LA IMKAIK A LA MÊME
Coinpièjjne , 30 juillel ilUO.
Je suis persuadée, madame, f|ue vous prenez part à ce qui me regarde : ainsi il ne me fallait pas d'excuse d'avoir tardé à me faire votre compliment sur la j)erte que je viens de faire"'. Je me doutais bien que vous n'en saviez rien; je compte trop sur votive amitié, pour douter un moment que vous êtes capable de m'oublier, et, à vous parler franchement, je n'imagine jamais ce qui peut me faire de la peine : c'en serait une véritable pour moi, si je pouvais prévoir que vous fussiez vm moment sans m'aimer. Sans fadeur, je vous trouve si aimalde et si fort à mon gré , passez-moi ce terme , que je serais furieuse si vous étiez assez mal née pour n'avoir pas pour moi un peu de bonté; car, en vérité, vous avez peu de {jens qui vous soient aussi tendrement attachés : je le disputerais quasi à madame de Rochefort, à qui je vous prie de faire mille compliments. Je ne vous en ferai point à vous en finissant ma lettre : je vous dirai tout crûment ([ue je vous aime et que je vous embrasse de tout mon cœur.
1 En réponse aux coinjtlinients dos Foicalqnicr ot des lîranras, nldrs en ]!r(>ta{|n(; pour la tenue des Etats. (E.)
2 Son lieau-pèro, le comte du Eue, Irère de r;ui'lievéquo de Paris, V. Mémoires du duc île Liniies, t. 111, p. 215. (E.)
DE MADAME LA MARQUISE DU DEFrA>'D. 9
I,A MÈMK A I, A MÊME.
Coiii[)iè{;nft , 8 août 1740.
Je suis au comble de ma joie, madame. Cette façon de commencer une lettre vous paraît peut-être singulière ; mais quand vous saurez de (juoi il s'agit, vous serez aussi contente que moi. Je vous dirai donc que j'ai trouvé le moment favorable de parler à ma sœur au sujet de M. de Forcalquier; je lui ai dit ce que je pensais de? la façon dont le roi le traite, et lui ai fait un grand détail avec beaucoup d'éloquence, qui dans toute autre occasion m'aurait sur])rise; mais je trouve que l'on ])arle toujours bien quand on soutient une bonne cause, et surtout quand cela regarde quebju'un à (jui on s'intéresse; enfin j'ai parlé et persuadé : je suis parfaitement contente de cette réponse. Elle m'a promis de parler; je ne mets pas en doute qu'à son tour elle j)ersuadera : je lui ai fait de grandes avances de la part de M. de Forcabpiier, et l'ai assurée que s'il ne l'avait point encore vue chez elle, c'est qu'il n'avait osé. Elle m'a paru sensible à tout ce que je lui disais d'oldigeant de sa part, et m'a dit que je lui forais plaisir de le lui amener. Réellement elle s'est portée de si bonne grâce à tout ce que je lui disais, et si aise de trouver occasion de faire plaisir, que j'aurais voulu que a'ous fussiez témoin de notre conversation : si vous la connaissiez autant que moi, vous l'aimeriez à la folie; elle a mille bonnes qualités et une façon d'obliger singulière. Que tout ceci ne vous passe pas, et remarquez qu'en fennne prudente je ne vous écris pas par la poste : on y lit les lettres fort ordinairement. Après que vous vous serez ennuyée de la mienne, mettez-la au feu , je serais au désespoir qu'elle fût perdue.
r^e duc d'Ayen m'a donné un Me/noire de votre part, je ferai ce qui dépendra de moi pour faire réussir votre affaire. M. le Premier ' n'est point ici, je compte qu'il sera bientôt de retour : en attendant je parlerai à M. de Vassé'. Je compte bien aller souper dans votre petite maison, et je regrette beaucoup de n'être pas à portée de vous voir plus souvent. Je me flatte que vous pensez quclipu'fois à moi; vous me devez un
' Iloiui-daiiiille, marquis de Beriiijjlien , premier cciiver du roi. (L.) 2 Frci'c (lu colonc! du n'jjinuMit Dau|)hin-Dra{;oiis , mort à Pra^jiie eu juin 1742. (L.)
peu d'amitié, car on ne peut vous être plus tendrement attachée que je vous le suis. Je vous embrasse, madame, de tout mon cœur.
Voilà l'épître de Voltaire que je vous renvoie. Le duc d'Aven me charge de vous rendre réponse pour lui, et de vous faire mille trés-humhles compliments de sa part.
Compiènne, 19 août 1740.
J'ai parlé, madame, à M. le Premier au sujet de votive affaire : il m'a dit en premier lieu qu'il était fort peu au fait de ce que cela pouvait valoir, ne lui ayant jamais appartenu; secondement que vous auriez beaucoup meilleur marché, si vous vouliez attendre la mort de madame de Vaugué. Je n'entends pas trop cela, à vous parler vrai : si aous vouliez lui en dire quelque chose, il est à Paris, et m'a même dit qu'il irait trouver M. votre frère pour voir ensem'ble ce dont il s'agit. Si vous désirez toujours la maison je lui en parlerai encore , et en tirerai le meilleur marché que je pourrai : il faudra que vous ayez la bonté de me mander le prix que vous y voulez mettre, et j'agirai en conséquence. Vous ne devez pas douter du plaisir que j'ai de vous rendre service; comptez que vous me trouverez dans toutes les occasions, et je serais très-aise d'en trouver quelqu'une qui puisse vous prouver jusqu'à quel point je vous suis attachée. Je ne puis vous dire au juste le jour que j'aurai le plaisir de vous voir. Le Roi s'en va mercredi prochain à laMuette, et y reste jusqu'à samedi, et le mercredi d'ensuite, il s'en va à Choisy. Je tâcherai de prendre un des jours devant le voyage pour souper avec vous. J'ai un autre arrangement dans la tête, qui est de venir avec madame de Luynes le samedi, jour que le Roi retourne à Versailles, d'y rester jusqu'au mercredi, que je pars pour Choisy, et que, dans la semaine d'après, vous me donnerez à souper chez vous. Voyez si cela vous convient et mandez-le-moi. Adieu, madame, vous devez être excédée de moi; je suis cependant charmée de vous dire que je vous aime, et que mon attachement et ma tendresse pour vous ne finiront qu'avec ma vie.
Je vous demande un yrand secret sur ce que je vous ai mandé ; je vous en dirai la raison quand je vous verrai. J'ai mille choses à vous dire qui vous feront plaisir.