A LA PRLNGESSE DE GALLES
2 février 1120.
Quoique le prince de Conti puisse être poli quand il le veut, personne n'est plus brutal que lui, et il devient plus fou chaque jour... A l'un des derniers bals de l'Opéra, il prit de force une pauvre petite fille récemment arrivée de la province et toute jeune ; il l'arracha d'à côté de sa mère, la plaça entre ses jambes, et tandis qu'il la tenait d'un bras, il lui appliqua cent soufflets et des chiquenaudes, qui lui firent sortir le sang du nez et de la bouche. La créatru^e, qui ne lui avait jamais fait de mal, et qui ne le connaissait même pas, pleura à chaudes larmes ; mais il se mil à rire et dit : « Ne sais-je pas bien donner des chiquenaudes'/ » Tous ceux qui ont vu cela en ont pitié, cependant on
« monde qu'à s'en servir pour se faire aimer des femmes, quoi- « qu'il fût continuellement avec elles. » ' L'électeur palatin, Ican-GuiUaumc.
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n'a pas osé venir au seconis de la pauvre petite fille, car on craint d'avoir affaire à ce fou, il est si violent; il fait les grimaces les plus affreuses et il parle tout seul ; moi qui redoute horriblement les fous, je tremble quand je me trouve avec lui.
4 février 1720.
Nous avons reçu aujourd'hui une bonne nouvelle, celle de la conclusion de la paix avec l'Espagne.
6 février 1720.
Dimanche prochain, on célébrera les fiançailles, et le contrat sera signé en présence du roi; lundi matin les épousailles auront lieu, et, mardi, la mariée se mettra en route.
Un jour, trois laquais se disputaient; deux d'entre eux refusaient de laisser dîner le troisième avec eux, en disant : « Fi donc 1 il ne sert avec son maître qu'une présidente, cela ne peut être comparé à nous, qui servons tous les jours des princesses et des duchesses. » Le laquais rebuté fut tellement en colère, qu'il appela des camarades à son secours , et il y eut une grande rixe. On appela le commissaire. Il se trouva alors qu'ils servaient trois frères , fils d'un riche marchand de Rouen ; deux d'entre eux avaient acheté des compagnies aux gardes-françaises; l'un d'entre eux avait une intrigue avec la femme du duc d'Âlbret ; l'autre avec la duchesse de Luxembourg, et le troisième avec une présidente. Les deux premiers s'appellent Colande ot Miiigremoiit; et comme dans le mémo temps le due d'Albret, fils du duc de Bouillon, était amoiueux do
DE MAPAIir, (.A DrCHF^SK l)'(»lîl,KANS. 219
la présidente Savari , qiu étail (.■lueiule ainsi (juc la duchesse, on a fait là-dessus le couplet suivant :
Colande a fait un Bouillon , Luxeuiliouig un Jlai^'rtmout; Et du duc d'.\lbr(!t, peut être, Un petit Savari va naître :
Lampous, lampous 1
Il février 1720.
- Paris n'est plus aussi peuplé qu'il l'était; le haut prix de toutes les denrées en a chassé bien du monde. Aujourd'hui l'or et l'argent sont défendus, les louis d'or et les écus ne valent plus rien ; il n'y a que des billets de banque et des pièces de vingt sous. Je ne peux pas soulîrir d'entendre parler de millions, d'actions, de primes et de souscriptions ; je n'y comprends rien, et ce sujet m'est intolérable. Je ne connais personne en France qui soit franchement désintéressé, si ce n'est mon fds et Mn^^ de Chasteautier ; tous les autres sont d'une âpreté honteuse, surtout les princes et princesses du sang, qui se sont battus à la Banque avec des commis, et ont eu à essuyer les propos les plus injurieux. L'argent gouverne le monde, dit-on; mais je ne crois pas qu'il y ait sur la terre un endroit où il règne plus complètement qu'ici.
18 février 1720,
Il n'est pas vrai que le feu roi portât un ciliée et qu'il l'eût reçu des mains d'un cordelier ; il avait trop de raison pour cela , et ce n'est point l'usage parmi les gens du siècle. On a dit à tort beaucoup de choses de ce genre sur le compte du roi. Il est également faux que la reine portât un cilice; je l'ai vue nue plus
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de cent lois, loisquc je donnais la chemise à Sa Majesté, comme c'est la coutume. La première femme de chambre donnait la chemise à la dame d'honneur, qui me la donnait ensuite, et moi à la reine. Lorsque je n'étais pas là, la première femme de chambre donnait directement la chemise à une princesse du sang, sans qu'elle passât par les mains de la dame d'honneur. Nous avons beaucoup de différences de ce genre dans le cérémonial. L'abbé d'Entrague est toujours à la citadelle de Lille; on ne le tourmente pas, et on le laisse vivre à sa fantaisie. Il a beaucoup d'esprit, mais il a été élevé pitoyablement par sa mère, qui voulait une fille et qui n'en eut pas, de sorte qu'il a reçu l'éducation d'une petite fdle. Il est devenu, on peut le dire, une franche coquette, et il en a pris tous les défauts.
Je craignais que la détention d'Albéroni ne fût un jeu combiné entre lui et le pape, mais il parait qu'elle est sérieuse. Ses papiers ayant été saisis en Espagne, on y a trouvé la preuve des machinations qu'il avait ourdies contre le pape, auquel on en a fait pour; le pape en a été fort courroucé et a fait arrêter Albéroni, qui a été enfermé à Rome, où il recevra le châtiment dû à toute sa scélératesse.
19 février 1720.
J'avais une fdle d'honneur nommée Beauvais ; c'était \mc fort honnête créature : le roi en devint amoureux ; mais elle tint bon ; alors il se tourna vers sa compagne, laFontange, qui était aussi fort belle, mais elle n'avait pas du tout d'esprit. D'abord il dit en
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riant : « Voilà un loup qui ne me mangera point, )> et il en devint ensuite amoureux. Avant de venir chez moi, elle avait rêvé tout ce qui devait lui arriver en sa vie, et un pieux capucin lui avait expliqué son rêve. Elle me l'a raconté elle-même avant qu'elle ne devînt la maîtresse du roi. Elle rêva une fois qu'elle était montée sur une haute montagne, et qu'étant sur le sommet, elle fut éblouie par un nuage resplendissant; ensuite il vint une si grande obscurité qu'elle se réveilla saisie de frayeur. Elle raconta ce rêve à son confesseur, qui lui dit : « Prenez garde à vous; cette montagne est la cour, où il vous arrivera un grand éclat; cet éclat sera de très-peu de durée; si vous abandonnez Dieu, il vous abandonnera, et vous tomberez dans d'éternelles ténèbres. »
20 février 1720.
Je ne crois pas que milord Stairs continue à faire l'éloge de mon fds comme il avait commencé; car ils ne paraissent nullement bons amis ' . Après que mon fds eut tout fait pour le satisfaire, après l'avoir rendu plus riche qu'il n'avait pu de sa vie en avoir l'espoir, il lui a tourné le dos, lui a donné tous les embarras possibles, et l'a tellement tourmenté que mon fds est fort content d'en être débarrassé... M"^^ de Berri m'a raconté que les plaisanteries deBroglie consistent à dire grossièrement les plus grandes ordures en employant les mots les plus sales; cela fait rire mon fils. Il est insolent, hardi, débauché avec les femmes et ivrogne.
*. Saint-Simon parle bcaiJÇoup de iorrt Stairs, de ses airs in- Bolents, de ses propos audacieux, de ses intrigues.
td.
22 février 1720.
Lorsque M. de Louvois proposa pour la première fois au roi de nommer M"^ Dufresnoy, sa maîtresse, dame du lit de la reine, le roi dit : « Vous voulez donc qu'on se moque de vous et de moi. » Cependant Louvois pria avec tant d'instance que le roi lui accorda sa demande '.
25 février 1720.
M. le Duc a été maltraité du peuple, qui voit en lui un bon ami de Law; on lui a dit toutes les injures du monde et on l'a traité de chien ; on a couru après son petit-frère, le comte de Clermont, sur le pont Royal, en lui disant : « Va, chien, tu ne vaudras pas mieux que tes frères. » Le gouverneur descendit de voiture et voulut haranguer le peuple , mais on lui jeta des pierres; il fut oblige de remonter dans le carrosse et de s'en aller au plus vite.
2G février 1720.
J'ai d'abord parlé longtemps avec mon fds au sujet des affaires de Lorraine; ensuite j'ai eu à lui parler au sujet d'une montre qui m'a été volée dans mon cabinet; il se trouve qu'il y a un gentilhomme dans cette affaire; cela a fait grand bruit comme vous pouvez croire.
' Élise Dufrcsnoy, femme d'un premier commis de la guerre, fut nommée à la place dont parle Madame en novemlirc 167 3. La Fare dit, dans ?:C.-^ Mémoires, qu'elle était la plus belle femme du temps, insolente, avec fort peu d'esprit, et qu'elle fit faire bien des sottises à Louvois. « C'est ffiie nymphe, une divinilQ, » éciivail Miiu de Sévigné, le 29 janvier 1G7 2,
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1er mars I72(X.
Le Dauphin n'était pas grand, mais il avait bonne mine. Le roi avait coutume de dire: «Monseigneur (c'est ainsi qu'il l'appelait) a une bonne mine d'un fermier allemand.» Il avait, en effet, l'arr allemand, mais ce n'était qu'à l'extérieur ; à l'intérieur il n'avait rien d'allemand... Je sais qu'il s'était habitué an' tabac pour ne pas sentir l'odeur de la Chouin, dont les dents gâtées puaient horriblement'.
3 mars 1720. ,
Il n'est pas étonnant que le duc de Berri ^ n'ait pas eu des manières distinguées; il avait été élevé par M™* de Maintenon et par la Dauphine comme un valet de chambre. A table il était obligé de servir la vieille vilaine, et le reste du temps les dames de M*"^ la Dauphine, chez lesquelles il était jour et nuit. Celles-ci l'avaient dressé comme un domestique; elles le tutoyaient, lui disant : « Berri, va me chercher mon ouvrage, approche la table, apporte-moi les ciseaux ; » en
• <T Chonin n'a jamais éîé qu'une grosse camarde, brune, qui avec toute la physionomie et le jeu d'esprit n'avait l'air que d'une servante , et qui étoit devenue excessivement grosse et puante. » (Sainl-Simon).
* Le Biillcdn des comités historiques, 1853, p. 9G, renferme un document singulier, qui donne une triste idée de l'éducation de ce prince ; c'est une lettre qu'il écrivit (âgé de moins de quinze ans) à la maréchale de Noailles, et datée de Bayonne le 15 janvier îTOl : « J'ai connu, petit cochon, la dammequi vous « a chargée de me faire réponse. J'avais attendu à lui écrire ■ jusques ici, car je lui avois promis. Dittes-lui de ma part « qu'elle ne boive pas tant qu'elle a accoutumée. Au reste, dilte « lui d'ctre assurée de mon amitié... Adieu, petit cucUon. •
un mot, tout ce dont elles avaient besoin et sans nulle façon. C'était une honte que leur manière de le traiter. Par là elles l'ont tout à fait abruti et lui ont donné de basses inclinations; il n'est donc pas surprenant qu'il ait eu un amour violent pour une femme de chambre laide. Le bon sire était un peu brutal de son naturel.
C mars 1720.
Mon fds dansait bien dans sa jeunesse, mais il n'a jamais aimé la danse, et il y a renoncé contre ma volonté... Le père de Noce a été sous-gouverneur de mon fds. Dès son enfance, mon iîls s'est habitué à ce méchant diable, et l'a sincèrement aimé. Il a de l'esprit, mais il n'y a absolument rien de bon chez lui '. 11 parle toujours contre Dieu et les hommes ; il est vert, noir et jaune foncé ; il paraît avoir dix ans de plus que mon fds. Je ne comprends pas qu'on puisse aimer un pareil drôle. C'est une chose incroyable tous les millions que cet homme intéressé a tirés de mon fds.
18 mars 1720.
Noce dit sur le compte de tout le monde tout ce qui lui passe par la bouche; cela amuse mon fils et le fait rire, car Noce a de l'esprit, et sait présenter les choses sous un aspect plaisant... Je soutiens à mon fils que de sa vie il n'a été amoureux, et que son amour ne consiste que dans la débauche ; il répond : « 11 est vrai que je ne saurais être comme un héros de roman ou passionné comme Céladon , mais j'aime à
* Isl kcin (jut lluar an ihm.
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ma mode. » Je réponds : « Votre mode est d'aller comme à votre chaise percée. » 11 rit lorsque je lui dis cela.
20 mars 1720.
M™» la Princesse est la seule de la maison qui vaille quelque chose ; je crois qu'elle sent encore le bon sang allemand dans ses veines ' .
22 mars 1720.
M™« la Duchesse est morte hier ' ; elle ne sera guère regrettée.
Mon fds a fait avertir l'électeur de ne rien faire contre les stipulations du traité de Westphalie ; l'empereur, qui est un homme judicieux, et qui n'est pas porté pour les prêtres comme l'était son oncle, s'est exprimé dans le même sens; il faut donc espérer que tous les troubles seront apaisés dans le pauvre Palatinat.
23 mars 1720.
11 est arrivé hier une chose terrible : un jeune homme
' La princesse de Condé, Anne de Bavière, fille d'Edouard, prince pahttin, née en 1C48, mariée en IGG3 à Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé. Saint-Simon la dépeint comme « laide, vertueuse et sotte, un peu bossue ; elle n'avoit ni lumières, ni volonté, fut toujours comptée pour rien, et n'eut jamais de sens et d'esprit que pour prier Dieu» (t. XIX, p. ll;t. XX, p. 64, etc.).
* Marie-Anne de BourLon-Conti. Elle avait épousé le duc de Bourbon, qui fut premier ministre après le Régent; elle ne lui donna point d'enfant. D'après les Mémoires de Maurepas, elle aimait fort la table, buvait beaucoup de liqueurs et s'échauffait le sang, de sorte qu'elle ne put revenir de la petite vérole. La médisance ne l'épargna pas. Les Mcmoires que nous venons de citer représentent sous un jour très-peu avantageux les mœurs du duc qui, né en 1C92, mourut en 1740.
de bonne mine et bien élevé, appartenant à la famille des comtes de Horn, en Flandre, avait perdu quatre mille écus à la foire de Saint-Germain; ne. sachant comment faire pour payer cette dette, il prit avec lui trois coquins, et alla arrêter, dans la rue Quincampoix, une maison par la croisée de laquelle on pût sauter; le lendemain il va dans cette rue, il trouve un commis de la Banque, il lui demande s'il a des billets et s'il veut en vendre ; le commis demande le prix qu'il veut y mettre ; le comte lui promet tout ce qu'il veut pour terminer Taflaire; ils se rendent dans une chambre du cabaret de VEpée de bois, dans la rue Quincampoix, et là ils ont assassiné le commis. Ils se sont ensuite tous quatre sauvés par la croisée, mais le comte de Horn voulait donner le change sur son crime ; il courut tout sanglant chez le commissaire du quartier, et se plaignit qu'on avait voulu l'assassiner. Le commissaire le regarde, et lui dit : « Monsieur, vous vous plaignez d'un assassmat; vous arrivez tout en sang, et vous n'êtes pas blessé; sur ce, trouvez bon que je vous arrête. » Au même moment arrive le second coquin ; il entend le comte qui dit : « Tenez, demandez à monsieur qui entre, et qui est témoin de l'assassinat. » Il croit, tourmenté par sa conscience, que le comte a fait l'aveu du crime, et il s'empresse de racîonter comment la chose s'est passée. Us ont été arrêtés et mis sous bonne garde, et l'on croit qu'ils seront jugés lundi. Tous les seigneurs de la maison de Lorraine qui sont ici, les Noailles, les d'Arcmberg, les Issenghien et bien d'autres encore, se sont réunis, et ont présenté des suppliques à mou
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fils; ils ne demandent pas la vie de leur parent, mais ils sollicitent pour qu'il ne soit pas exécuté en public, mais seulement décapité dans l'enceinte de la prison. Ils sont venus me parler; je leur ai dit que je les plaignais bien sincèrement, mais que je ne pouvais rien pour eux, car ils devaient savoir que je n'avais à me mêler en rien des choses du gouvernement.
30 mars 1720.
Le comte de Horn était perdu de débauche et livré aux vices les plus infâmes; le jeu et l'inconduite la plus horrible perdent tous les jeunes gens et en font des fripons; il ne faudrait jamais les envoyer à Paris; ils n'y apprennent que des désordres affreux; cette ville est un abîme de corruption, et elle serait entièrement engloutie si Dieu n'avait, à ce que je crois, égard aux gens honnêtes et pieux qui y sont encore. L'autre jour on a brûlé vifs deux jeunes gens; l'un était le fils d'une femme qui fournit à ma maison des étoffes et du linge; ils étaient en prison pour vol, et, comme on leur avait envoyé un prêtre , ils ont voulu le forcer à renier Jésus-Christ; il n'a pas voulu, et ils lui ont arraché les ongles, enlevé la peau de la tête, et l'ont tellement maltraité, qu'il est mort quelques jours après.
Vous voyez que l'électeur donne de belles paroles, et rien de plus ; on m'a dit en confidence qu'on lui avait persuadé que les réformés voulaient se soulever contre lui ; je crois que les pauvres gens n'en ont aucune envie.
On entend tous les jouis raconter des histoires au
sujet des billets de banque ; je trouve très-dur de ce qu'on ne voit plus d'or, car il y a quarante-huit ans que j'avais toujours quelques belles pièces d'or dans ma poche , et maintenant on ne voit plus que des pièces d'argent de très-peu de valeur.
Il est sûr que M . Law est horriblement détesté ; mon fils m'a dit aujourd'hui en voiture quelque chose qui m'a tellement émue, que les larmes m'en sont venues aux yeux ; il m'a dit: « Le peuple a dit quelque chose qui m'a tout à fait touché le cœur, et j'y suis bien sensible. » Je lui ai demandé ce que c'était, et il m'a dit que, lorsque le comte a été roué, le peuple disait : « Quand on fait quelque chose personnellement contre le régent, il pardonne tout ; mais quand on fait quelque chose contre nous, il n'entend point raillerie et nous rend justice.» M. Law n'a aucune mauvaise intention ; il achète des terres, et montre ainsi qu'il compte rester dans le pays. Je ne crois pas qu'il envoie de l'argent en Angleterre, en Hollande et à Hambourg.
Je crois vous avoir déjà dit que ce qui se passait entre le pape et Albéroni était un jeu convenu entre eux ; ainsi que je l'avais prévu , il a été remis en liberté.
avril 1720.
M. le Duc a des passions violentes. Lorsque M"'* de Nesle lui donna son congé, il faillit mourir de chagrin '; il avait l'air d'un agonisant; il fut plus de six
' Des écrits du temps racontent que Mme de Nçsle, après avoir longtemps vécu dans l'inliniité du prince de Souliise, s'éprit d'une si violente passion pour le duc de Hiclielien, qu'elle
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mois sans pouvoir prendre son parti. M""* de Prie • l'a consolé; on dit qu'elle ne lui est pas du tout fidèle, mais qu'elle le trompe avec deux autres : l'un est le prince de Carignan , l'autre est Livri , le premier maître d'hôtel du roi; celui-ci est le plus gentil des trois.
AU ROY d'ESPAGNE *.
Paris, ce samedy C avril 1120.
J'ai receue hier avec respect et joye la lettre que V. M. m'a fait l'honneur de m'escrire du 15 de mars; et quoy que j'eusse eu grand envie de marquer à V. M. la part que j'ay prise à la perte qu'elle a faitte de l'infant don Philipe dont j'avais eue l'honneur d'estre marraine, je n'ay osés escrire sans la permission de V. M. Je n'en veux plus parler, de crainte de renouveller ce triste souvenir; j'aime mieux me réjouir avec V. M. de la naissance du prince dont la Reine d'Espagne vient d'accoucher. Le bon Dieu veuille conserver Vos Majestés et toute sa royale famille et la bénir de plus en plus. Je snplie V. M. de me continuer ces bontés, et d'estre bien persuadés
voulut le disputer les armes à la main à l'une de ses rivales, Mme de Polignac. Ces deux dames se battirent au pistolet dans le bois de Boiilognc, et Mme de ÎN'esle fut blessée i l'épaule. Cette dame eut six filles, et cinq d'entre elles eurent, dit-on, l'honneur de fiver les regards du Louis XV ; Mmes de MaiUy, de Yintimille, de la Tournelle, de Lauraguais et de Flavacourt.
1 Voir le portrait que trace Saint-Simon (t. XX, p. 119 ) de cette dame « extraordiuaireiaenl jolie et bien faite, avec beaucoup d'esprit et une lecture surprenante. »
2 CcUe lettre autogrui-he fait partie de la collection du docteur i.'V- l'tiycn, à Paris.
que l'interuplion de l'esciiture n'a rien changés en moy de mon respect et attachement pour V. M., qui durera autant que ma vie.