PROSOPOPÉE SUR LE RÉGENT, LA DL'CHE«SE DE BERRI ET LE
CARDINAL DUBOIS, p. lo7.
Cette composition dramatique en trois actes est une satire parfois fort ordurière. Nous en avons vu une copie exécutée avec le plus grand soin, et ornée de dessins à la gouache, qui faisait partie du cabinet de M. Bourdillon; l'ouvrage se trouve dans des recueils manuscrits de l'époque; nous en donnerons quelques extraits en choisissant ce qu'on peut reproduire. L'auteur débute par mettre en scène Pluton avouant aux trois juges infernaux qu'il est épris de la duchesse de Berri.
Pluton (Air : Vous m'entendez bien^.
Je ne crains point de m'expliquer, Mais je redoute de risquer S'il faut que je l'approche.
MiNOS.
Hé bien !
Pluton.
Quelque chaude anicroche, Vous m'entendez bien.
Radamanthe (Air du Mirliton).
Quelle est donc cette maîtresse Dont vous craignez l'action?
Serait-ce pas quelque Lucrèce, Ëlève de la Fillon, Pour le mirliton, mirliton', mirlitaine, Pour le mirliton, don don?
Expliquez-vous sans hésiter.
' On trouve duns les recueils manuscrits de nombreuses ^)i^çes de vers sur le mirliton, mot qui fui alors à la mode, et qui était pris dans une signification enjouée. 11 termine chaque couplet d'une parodie (\I)iè$ de Castro, tragédie bien connue de La Motte. La Place a inséré cette composition singulière duns son Recueil de j,ièces peu connues.
Pluton.
Hé bien, je vais vous contenter.
Ml NOS.
Est-elle d'un sang?
Radamanthe.
Est-elle d'un rang?
Pluton.
Elle est (lu sang de France, Son père y tient depuis huit ans Une auguste régence, Lan la.
Rauamamhe [en ricanant).
Une auguste régenco.
Mi.Nos à Pluton (Air des Rocfielois).
Que dites- vous? C'est la Berri, Aimée mille fois par Rirry (5/c), Par Rochefoucauld, par Falvère, Par ses pages et ses laquais, Même à leur défaut par son père.
Et ses gardes les plus épais.
Rauamanthe (Air : Voici le jour solennel). Oubliez cette p...n.
Pour certain.
Pluton.
Hélas! je ne puis le faire.
Arrive ensuite Caron, qui dit qu'un étranger entend payer d'une façon nouvelle le prix de son passage à travers le Styx :
Il veut m'offrir des billets.
Et dit que l'or lui manque, Mais ici tous nos sujets
Ne veulent plus de billets
De banque, de banque...
Il ressemble à Cerbère, Et porte sur son front
3D2 NOTES ET ECLAIUGISSEMENTS.
L'inceste, Tadultère, Le fer et le poison.
Madame de Berri.
Je reconnais mon père ; Ce sont là tous ses traits, Son plus beau caractère, Et ses moindres forfaits....
Il vous vaincra par quelque trahison ; On a beau, quelque chose qu'on fasse, Fuir à son fer, on trouve son poison.
Proserpine, irritée de voir son mari amoureux de la duchesse, en trace un portrait peu flatté :
Non, Messaline, ni Julie, N'en firent tant pendant leur vie, Que Berri dont les appas Furent le rebut des goujats.
La pièce finit par la description des supplices auxquels sont condamnés les trois coupables. Pluton décide qu'il faut garrotter Cet insatiable régent Avec des chaînes d'argent, De feu et de poison brûlantes.
Quant aux châtiments infligés à la duchesse et au cardinal, il faut laisser aux curieux le soin d'aller les chercher dans le texte original de ce libelle qui n'est pas à dédaigner, puisqu'il est l'expression de la colère publique contre de grands scandales.