‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans, né princesse palatine, mère du régent \ (volume 2)Chapitre 11 sur 21 · H2 CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

H2 CORRESPONDANCE

ne punisse sévèrement de pareilles insolences, mais il est le meilleur des hommes.

Paris, 15 août 1120.

Les Parisiens sont les meilleures gens du monde, et si le parlement ne les avait pas excités, ils ne se seraient jamais soulevés de leur vie. Les pauvres gens m'ont fort touchée, car ils criaient contre Law, et nullement contre mon fils; et lorsque j'ai passé en voiture à travers le peuple, on m'a adressé tout haut des bénédictions ; cela m'a si fort émue, que je n'ai pu m'empêcher d'en pleurer. Il n'est pas étonnant qu'on n'aime pas mon fds autant que moi, car ses ennemis n'épargnent rien pour le décrier, et pour le faire passer pour un impie et pour un tyran, tandis que c'est le meilleur homme du monde, et qu'il n'est que trop bon. Je n'ai jamais rien compris au système de M. Law, mais j'ai toujours cru fermement qu'il ne pouvait en rien résulter de bon; je ne saurais déguiser ma pensée, et j'ai dit tout crûment à mon fils ce que j'en pensais. Il m'a dit que j'étais dans l'erreur, cl il a voulu m'expli-

Précis historique de la maison d'Orléans, par un membre de l'Université [G. Peignot, l'aris, 1830, p. 38-68), une notice sur dix-sept ouvrages divers de ce genre ; les Pkiitppiqucs de La Grange-Chancel, V Histoire du prince Papyrms, les Aventures de Pomponius, y sont indiquées avec quelque détail. On peut y joindre ;

La Chronique de don Philippe d'Aurélie, manuscrit indiqué au ratalngnc de la bibliothc^que de M. Leber, n" 5811 .

Mahmoud le Gasvénide, histoire orientale (par Melon), Rotterdam, 1720, in-S". C'est une histoire allégorique de la Régente.

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quer la chose; mais, plus il s'efforçait de me la faire comprendre, moins j'y entendais quoi que ce soit.

16 aofit 1120.

Je trouve que c'est un bonheur pour notre princesse de Modène que Salvatico eût été amoureux d'elle, car, comme il a appris ici tout ce qui s'est passé ' , il aurait pu en faire des rapports ; maintenant il aura beau dire, le prince ne le croira pas. Salvatico est un fou des plus grands. Pendant qu'il était ici, il disait à toute hem'e : « Oui, j'aime tant ma princesse, que, sans dégoût, je mangerais sa m.. de. » C'est le favori déclaré du duc de Modène. Cela prouve la vérité de notre proverbe allemand : Ce qui se ressemble sassemble , disait le diable au charbonnier '.

17 août 1720.

Law est comme un homme mort et pâle comme un linge; il n'a pu se remettre des dernières peurs qu'il a éprouvées... Si le peuple déteste M. le Duc, c'est seulement parce qu'il était bon ami de Law, dont il menait les enfants se promener à Saint-Maur, et il les y logeait.

* Mlle de Valois avait une intrigue avec le duc de Richelieu, et elle ne consentit, dit-on, à épouser le prince de Modène qu'à la condition que son père rendrait la liberté à son amant.

' On lit dans des écrits de l'époque que le comte Salvatico, chargé de demander, pour le prince de Modène, la main de M'ie de Valois, s'était d'abord adressé au maréchal de Villeroy , Dubois s'opposa ù ce mariage; le comte comprit sa faute j l'avide ministre tut gagné pur le dun de cinq tableaux.

Saint-CIoud, 18 août 1720.

Tout est encore calme ici, mais M. Law n'ose pas sortir; les femmes de la halle ont placé des petits garçons comme espions autour de sa maison, afin de savoir quand est-c e qu'il sortira ; cela n'indique rien de bon pour lui, et je crains quelque nouvelle émeute.

Vous me parlez de vers où feu le maréchal de Luxembourg était maltraité ; je ne les connais pas, mais je sais qu'on a fait des livres qui lui adressent toutes sortes d'injures '.

Saint-Cloud, 21 août 1720.

Je n'ai jamais de ma vie vu aucun Anglais ni Écossais aussi poltron que Law ; c'est la fortune qui ôte le courage ; on ne quitte pas volontiers ce qu'on possède. Je crois qu'il y a des moments où il voudrait se trouver au Mississipi ou à la Souciane {Louisiane).

Il y a ici du tonnerre tous les jours, mais il ne fait

' Madame fait sans doute allusion aux libelles suivants : Histoire des amours du maréchal de Luxembourg, dont il existe deux éditions imprimées en Hollande, sous la rubrique de Culogiu', 1G'J4 et 1G'J5.

Le maréchal de Luxembourg au lit de la mort, tragicdmédie en cinq actes et en prose, Cologne (Hollande), 1G95. On connaît quatre éditions différentes, sous cette date, de cette satire, qui fut accueillie avec cnipressemenf. En l'enregistrant au catalogue Soleiune, n° 37 64, M. Paul Lacroix observe « qu'elle « offre des particularités curieuses pour rhist!)ire du temps, « quoicpi'il faille les admettre avec précaution; ainsi nous n'a- « vous pas vu ailleurs que le maréchal mourut des suites d'une « déliautlie avec M"*^ de.... — iM.iis, monsieur le médecin, qui « l'a donc fait mourir:' dit le duc dn Maine. — Ce n'est pas « moi, réjiond naïvement le docteur. »

que se divertir; il a enlevé à un homme tout le poil quil avait sur le corps, sans lui faire le moindre mal; il a brisé le pommeau de l'épée qu'un cavalier avait au côté, et le cavalier n'a pas été blessé le moins du monde. Un officier des Invalides portait un habit bleu avec une boucle et des boutons d'argent ; la foudre a enlevé la boucle et les boutons sans causer du tout de dommage à l'étoffe. Les paysans ici croient qu'il y a des sorciers qui sont maîtres du tonnerre '.

'^7 août n20.

La jeune princesse de Conti m'a raconté qu'elle avait fait examiner son fds, dans son enfance, par Clément, pour savoir s'il était bien conformé. Clément trouva l'enfant bien constitué; il se rendit choZ le prince de Conti et lui dit : « Monseigneur, j'ai examiné la taille du prince qui vient de naître; il est droit; faites-le coucher sans chevet pour qu'il reste ainsi; songez quel chagrin ce serait pour la princesse de Conti, q\ii a fait ce prince droit, si vous le rendiez tortu et bossu. » Le prince de Conti voulut parler d'autre chose, mais Clément revenait toujours à son sujet, et disait : « Songez qu'il est droit comme un jonc; ne le rendez pas tortu et bossu. Monseigneur. » Le prince de Conti ne put plus y tenir, et il s'enfuit.

' « L'étrange et ridicule aventure » de la duchesse d'Estrées, occasionnée par le tonnerre, est consignée dans les notes dé Saint-Simon sur le Journal de Dangeau publiées dans les Œuvres de Lemontey ^Œuvres, t. IV, p. 33). Un bénédictin judicieux, Dom Lamy, mit au jour, en 1G89, un traité pour expliquer un fait dont il avait été tûmoin oculaire ; la foudre, tombant ùLagny, avait imprimé le canon de lamesse suvune nappe d'autel.

28 août 1720.

Lorsque le duc de Mecklembourg était à réfléchir, et qu'on lui demandait à quoi il pensait, il répondait : « Je donne audience à mes pensées; » sa seconde femme s'en serait mieux acquittée, car elle avait plus de moyens que lui. C'était un singulier personnage que ce prince : il était bien élevé, il appréciait fort bien les affaires, il raisonnait avec justesse, mais dans tout ce qu'il faisait, il était plus simple qu'un enfant de six ans. Il se plaignait un jour à moi; je ne lui répondis pas. Il me demanda pourquoi je me taisais; je lui répondis crûment qu'il parlait fort bien, mais que ses actions ne correspondaient nullement à ses discours, et que toute sa conduite était si pitoyable qu'on en riait dans toute la France. Il se fâcha et s'en alla de très-mauvaise humeur. Il avait demandé une audience au roi; le roi croyait qu'il voulait l'entretenir d'affaires, et il l'admit seul dans son cabinet. Sitôt qu'il vit le roi, il lui dit : « Sire, je vous trouve grandi depuis que je n'ai eu le plaisir de vous voir. » Le roi répondit : « Je ne crois pas être en âge de grandir » (il avait trente-cinq ans) ; le duc répliqua : « Eh ! Sire ! vous avez bien bonne mine , tout le monde trouve que je vous ressemble, mais que j'ai encore meilleure mine que vous. » Le roi se mit à rire, et répondit : « Cela peut bien être. » Là-dessus l'autre s'en alla. Ne fût-ce pas une belle audience ?

Un cavalier anglais, M. Ilammer, avait comparé le roi à un maître d'escrime '.

* Le ciiovalicr ùo. Hammcr avait épouBé la veuve du duc de

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Paris, 5 septembre 1720.

On est tranquille ici, mais l'on murmure beaucoup, et d'un moment à l'autre il peut éclater des désordres sérieux. Il y a quelques jours, des laquais se sont permis une grande insolence ; je ne puis comprendre qu'on tolère de pareils excès : ils ont accablé d'inpires la fdlede M. Law, une pauvre enfant qui revenait de la promenade, et lui ont jeté des pierres. Je ^ois bien la cause de tous ces désordres ; les jeunes gens d'aujourd'hui se sont trop mêlés avec leurs laquais; ils les ont pour complices dans toutes sortes d'infamies; les laquais imitent leurs maîtres, et ceux-ci n'osent se plaindre ' .

La reine de Prusse m'a annoncé l'explosion du magasin à poudre, mais elle ne dit pas du tout qu'elle en ait été elïrayée ; le fait est pourtant que toutes les fenêtres du château ont été brisées. Cela me fait souvenir d'une aventure qui arriva à M"« de Durfort, qui a été ma dame d'atours. Elle était sœur du maréchal de Duras, qui était gouverneur de Besançon, et, chez son frère, il y avait un jardin décoré de statues, parmi lesquelles il y en avait une représentant Jupiter qui était si belle, que le roi l'a achetée, et elle est maintenant à Versailles. M°« de Durfort, se trouvant seule

Grafton ; il fut très-bien accueilli à Versailles ; voir Saint-Simon, t. XIX, p. 148.

1 La correspondannce administrative sotis le règne de Louis XIV, publiée par M. Depping, fournit(t. II, 1851, in-4 des détails sur les troubles causés par les laquais, sur les vols et et assassinats commis clans les rues de Paris, sur la fureur du jeu, etc.

un jour dans le jardin de son frère, s'arrêta un moment devant cette statue, et lui dit: «Or çà, monsieur Jupiter, on dit que vous avez parlé autrefois; nous voilà seuls, parlez-moi donc, aussi bien avezvous la bouche entr'ouverte. » Au moment oîi elle achevait ces mots, im moulin à pondre vint à sauter avec un fracas épouvantable. M"'« de Durfort croit que c'est Jupiter qui lui répond ; elle a une telle frayeur qu'elle tombe par terre sans connaissance, et qu'il fallut l'emporter du jardin.

Saint-Clond, C septembre 1720.

J'ai reçu depuis huit jours plusieurs lettres où l'on me menace de me brûler à Saint-Cloud, et de brûler mon fds au Palais-Royal. Mon fils ne m'a jamais dit un mot de ce qui se passe ici ; il suit en cela l'exemple de son père, qui disait : «Tout est bien, pourvu que Madame ne le sache pas.» Voici des vers qu'on fait courir'

Si tu veux de ton parlement

Clianger l'humeur hautaine, De Pontoise, sire Régent,

Fais-le passer à Fresne ; C'est un lieu de correction, La faridondaine , la faridondon.

Où d'Aguesseau s'est converti,

Birihi, A la façon de Barbari, Mon ami.

On a fait aussi ce couplet :

Accablés de malheurs, menaocs de la pcsto,

Grand saint Hoch, notre unique bien,

Ecoutez un peuple chrétien :

Nous ne craindrons rien de funcstc, Venez nous secourir, soyez notre soutien, Détournez de sur nous la colère céleste,

Mais n'amenez pas votre chien ;

Nous n'avons pas de pain de reste.

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20 septembre 1720.

J'ai reçu, il y a trois jours, une autre lettre anonyme ; celle-là m'a fait bien rire : on me conseille de faire enfermer mon lils comme fou, et que ce serait le moyen de lui sauver la vie... Mon fils a déjà couché plusieurs fois aux Tuileries ; je crains cependant que le roi ne puisse s'habituer à lui, car mon fils n'a jamais pu jouer avec des enfants ; il ne les aime pas. Voici de nouveaux vers qu'on fait courir :

Je ne trouve pas étonnant

Que l'on fasse un -.ninistre, Et même un prélat important

D'un maquereau, d'un cuistre ; Rien ne me surprend en cela.

Et ne sait-on pas comme De son cheval Caligula

Fit un consul de Rome ?

A M. DE HARLING.

21 septembre 1720.

On n'entend parler que d'aventures tragiques, d'empoisonnements, de meurtres, de vols; la mode, à Paris, est maintenant de se débarrasser de la vie : la plupart se noient, beaucoup se jettent par les fenêtres et se cassent le cou; d'autres se poignardent, et tout cela à cause de ce maudit argent. S'imaginent-ils qu'ils seront plus riches quand ils seront morts? Les gens deviennent ici horriblement barbares ; on a trouvé, il y a trois jours, une femme mise à la broche, que l'on avait voiUu faire rôtir; des parents tuent leurs enfants, des enfants tuent leurs parents; on n'entend parler chaque jour que de pareilles horreurs.

A LA COMTESSE LOUISE

26 septembre 1720.

Notre abbesse de Chellcs n'envie pas à sa sœur son mariage; elle se trouve plus heureuse, et elle a bien raison.

A M. DE HARLING.

27 septembre 1720.

La vie déréglée et folle à Paris devient chaque jour plus détestable et plus horrible : toutes les fois qu'il tonne, j'ai peur pour cette ville. Trois femmes de qualité ont fait des choses vraiment affreuses : elles ont suivi à Paris l'ambassadeur turc, elles ont attiré à elles son fils, l'ont bel et bien enivré, et ont passé deux jours avec ce drôle à grande barbe dans le labyrinthe [de Versailles). A présent qu'elles s'y sont habituées, je crois qu'aucun capucin ne sera en sûreté auprès de ces dames; cela fera une belle réputation à Constantinople aux chrétiennes et aux dames de qualité. Le jeune Turc a dit à M"'* de Polignac', une de ces trois dames (il a parfaitement appris le français) : «Madame, votre réputation était venue jusqu'à Constantinople, et je vois bien, madame, qu'on nous a dit la vérité.» L'ambassadeur a été extrêmement tracassé de tout ceci', et il a dit à son (ils qu'il fallait tenir la

' Les Mémoires de Maurcpas, t. Il, donnent de trop longs délails sur les écarts de cette dame; elle fut, en 17 32, enfermée dans un couvent.

' Il existe, parmi les manuscrits de la bibliotli^que de l'Arsenal, une relation de l'ambassiule de Turquie ; on en trouve des extraits dans ['Iliiloire de la diplomatie française, par Flassan,

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chose fort secrète, car si l'on savait à Constanlinople qu'il s'était enivré et qu'il avait eu affaire à des chrétiennes, on lui ferait tomber la tête. N'est-ce pas une chose horrible? il est fort à craindre pour ce jeune homme qu'il ne sorte pas de France en bonne santé, car la Polignac a infecté presque tous les jeunes gens de qualité. Je ne comprends pas comment ses parents et ceux de son mari ne s'occupent pas d'arrêter une conduite aussi désordonnée, mais toute honte est bannie de ce pays-ci; on ne sait plus en France ce que c'est qu'une vie régulière, et tout va à la débandade.

A LA COMTESSE LOL'ISE.

Paris, 3 octobre 1720.

L'irrégularité de la poste vient seulement, ma chère T.ouise, de l'animosité de M. de Torcy ' et de l'archevêque de Cambrai, qui veulent savoir tout ce que j'écris; et comme ils ne peuvent me brouiller avec mon fds, ils s'efforcent de me mettre mal avec d'autres personnes. Us ont dit au maréchal de Villeroi que j'avais écrit à ma fille que ce maréchal et tout ce qu'on appelle les hommes de la vieille cour étaient les en-

t. IV, p. 422 ; voir aussi Lemontey, 1. 1, p. 445, et Henri Martin, Histoire de France, t. XVII, p. 275.

' J.-B. Colbert, marquis de Torcy, ministre des affaires étrangères depuis 1G88; SOUS la régence il fut remplacé par le cardinal Dubois. Il est de fait, comme Madame le répète souvent, qu'à cette époque rien n'était moins respecté que le secret des correspondances, et Barbier observe dans son Journal {t. II, p. 21 ) que a les jésuites ne s'écrivent aucune nouvelle d'une province à l'autre, parce que depuis longtemps toutes les lettres sont décachetées. »

nemis de mon fils; j'ai répondu fioidement : « 11 est vrai que je l'ai écrit à ma fille, et je l'ai écrit parce que c'est vrai, et les lettres de l'ambassadeur d'Espagne en ont assez fait foi. »

4 octobre 1720,

Mon fils a été aimé, mais depuis l'arrivée de ce maudit Law, il a été de plus en plus haï; il n'y a pas de semaines où je ne reçoive par la poste des lettres remplies d'adreuses menaces, où mon fils est traité comme le plus scélérat des tyrans.

Un prédicateur disait en chaire que le jugement dernier aurait lieu dans la vallée de Josaphat. Quelqu'un qui avait entendu le sermon voulut prouver au prédicateur qu'il n'y aurait pas assez de place; il répondit : « Pas du tout ; ceux qui ne pourront pas entrer resteront dehors. »

8 octobre 1720.

Lorsque la dauphine de Bavière arriva, la cour, qui avait été si belle, avait commencé à tomber en décadence, car c'était le ronuncncement de la domination de la Maintenon qui a tout gâté, et depuis ce moment tout est allé en décadence. Il n'y a rien d'étonnant ù ce que la pauvre Dauphine désirât se retrouver chez elle, car la vieille guenipe l'a fait soudrir immédiatement après son mariage, au point cpie cela faisait compassion. La pauvre Dau[>hine avait fait elle-même son mariage; elle avait espéré être sa maîtresse, et voler de ses propres ailes. On la mit d(^ suite entre les mains de la vieille guenipe, (|ui voulut la gouverner counne une cillant île sept ans, quoiqu'elle eu eût i>liis de dix-

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neuf. La vieille, piquée de voir que la Dauphinc voulait tenir une cour comme elle le devait, a détourne le roi de cette princesse. La Bessola l'a vendue et trahie ; on peut croire que cela fit une vie bien malheureuse à la Dauphino. En me prenant en amitié, elle mit le comble à la colère de la vieille , qu'échauiTait d'ailleurs la Bessola , qui était jalouse contre moi , et qui était irritée de ce que j'avais averti la Dauphine de se méfier de cette fille, car je savais qu'elle avait eu des conférences secrètes avec la vieille.

11 octobre 1720.

La reine Catherine é'ait une méchante femme. Son oncle, le pape, avait bien raison quand il disait qu'il avait fait un méchant cadeau à la France. On dit qu'elle a empoisonné son fils le plus jeune, i)arce qu'il l'a trouvée une fois dans un mauvais lieu, où elle allait incognito se divertir '. Aussi n'est-il pas étonnant qu'elle ait bu dans une coupe où étaient ciselées les figures de l'Ai'étin \

' Voir le Discours merveilleux de la vie, actions et dcportemenls de Catherine de Médicis, 157 5, attribué à Ilenii Estienne, et qui est peut-ctie sorti de la plume de P. Pitliou. II existe plusieurs éditions de cette diatribe, et elle a été réimprimée dans les Archives curieuses de l'histoire de France, fe série, t. IX.

' Nous ne savons si ce fait est vrai, mais il rappelle ce que dit Brantôme (Dames rjalantcs, premier discours) « d'un prince « qui avoit une très-belle coupe d'argent doré, où estoient taii- « lées bien gentiment et subtilement plusieurs figures de l'A- « rélin, et quand il fcstinoit les dames et filles de la cour, ses « sommeliers ne failloient jamais par son commandement de « leur bailler à buire dedans. » Le naïf chroniqueur entre avec une complaisance extrême dans d'étranges détails à cet és:ard.

Madame de Nemours avait coutume de dire : « J'ai remarqué une chose dans ce pays : l'honneur y recroit comme les cheveux. »

12 octobre 1720.

La Maintenon avait recommandé à sa créature, M™" de Montchevreuil , gouvernante des filles d'honneur de M™* la Dauphine, d'attirer constamment le Dauphin dans la société de ces demoiselles et dans des parties de plaisir avec elles , jusqu'à ce qu'il fût entièrement détaché de sa femme. Quand la Dauphine était enceinte (ce qui arrivait souvent , et elle avait des couches très-pénibles), elle était fort malade et ne pouvait sortir; la Montchevreuil amenait .alors les filles d'honneur auprès du Dauphin pour chasser et jouer avec lui. Il devint amoureux à sa manière de la sœur de La Force, que l'on donna ensuite au jeune Du Roure. Leur amour dura malgré ce mariage; elle se fit donner par le Dauphin une promesse de mariage écrite, portant qu'il l'épouserait dans le cas où son mari et la Dauphine viendraient à mourir. Je ne sais comment le feu roi apprit tout cela, mais il s'en fàciia très-sérieusement, et il a exilé la Du Uoure en (lascogne, sa patrie '. Le Dauphin eut aussi une galanle-

' C'est au siijpf de ceUe intriiinc que parut un petit roman intitulé : La Chasse au loup de Monseigneur le Dauphin, oti la Renconlre du comle bu liouie dans les plaines d'Anel,{\o\oane, P. Marteau (Uoilaudej, 1G9S. Ce livret, peu commun, est redierclié des bibliopliiles ; un bel exemplaire s'est payé quarantecinq francs à l'une des ventes de Ch. Nodier ; une relation des amours du Dauphin avec la comtesse Du Uoure se trouve dans le louie V de V Histoire amoureuse des Gaules. On lit dans lea

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rie avec une autre fille d'honneur de sa femme, appelée Rambures '. Il n'avait point de fausseté avec la Dauphine ; tout allait tambour battant ; cette méchante et perfide sorcière de Bessola, qui était toute façonnée par la vieille guenipe, et qui suivait ses ordres, détachait de plus en plus la Dauphine de son mari. Celleci n'était pas amoureuse du Dauphin, mais ce qui lui déplaisait dans les intrigues de son mari, c'est qu'elles étaient cause qu'on se moquait d'elle ouvertement toute la journée, et qu'on la tournait en ridicule. La Montchevreuil attirait son attention sur tout ce qui se passait, et la Bessola l'aigrissait contre son mari.

18 octobre 1720.

Monsieur a toujours fait le dévot. Il m'a fait rire une fois de bon cœur. Il apportait toujours au lit un chapelet d'où pendait une quantité de médailles, et (pii lui servait à faire ses prières avant de s'endormir. Quand cela était fini, j'entendais un gros fracas causé

Mémoires de la cour de France , par Mme de La Fayette : « M. le Duc donna un bal à Monseigneur ; la comtesse Du Roure s'y trouva, mais Monseigneur est un amant si peu dangereux que l'on ne parla pas seulcnunt de lui. » Le marquis de Créquy succéda au Dauphin (voir Saint-Simon, t. I, p. 254).

1 Madame a déjà parlé de Mlle de Rambures; elle se maria avec le marquis de Polignac ; elle n'était pas fort riche, mais elle avait de bons amis ; Monseigneur pressa fort le roi de la marier, et lui fil donner cinquante mille écus [Mémoires Aq Choisy); elle fut chassée de la cour, se ruina au jeu et mourut au Puy.dans les leries de son mari (Saint-Simon, t. IX, p. 110). Il ne faut [jus la confondre avec une autre dame de Polignac, dont MadaUiC fait austi mcnlion, et dont la conduite fit scandale, même aux temps de la régence (voir p. 270).

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