durera pas longtemps; cependant la mort ine fait peur; je ne saurais y fixer ma pensée, mais je déteste la vie. Mes insomnies me feront perdre F esprit; ce n'est pas assurément de me coucher trop tard (pli en est la cause : je suis presque tous les jours couchée entre une et deux heures.

Vous me reprochez d'écrire des nouvelles k d'autres qu'à vous, ce reproche est injuste; à qui donc «i-j« écrit? Vous êtes ma seule correspondance en Angleterre. Je suis comme les: petits chiens qui ne sautent que pour le roi; ce n'est que pour vous que je fais l'effort de raconter. Ce que je peux vous dire

1 Le duc il" CtoctU.tr, ifû *e trouvait ilur* un Italie, avait été daM|)Keu- ■cmtm malade et abandonné des médecin*. (A. H.)

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aujourd'hui , c'est que le baron de Breteuil ne tous portera point votre lit, à moins que vous ne vouliez aller coucher à Naples où il est nommé ambassadeur; on ne doute point que M. de Guignes ne retourne chez vous. On prétend que milord Harcourt ne reviendra ici que les premiers jours de janvier, et vous ne reverrez apparemment M. de Guignes que dans le même temps.

Voilà tout le monde qui va arriver de Fontainebleau ; je ne m'en soucie point du tout; j'ai te bonheur d'acquérir de la paresse, qui a beaucoup de ressemblance à T indifférence ; je ne trouve point cet état fâcheux; il y a longtemps que je pense que c'est celui qui convient à mon âge. H est heureux de pou-> voir se passer de ce dont on ne peut jouir.

Je suis charmée de tout ce que vous dites sur le sens commun; tout esprit qui ne l'a pas pour base est fatigant, et ennuyeux à la longue. Je suis absolument de même avis que vous '. Croyez fermement qu'il y a plus de rapport entre vous et moi que vous ne pensez : vous avez plus de force d'esprit et beaucoup plus d'esprit, vous êtes un meilleur observateur, vous avez par conséquent beaucoup plus d'expérience; vous n'avez point besoin d'appui, je ne saurais m'en passer; vous vous suffisez à vous-même , et je ne puis supporter d'être à moi-même ; enfin je suis une femmelette, et vous êtes un homme; il faut que dajis notre commerce chacun y mette son contingent : vous de la raison, moi, de la confiance et de la docilité.

L'Idole est au comble de la gloire; elle avait écrit au roi de Suède; sa lettre n'était point parvenue au roi, mais, comme on la lui avait annoncée, il l'a prévenue et lui a écrit des choses charmantes et admirables; je crois vous avoir mandé que madame de Luxembourg lui avait aussi écrit ; j'ai vu la réponse qu'il lui a faite, qui est fort bien. Cette maréchale, qui est partie pour Chanteloup le 28 du mois passé, n'est point encore de retour. On dit qu'elle arrive ce soir. Est-ce à vous que j'ai

1 M. Walpole avait dit : ■ En (ont, qu'où pense ce qu'un veut, il n'y a de sûr que le sens commun. Il me «érable que toute autre sorte «l'esprit n'est qu'un écart, une manière de déraisonner agréable pour le moment, mais suivie de regret». Notre roule est crayonnée, bornée, limitée. Il Faut y marcher aussi doucement qu'il est possible ; il ne lient pas à nous d'en tracer une nouvelle, sans rendre la seule que nous ayons plus difficile et quelque Foi.' dangereuse. Si j'avais un enfant à élever, je serais tenté de ne lui dire que >-e peu de mots : Ne prenei de ipiide à votre conduite que le sens commun, qu'il soit votre confesseur, votre médecin et votre avocat. ■ (A. N.)

mandé que les voyages de Chanteloup ne signifiaient plus rien? On ne sait plus quel sentiment y conduit.

Je suis si charmée de ce que vous dites que vous diriez a l'enfant que vous élèveriez, que je me fais votre enfant ; je vous prends pour mon confesseur, mon avocat, mon médecin, enfin pour mon sens commun. Adieu. Je suis fâchée que vous n'ayez point vu votre cousin Thomas. Je voudrais que vous causassiez avec lui.

LA MEME AU MEME

Vendredi 15 noTembre 1771.

Cette lettre-ci est un hors-d* œuvre, je vous prie de n'en être point fâché; je pourrais lui trouver une raison, mais je veux Meit l'avouer, ce n'est qu'un prétexte. Milord Spencer m'a dit qu'il partait dimanche ; je vous l'annonce pour que vous puissiez prévoir son arrivée, et envoyer chez lui chercher trois paquets.

J'ai relu bien des fois votre dernière lettre ; je ne puis vous dire à quel point j'en suis charmée. Il n'y a point de meilleure consolation pour moi que l'intérêt que vous me marquez ; je ne puis douter qu'il ne soit sincère ; indépendamment de tout ce qui peut me le prouver, le style seul m'en peut convaincre : votre philosophie est si simple, si naturelle, qu'elle fait sur moi une grande impression ; mais je voudrais qu'il put suffire de se soumettre à tous les malheurs inévitables , pour les pouvoir supporter patiemment ; j'y fais tout mou possible ; soyez sûr que je bannis tous les raisonnements, et que je suis aussi persuadée que vous qu'il faut s'en tenir au sens commun. Je ne m'afflige point d'être vieille et aveugle, parce qu'il est impossible que cela soit autrement ; mais il est des malheurs qu'on croit qui pourraient cesser, où l'on se flatte qu'il y aurait du remède ; on ne peut s'empêcher de le chercher, de le désirer; mais bien loin de le trouver, on accroît ses peines par les difficultés qu'on rencontre, on ne peut compter sur la bienveillance de personne; ou l'on vous blâme, ou l'on vous envie; on ne trouve que de l'indifférence ou de la haine, de l'insipidité ou de la malignité, et souvent toutes les deux rassemblées dans les mêmes personnes. Ne lavez-vous pas éprouvé, et n'est-ce pas

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par cette même raison que vous aimez tant la solitude? Je n'ai qu'un seul honneur dans ma vie , c'est d'avoir sait un ami tel que vous ; mais voyez et juge/ à quelle condition j'en jouis. Ne craignez rien , je n'en dirai pas davantage, je passe à ce qui peut vous amuser.

Je vis hier madame de Luxembourg qui m'apporta une lettre de la grand'mamau. Elle n'était de retour que la veille an soir; elle se loue beaucoup des gens qu'elle a vus ; je rus très-contente de tout ce qu'elle me dit ; je crois qu'elle s'est très-bien conduite, et qu'on a été très-content d'elle.

L'abbé Barthélémy arrive ces jours-ci, j'aurai du plaisir à le revoir; il me fera passer quelques moments agréables.

Voilà tout le monde qui, à la file, arrive de Fontainebleau : M. et madame de Beauvau, aujourd'hui; madame de Mirepoix, dimanche ; et tous les étrangers successivement.

Le Blackier a du Stanlev ' dans sa façon de parler ; it n'a pas le même accent, mais il a la même manière. Il est lent, il est froid, n'a point de premier mouvement, il pèse tout ce qu'il dit, et tout ce qu'il dit me pnrait pesant sans avoir de poids. J'aimais bien mieux Bobert * , lequel est un grand ennemi «Vs inutilités. J'en suis une pour lui, aussi je n'en entends plus parler. Thomas ' prétend qu'il reviendra ici ce printemps; et je le crois , parce que ses affaires l'v rappelleront : j'aurai» voulu que vous eussiez pu causer avec lui a son arrivée ; j'en étais convenue avec lui, il devait vous dire tout ce que je ne pouvais pas vous écrire ; je m'étais flattée que même, par rapport à moi, vous auriez été bien aise de l'entretenir.

Mon petit présent à la grosse duchesse (*f Aiguillon) a parfaitement réussi : je suis fort bien avec elle ; elle est extrêmement occupée. Madame de Maurepas * est très-mal, il n'v n pas d'apparence qu'elle en revienne; son mari sera au désespoir, et c'est ce qui afflige la duchesse; elle retourne aujourd'hui à Pontcrmrtrein ; je devais souper avec elle ce soir , et je souperai entre l'ami Pont-de-Veyle et Saint-Chrysostome ; je suis fort contente de cette dernière. Je lui pardonne l'ennui qu'elle

1 M. H ans Stmlcj, qui le trouvait eoain» nînîMra ptfniaowntiaira à Paris, en 1762, cl avait ligné let préliminaire* de la paix connue parla drnominatimi de pmix de Paris. (A. N.) »

* M. Bohert Wslpole. (A. S.)

" Frire de celui qVon rfent de nommer. (A. N.)

* Elle éttk sœur de la duchene douairière d'Aiguillon. (A. H.)

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me donne : ce n'est pas de sa faute. Je voudrais seulement qu'elle s'en tint à son insipidité naturelle et qu'elle ne voulût point avoir l'éloquence de son patron. Mais n'avez point peur; je ne dis cela qu'à vous. J'en dis dn bien à tout le monde ; nonseulement je tolère, mais je flatte sa petite vanité autant qu'il m'est possible.

)la conduite avec la mère Oiseau ' est un peu plus difficile et scabreuse. Je veux n'y être ni bien ni mal. La nièce *, qui t'hante si bien : Sans dépit, tans légèreté, me phurait beaucoup davantage ; mais j'ai peur de n'en pas tirer grand parti ; elle a beaucoup d'humeur et d'inégalité. Elle a de la vérité, et c'est par où elle me retient, car de toutes les bonnes qualités, c'est celle-là, sans nulle comparaison, dont je fais le plus de cas, et sans laquelle toutes les autres me choquent ou m'ennuient.

Comme cette lettre ne partira que dimanche , je la reprendrai sans doute plus d'une fois.

Samedi.

La grosse duchesse n'a point été à Poutchartrain ; je sotrpai hier chez elle avec l'ami Pont-de-Veyle , la Ssint*Chrysoetorne , un évoque, le chevalier de Hedmont et madame de Ch.nl trtîlant; on fit an whist pendant lequel je causai avec la duchesse ; c'est une honnête et bonne personne, et qui me traite toujours de mieux en mieux. J'eus raprès-dlnée le Caraooioli ; je perds- les trois quarts de ce qu'il dit; mais comme il en dit beaucoup, on peut supporter cette perte. Je vis aussi le prince de Beauvau ; il est profondément triste : je le tiens aussi malheureux que notre premier père. II est peut-être encore plus triste : mais ce qui est ineffable, il n'a aucun repentir; il mangera, je vous jure, tontes les pommes que son tëve voudra; j'ai des instants où j'en suis affligée, mais soudain je me console par l'extrême contentement qu'ils ont de leur gloire prétendue. Ils sont dépooiUés, ils «ont presque nus, ils n'ont nulle ressource, mats ils sont des héros. Leurs créanciers ne partagent pas leur gloire ; tout le monde est fou.

(A. S.) doCambii. (A. H.)

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Lundi S décembre 1771.

Il y a aujourd'hui trois mois que '.... devinez quoi? mais il n'est pas question de cela.

J'ai encore l'abbé Barthélémy ici, nous souperons demain tête a tête pour la dernière fois. Aujourd'hui j'ai les Beauvau.

Madame de Cambis, oiseau de ma volière , s'est envolée. Je ne cours point après. Elle reviendra quand il lui plaira; je ne me fais point honneur de cette philosophie ; je suis assez d'avis que l'on n'en a que pour ce qui est indifférent.

Mardi.

J'eus hier à souper les Beauvau, la marquise de Boufflers, la Sairit-Chrvsoslome, la princesse de Monaco, Pont-de-Veyle , et M. de Stainvîlle. La princesse' resta la dernière et ne m'a quittée qu'à trois heures. 11 n'y a point d'exemple d'une éloquence aussi forte et aussi abondante en paroles ; je pourrais être flattée de sa confiance si le résultat de tout ce qu'elle m'a dit n'avait été à sa plus grande gloire. Sa politique, sa conduite partent de sentiments d'une élévation peu commune, d'une prudence consommée, d'une justice, d'une équité-irréprochables ; il n'y a qu'elle et ses amis qui aient de l'honneur et de la probité; tous les autres ont des âmes basses, intéressées , et ne sont clignes que du mépris. Je crois m'étre tirée de cette conversation avec retenue et sagesse. Il faut avouer que cette femme a beaucoup d'esprit, du caractère, et même des vertus ; j'en connais peu qui aient autant de vérité et de loyauté, mais elle a tant soit peu d'orgueil, et beaucoup de vanité, ce qui arrête le penchant qu'on pourrait avoir à l'aimer '. J'aurais du plaisir, je l'avoue, à observer dans chacun les nuances de leurs amours-propres ; mais il me reste si peu de temps a vivre , que je prends tout eu passant sans m' occuper à en tirer du profit ; je me livre tout entière à la paresse , à l'indifférence. Il eu résulte une impartialité qui me fait regarder la société comme une lecture; je cause avec un parti, et

1 M. Walpole avait quitté Paris ce jour-là. (A. S.) 1 De Beauvau. (L.)

3 Voyez un autre et différent portrait de la princeuc de Reanvau dans lu Mr'moirei dt MarmenUt, tome III, page 156. (A. K.)

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pais tout de suite avec celui qui lui est contraire, comme je passe d'un alinéa à un autre ; et comme je n'ai plus de mémoire, j'oublie tout ce qu'on me dit, aussi promptement que j'oublie ce que je lis. Je n'ai point, comme vous, la ressource de mille goûts différents ; la privation du sens qui en produit le plus me réduit à n'en avoir point d'autre que celui de la société, je m'y rends le moins difficile qu'il m'est possible : mais il m'est impossible de ne pas être intimement persuadée que tout est vent et néant dans ce monde, excepté le sentiment de l'àme pour lequel vous avez tant d'horreur, et pour lequel vous êtes si propre.

J'ai mal dormi cette nuit ; sans être malade ni même sans lacune incommodité particulière, je ne me porte point bien ; j'ai le sentiment de ma destruction ; je m'aperçois chaque jour de quelque faculté que je perds. Ceux qui doivent être longtemps sans me revoir ne s'apercevront que trop de ce dépérissement.

Ce détail n'est pas gai, mais,

A raconter ne» m.-tm souvent on les «oulage.

Peut-être que la lettre que j'attends demain dissipera tous mes nuages.

Mercredi *.

J'avais pris une terrible résolution que je n'aurais peut-être pas tenue. Je m'étais dit : Si je trouve dans la lettre que j'attends des lamentations sur la peine qu'on a à écrire, sur la disette de nouvelles, ele, etc., je n'ajouterai rien à ce que j'ai écrit, et je ne ferai partir ma lettre que par la poste de lundi.

Mais je suis bieu éloignée de ce procédé; voire lettre est charmante, la plus gaie, la plus délibérée, enfin telle que vous êtes quand vous êtes de votre mieux. Il faut que je me tienne à quatre pour ne vous pas dire en bon français ce que je pense ; je vous le dirai donc en italien : un i, un i , un a, un m, et un o. Votre esprit me plaît infiniment, toutes vos idées, toutes vos définitions sont vives et justes ; eh, mon Dieu! mon Dieu ! que je hais la mer et ses poissons ! Mais ne par- Ions pas de cela. .

J'ai beaucoup joui du grand abbé ; nous avons soupe trois fois tête à tête. Vous rappelez-vous la lettre que vous m'écrivîtes quand vous apprîtes, par votre cousin Robert, mes projets de

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voyagent de séjour? Tout oeqare vous aviez prévu, ioirt oe que vous aviez jugé est de la plus grande justesse. Mon Dieu ! que j'aurais 4e choses à vous dire ! car je suis persuadée que ce qui m'intéresse ne vous est point indifférent; j'en ai trop de preuves pour en douter.

Vous avez raison de ne vous point alarmer de mes insomnies ; elles ne me tueront peint, mais elles aocéLéreroat la décrépitude,, et il est assez triste de vivre quand on n'est plus que la moitié de soi-même.

J'ai ce soir un grand cavagnol composé d'oiseaux et d'oisons. Demain j'aurai la maréchale de Luxembourg, sa petite-fille, la princesse de Beauvau et sa telle-fille ', et puis des nommes. Quelque goût que vous ayez pour les noms propre* , je ne saurais croire que vous aimiez les h'tnnies. Je me dispense de tous en mire.

Le maréchal de Baron., après trente et un ans de mariage, vient de mettre à la porte madame sa femme * par raison d'incompatibilité ; il lui rend tout sou bien, et comme il est fort considérable, on lui donne à lui une gratification annuelle de quarante mille Francs, en attendant un grand gouvernement. Mon pauvre prince ' n'est pas spectateur bénévole 4e ce procédé.

. Dites-moi , je vous prie , si vous avez la grande Histoire de M. de Thon, et si vous en faites cas.

LA MÊME AU MÊME

Paris, vendredi lî décembre 1771,

La Saint-Cbrysostome vient de partir pour l'Opéra; j'ai au moins une heure et demie , deux heures , avant qu'il m'arrive du monde.

Dimanche, à deux heure*.

Je fus interrompue. J'attends actuellement le facteur; qu'il m'apporte une lettre ou non, et quoique je ne sois pas a terme,

1 Madame de Poil. Voir la délicate £W<- ru; Ai primxut de Faix et «M salait, qui: nous avons déjà indiquée, chef-d'œuvre de mailaaanla aie ente ue -de Noaillcs. (L.)

* Née Monimorcncy. (A.TN.J

3 Le prince de Bcaavau , à qui la cour avait refusé tuule indemnité pecuritaiie, Jaricjii'o» lui ûti le joutememeiit de la province de Languedoc. (A. N.)

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je ne vous en écrirai pas moins. J'ai trop de choses à vous dire.

Enfin, le malheur tant craint et tant prévu vient d'arriver : M. de Choiseul n'a plus les Suisses '. Sa démission lui a été demandée, et il l'a envoyée stir-le-cham|> ; je ne suis pas assez sûre de tontes les circonstances pour vous les dire. Chacun les raconte différemment. Tout ce que je sais certainement, c'est que sa soumission a été prompte et parfaite, sans parler d'aucune capitulation. Ceux qui peuvent être les mieux instruits croient qu'on lui a accordé ou qu'on lui accordera deux cent mille francs d'argent comptant et cinquante mille francs de pension sur la charge, réversihle a la grand'maman. Mats le pauvre abbé est bien a plaindre, s'il perd sa place de seerétiire". Jusqu'à présent le changement de général n'a point entrante celui de secrétaire; M. Maléneux Détournelle, qui l'était sous M.- le prince de Dombes et le comte d'Eu, a conservé sa place sons M. de Choiseul, et ce n'a été qu'à sa mort qu'elle fnt donnée à l'abbé Barthélémy ; personne ne doute f»e ce ne soit M. le comte de Provence a qui le roi donnera les Suisses*.

Quittons les grands sujets, pour venir a nos petites affaires. Je suis désolée, désespérée, de vous avoir dorme le conseil d'envoyer des oiseaux au Carrousel *; on m'a fait comprendre que cela vous coûtera des sommes immenses; il me reste Pespérance que vous n'aurez pas trouvé le moyen de les faire partir; je tremble d'apprendre qu'ils soient en chemin ; au nom de Dieu , s'il en est encore temps , désistez-vous de cette idée ; je vous en frerai tout l'honneur, vous en aurer. tout le mérite; mais enfin , s'ils sont partis , je vous prie de me faire savoir ce qu'il vous en coûte.

Trois heures sonnent , point de facteur; s'il n'arrive point, je vous dis adien , et je fais partir ma lettre.

» L* <W <te «Jwweoi «iak col«d eéne>a4 rie* gara* musse*. (A. N.)

■ L'iUm Borifeakay âtailMorélaiie génûWdeiâuiMiKaiiaerviotdjc Fnmoe.

1 lia furent do nné* à 8. A. R. monseigneur cotait d'Artois. (A. N.}

1 A 11 duebeue rie la Yallière, ipii avait pria Ireaucottp rie soin pour fairr

itoir l'armure de Franco** l*kM, VTnlpole, teq «et "désirait 1ni envoyer <jnel-

H«e» nûnwii étrangers pour «n volière. (A. N.)

»fc CORRESl'OKDANCE COMPLETE

LA MÊME AU MÊME

M.irdi 17 décembre 1771.

Ai-je tort de vous écrire aussi souvent? Dois-je renfermer en moi tout ce que je pense, et n'êtes- vous pas assez mon ami pour que je puisse espérer de trouver en vous quelque consolation, ne fut-ce que celle de vous parler avec confiance? Je d' exige point que vous répondiez à chacune de mes lettres; mais quand je suis bien noire , que je ne sais plus que devenir, il ne me vient point d'autre idée que celle de vous écrire. Je sens cependant une sorte de crainte ; je me dis : A quoi cela sera-t-il bon? A le fatiguer, à l'importuner ; il me répondra avec sécheresse,, avec humeur, je serai plus malheureuse qu'auparavant; ne dois-je pas être contente qu'il entretienne une correspondance avec moi, sans abuser de cette complaisance? Oui, je me dis tout cela, mais après ces sages réflexions, je ne sais plus que devenir. Je ne saurais me suffire à moi-même; je n'ai de goût ni d'amitié pour personne, ni personne n'en a pour moi ; je me tourmente pour avoir du monde à souper. J'ai mille peines à rassembler une fastidieuse compagnie qui m'ennuie à la mort. Si dans ce nombre il y a quelques personnes qui raient mieux que les autres, je suis piquée du peu de cas qu'elles font de moi, de leur orgueil, de leur importance, etc. Je suis tentée quelquefois de partir pour Ghanteloup; s'il n'y avait que la grand' maman, je n'hésiterais pas, malgré les soixante-quatre lieues; mais la belle-sœur et tous ses adhérente me repoussent et me font changer d'avis. Je me représente l'état où je serais si je venais à m'en repentir, et alors je conclus qu'il vaut encore mieux supporter le malheur présent et actuel que d'en aller chercher un bien loin , qui serait peut-être encore plus grand. Je reçus hier un petit billet de l'abbé. Il me mande qu'il arrivera à Paris aujourd'hui ou demain ; ce pauvre homme est bien à plaindre; j'attends que je l'aie vu pour continuer cette lettre. Gomme il y aura dans la continuation des noms et des faits, elle m'obtiendra le pardon du triste préambule.

Samedi SI.

Depuis trois jours, j'ai eu table ouverte, c'est-à-dire douze ou treize personnes chaque fois. Le jour le plus brillant fut hier; c'étaient les Beauvau, la Cambis, le Stainville, le Toulouse,

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trois étrangers , Caraccioli , Mora ' et Creutz. Cela ne se passa pas mal. Le Caraccioli est commode : on est à son aise avec lui, on n'a aucun embarras pour l'entretenir.

Je compte mardi donner la messe de minuit * aux Beauvau, aux Luxembourg, etc. N'allez-vous pas conclure que je me divertis fort bien? Ah! mon Dieu! que j'en suis loin!

Le petit Sorbe* mourut hier d'apoplexie; il dtnait chez madame de la Valhére, et en rendant son verre à son laquais il rendit l'esprit; il n'a pas souffert une minute; ce soir tout son corps était violet de la tête aux pieds. Il n'avait pas un sou de bien. 11 laisse soixante mille francs de dettes et deux sœurs, honnêtes hlles, très-dé votes , dont il avait grand soin, et qui ne sauront plus que devenir. Il y a des gens si malheureux qu'on est honteux de se le croire quand on se compare à eux. Mais à quoi sert de penser, de réfléchir? On est nécessairement gouverné , entraîné par ce qu'on sent. Je suis un peu trop moraliste, n'est-ce pas?

Les Suisses ne sont point encore donnés, cela est assez étrange. Le traitement de M. de Choiseut est cent' mille écus en argent et soixante mille francs de pension sur la charge : on la disait réversible à la grand'maman : on prétendait hier que cen'en serait que la moitié; le brevet n'est point encore signé.

Il est certain que vous reverrez M. de Guignes avant le 15 ou 20 du mois prochain ; vous aurez par lui de mes nouvelles ; je pourrais en recevoir des vôtres par milord Harcourt .

Je suis actuellement en pleine jouissance du grand abbé ; sa . fortune reçoit un grand échec, mais on supporte tout quand on n'est pas frappé par l'endroit sensible.

Je voudrais bien que vous eussiez reçu ma dernière lettre assez à temps pour n'avoir pas conclu votre marché d'oiseaux ; je suis réellement désolée de vous avoir donné ce maudit conseil, qui, si vous l'avez suivi, doit vous coûter des sommes immenses.

Au nom de Dieu, ne me parlez plus des avances quej'ai faites,

1 Cal le héros d'une partie de* lettres de mademoiselle de LeïpinaMe (A. S.)

1 Madame du DeFfand avait dans une de se* chambre! une tribune qui donnait dan* l'église du couvent de Saint-Joseph; et c'eut là que commun émenl elle raitemlihiit quelques amis pour entendre la messe de minuit à Noël , >|>re> laquelle elle donnait un souper nommé le réveillon. (A. N.)

3 M. de .Sortie, envoyé de la république de Gênes en I'rnnrc. Il était fort aimable en aociété. (A. fi.)

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et ne vous ingénier point pour sa e rembourser; je suis bien pauvre, mais pas assez pour que cette bagatelle m'incommode le moins du monde , et si je comptais jusqu'à un certain point sur votre amitié, j'exigerais de mus que tous ne m'en parlassiez jamais; rien ne serait plus honnête, rien ne me prouverait plus l'intimité de notre amitié. Ah! mon Dieu! quel mot m'est échappé? Pardonnez-le-moi, je vous prie.

J'ai écrit à M. Trudaine, pour te prier d'écrire à M. Cafneri, directeur de la douane de Calai», de ne pas tarder un moment à taire partir les deux caisses qui sont à son adresse. J'ai , je vous l'avoue , grande impatience de les recevoir; j'aurai beaucoup de plaisir à tirer tout ce qu'elles contiennent et à en faire la distribution. Vous moquez-vous en me faisant des excuses des soins que vous me donnez? Je durai comme madame Remy dans le Paysan parvenu, à qui ou reprochait l'usage qu'eue faisait de sa maison : Ne voità-t-il pas «a beau taudis que U mien, pour en être chiche ? Il en est du loisir de votre sibylle comme du taudis de madame Remy.

Adieu, je crois cette lettre éternelle; cependant, si j'en reçois une de vous demain , j'ajouterai à son éternité.

C'est M, le comte d'Artois qui a les Suisses; rien n'est plus sûr.

r.A MÊME AU MÊME.

Pari», lundi 6 janvier 1772.

Tout ce que je crois infaillible manque toujours ; j'étais sure d'une lettre ce malin, U n'y a point eu de courrier; voilà ce qui arrivera souvent cet hiver. Je vous ai promis, ou pour mieux dire, menacé d'un volume. Il faut le commencer.

Le 6 du mois passé , M, du Chàtelet ' étant à Chanteloup, jouant au pharaon , sur les. dix heures du soir, on vint lui dire qu'où le demandait. Rentrant un moment après, il se mit au jeu, et dit à la compagnie que c'était un soldat de son régiment, qu'il aurait beaucoup à écrire la nuit, ou , ce qui serait encore mieux, qu'il partirait le landemaûi. Il se leva, et M. de Ghoiseul, se doutant de quelque chose, sortit arec lut. Ce

1 Le comte Uu Chàtelet, qui avait tui aatbaauileur an Angleterre. U était alors colonel du régiment du Roi, infanterie. (A. N.)

DE MADAME LA VABQUfSE DIT DEFFAND. ÎOT

soldat était du courrier de M. d'Aiguillon, qui apportait une lettre à H. du Chàtelet. Il lut mandait nue le roi voulait la démission de M. de Choiseul de sa charge des Suisses, qu'il sat de hn quel dédommageaient il désirait, et qu'il rendit prooiptement réponse. M. de Choiseul rentra sans rien dire, continua à jouer jusqu'à l'heure ordinaire, et puis il écrivit au roi; et M. du Chàtelet, chargé de sa lettre, partit le 7 de grand matin. Arrivé à Versailles, il fut cher M. d'Aiguillon, à qui il ne voulut point remettre la lettre ; mais il hii dit les propositions qu'elle contenait : 1* sa liberté ; i' ie payement de ses dettes dont il faisait l'éniroiératiou ; trois ou quatre millions qu'il avait mangés du bien de sa femme, et deux antres à différents créanciers ; il rappelait le souvenir d'une grâce qui lui avait été accordée et signée sept ou huit mois avant sa disgrâce, et qui n'avait pas été consommée, parce qu'on y avait omis une formalité qu'on devait réparer et qui avait été négligée. Je n* me ressouviens pas hicn en quoi cette grâce consistait, mais c'était sur ie bailliage d'Haguenau, auquel on devait joindre une forêt et différents droits. Cette grâce aurait suffi pour le parfait arrangement de ses affaires. Apres cette visite sa mmistre, M. du Chàtelet fut chez le roi, lui présenta la lettre. — Est-ce la démission? lui dit le roi. — Non, niais les propositions qu'il fait à Votre Majesté. — Je ne veux point la lettre, je veux la démission. — Tout de suite, M. du Chàtelet envoya un courrier à Chantetoup, qui rapporta la démission, «as aucune condition. Le roi alors reçut la lettre qui l'accompagnait, et la mit dans sa poche sans la lire, et dit qu'il donnerait deux cent mille francs d'argent comptant et cinquante »ille francs de pension sur la charge, qui seraient réversibles à i» grand' maman. Autre courrier à Chanteloup pour apprendre cet arrangement; sur-le-champ, la grand* m aman écrivit par la poste à M. du Chàtelet qu'elle ne voulait point qu'il fut question d'aucune grâce pour elle, qu'elle lui recommandait île le déclarer, et qu'absolument elle ne voulait entrer pour n'en dans le traitement qu'on ferait à son mari. M. du Chàtelet •tait bien résolu de ne point obéir s cet ordre , et se garda en effet d'en parler; mais cette lettre avait été lue, et heureusement elle ne mît point d'obstacle à la négociation. M. du Chàtelet insista sur une augmentation, et ne trouvant point de facilité auprès de M. d'Aiguillon, il se dé termina à parler à madame du barry, en qui il trouva plus de dooeeur et de ntet-

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lité; il obtînt cent mille francs de plus, ce qui en fit trois cents, et dix mille francs de plus pour la pension , ce qui en fit soixante, et toujours les cinquante réversibles à la grand' maman. Cette affaire consommée, il s'en est suivi une brouillerie dans foules les formes entre M. d'Aiguillon et M. du Chàtelet. Le premier avait écrit a l'autre, dans sa lettre du 6, en annonçant la demande de la démission , qu'il avait parlé au roi conséquemment à une conversation qu'il avait eue avec lui, il y avait six ou sept mois, dans laquelle il lui avait confié que M. de Choiseul consentirait très-volontiers à se démettre de sa charge, si on lui en faisait un bon parti. M. du Chàtelet lui en a donné lé démenti , et affirme que ce fui lui qui lui dit qu'on ne laisserait certainement pas la charge à M. de Choiseul, et qu'il s'agissait de savoir ce qu'il pourrait désirer pour dédommagement ; qu'alors il lui avait répondu , que comme il avait des dettes immenses, il imaginait que si on les acquittait, il consentirait volontiers à perdre sa charge ; mais qu'il parlait de lui-même et qu'il ne savait point ce que pensait M. de Choiseul , ne l'ayant jamais entretenu sur ce sujet ; et qu'ainsi il avait grand tort de dire que c'était en conséquence de sa conversation avec lui qu'il avait parlé au roi. Je ne sais lequel de* deux a menti ; j'ai quelques notions qui me forceraient à croire que M. du Chàtelet a parlé le premier; quoi qu'il en soit, M. du Chàtelet, en dernier lieu, s'est parfaitement bien conduit; M. de Choiseul et tous ses amis'disent qu'ils sont extrêmement contents de lui.

Mais, mon ami, l'on ne fait que mentir; il ne se dit rien aujourd'hui qu'on puisse croire ; tout ce qu'on affirme le plus affirmativement se trouve faux ou du moins très-douteux. On dit, par exemple, que ce qui avait déterminé le roi à lui ôter les Suisses , est uue lettre qu'il avait reçue du comte de Provence qui les demandait pour lui, et que cette lettre était l'ouvrage de M. de la Vauguyon, de M. d'Aiguillon et de madame de Marsan '.

L'autre parti assure que M. le comte de Provence n'a point écrit, ce qui parait vraisemblable, puisqu'on a donné les

1 La princesse de Martin, née Rohan-Rocneforl. Elle était la veuve du prince de Marvin , de la maison de Lorraine, et possédait il la cour l'espèce de crédit que donnent une haute naissance, un rang distingué, une grande habileté et une bonne conduite, accompagné* d'un caractère naturellement porté aux intrigue) politiques. (A. M.)

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DE MADAME LA MARQUISE DU DEFrAND. 509

Suisses à M. le comte d'Artois. La seule chose dont on ne puisse douter, c'est que M. de Choiseul ne les a plus. Il a pris la résolution d'acquitter ses dettes, non ce qu'il doit à sa femme, car cela est impossible, mais à ses autres créanciers : ils rendent leurs tableaux, leurs diamants, une grande partie de leur vaisselle ; il est même question de leur hôtel et de deux maisons qui y tiennent ; le tout pourrait faire la* somme de seize ou dix-sept cent mille francs, y compris les cent mille écus de sa charge ' .

Si vous pensez que tout ceci diminue la gaieté de M. de Choiseul , vous vous trompez ; sa bonne humeur n'en souffre pas la plus légère altération. On a eu bien de la peine à contenir lu grand'maman et à l'empêcher de faire un refus formel de l'article qui la regarde.

Pour le grand abbé, son affaire n'est point encore finie; c'est M. d'Affry qui s'en mêle, c'est son ami intime; c'est lui qui aura le travail avec le roi , du moins on le croit. L'abbé , vraisemblablement , ne gardera point sa place ' ; on dit qu'elle pourra être supprimée, on croit qu'on lui assurera la moitié du revenu sur la place même, si elle est donnée à d'autres, ou sur les fonds destinés pour les Suisses; tout ce qu'il craint, c'est une pension sur le trésor royal, ou une abbaye. Son sort ne peut pas différer encore longtemps à être décidé ; dès qu'il lésera, il repartira pour Ghantcloup; en attendant, je le vois tous les jours.

Mardi 7.

Je viens de relire ce que je vous ai écrit hier; vous n'y comprendre* rien , on ne peut pas être moins clair : je n'ai pas le talent des détails; d'ailleurs pourquoi en faire? que vous importe? Madame de Sévigné les rendait intéressants, il est impertinent de suivre son exemple , quand on ne peut pas l'imiter. Vous allez penser que je quête des louanges, puisque vous croyez que je n'irai à Chanteloup que pour chercher des cajoleries; je ne dis pas que je ne les aime, mais cependant je sens bien quand elles sont sincères, et ce n'est que quand elles le

1 Malgré ioii(o ces dépositions, le doc de Cboiscul mourut à Paris en 1785, «délié, à ce qu'on dit alors , de trois raillions de livre). (A. N.)

1 I.' place de secrétaire des gardes suisses. On trouva Tort mauvais, dans 1<: temps, qu'elle eut été donnée à un ecclésiastique. Immédiatement après cent nomination, ou vit paraître au bal de l'Opéra un masque habillé moitié eu abbé et moitié en uniforme des gardes suisses. (A. H.)

it. 14

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sont qu'elles me font véritablement plaisir ; enfin il n'v a que

la vérité qui me plaise, je ne la trouve véritablement qu'en vous.

M. de Stanmlle nous dit hier que l'affaire de l'abbé était finie, qu'il avait dix mille francs de pension sur la place de secrétaire, que<son successeur n'était point encore nommé, et qu'on croyait que cette place serait supprimée et ses fonctions réunies à celui qui a le bureau des Suisses. M. 4* Aflry est nommé administrateur de tout le corps '. Il travaillera avec le roi, et il a vingt mille francs de pension. II a mérité ce traitement par sa bonne conduite : il a rempli parfaitement ses devoirs envers le grand -papa sans déplaire au roi ; il aune fort l'abbé , et il l'a bien servi.

Le prince de Beau va u , conduit par sa femme, n'a fait que des sottises ; il a bravé le roi , et finit par lai demander l'aamone. Je crains bien qu'on ne la mi fasse pas ; ils doivent aller l'un et l'autre le mois prochain à Chantelonp. Ils y resteront jusque vers la fin de mars ; le quartier * sera le 1* avril. Jugez de la bonne mine que lui fera le roi, et ce qu'il en obtiendra. Rien n'a été si ridicule que le voyage de madame de Luxembourg à Chantelonp; elfe était l'ennemie des Choweul, et comme il est du bel air actuellement d'être dans oe que nous appelons aussi V opposition, elle a employé toutes sortes de manèges pour se réconcilier avec eux; elle a été très-bien reçue, parce que c'était pour eux un nouveau rayon de gloire et qu'ils en sont ivres. La pauvre grand'maman, a «u on n'en laisse que des bluettes, fait sacrifice sur sacrifice et parvient à peine à l'ombre de la considération; la seeur engloutit tout, et sous l'apparence de quelque politesse pour cette grand'maman , on écrase son amour-propre. Les visites qu'on reçoit, toutes les attentions sent pour cette belle-soeur ; excepté madame de Brioune qui n'a d'objet que le maître du logis, et les Tingri, Chateau-Reaaud , Petite Sainte, qui ont été pour la grand'maman , elle n'a de part dans les visites des autres que des civilités apparentes. Le seul grand abbé est parfaitement a elle.

< Il fut nommé colonel des garées suisse* en 1788, et conserva o#tte place , jusqu'en 1702, où il fat arrêté a Pari» lors des événements do 18 aoét. Il échappa néanmoins aiti massacres de septembre. Un de ses fils périt aux Tuileries le 10 aolit. (A. K.)

* Le quartier de service du prince de Beaavau, comme un des quatre capitaines de la garde du roi. (A. N.)

En voilà assez sur les Gboiseul.

Vous 11e garderez pas le Guignes bien longtemps, ou je suis trompée; j'ignore qui lui succédera: on dit le marquis de Noailles '. On n'apprend rien par la maréchale de Mirepoix, parce qu'en effet elle n'est au t'ait de rien. Elle n'a aucun crédit. On la satisfait avec de l'argent, pour lequel «lie a une grande avidité, non pour arranger ses affaires, mais pour le dissiper en niaiseries. Le roi lui a tait présent d'un tapis de la Savonnerie pour le salon de sa nouvelle maison qui est dans un quartier abominable, à mille lieues de tous ses parents et amie. Le prétexte qui la lui a Eût prendre était le projet de marier son frère le cnevaWr ; le mariage dont il s'agissait est rompu; il n'en fera jamais d'autre : personne, comme de raison , ne voudra de lui.

Cette lettre est immense et ne vous £era certainement nul plaisir. Je ne vous ai dit que des choses inutiles, et j'omets peut-être toutes celles qui auraient pu vous amuser : mais , mon ami , on n'est pas vieille impunément ; on perd la mémoire, l'imagination. Il ne reste que l'amitié, et c'est sur quoi il faut se taire. Adieu.

LA MÊME AU MÊME

Vendredi, 7 février 17TB.

Les courriers, presque toujours, arrivent présentement un jour plus tard, ce qui rend les réponses plus tardives; je n'ai reçu votre lettre qu'hier, et celle-ci ne partira que lundi.

Combien vous faudrait-il donc de matériaux pour faire une lettre? Une révolution dans un royaume ne vous suffit-elle pas*? Cette aventure ne m'intéresse guère plus que le siège de Jérusalem, la prison de Bajazet, etc., etc. Quand Tes événements publics n'influent ni sur moi ni sur mes amis, je n'y prends aucun intérêt, et je les écoute avec une distraction scandaleuse.

1 Le marquis de Noailles, secood fils du maréchal duc de Noaillen et frère du doc d'Aven. Il remplaça le comte de Guignes dans l'ambassade d" Angle- Km, mais ce ne fut qu'en 1776. (A. N.)

* L'arrestation des comtes de Brandt et de Struensée, et l'emprisonnement ■kl* ieiue a Ion régnante de Danemark, et de plusieurs personnes de la cour, *™W»oDées d'avoir eençu le projet de faire signer au roi une rennaoialion à la couronne, pour se saisir elles-mêmes du gouvernement du pays. (A. N.)

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Ml CORRESPONDANCE COMPLETE

J'ai l'air d'une imbécile. Vous ne me parlez point dans vos dernières lettres du duc de Glocester; esl-ce bon signe? Je le voudrais bien.

Vous m'inquiétez sur l'état du duc de Richmond. Le changement d'air lui serait peut-être bon. Je lui conseille «t'en essayer, et de venir en France. Ce conseil n'est pas tout intérêt à part, car j'avoue que je serais ravie de le revoir; vous le lui direz si vous le jugez à propos.

Je commence à être rassurée sur mon pauvre ami Pont-de- Veyle. Il n'a presque plus de fièvre; il l'a eue double-tierce pendant vingt jours. Nous avons fait une grande perte en M. de la Vauguyon : vous sentez bien que c'est une contre-vérité; excepté l'archevêque et les jésuites défroqués , tout le monde a marqué une joie immodérée. On croit qu'on ne nommera pas un autre gouverneur : c'est l'opinion publique ; le prince a quatorze ans quelques mois ; ce qui pouvait arriver de mieux pour son éducation, c'est d'être délivré, d'un tel gouverneur ' .

On s'attendait dimanche dernier à une promotion de six cordons bleus, MM. de Tresme, de Villeroy, de Lévy, de Sourche, de Montmorin, de Croissy. Ce ne fut qu'à dix heures du matin que l'on sut qu'il n'y en aurait point. Le soir il y eut un bal à l'Opéra : il y arriva six masques, avec des nez de papier bleu longs d'un pied, avec un écriteau ; Promotion de 1772. Cette folie est assez plaisante.

Madame du Barry a eu ces jours passés un fort gros rhume. Elle fut saignée deux fois dans le même jour. Elle se porte bien présentement, et le roi se porte à merveille, dont je suis fort aise.

Je continuerai cette lettre, s'il survient quelque événement. Jlen oubliais un bien important, c'est que la chatte de madame de Luxembourg, la fameuse madame Brillant, est morte, âgée de quinze ans, et ce qui est bien remarquable, c'est que cela est arrivé un vendredi , jour toujours funeste à la maréchale.

Dimanche 9.

Je ne sais rien de nouveau; je n'ai pas assez de gaieté pour vous dire des riens ; j'appelle ainsi le détail de ce que je (aïs.

''Le duc de la Vauguyon avait été gouverneur du Dauphin, depuis Louis XVI , et de tes deui Frère*, dont le plus jeune, le comte d'Artois, était encore sont M conduite. (A. N.)

Je n'ai plus de contenance en vous écrivant, je ne suis point ferme sur mes pieds, j'ai toujours peur de tomber à droite ou à gauche. Je ris quand vous louez mon esprit, je vois que c'est pour ne pas écraser tout à tait ma vanité; vous êtes trop bon juge pour que je puisse croire vos louanges sincères; ce sont vos blâmes qui m'ont persuadée de votre vérité , et vous leur devez toutes les import unités dont vous vous plaignez. Si vous n'étiez pas aussi vrai que vous me le paraissez, je ne penserais pas pour vous de la manière que je fais.

Je vais pourtant vous rendre quelque compte de ce que je nus. Pour fuir l'ennui, je me dissipe autant que je peux, je soupe rarement chez moi; je vais de coté et d'autre, je lis toutes sortes de livres, je n'en trouve presque point qui me plaisent; celui qui me fait le plus de plaisir actuellement, ce sont les Lettres de Bussy (Rahutin); vous allez vous récrier : tout le monde s'en est dégoûté et n'en a porté de jugement que sur celles qu'il écrit au roi. Je ne lis point celles-là, et je hausse les épaules en lisant celles de madame de Scudéri; je m'imagine que vous trouvez que les miennes leur ressemblent, et ce qui me le persuade le plus, c'est que les réponses de Bussy ressemblent beaucoup à celles que vous me faites. Pour vous le prouver, vous n'avez qu'a lire la cent quatre-vingt-neuvième du tome cinquième, page deux cent soixante-dix-neuf, je veux mourir si vous ne trouvez pas une parfaite ressemblance ! Je conviens que celte madame de Scudéri est insupportable, et qu'elle quête de l'amitié comme on demande l'aumône. Quoiqu'elle ait de l'esprit , son style est si fade, si ennuyeux, si languissant, que j'admire la patience de Bussy d'avoir entretenu une telle correspondance : belle matière à réflexion ! Mais presque toutes les autres lettres sont charmantes. Dans les deux premiers volumes, il n'y a que sa correspondance avec madame de Sévigné , et je conviens que les lettres de celle-ci sont encore plus agréables que celles de son cousin. Dans les cinq autres volumes, celles de madame de Montmorency sont très-agréables, celles du père Bapin, de Benscrade et de beaucoup d'autres me paraissent très-bonnes, et les réponses de Bussy encore meilleures; les jugements qu'il porte de tous les ouvrages qui paraissaient me semblent excellents. Je vous prie encore d'avoir la complaisance de lire une lettre de madame de Sévigné : c'est la quarante-troisième du second tome, page cent quatre. Le commencement n'est rien; c'est vers la fin qu'elle fait l'éloge d'un évéque d'Autun. Je ne

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crois pas qu'il y ait rien de pins agréable ' . Si vous avez des moments perdus, relisez ce recueil de lettres, passez celles an roi et celles de madame de Scudéri, et si l'on peut se bien juger soi-même , tous conviendrez que vous avez beaucoup du style deBussy. Vous en avez la vérité, le délibéré, le bon fjoût, mais vous n'en avez pas la vanité, que je lui pardonne en faveur de cette vérité que j'aime tant, et à qui la modestie donne quelques petites entorses.

Peut-être vous moquerez- vous de cette analyse; en ce cas, je n'en ferai plus à l'avenir. Je serais lâchée d'être réduite à ne faire qoe des gazettes, ou à ne parler que de la pluie et du beau temps. Je ne sais jamais le temps qu'il fait, je sais peu ce qui se passe ; peut-être conclurez- von s qu'il ne me reste qu'un parti à prendre, celui de ne point écrire; si c'est votre avis, il faut le dire.

Mes inquiétudes ne sont point câlinées* sor mon pauvre ami Pont-de-Veyle. La fièvre ne l'a point encore qnitté. Elle est moins forte, mais c'est peut-être parce qu'il s'affaiblit hn-méaae.

Pour moi , je suis absohiment brouillée avec te sommeil, ie suis cinq heures de la nuit livrée à mes belles réflexions ; j'épuise tous les livres pendant quatre ou cinq heures , et je dors après deux on trois heures sur les onze heures ou midi; je me lève fort tard. Sur les six heures les visites arrivent, je sors sur les neuf, je rentre à minuit ou une heure, et je me dis : Pourquoi suisse née? Pourquoi craindrais-je de finir?

la mShe ac même.

Mercredi 12 février 177S.

Je ne suis point trop mécontente de la lettre que je reçois, excepté les racines profondes. Voilà tout ce que je vous dirai;

1 Votcj ce passage : • Vous avez présentement votre aimable évèquc. Je vous plains, ai vous n'ëlea pas en eut de profiter du séjour qu'il doit faire à Autun. Il m'avait priée de fui écrire; mais je vous déclare ijue je n'en ferai rien : je nuis étourdie et accablée delà beauté de Bon esprit. Je vis par hasard, an moment qn'il partait, liens pièces louceS divine» qu'il a Faites, et a mesure que je Ira lisais, et que j'en étais charmer, je prenais ma résolution île n'écrira jamais à un tel homme. Qu'il revienne doue, s'il veut Savoir ce-que je pense- La douceur et la facilité de son esprit s':u;co(iiiiii«leiit mieux à mu friiLlcs-r, l'éclat en est caché par sa modestie et par sa tonte. Voilà l'état où je Suis pour votre prélat. • (A. H.)

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et à propos de racines, je n'ai reçu qu' avant-hier celles que vous m'avez envoyée»1; elles embaument; je vous en remercie, vos sachets en seront meilleurs.

Je me hâte de vous apprendre que Pont-de-Veyle n'a plus de fièvre; voilà trois jours de suite qu'il vient chez moi, ce qui me plaît extrêmement, premièrement parce qu'il est guéri, et secondement parce que j'allais chez lui tous les jours, et qu'il ne déplaît beaucoup de sortir avant neuf heures. Il sera trèsscQsible à l'intérêt que vous prenez à lui.

Vous Faites fort bien de ne point écrire à madame d'Aiguillon. Ne suivez jamai» mes conseils; il ne me convient nullement d'en donner. Je m'en repeus toujours l'instant d'après. Suivez votre instinct, tl vaut mieux que toutes mes lumières. J'ai ri de ce que vous êtes une l>ête féroce à demi apprivoisée. Je pense que cela est un peu vrai, mais je ne suis pas comme vous, je ne hais point tout ce que je crains; tout au contraire, je crains toujours un peu ce que j'aime beaucoup.

Je ne sais pas si vous vous souvenez que M. de Gontault * ne n'aimait guère et que de sa vie il n'était venu chez moi ; il y vintil y a trois jours, et U y soupera lundi prochain. Ma chambre est un petit théâtre, it y a des changements de décoration ; aux Beaurau, aux Stain ville, aux Praslin, etc., succèdent les Mirepoix, les d'Aiguillon, le» Chabrillaut , les Bédé , etc. ; tout cela te rencontre quelquefois, sans se combattre et sans se fuir. Pour moi, je pense que rien n'est si absurde que d'être fanatique, et rien de si malavisé que d'attiser les haines.

Je ne doute pas que l'on n'apprenne la mort de votre princesse* l'ordinaire prochain. Je suis bien persuadée que sa tille ' est très-innocente de tous les projets qu'on lui impute, et sans être grande politique, j'ai un système surtout cela qui, je suis persuadée, est fort juste; ta dame qui envoie une boite ornée

1 De* racines d'iri*. (A.N.)

1 Le dnu de Gontault, frère du maréchal duc de Hiroti, et père du dur de LaniUD. Il avait épousé In nœur de la dacheSKe de Choiseu). (A. N.)

* La prince— douairière de Galle», mère de George! III. Elle décéda le •février tT7S. (A. N.)

* (JroW-Malhilde, reine de Danemark, arrêter le 17 janvier 177S, le IcndcBwi.i miin d'an Lai maaqué donné à la coar par ordre de la reine douairière, avec le contentement du roi. Elle fut renfermée dant le château dr Crauenbourg, comme coupable d'avoir voulu forcer 1e r

iet pour établir une régence qni concentrerait tout le |i u de U reine régente et de le* favoris. (A . S.l

îl« CORRESPONDANCE COMPLETE

de son portrait1, a, je crois, plus de part à ce qui est arrivé que celle qui est enfermée. Les médecins jouent de grands rôles à Copenhague*; on les tient dans les Cachots, tandis que les nôtres courent les champs et abandonnent leors malades. Gatti est à Naples, et a laissé là la grand' mam an ; Pomme', qui a été malade pendant la maladie de Pont-de-Yeyle, partit il y a quatre ou cinq jours pour la Provence sans dire adieu , et sans avertir personne. Bouvard dît qu'il faut s'en consoler parce qu'il a laissé son secret, l'eau de veau et les bains. La petite sainte * est toujours assez malade, elle ira a Baréges au mois de mai; son dernier voyage à Chanteloup lui a fait grand mal. ■ Madame de Groissv' vient de mourir; son mari est dans le dernier désespoir; elle était âgée de soixante et onze ans, il en a soixante-dix. H y en avait cinquante qu'ils étaient mariés, et vivaient dans la plus grande union ; que devient-on après une telle perte?

Je lis des voyages de Groenland qui m'ennuient à la mort; il vaut bien mieux dans ce pays-là être né ours que d'y naître homme; c'est M. de Creutz qui m'a forcé à faire cette lecture.

Votre Caraccioli me voit souvent, mais je n'augmente pas de goût pour lui. Il a une abondance de paroles qui ne sont qu'un amas de feuilles sans aucun fruit. Un des grands inconvénients de la vieillesse , c'est que l'on devient difficile ; je ne sais pas si c'est que le goût se perfectionne, mais je sais que presque rien ne platt ; il n'y a plus rien d'agréable pour moi que les anciennes connaissances , parce qu'elles sont d'anciennes habitudes.

1 La reine douairière de Danemark , dont II conduite parait bien plu» dictée par un esprit d'intrigue politique et par des mes ambitieuses, que celle d'une jeune princesse étourdie, dissipée, âgée de vingt et un ans. Celait l'Age de la reine CaroMne-Mathilde lors de sa catastrophe. (A. N.)

1 Les comtes de Struensée et de Brandi, favoris de la reine de Danemark, et Fauteurs du projet dont il a été parle, avaient tous les deux étudié la médecine, avant leur rapide élévation à la cour de Copenhague. (A. N.)

3 Médecin célèbre pour le traitement des maladies vaporeuses, (A. N.)

« Madame de Choiseul-ReU. (A. N.)

5 La fille du maréchal de Coigny. Elle avait épousé le marquis de Croissy , fils du marquis de Torcy , ministre des affaires étrangères vers la fin du règne de Louis XIV. On se réjouit de trouver en France, a la date de cette lettre, un exemple de parfaite union domestique dans la classe élevée. (A. H.)

LA MÊME AU MÊME

Paria, vendredi 11 février 1773.

Je ne saurais être de votre avis sur les Lettres de fiussy ' , si ce n'est dans la préférence que vous donnez à madame de Sévijjné sur lui; celle-ci avait infiniment plus d'à me et de vivacité; tout sou esprit n'était que passion, imagination et sentiment; elle ne voyait rien avec indifférence et peignait les amours de sa jardinière avec la même chaleur qu'elle aurait peint celles de Cleo pâtre et de madame de Clèves. Ce n'est pas qu'elle fût romanesque, elle en était bien loin ; le ton du roman est à la passion ce que le cuivre est à l'or. Bussy avait l'àme froide. Il avait la vanité d'une provinciale et toutes les bassesses d'un courtisan. Je ne regrette point qu'il soit mort; il m'aurait souverainement déplu ; sa vanité était insoutenable. Cependant la vanité tout à découvert n'est pas ce que je hais le plus; ou peut la repousser, la combattre ; celle que je déteste est celle qui prend le voile de la modestie, et qui, avec les dehors de la politesse, force à s'y soumettre ou du moins a la souffrir. Bussy ne disait de lui que le bien qu'il en pensait. Il croyait avoir infiniment de courage, parce qu'apparemment ce qu'il en avait eu en faisant la guerre lui avait beaucoup coûté. C'est comme ' quand je me vante avec vous d'être extrêmement prudente ; nous croyons toujours plus valoir par les qualités que nous acquérons que par celles qui nous sont naturelles, et nous leur donnons du prix à proportion de ce qu'elles nous coûtent. Voilà

1 M. Walpole avait Écrit : • Comment! je ne voua reconnais plua : quoi donc! voua, vous qui ne voua souciel pas du ityle, qui n'aimez que les exhalaisons de I anie et le naturel , vous trouvez belles les lettres de Bussy , où il n'y a que des riens en beau langage, et la pins fade vanité du monde! Il est pétri de prétentions, jusqu'à son amour pour n fille, où il n'était que le singe de madame de Sévigné, et voua trouvez que je lui ressemble! Me voilà bien bumilié. Tout modeste que je suis, et je le suis par cires d'ambition , je me IroUTe si inférieur à ce que je voudrais être, que je ne vois rien en moi que de fort médiocre; au lieu que Bus*y, qui au fond de son cceur se rendait justice, l'imposait l'air de se croire un génie ; encore renforçait-il ce faux mérite par l'onjnei! de la naissance. Un homme comme moi, voilà le précis de tout ce qu'il a fait , bien qu'on est toujours fort peu de chose quand on n'eat 91* 'un homme comme moi; ses Mémoires sont ta platitude même; m lettres, sauf votre respect, du dernier froid. Enfin, il n'y a que son Hiitoire des Gaules qui vaille quelque chose, mais celle-là me plaît beaucoup. > (A. H.)

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ce qui excuse les vanteries de Bussy sur sa valeur. It avait beaucoup d'esprit, très-cultivé, le goût très-juste, beaucoup de discernement sur les hommes et sur les ouvrages , raisonnait trèsconséquent ment ; le style excellent , sans recherche , sans tortillage, sans prétention; jamais de phrases, jamais de longueurs, rendant toutes ses pensées avec une vérité infinie ; tous ses portraits sont très-ressemblants et bien frappés. Vous n'avez point eu la complaisance de lire la lettre que je vous ai indiquée; au nom de Dieu, lisez-la; et si vous ne vous y reconnaisses pas, je consens à être traitée par vous d'imbécile : c'est dans le cinquième volume, page 279, lettre clxxxtx, à madame de Scudéry, du 5 septembre 1672. Cette madame de Scudéry était veuve de ce M. de Scudéry du Voyage de Bachaumont , gouverneur du château de Lagarde, qui avait fait la critique du Cid, et frère de mademoiselle de Scudéry qui avait fait les romans de Cyrus et de Cltlie. Cette femme était extrêmement pauvre, sa noblesse était des plus minces, et elle voulait être femme de qualité. Elle avait cultivé son esprit, qui était médiocre. Elle prétendait à la célébrité, et avait tous les ridicules que les prétentions peuvent donner. Ses lettres sont insupportables, et j'avoue, à ma honte, que je crois vous en avoir écrit quelquefois qui peuvent leur ressembler. Quand je suis dans mes grandes vapeurs, mes grands ennuis, je fais des efforts pour en sortir; je ne sois plus naturelle, je cherche mon âme, et je n'en ai que la réminiscence. Quelqu'un qui aurait une certaine dose de bonté, supporterait cela patiemment, et verrait bien que ce n'est point un état permanent, que ce n'est qu'une situation accidentelle, et ne se mettrait point en fureur, et ne taxerait pas de romanesque la personne qui toute sa vie a été la plus éloignée de l'être. J'ajouterai à ceci que chacun aime à sa guise : que je n'ai qu'une façon d'aimer, c'est-à-dire infiniment ou point du tout. N'allez pas trouver mauvais ce que je vous dis; voilà on m'a amenée insensiblen*eirt ce qae je voulais vous dire sur Busse. J'ajoute qu'il n'a pas compté imiter madame de Sévigné; il était amoureux de sa fille, et couchait avec elle. C'est ce que j'ai su par feu la duchesse de Choiseul, ma véritable grand' mère ', qui avait beaucoup vécu avec lui. Il y a dans le recueil de se» lettres plusieurs de celles de mon grand-père, qui était M. Brulard, premier président de Dijon.

> Marie Bo millier do Clumgay. (A. S.)

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DE MADAME LA MARQUISE DO DEFFAXD. îl»

Samedi».

Avouez que vous trouvez que je n'ai pas le sens commun, que je change de goût à tout moment. Non, je n'en change point. Je liais ce qu'on appelle aujourd'hui bien écrire, et c'est peut-être parce que je le déteste, que j'ai été contente des Lettres de Bussy. Je suis de votre avis sur ses Mémoires, ce oest rien du tout, j'aime autant les gazettes. Nous avons une Vclofiidc ' de Voltaire, qui nous annonce qu'il a rendu l'esprit , c'est-à-dire avant que de l'avoir faîte ; je n'ai pas trouvé qu'elle valût la peine de vous l'envoyer.

La mort de votre princesse de Galles m'a touchée. Elle ne devait pas aimer la vie ; les malheurs sont bons a quelque chose, ih nous donnent du courage pour les derniers moments : cependant qui peut s'assurer d'en avoir?

J'ai trouvé dans les Mémoires de Bussy (tout mauvais qu'ils sont) un trait qui peint parfaitement ce que je pense. Il fut malade à la Bastille, ri ce fat une diversion à son ennui. La maladie lui tint lieu d'occupations. Je comprends cela, parce que, quand je me porte bien , je ne sais que faire de moi , j'ai besoin de parler, d'agir, ce qui est fâcheux quand on a peu de moyens pour l'un et pour l'autre ; mais laissons là Bussy et moi pour n' v Rimais revenir.

Aimez-vous la lecture des voyages? je n'en saurais lire; j'ai commence ceux de Sibérie et ceux de Groenland sans pouvoir les achever. Je lis actuellement les Mille et un quarts d'heure. Je rais relire la Vie de madame de Ma intenon. Mon malheur, c'est que je suis obligée de lire cinq ou six heures par jour, je commence à six heures du matin, et cela dure souvent jusqu'à onze heures ou midi ; les insomnies allongent mes jours et abrègent ma vie. On en pourrait faire une énigme.

e ne puis v

i mander des nouvelles, si ce n'est l'exécution

<le la sentence rendue contre le fameux banqueroutier Billard ; il a été au pilori à la Grève une seule fois pendant deux lieures, «ec un écriteau : Banqueroutier frauduleux, commis infidèle. II était en bas de soie , en habit noir, bien frisé , bien poudré ; quand le bourreau vint le chercher à la Conciergerie, il voulut l'embrasser, l'appela son frère, le remercia de ce qu'il lui ouvrait la porte du ciel , bénit Dieu de cette humiliation, et récita des psaumes le temps qu'il fut au carcan. Il fut conduit après hors de Paris, et comme sa sentence porte le bannissement, on 1 Ut Péiopidtt, ou Atrér et ïhyutt , tragtdie ik Voltai». (A. H.)

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KO CORRESPOrSDAKCE COMPLETE

ne doute pas qu'il n'aille à Rome auprès du général des jésuites, et comme sa banqueroute est de cinq millions, il aura eu la précaution de faire passer des fonds dans les pays étrangers : il aurait été juste de le condamner aux galères.

Dimanche.

Cette lettre pourrait partir demain, mais ce serait enfreindre le protocole des huit jours, et comme H n'y a point de protocole pour l'étendue que doivent avoir les lettres, je n'aurai point scrupule de rendre celle-ci un volume ; il y a dans votre dernière encore des articles où je veux répondre.

Le pape peut être fort aise du renvoi de H. deChoiseul, mais s'il s'en applaudit comme étant son ouvrage, soyez sûr qu'il est la mouche du coche, et que chez nous ce sont les intrigues de cour qui embourbent nos voitures ; la bonne ou mauvaise administration n'y entrent pour rien : on a vu cela de tous les temps.

Il n'y a pas beaucoup de nouvelles ici; de petits événements, comme par exemple que madame de Mazarin ' est admise aux petits voyages; qu'il y a eu dix-neuf personnes d'empoisonnées chez madame de Marsan par de la mort-aux-rats, dont on avait fait une pâte qu'on avait placée sur une planche et qui a été confondue avec des tranches de pain dont on a fait la soupe des gens; tous ont été fort malades, aucuns ne sont morts. Oerbier l'avocat a été mieux empoisonné par une médecine d'un empirique qui l'a brûlé vif; il n'est pas encore mort, mais on croit qu'il n'en peut pas revenir. J'attendrai demain l'arrivée du facteur pour fermer cette lettre; avouez que j'abuse de la permission, et que mes lettres sont éternelles; je parie que vous croyez que j'aime à écrire, eh bien , vous vous trompez, je suis en arrière avec tous ceux qui m'écrivent , et quand je me mets à dicter, Wiart pourrait vous dire que presque toujours il ne me vient rien.

Mercredi Ï6.

Le facteur est arrivé si tard, que j'ai cru que je n'aurais votre lettre que demain, et je balançais si je ferais partir la mienne; je vais donc commencer par un troisième volume.

Je regarde comme un très-grand malheur d'avoir un compatriote du caractère de Charles Fox; je n'aime point sa sorte d'esprit et j'ai bien mauvaise opinion de son caractère. Pour le Selwyn, je ne m'en suis jamais beaucoup souciée. Son esprit

1 La dncheue de Muirin, fille du duc d'Aornont. (A. N.)

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est à bâtons rompus ; il ne peut briller que dans son pavs, qui lui fournit, bien plus que ne ferait tout autre, des occasions de dire des traits et de bons mots. Le nôtre, où régnent la monotonie et l'uniformité, ne lui inspirerait rien; vous m'avez une fois défini son esprit par un seul mot, je l'ai oublié. Était-ce inspiration? Il me semble que c'était encore mieux que cela; si vous vous en souvenez, dites-le-moi. On dit que c'est tant mieux pour nous quand il y a bien des factions chez vous; je ne saurais vous en souhaiter; je bais le trouble et la fronde, je ne suis point fanatique de la liberté ; je crois que c'est une erreur de prétendre qu'elle existe dans la démocratie. On a mille tyrans au lieu d'un. Enfin j'aime la paix, et comme mon désir pour moi en particulier est d'être gouvernée, je n'ai point de répugnance pour l'autorité. Gela vous paraîtra bien absurde. Vous vous moquerez de moi ; mais j'y suis accoutumée.

Votre duchesse, chez qui vous alliez dîner, n'est-ce pas la sœur de feu milord Hyde? N'est-elle pas folle à lier '? Je comprends que vous craigniez le retour de M. deKichmond, d'abord à cause de sa santé; mais ne craignez-vous pas aussi qu'il ne se joigne à Charles Fox? Tout cela se jomdra-t-il à milord Chaînant? Toutes réflexions faites, j'aime mieux nous,- nous sommes de vrais moutons, nous paissons tranquillement : il est vrai qu'on nous tond un peu trop prés en attendant qu'on nous égorge; mais que gagne-t-on à se révolter?

LA MÉMK Alt MÊMF.

Paris, jeudi S7 février 177t.

Cette lettrerci sera un journal ; il me parait que cette forme vous plait assez, et elle me convient aussi. Je vais reprendre les choses de plus loin.

Lundi , votre ambassadeur donna un grand souper à M, le duc d'Aiguillon et h tous ses adhérents. Il y avait vingt et une ou vingt-deux personnes; la grosse duchesse a dit que le choix était scientifique, parce que c'étaient des amis assez obscurs, et qu'il fallait être bien instruit pour les connaître et les trouver; les dames étaient au nombre de neuf, d'abord les trois généra*

1 Feu la ducheua de Queentberry. Madame du Deffand ivait raison dau» I» première conjecture, el ne te trompait pai beaucoup dani la seconde, (A. N.)

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tions', et puis mesdames de Forcalquier, de Valbelle, de Nesle, d' Avaray, de l'Aigle, de Flamarens ; les hommes, MM. le maréchal de Richelieu, de Maurepas, l'ambassadeur de Sardaigne. Comme je ne suis pas aussi savante /me milord tïarcourt, je ne puis vous dire le nom des autres. Ce milord veut me donner a souper, il craint que je ne sois jalouse, et il a tort; je lai ai dit qu'il fallait qu'il priât madame de Mirepoix et madame d'Aiguillon, et qu'il leur laissât nommer la compagnie; je soupai hier chez le comte de Broglie avec les deux maréchales. 11 n'y avait de femmes que la maltresse du logis', sa sœur, duchesse de Bouffiers * et moi; il y avait dix ou douze hommes. Ce soir et les deux jours suivants, je souperai chez moi; aujourd'hui j'aurai la mère Oiseau, uue madame de Polignac*, non pas celte que vous connaissez, mais celle du Palais-Royal, qui vous divertirait; je l'ai raccrochée depuis peu, mais on ne la garde pas longtemps. En voilà assez sur ce qui me regarde, je viens aux questions.

Vous ne me parlei plus de notre danseuse*; on dit qu'elle va revenir, et qu'elle est en dispute avec les directeurs de votre théâtre sur l'argent qu'on lui a prorois.

Est-il vrai que vous faites un livre sur le jardinage? Si cela est, d'où vient ne m'en ayez-vous rien dit? Il parait ici depuis quelques jours une épttre en vers , qui a pour titre : Despréaux à Voltaire; elle est d'un nommé Clément*, celui qui a écrit contre Saint-Lambert ; je l'ai lue ; elle ne vaut rien ; ainsi je ne vous l'enverrai pas. Il dit beaucoup de mal de tous nos beaux esprits; il y a beaucoup de noms propres; tout ce qu'il dit est vrai, mais est grossier, plat et lâche; personne présentement n'écrit bien. Indiquez-moi ce que je dois lire; car, je vous le jure, excepté vos lettres (dont le style me plaît indépendamment de la main) tout m'ennuie.

Vendredi M.

Je reprends ma lettre où je l'ai laissée; oui, vos' lettres sont excellentes, et fussent-elles d'un inconnu, elles me plairaient

1 Les trois géuérations de la famille du duc d'Aiguillon, sa mère, sa femme el sa bru, la comlcsae d'Agcnois. (A. N.) 1 La comtesse de Broglie, née Montmorency. (A. H.) 1 Mèm de la duchesse de Laosuo. (A. N.)

* Madame de Polignac, née dm Humain. (A. M.)

* Mademoiselle Heinel, depuis madame Veslris. (A. N.)

* .Critique léieJjro qui commença par flagorner Voltaire et finit par le déchirer. (A. N.)

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DE MADAME LA MAftQITIBE DU DEFFAND. M3

infiniment. Vous rendez vos pensées à merveille, et vous pensez beaucoup ; je n'y trouve rie» à redire , si oe n'est deo* mots que vous en avez supprimés qui y faisaient fort bien ; apparemment fjtte vous les croyiez contraires à won régime.

Je vis assez de nonde hier, mais des ennuyeux. Il faut apprendre à s'enuuyer, dît-on; on veut dire apparemment qu'il fout apprendre a ne pas s'ennuyer; si quelqu'un a cette recette, qu'il me la communique; je lui aurai plus d'obligation que s'il me donnait deux yeux et qu'il m'ôtàt quarante ans. Je lis hier il. de Praslin ' ; les faonmes sont bien différents des ditses; la distance de celles-ci les rapetisse, et c'est J'approche des autres qui les réduit presque à rien. Oh ! que les places font d'illusions !

Samedi 29.

La journée d'hier fut peu de chose. Je vis la maréchale de Luxembourg, mon neveu, l'archevêque, le reste ne vaut pas la peine d'être nommé. J'eus h souper madame de Cambis, Poulde-Veyle et la Saiat^Chrysoetome. Cette Cambis me plaît, elle a un caractère à la vérité froid et sec, mais elle a du tact, du discernement, de la vérité, de la fierté. J'ai un certain désir de lui plaire qui m'anime. Ce ne sera jamais une amie , mais je la trouve piquante; c'est de toutes les femmes d'ici celle qui vous conviendrait le mieux.

L'on me donna hier des vers de Voltaire pour le chancelier : ou tes a parodiés * ; je voudrais pouvoir vous les envoyer : mais

1 Le iluc de Praslin, qui avait été l'un îles secrétaires d'État durant l'adminkntKHi dn son cousin, le dut- de Choiseul. (A. N.) ' Le» vers de Voltaire «e trouvent daim ses QEtivrrs. En voici la parodie :

Que la fable vient noua couler; A ces rmiTi<itre<>, à leurs victimes Qu'on ne cesse de nous vanter.

Je veux bien croire aux Fiu-enrs de Médée,

r aes forfaits il règne aa pillais de nos i

n usurpant la couronne.

Voilà e

qu« j ai

'antiquité, Que eu» monstres so»t détestables ; Aussi ce ne font «ne des fables , Et c'est ici la venté. (A. N.)

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3tt CORRESPONDANCE COMPLETE

cela De se peut pas. J'ai voulu relire Clarisse, elle m'ennuie à

la mort, Je la laisserai bientôt là. Adieu jusqu'à demain.

Lundi 1 mars.

Le lendemain n'a rien produit, le surlendemain guère davantage ; je soupai le samedi avec deux prélats qui se ressemblent comme deux gouttes d'eau , pour la taille, le son de voix, le même esprit, les mêmes sentiments, les mêmes idées, les évêques d'Arras et de Saint-Omer ' ; ils ne sont ni plaisants ni badins : ce sont gens solides, occupés d'affaires d'administration; ils sont adorés dans l'Artois. Ils y font des biens infinis; c'est, à ce que je crois, où ils bornent leur ambition; ils en ont l'air, ils le disent, mais ils seraient, je pense, très-propres à des places plus importantes : enfin ce sont de bonnes têtes. Hier je passai la soirée au Carrousel; c'est un autre genre; je serais embarrassée dédire lequel. J'y retournerai encore ce soir pour mon lundi gras; et demain , pour le mardi gras, j'irai chez madame de Jonsac , où il n'y aura que sa nièce d'Andlezy, la Saint - Cbrysostomc et moi. Vous conviendrez qu'il n'y a point de plaisirs plus innocents.

Dans ce moment le facteur arrive; la lettre que je reçois répond à plusieurs articles de celle-ci. C'est comme si vous l'aviez lue. Je suis de votre avis sur l'ambition ', j'en reconnais le creux, le faux, le vide, mieux que personne; mais je la préférerais cependant à l'ennui , que j'ai peur qu'on ne confonde avec la tranquillité ; quoi qu'il en soit , je ne m'ennuie pas au moment que je. reçois vos lettres. J'en suis contente. Peut-être feraî-je encore un journal; ce qui pourra m'en empêcher, c'est le manque de faits; je n'ose hasarder les réflexions, je ne sais jamais où elles peuvent me mener, et il est assez facile de vous déplaire. Il n'est pas besoin de vous dire que je suis fort éloignée d'en avoir l'intention. Avcz-vous les Péfapides de Voltaire? De tous les genres il ne lui manquait que l'ennuyeux; il ne lui manque plus rien.

' MM. deCouzié, (jii! étaient frère*. L'éveque Je Saint-Omer devim depuis archevêque de Tour* , et mourut en Allemagne |>endant la révolution. (A. N.)

s M. Walpole avait dit ; ■ Qu'est-ce que la grandeur externe? Un hommage qu'on rend aux rang* dans ton* les pava, dans tous les âges, aoi sou bien né), à leurs femme! bien on mal née», baasesne du peuple en présence des ducs, bassesse de* ducs en présence des rais, adulation d'historiens, et menteries de généalogistes! Voilà contre quoi on troque le bonheur! Le bonheur, ce moment de tranquillité qu'on laisse toujours s'échapper, et qu'on ne retrouve plus! . (A. N.)

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LA MÊME AU MÊME

i Paris, H mars 1772.

Vous me donnez un conseil que je ne puis suivre ; je n'ai ni le goût ni le talent d'écrire. Ce ne peut être un amusement pour moi ', il faut que j'y sois déterminée par une raison quelconque ; je ne saurais écrire à froid ; le passé est presque effacé de mon souvenir; à moins qu'on ne me questionne, jamais je ne me le rappelle, et pour ce que je vois journellement, il ne m'intéresse pas assez pour chercher à en conserver le souvenir.

Je suis bien de votre avis, nous sommes fort monotones * ; mais si vous n'êtes pas un original dans votre pays, c'est que tout y est outré et dépravé, et que vous n'êtes que naturel; mais vous seriez un original chez nous, parce que nous ne sommes rien par nous-mêmes, et que voulant être quelque chose, nous nous faisons copie de tels et tels , qui le sont peut-être de ce qu'ils l'ont lu, ou entendu raconter; enfin la simplicité, la vérité ne se trouvent pas chez nous; j'en conviens.

Madame d'Aiguillon m'a chargée de vous demander si vous voulez l'Histoire de la ville de Bordeaux. Elle prétend qu'elle vous ferait plaisir.

1 M. Walpole avait conseillé à madame du Deffand, dans les termes suivants, de s'amuser en écrivant : ■ Mait pourquoi toujours lire? pourquoi ne pas écrire? cela intéresse davantage. Écrivez ce que vous avez vu. Si vous n'ete* pat contente de ce que voua écrivez, tous n'avez qu'i le briller. Mon ami M. Gray disait que ai l'on se contentait d'écrire exactement ce qu'on avait vu, «au* apprêt, tant ornement, sans chercher à briller, on aurait plut de lecteurs que les meilleurs auteurs. ■ (A. K.)

1 M. Walpole avait dit : ■ Vous aimerez mieux vous tant qu'il vous plaira, mais soyez sûre que vous êtes bien insipides auprès de tioui. Vous êtes bien monotone*, to* peu ta-ma lires savent-ils se faire tour a. tour, beaux garçons, jockeys, législateur», joueurs? Perdent-ils de* millions, et te vendent-ils pour de* pension* qui ne suffisent pas pour payer leurs bouquets journalier* ï Oui, noua avons des catlels qui donnent un louis par jour pour des roses, et des fleurs d'oranger au mois de janvier. IU entrent dans une assemblée derrière un buisson, comme nos anciens Anglais qni allaient a la rencontre de Guillaume le Conquérant en portant chacun une branche d'arbre. Lauraguaia le Visîgoth s'en formalise. Enfin nous avons de* Pertes et de* Spartiates; nos damoiseaux sont couverts de guirlandes, et nos femmes écrivent sur la république. Après, pas un individu qui ressemble à un autre : des originaux partout. Il serait impossible de faire nu portrait qui ne serait reconnu d'abord. Je gage que vous m'avez trouvé assez original , moi ; eh bien , je ne fais pas s plat et raisonnable. • (A. N.)

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Je n'ai rien à vous demander de nouveau. La chose publique ne produit rien ; je mène toujours la même vie , et mes pensées sont toujours les mémçs.

Je trouve votre lettre charmante, mais d'un ton que je ne puis prendre; il me faudrait plus de force et d'énergie que je n'en ai pour y pouvoir répondre. Quoique je ne sois plus votre Petite, je suis cependant bien petite, bien sotte, bien puérile; je n'ai qu'un petit cercle d'idées sur lesquelles je redis toujours les mêmes choses; si je veux m'élever, je sens toute ma faiblesse.

Adieu. Peut-être ferai-je un journal pour F ordinaire prochain; dans ce moment-ci je ne trouve rien à dire.

LA MÊME AU MÊME

Paris, mardi 17 mari 1772.

Savez-vous qu'en faisant le portrait de Lindor ' , qui est parfaitement ressemblant, vous avez, sans intention, des mêmes traits, fait le mien. Je ne sais pas si j'ai des inspirations, je ne le crois pas, mais j'ai la faculté de sentir et non celle de comprendre. Ce qui frappe mon imagination n'arrive point, ou du moins très-difficilement et très-rarement à mon entendement. Mais en quoi je ne ressemble point du tout à Lindor, c'est par le sommeil. Je ne demanderais pas mieux que de suivre votre conseil; j'écrirais volontiers, si j'avais des yeux; mais je crois qu'il me serait impossible de dicter des faits; à peine puis-je dicter mes pensées. Je n'ai point le talent de raconter ; ma mémoire, qui est très-courte, est à la glace; j'estropie tous les bons mots que je répète; mon esprit n'est point dans ma tête; je sois le contraire de Fontenelle, de qui on disait qu'il avait deux cerveaux et point de cœur. Madame de Sévigné avait l'un et l'autre, et vous aussi ; maïs gardez-vous bien de me placer dans cette classe. J'en suis parfaitement indigne.

La grosse duchesse ne veut point attendre que vous consenties qu'elle vous envoie ÏHistoire de Bordeaux, elle veut vous en faire présent ; on m'en lut hier quelques morceaux, je vous garantis que vous ne la lirez pas. Je viens de lire un ouvrage de

< Nom donné par plaisanterie à M. SetwVD. (A. N.)

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H. Thomas, -l'Étape des femmes dtt différents siècles; il s'est surpassé lui-même. Nous avions autrefois un charlatan qu'on appelait le Gros Thomas ; il distribuait son orviétan sur le pont Neuf. C'était l'idole du peuple. Je prétends que M. Thomas est le Gros Thomas du peuple bel-esprit; voilà une de ses phrases, à propos de la distance que les rangs mettent entre les hommes : L'orgueil ne 5e mêle pat, et fait signe que l'on rteule. Tout est du même style.

D'où vient ' brûlez-vous tout ce que tous écrivez? Me trouve»ous indigne de rien lire? Manquez-vous de complaisance pour m'en faire quelque traduction? Vous pense» beaucoup et. vous rendez très-clairement vos pensées; que sait-on? peut-être me tenez-vous penser à mon tour? Ne serait-ce pas une trèsbonne œuvre que de me tirer de Peinai? Je n'entends que des riens, et je ne suis pas même aussi heureuse que madame de Sévigné, qui se plaignait, quand elle était aux États de Bretagne, de dépenser tout son esprit en pièces de quatre sous ; la monnaie que je reçois et que je distribue est encore au-dessous de cette valeur. Je ne regrette point de ne plus aller aux spectacles. Tout ce qu'on y donne est pitoyable ; en vérité , en vérité , on ne sait pas pourquoi on est sur terre, et cependant on n'a point envie de la quitter; toujours quelques rayons d'espérance aident à soutenir l'instant présent; mais elle est au fond de la boite, et elle est terriblement couverte de contradictions, de chagrins et d'ennui.

Vous aimeriez mieux des nouvelles que tous ces beaux discours-là; mais il n'y en a point; ce sont des conjectures, des spéculations qui n'ont de consistance que par l'intérêt qu'on y apporte. Nous n'envoyons point d'escadre pour assiéger des châteaux et délivrer des princesses prisonnières ' ; ceci vous regarde, y a-t-û quelque fondement?

Mercredi 18.

Le facteur est psfieé, il n'y* point de lettre*, j'en suis fâchée; f attends avec impatience que vous m'appreniez comment vous aurez trouvé la lettre de Bussy. Je serais assez tentée de vous

' Tournure familier* à tardante du Djeffaod (I..)

1 Ceci * u-aitii ta r*iu« de Danemark. On Mit que le «oswodnre Matliridge, iepttu utîral , fut envoyé iim le Huud avec trou frégatel, boiu' conduire la nue de u an-iaeo de Ooueobourfi à Stade, d'où elle fut envoyée au château a« 2eU , fé«d*tte gai ha fut altigaw d'aarè» un arrangement convenu entre U) cotm d'Angleterre « de Danemark. Elle y mourut en 1774. (A. N.)

MB COBBESPONDANCE COMPLETE

envoyer l'arrêt du parlement et le réquisitoire ' contre les dernières brochures qui ont paru, et qui ont pour titre : la Troisième partie de la Correspondance, et le Supplément à la Gazette. Je n'ai point lu ces deux brochures; on dit qu'elles sont de la dernière insolence. Le réquisitoire me parait admirablement bien écrit; je ne sais d'où vient que je ne vous l'envoie pas ; deux raisons m'en empêchent : l'une que cela rendrait mon paquet trop gros, et l'autre, qui est la plus forte, c'est que cela vous serait fort indifférent.

Adieu donc ; n'ayant point reçu de lettre, il faut bien que je finisse celle-ci.

LA MÊME AO MÊME

Vendredi M mare. Les lettres ont été bien retardées, elles ne sont arrivées qu'aujourd'hui. Non, vous vous trompez, il ne faut pas toujours que j'en revienne là. C'est où je ne retournerai jamais, soyez-en sur; c'aurait été un plaisant chemin pour y retourner que de vous faire lire cette lettre de Jîussy '; c'est la conformité des expressions qui me surprit, et qui, jointe à la critique que vous faisiez de son style, me fit naître l'envie de vous faire lire cette lettre. Ah! je n'ai pas besoin d'être rabrouée. Ma tête s'affaiblit tous les jours, je deviens comme les enfants, j'ai besoin d'être caressée, qu'on me donne du bonbon; je crains qu'on ne me frappe, je trouve tout amer; je ne prétends pas avoir raison, mais on est comme on est ; on n'est point maître

1 Sur le réquisitoire écrit par M. Jacques Vergé», avocat général du nouveau tribunal créé pour remplacer le parlement, cette assemblée condamna les deux brochure» en question • à être lacérée* et brûlée» comme impie* , blasphématoire» et séditieuse», attentatoire» 1 l'autorité du roi, injurieuse» à la famille royale et aux prince» do sang, tendante» à soulever les peuple» contre le gouvernement, et détourner les sujets de l'obéissance qu'il» doivent au souverain, et du res|H.-ci dû aux ministre» et aux magistrat», ■ etc., etc. (A. N.J

S M. Walpole avait dit : > Enfin, j'ai lu cette lettre de Bussy , et je m'étonne que vous ayex eu envie de la citer. Que dit elle d'abord? Sinon que quand madame de Scudéry avait des vapeur», elle persécutai iBussy, et lui reprochait le manque d'amitié sans rime ni raison. Il s'ennuya de ses fantaisies, voilà par où je lui ressemble. Il valait bien la peine de rappeler le pané pour citer ce beau morceau! Hait, de façon ou d'autre, il tant toujours en revenir là. . (A. N.)

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de ses sensations. Madame de Beauvau me disait l'autre jour (apparemment pour me flatter) que ma manière de vieillir était surprenante, qu'on ne s'apercevait d'aucun changement. Ah! mon Dieu, mon Dieu ! que celte louange est peu méritée ! Je ne sais pas si je suis supportable pour les autres, mais je suis insupportable à moi-même. Vous avez raison, j'ai choisi un mauvais antidote contre la tristesse en lisant Clarisse; le traducteur ' a été bien malhabile, il pouvait retrancher hardiment un tiers du livre, sans supprimer aucun événement, sans altérer aucune situation; l'ouvrage aurait été bien meilleur. 11 n'aurait pas été moins triste, mais infiniment moins ennuyeux.

J'aurais tort de décider que mes évéques * ne sont point ambitieux. Us ont l'esprit ferme, appliqué; ils ne sont ni dévots, ni galants, ni intrigants; et comme il mut bien être quelque chose et que rarement on fait le bien pour le bien, il se peut qu'ils soient ambitieux; mais les moyens dont ils se servent sont honnêtes. Je ne vois personne dont je croie que l'esprit vous conviendrait. Pour votre famille anglaise*, je vous avoue qu'elle nem'a point plu du tout; cette belle-mère est unejaboteuse singulièrement importune; son début avec moi fut sur la haute métaphysique; je me reproche de l'avoir brusquée; je loi ai paru sans doute une vieille de très-mauvaise humeur et fort bornée : elle m'aura bien jugée, et je ne m'en plains pas.

On dit ici que le chevalier Lambert est amoureux à la folie de notre danseuse* et qu'il veut l'épouser; il est depuis près de deux mois à Londres, et il n'y est allé qne dans cette intention.

Il y a un homme qui s'est tué, il y a quatre jours, dans l'église de Saint-Eustache, sur le tombeau de sa maltresse; cela n'est-il pas édifiant? Il ne se passe guère de semaine qu'on n'apprenne un suicide; les banqueroutes en produisent plus que l'amour.

Je serai fort aise de revoir Lindor; la faculté qu'il a de s'endormir lorsqu'il s'ennuie, rend sa société très-commode. Je

1 C'est l'abbé Prévost. Depuis lui, le Tourneur a retraduit Clarisse et rétabli tout ce que Prévu» avait su pprhné. (A. N.)

1 Lu éVêqnesde Saint-Omer et d'Amis. M. Walpole avait dit a leur sujet: * Vos deux évèque* ne me donnent point l'idée d'hommes aans ambition. Il bat ic contenter, si les ambitieux montent aux grandeurs par l'échelle de la bienfaisance. > (A. N.)

3 La famille de feu sir John Millir de Batheaston, composée de sir John et l*iv Millar, et sa mère madame Bipp. (A. N.)

' "' " ' "a Heùwl. (A-, M.)

voudrais que tous tes gens que je vois fussent de même; et ce que je voudrais plus que toutes choses, ce serait d'en pouvoir faire autant.

M. DE VOLTAIRE A MADAME LA MARQUISE DD I

A F«ntey, MmnlTT*.

Je vous écris, madame, malgré le pitoyable état où mon grand âge, ma mauvaise santé et le climat dur où je me sais confiné ont réduit mon corps et mou ente. Un officier suisse, qui part dans le moment, veut bien se charger de ma lettre. Songez que vous m'aviez mandé que vous alliez chez votre grand'maman, il y a prés de sis mois ; j'ai cm toujours que vous y étiez. J'apprends que vous êtes à Paris. Vous m'aviez promis de me mettre aux pieds de votre grand'maman et de son mari. Je vous dis très-sincèrement que je mourrai bientôt , mais je mourrais de douleur si votre grand'maman et son très-respectable mari pouvaient soupçonner un moment que mon cœor n'est pas entièrement à eux. Je l'ai déclaré très-nettement à un homme considérable qui ne passe pas pour être de leurs amis. Je ne demande rien à personne. Je n'attends rien de personne. Je repasse dans ma mémoire toutes les bontés dont votre grand' maman et son mari m'ont comblé; j'en parle tous les jours; elles font encore la consolation de ma vie.

J'ai autant d'horreur pour l'ingratitude que pour les assassins du chevalier de la Barre, et pour les bourgeois insolents qui voulaient être nos tyrans. J'ai manifesté hautement tous les sentiments ; je ne me suis démenti en rien, et je ne km démentirai certainement pas. Je n'ai d'autre prétention dans ce monde que de satisfaire mon cœur. Je suis votre plus ancien ami ; vous vous êtes souvenue de moi dans ma retraite; votre commerce de lettres , la franchise de votre caractère, la beauté de votre esprit et de votre imagination m'ont enchanté. Mon amitié n'est point exigeante, mais vous lui devez quelque chose ; vous lui devez de me faire connaître aux deux personnes respectables qni ne me connaissent pas. Je ne leur écris point, parce qu'on m'a dit qu'ils ne voulaient pas qu'on leur écrivit, et que d'ailleurs je ne sais comment m'y prendre; mais vous avez des moyens, et vous pouvez vous en servir pour leur faire

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passer le contenu de ma lettre. Je vous en conjure, madame, par tout ce qu'il y a de plus sacré dans le monde, par l'amitié ; il m'est aussi impossible de les oublier que de ne pas tous aimer.

Je vous souhaite toutes les consolations qui peuvent tous rendre la vie supportable. Je voudrais être avec vous à Saint- Joseph, dans l'appartement 'de Formont. J'y viendrais, si je pouvais m'arracher à mes travaux de toute espèce et à une partie de ma famille, qui est avec moi. Consolez-moi d'être loin de vous, en faisant hardiment ce que je vous demande. Soyez bien persuadée, madame, que vous n'avez pas dans ce monde uu homme plus attaché que moi, plus sensible à votre mérite, plus enthousiaste de vous, de votre grand' maman et de son

MADAME LA MAHOCISE DU SEFPAND A M. DE 1

ATritmï.

Non, non, vous ne m'avez point vue à Chanteloup. Vous n'êtes pas ingénieux en excuses; mais si vous êtes sincère en repentir, je ferai très-volontiers la paix avec vous. J'eus la visite de M. Dupuis, il y a environ deux mois; je me laissai persuader qu'il venait de votre part. Apparemment qu'il n'en était rien, puisque vous ne • répondîtes point à tout ce que je le chargeai de vous dire; et par votre lettre d'aujourd'hui, je juge que vous n'avez peut-être pas su qu'il m'eut vue. Enfin, enfin, oublions le passé et reprenons notre correspondance.

J'ai toujours rendu compte à mes amis de ce que tous me mandez pour eux ; et de peur d'affaiblir vos expressions et de faire tort à votre style, je leur ai presque toujours envoyé tos lettres; je vous ai toujours dit fidèlement ce que contenaient leurs réponses : je n'ai point ajouté de réflexions ni de commentaires sur le texte. Vous avez tort de vous croire mal avec eux, puisque tous n'avez point à vous reprocher d'avoir manqué à tous les sentiments que vous leur devez. Je leur enverrai votre dernière lettre , et toutes celles où vous me parlerez d'eux; car j'espère que vous m'écrirez souvent, et que vous tous ferez un devoir de me dédommager avec usure de Totre long silence. J'ai plus besoin que jamais de votre secours;

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je n'ai plus de ressources contre l'ennui; j'éprouve le malheur d'une éducation négligée : l'ignorance rend la vieillesse bien plus pesante, son poids me parait insupportable. Je ne regrette point les agréments de la jeunesse, et encore moins l'emploi qne mes semblables eu font et que j'en ai fait moi-même; je regarde tout cela aujourd'hui comme un temps perdu. Je voudrais avoir acquis des goûts, des connaissances, de la curiosité, en un mot quelques ressources pour m' occuper, m'intéresser ou m' amuser.

Hais, mon cher Voltaire, je ne me soucie plus de rien; il n'y a de différence d'un automate à moi que la possibilité de parler, la nécessité de manger et de dormir, qui sont pour moi la cause de mille incommodités. Je voudrais savoir pourquoi la nature n'est composée que d'êtres malheureux ; car je suis persuadée qu'il n'y en a pas un seul de véritablement heureux, et j'en suis si convaincue, que je n'envie le sort ni l'état de personne, ni d'aucune espèce d'individu, quel qu'il puisse être, depuis l'huftre jusqu'à l'ange. Mais bientôt nous serons l'un et l'autre... Quoi? Que serons-nous? Vous ne serez plus vous, vous y perdrez beaucoup; je ne serai plus moi, je n'y peux que gagner; mais encore une fois, que serons-nous? Si vous le savez, ditesle-moi ; et si vous ne le savez pas , n'y pensons plus.

Vous aurez appris la mort de Duclos. Voilà deux places vacantes à l'Académie, et quatre mauvais discours à attendre.

Ne sachant plus que lire, je relis Y Iliade; ce tintamarre des dieux, des hommes, des chariots, des chevaux, m'étourdît; mais j'aime encore mieux cela que la fade et languissante éloquence, la boursouflée et emphatique métaphysique de nos sots écrivains.

Gardez-vous bien de répondre à M. Clément, vous lui feriez trop d'honneur. Cet homme n'a pas l'idée du goût ; ses critiques sur vous devraient lui valoir des oreilles d'àne. Quinault est pour lui le cocher de M. de Vertamont. Eh bien, mon cher Voltaire, il y a des gens qui osent louer et admirer son livre!

Vous savez que Harmontel a la place d'historiographe, et ce n'est pas le duc de Mazarin, mari de la belle Hortense, qui a tait ce choix. Adieu '.

1 Ella veut parler ici du duc de Maiario , qui , à ce qu'on prétend , faisait tirer se» do nu t tique» au sort, pour savoir quelle fonction chacun remplirait chez lui la semaine suivante. (L.)

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MADAME Uk MARQUISE DU DEFFAND A M. HORACE WALPOLE. Parit, veudredi 3 avril 1775.

Miloid Carliste me fiait dire qu'il partira demain; je comptais que ce ne serait que lundi, et que j'avais du temps devant moi pour vous écrire, et voilà qu'il faut que je me dépêche : c'est peut-être tant mieux pour vous. Vous ne vous souciez guère de nos nouvelles; je ne vous en sais pas mauvais gré. A peine m'intéressent-elles; mais je vous ai annoncé que je vous en apprendrais, il faut tenir sa parole.

Notre ministère est en guerre presque ouverte; le chancelier tout seul, M. d'Aiguillon à la téta des autres. Le chancelier a pour lui le clergé, c'est-à-dire le clergé dévot, l'archevêque de Paris1, le cardinal delà Bocbe-Aymon, et ce qu'on regardait comme très-important, Madame Louise". On commence à en avoir moins de peur, parce que le parlement vient d'enregistrer □ne déclaration qui restreint l'autorité du pape, malgré la volonté du chancelier. On regarde son crédit comme fort diminué, et M. d'Aiguillon, qui jusqu'à présent avait été protecteur des jésuites et des dévots, a changé de système; et c'est à ce qu'il parait, les ambassadeurs d'Espagne et de Naples qui ont le plus contribué à ce changement. Vous ne comprendrez rien à tout ceci : je ne l'entends pas moi-même assez bien pour pouvoir vous l'expliquer. Il s'agissait de suspendre l'exécution d'un arrêt de 1762, donné à l'occasion de l'excommunication de Parme, qui ordonnait que tout ce qui viendrait de Borne serait examiné et enregistré au parlement avant d'avoir force de. loi. Le chancelier avait obtenu une déclaration qui détruisait cet édit ; il comptait sur la docilité de son parlement pour enregistrer cette déclaration; il a été fort surpris de ce que son parlement a fait des remontrances. Ces remontrances ont été appuyées par le d'Aiguillon, et par des représentations et sollicitations très-vives des deux ambassadeurs , comme étant contraires au pacte de famille. L'arrêt de 1 762 a donc été confirmé, et tout ce qui viendra de Borne, excepté ce qu'on appelle le pénitenliel, sera enregistré au parlement, ce qui sauve la nation de la servitude de Borne, où le chancelier, pour gagner le clergé, voulait la soumettre. Tout ceci vous paraîtra un gali-

s'était retirés an Connélitei. (A. N.)

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matiiis, mais vous pouvez en conclure que le crédit du chancelier reçoit une brèche considérable1. On dit qu'il est question d'une négociation pour la réconciliation des princes, et que le d'Aiguillon et les antres ministres sont à la tête, et veulent en enlever l'honneur au chancelier. Il va y avoir une assemblée extraordinaire do clergé ; l'ordinaire est qu'il n'y en ait que tous les cinq ans, celle-ci sera au bout de trois ans. On demande un don gratuit de douze millions, on en accordera dix ; l'usage qoe l'on fait de tout cet argent est incompréhensible. On nie dit lûer qu'il y avait toute apparence que l'on ne continuerait point à payer au trésor royal , comme on a fait depuis le commencement de l'année; enfin, tout ceci parait si incertain, si chancelant, qu'il semble impossible que l'état présent subsiste. Si vous voulez que je vous dise ce que j'imagine qui arrivera, c'est que le chancelier sera disgracié, que l'on donnera les sceaux a M. de Boynes*, que Ton fera quelques changements aux ope*rations du chancelier qui faciliteront aux princes les moyens de se désister avec honneur de leurs protestations, qu'ils retourneront a la cour, qu'ils deviendront les valets de madame du Barry, et qu'il ne restera que quelques victimes de l'héroïsme. Je rois avec regret que M. de Beauvau sera une des principales. Cependant je soupçonne qu'il a trouvé quelques ressources; mais je n'en suis pas assez sûre pour hasarder de le dire.

Vous devez sentir combien il m'est important que vous ne tardiez pas un moment è m' accuser la réception de cette lettre.

Je n'ai point absolument renoncé au projet d'aller à Chanteloup. Je ne veux point m'oter cette ressource, en cas d'un ennui insupportable ' ; mais ce ne sera qu'à toute extrémité que

1 Le clergé et tel parlements onl toujours été jaloux le* un» de* autres. Le chancelier Maupeoii, qui n'ignorait pas que cette jalousie subsistait entra l'Eglise et la robe, encourageait et appuyait les prétention! du clergé, qui voyait avec indifférence la destruction de* parlement», sans songer qne le pouvoir arbitraire qui anéantissait ses rivaux pourrait, dans quelque aoans occasion, lui être également redoutable à lui-même. Le nouveau tribunal de Maupeou ne fut pa» plutôt établi, que l'esprit de corps, in des plu» puissants et des plus invariable» moteurs des actions humaines , se trouva si parfaitement établi parmi ses membres, qu'ils insistèrent sur la nécessité d'enregistrer le* déclarations dn d enflé , pour leur donner la validité d'une loi. Cependant c'était en faisant renoncer le parlement à cette prétention , que le chancelier avait obtenu l'adhésion du clergé à son nouveau système. (A.. N.)

9 Alors ministre de la marine. (A. N.)

* M. Walpole répondit : ■ Milord Carliste me remit votre lettre trier; si vous saviez à quel point vous tsatat bien , vous ne feriei autre chose , et tous

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je quitterai mon tonneau. Toutes les raisons pour rester chez moi sont si fortes, qu'il faudra une espèce de désespoir pour me feire partir, et alors on pourra m'appliquer le proverbe : Fin comme Gribouille, qui se jette dans l'eau de peur de la pluie.

A Ferney, 10 avril 177*.

Il est très-certain, madame, ou que vous m'avez trompé, ou que vous vous êtes trompée. On dit que les dames y sont sujettes, et nous aussi ; mais le fait est que vous m'écrivîtes que tous alliez à la campagne, et que j'ignore encore si vous y avez été ou non. M. Dupuis prétend que vous n'avez jamais fait ce voyage. Si vous ne l'avez pas bit, vous deviez donc avoir la bonté de m'en instruire. Vous me dites : Je pars, et vous restez un an sans m* écrire. Qui, de vous ou de moi, a tort en amitié? Tout ce que je puis vous dire, c'est que je n'ai pas changé un seul de mes sentiments.

Je vous répète que j'ai détesté et que je détesterai toujours les assassins en robe et les pédants insolents.

Je n'ai rien su de ce qui se passe depuis un an dans aucun des tripots de Paris; j'ai conservé, j'ai affiché hautement la reconnaissance que je dois a vos amis, et je l'ai surtout signifiée à M. le maréchal de Richelieu, que vous voyez peut-être quelquefois.

Du reste, je sais beaucoup plus de nouvelles du Nord que de Paris.

vous ennuieriez bien moins. Qiirllc folie que de vouloir aller ICtiantelouppour voua désennuyer! C'est absolument une manie qne la manière dont voua parlez du l'ennui ; on dirait que voua êtes oma fillr de leile an* ijui est an dé- •MfKMf qu'on ne lui permette pae de ae divertir tant qu'elle veut. Qu'est-ce donc que tous cherchez! Vous voyez beaucoup de monde, et ne savez-vou» pu encore que tout le monde n'est pas parfait? qu'il y a des sols, des ennuyeux, des traîtres f Vous vous lamentez tout comme si tous élies à votre première découverte de la fausseté on de la frivolité. Je tous parle actneHe- «ent aana humeur; je vous prie « vous oanseilie deqnitter cette folie. Rendactmu à la raison, prenez le monde comme il est; n'attendez pas à le refaire à votre gré, et ne ressemblez pas à ce prince dans les contes persans, qui courait le monde pour trouver une princesse qui ressemblât a certain porlrait qu'il avnt to an trésor de son père, et qui se trouva avoir été la maîtresse de Sabtaon. Tous ne découvrirai pal la maln-alM de SaUmona Cbin>telotip.(A. H.)

Je suis fort aise que tous vous soyez remise à lire Homère ; tous y trouverez du moins un monde entièrement différent du nôtre. C'est un plaisir de voir que nos guerres sur le Rhin et sur le Danube, notre religion, notre galanterie, nos usages, non préjugés, n'ont rien de ces temps qu'on appelle héroïques. Vous verrez que l'immortalité de l'âme, ou du moins d'une petite (ïgure aérienne qu'on appelait âme, était reçue dans ce temps-là chez toutes les grandes nations. Celte opinion était ignorée des Juifs et n'y a été en vogue que très-tard, du temps d'Hérode.

Vous êtes bien persuadée que ni les Pharisiens ni Homère ne nous apprendront ce que nous devons être un jour. J'ai connu un homme qui était très-fermement persuadé qu'après la mort d'une abeille, son bourdonnement ne subsistait plus. Il croyait, avec Épicure et Lucrèce, que rien n'était plus ridicule que de supposer un être inétendu gouvernant un être étendu et le gouvernant très-mal. Il ajoutait qu'il était très-impertinent de joindre le mortel à l'immortel. Il disait que nos sensations sont aussi difficiles à concevoir que nos pensées, qu'il n'est pas plus difficile à la nature, ou à l'Auteur de la nature, de donner des idées à un animal à deux pieds appelé homme, que du sentiment à un ver de terre. Il disait que la nature a tellement arrangé les choses, que nous pensons par la tête comme nous marchons par les pieds. Il nous comparait à un instrument de musique, qui ne rend plus de sons quand il est brisé. Il prétendait qu'il est de la dernière évidence que l'homme est comme tous les autres animaux , et tous les végétaux , et peutêtre comme toutes les autres choses de l'univers, fait pour être et pour n'être plus.

Son opinion était que cette idée console de tous les chagrins de la vie, parce que tous ces prétendus chagrins ont été inévitables; aussi cet homme, parvenu à l'âge de Démocrite, riait tout comme lui. Voyez, madame , si vous êtes pour Démocrite ou pour Heraclite.

Si vous aviez voulu vous faire lire les Questions sur VEncyclopédie, vous y auriez pu voir quelque chose de cette philosophie, quoique un peu enveloppé. Vous auriez passé les articles qui ne tous auraient pas plu, et vous en auriez peutêtre trouvé quelques-uns qui vous auraient amusée. À peine cet ouvrage a-t-il été imprimé, qu'il s'en est fait quatre éditions, quoiqu'il soit peu connu en France. Vous y trouveriez

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aisément sous la main toutes les choses dont tous regrettez quelquefois de n'avoir pas eu connaissance. Vous passeriez sans peine et sans regret te peu d'articles qui ont exigé des figures de géométrie. Vous y trouveriez un Précis de la philosophie de Descaries et du Poème de l'Aristote. Vous y verriez quelques morceaux d'Homère et de Virgile traduits en vers français. Tout cela est par ordre alphabétique. Cette lecture pourrait vous amuser autant que celle des feuilles de Fréron.

Il y s une dame avec qui vous soupez , ce me semble , quelquefois, et qui est la mère d'un contre-seing. Maïs je ne sais pins ni ce que vous Faites, ni ce que vous pensez. Pour moi, je pense à vous, madame, plus que vous ne croyez, et je vous aime sans doute plus que vous ne m'aimez.

; LA MAHQTJISE DU DEFFAND A H. HORACE WALPOLE. Mardi 14 avril 177S.

Vous êtes obéi. On a corrigé les fautes d'orthographe, et fait quelques petits changements qui me donnent du scrupule; nous avons affaibli votre style : le vôtre a une certaine vivacité qui vous est unique, et qui vaut mille fois mieux que la lenteur et la froideur du correct '. J'ai mis difficultés à la place de la dépense; j'ai peut-être tort. Venons à l'honneur que vous voulez me faire : il n'est pas douteux que je n'y sois bien sensible; mais mon amour-propre ne m'aveugle pas au point de consentir que vous me nommiez , il suffit qu'on me devine, en voilà assez pour ma gloire ; je ne veux point nuire à la vôtre ; vous vous exposeriez a un ridicule, et vous augmenteriez beaucoup la jalousie et la haine que tous les sots petits beaux esprits ont pour moi. Je ne m'oppose point aux éloges que vous voulez bien me donner; j'y vois votre amitié, si je n'y trouve pas la vérité. La tournure que vous aviez prise est, dit Pont-de-Veyle , du style lapidaire; il aime mieux l'autre forme, c'est celle qu'il a prise dans la dédicace du Siège de Calais et des Malheurs de CAmour. Ce bon ami Pont-de-Veyle vous aime infiniment. Je l'ai détourné de vous le dire lui-même; j'ai cru

1 Ceci a rapport a la dédicace et k la préface de l'édition do* Mtmoirti du cornu tU Gnmomt, par M. Walpole. (A. H.)

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SM CORHBSPOKDANCE COMPLETE

bien faire de vons épargner à l'un et à l'autre le petit embarras

d'une lettre.

Il est très-vrai que le Prétendant a épousé cette princesse ', qui est la sœur amée de madame de la Jamaïque; sa mère et elle sont venues à Paris, je ne sais pourquoi ; le prince n'y était point, elles l'ont été trouver; j'ignore le lieu où il était, et celui qu'ils prétendent habiter à l'avenir. On dit que le prince a six cent mille livres de rente; pour elle, elle n'a rien. Sa fortune me parait bien peu digne d'envie ; n'est-ce pas un des plus grands malheurs que d'avoir des prétentions sang espérances? elles ne causeront, je crois, à votre nation, aucune inquiétude.

Voua aurez malgré moi l'Histoire de Bordeaux; j'ai mit encore hier au soir de vains efforts pour détourner la grosse duchesse de vous l'envoyer; mais elle est sure qu'elle vous fera un plaisir infini. 11 y est fort question du prince Noir, et ce sera pour vous une grande satisfaction ; je ne saurais me persuader que cela soit, ni que vous en ayez beaucoup à apprendre de nos nouvelles. Cependant je vais faire comme la grosse duchesse, et vous dire, non ce qui est arrivé, mais ce qu'on dit qui arrivera avant que vous ayez reçu cette lettre.

Le vicomte du Barry ' aura la place de premier écuyer du roi; il en a, dit-on, le brevet depuis quinze jours. MM. de Coigny et de Poligaac, qui espéraient l'avoir, en seront dédommagés, le premier par la charge de premier gentilhomme de la chambre de M. le comte d'Artois, et le second, par celle de son premier écuyer. M. de Beauvau obtiendra aussi quelque déd ommagemeut .

La vente des tableaux de M. de Choiseul a été portée à un prix inouï; elle monte à quatre cent cinquante nulle livres. Je n'irai point à Chauteloup , ma santé ne me le permet pas. Je ne vous parlerai plus de mes ennuis, voue démentez trop bien ce vers de Corneille ou de Racine :

à racontar aea ma m «auvent an les •aulafe.

Ah! bon Dieul c'est tout le contraire.

Croyez que je vois bien tout ce que vous pensez, et ce que

1 One princeuc de Stolberg, Sa sœur cadette avait épousé le comte de I* Jamaïque, fil*, cadet du duc de Bcrnick. Sur l'épouse du Prétendant, connue depuis sons le nom de comtesse iTAIbany, voir le livre que lui a consacré H. Saint-René Taillandier. Michel Lévy, 1802. (L.)

a Nevaa. du mari il* UaoaatcaM do Barri. Il avait épousé nudemoiavue de Tonrnmi. (A. N.)

Olguzedb, GOOgk

tous supposes que je pense; tous tous trompez, je n'attends rien, je n'espère rien ; je tous surprendrais et vous ne me croiriez pas si j'ajoutais : Je ne désire rien. Cependant je me trompe fort moi-même, si cela n'est pas vrai.

Pour ne pas grossir mon paquet, je Tais copier tout de suite les corrections de l'orthographe, et ce que nous avons change* àaas le style, que je crois que nous artws gâté. — (Il n'y a rien à changer au titre) ' .

Avis de l'éditeur tur cette nouvelle édition.

■ On ne prétend donner qu'une édition des Mémoires du f comte de Gramont plus correcte que les précédentes. Ce

• livre unique n'a pas besoin d'éloge. Il est pour ainsi dire » devenu classique dans tous les pays de l'Europe. Le fond de

• l'histoire est véritable, l'agrément du style l'a fort embelli.

• Les premiers éditeurs avaient estropié plusieurs noms pro- > près, on les a corrigés dans cette édition. On a encore rec-

• tifié la confusion qui s'était introduite dans l'histoire des

• deux Hamitton, l'auteur et son frère; on n'a pas touché au

• texte.

■ L'éditeur aurait voulu ajouter les portraits des principaux

• personnages; mais il a trouvé trop de difficultés. Il s'est

• borne à ne donner que ceux de mademoiselle d'Hamilton,

• de l'auteur le comte Antoine d'Hamilton, et de son héros le

■ comte de Gramont. Malheureusement il n'a pu donner les » deux derniers que d'après des tableaux faits dans leur vieillesse;

• il n'existe de portrait du comte de Gramont que dans ta

■ salle des chevaliers du Saint-Esprit, aux Grands-Augustins, a

■ Paris. L'éditeur, a eu la permission de M. le marquis de

■ Marigny d'en faire tirer une copie.

■ Celui d'Hamilton est d'après son estampe, faite aussi dans » ses dernières années. On a refusé à 1 éditera- de mire tirer des n copies des portraits des deux frères Antoine et George, et de

• la belle Jenoings , qui se conservent dans une branche de la

■ famille de cette dernière. »

A M&DAHK "**.

• L'éditeur tous consacre cette édition, comme un monui aient de son amitié, de son admiration et de son respect, A

' Le titra de «on édition de* Mémoires dm tomlt de Grtmotit, (A. N.)

SW> CORHISPONDANCE COMPLETE

» vous dont tes grâces, l'esprit et le (joût retracent au siècle » présent le siècle de Louis XIV et les agréments de l'au(eur » de ces Mémoires. »

Je suis honteuse en faisant copier ceci ; je sens combien peu je mérite de tels éloges , et je ne comprends pas comment ils peuvent sortir de votre plume.

D'Alembert fut élu jeudi dernier secrétaire de l'Académie française, place vacante parla mort de Duclos '; de vingt-sept qu'ils étaient à l'Académie, il eut dix-sept voix pour lui, et l'abbé le Batteux en eut dix. Il y a un logement au Louvre attaché à cette place. Sans doute il ne l'occupera pas; il y a aussi douze cents francs d'appointements, sur lesquels il doit entretenir le feu de l'Académie; je ménagerais le bois en y jetant tous leurs beaux ouvrages.

LA MEME AU MÊME

Paris, mercredi Si avril 1T7X.

Je suis un monstre, une folle, une insensée; si vous m'envoyez promener, si vous ne voulez pas entendre parler de moi, vous aurez raison, je ne serai point en droit de m'en plaindre, mais je serai dans le dernier désespoir. Oui, j'en conviens, ma lettre du mercredi 15 * est le comble de la folie et de l'impertinence; je ne prétends point l'excuser. Cependant, si quelque chose pouvait le faire, c'est que je ne me portais point bien. J'étais pleine de vapeurs, et votre lettre du 10, que je reçus ce jour-là, me parut dure, et d'une grande sévérité. Vous attribuiez mes ennuis à mon caractère, vous étiez fatigué de mes plaintes, vous trembliez en recevant mes lettres, enfin je n'y crus voir que sécheresse et dégoût : l'humeur me prit, et je vous écrivis des impertinences. A tout péché miséricorde, par-

1 Duclos avait succédé a Voltaire comme historiographe de France, lorsque ce dernier s'expatria, el renonça an titre et aux honneurs de sa place, dont il chercha néanmoins, a ce qu'on dit, à conserver la pension. A la mort de Duclos, elle fut donnée A Marmontel.

Duclos ne voulut jamais rien publier pendant sa vie en sa qualité d'historiographe ; mais il laissa à sa mort trois volumes curieux et authentiques de mémoires sur la régence et sur les premières années du règne de Louis XV, écrits avec une franchise qui n'a permis de les publier qne quelque temps après le commencement de la Bévolution. (A. N.)

i Cette lettre n'a pas été publiée. (L.)

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donnez-moi, mon ami, suivez l'exempte du Seigneur avec la Madeleine; dites comme lui : Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle «... Ah! je n'achève pas, je gâterais mes amures, au lieu de les raccommoder. Au nom de Dieu, ne me jjroudez pas, ou, ce qui serait. Lien pis, ne me boudez pas; nous étions si bien ensemble! .l'ai fait une grande faute, je l'avoue. Il faut me la pardonner; vous devez voir que je ne suis pas incorrigible. Je vais faire comme si j'avais obtenu mou pardon, et causer avec vous en toute liberté,

Le lendemain de cette lettre, jour du jeudi saint, je reçus vos deux petites caisses. Je les ouvris avec grand empressement; la bouilloire fut trouvée charmante. Sur-le-champ je la plaçai au milieu de ma table, les porcelaines furent rangées autour; il manquait une jatte pour le parfait assortiment, et vite, vile, j'en envoyai chercher chez madame Poirier. Madame de Mirepoix, qui était prévenue de l'arrivée de la bouilloire, arriva sur les six heures pour me demander du thé; depuis ce jour-là je tiens thé ouvert, et tout le monde admire la bouilloire. Oh! si vous la voyiez en place, je n'aurais rien à désirer. Ma joie cependant était troublée par mes remords ; pour me soulager, je vous écrivis une longue lettre pleine de repentir, oléine de reconnaissance; je me satisfis eu l'écrivant. Mais comme elle ne devait partir que le lundi, j'eus tout le temps de la réflexion. Je crus que cette lettre pourrait vous déplaire plus que celle qui causait mes remords. Je la jetai au feu, et je résolus d'attendre à aujourd'hui. Celle que je reçois me platt infiniment. Vous voilà occupé dans votre petit château. Comment ponrrez-vous raccommoder vos apôtres, et comment pourront-ils redevenir entiers de fracassés qu'ils ont été ' ? Ce ne sera pas le moindre de leurs miracles.

Voilà donc ces oiseaux' en chemin; j'en suis désolée, ils n'arriveront pas en vie. Nous venons d'avoir trois jours de froid qui les auront tués. Au nom de Dieu, ne suivez jamais mes conseils; je suis bien résolue de ne plus vous en donner; mais que sait-on! J'ai des premiers mouvements dont je ne suis jamais maltresse. Ah! mou Dieu, j'ai bien des défauts; il est bien tard pour se corriger.

1 Le* Tiiroflr» peints de M. Walpole à Slranbeiry-Hill. lia avaient été casiés par l'eïplosion des magasins j poudre de l.i bruyère de Hounilaiï.(A.ri.)

* Lti oiseaux étranger* que M. Walpole envoyait à la duchesse de la Vallière. (A. N.)

ii. 16

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142 CORRESPOND A KGB COMPLETE

Je prévois beaucoup d'ennuis. La demoiselle Saint-Chrysostome n'a pas le talent de les écarter. M. le prince de Conti m'enlèvera Pont-de-Veyle, pendant un mois qu'il passera à Pougués. La grosse duchesse sera à Buel, les Caraman & Roissy, madame de Jonsac à Jonsac, les Broglie à Buffec; il ne me restera que la mère Oiseau ; encore ira-t-elle peut être eu Lorraine, et son prince avec elle, ou en Franche-Comté; j'aurai donc pour toute ressource le Caraccioli, le Greutz et quelque vîrevousse de madame de Mirepoix, mais rien que jusqu'à Compiègue. Alors je n'aurai plus personne. Les Beauvau font leur quartier, qui ne finira qu'au 1" juillet, et tout de suite ils iront a Chanteloup. A propos d'eux, le prince vient d'obtenir une gratification annuelle de vingt-cinq mille francs, en attendant le premier gouvernement qu'on lui promet. De toutes les nouvelles que je vous annonçais, c'est la seule qui se soit encore réalisée. Il y aura nne infinité de mariages la semaine prochaine : M. de Canillac avec mademoiselle de Roncherolle; M. de Matignon, fils de madame de la Vaupallière, avec la fille du baron de Breteuil; M. d'Albon, neveu de ma bellesœur ', avec mademoiselle de Castellane. Ce dernier m'intéresse un peu, mais fort peu.

Vous savez que je destine le très-bel éventail que vous m'avez envoyé, pour la fête de madame de Luxembourg qui est le 22 juillet; dans mes insomnies, j'ai imaginé d'y joindre un bouquet de marjolaine et de muguet , et sa mauvaise humeur qui était assez grande ces jours passés m'a inspiré le couplet que je vais vous dire, et qui ne sera point envoyé.

C'est le même air où j'en ai fait un que vous connaissez , qui commence : Malgré la fuite des amours.

J'ai préféré dans ce bouquet , La marjolaine et le muguet, A la fleur dont on craint l'épine :

L'emblème aiiément le devine :

On ne veut point craindre en aimant; On veut iju'Amiinr devienne un bon enfant, Qui, sans blesser, toujours badine.

Voici un autre couplet de madame de Boufflers sur un autre air du Déserteur :

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Ain : Tous (et hommes loittbons.

En De dépensant rie

De manger tout non

bien.

Sport;

Pour payer, J'ai rendu

Ma chemine,

El chei moi l'on ne «

>it p»

Mène aui heure* de* Nappe mite.

Ne trouvez-vous pas ce couplet plaisant?

Madame de Cambis est fayorissime de madame de Luxembourg et de l'Idole; elle revient aujourd'hui arec tout le paganisme de l'Isle-Àdam ', où ils étaient depuis le mercredi saint.

Voilà bien des riens que je tous conte. Vous serez bientôt tas de tels récits, tous pourrez me l'avouer sans me fâcher; j'en fus serment, jamais, non, jamais je ne me nicherai plus contre

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