CORRF.SPONnAXCE
mais il y a des gens qui ont plus de pudeur que d'autres et qui peuvent mieux cacher leur jeu ; ce sont souvent les plus dangereux et ceux chez qui les vices restent le plus enracinés.
AU ROI d'eSPAGXE PHILIPPE V'.
Versailles, 5 féTrier 1703.
« Corne Vostre Majesté m'a fait l'honneur de m'escrire un billet, je me suis flattée que vous ne trouveriez pas mauvais, monsieur, que je vous escrive sans cérimonie, et je ne puis laisser partir monsieur de Louville sans faire ressouvenir Vostre Majesté qu'elle a ici une servante qui, en vérité, vous respecte bien plus que personne, je me suis retenue bien à propo, car j'ay pensé dire à Vostre Majesté et qui vous aime de tout son cœur, mais cette vérité n'oroit pas este assez respectueuse, songez donc que je ne l'ay que pensé. Corne Vostre Majesté aime les comédies je ne puis m'empêche de lui dire que madame la duchesse de Bourgogne en a jouée une avec la comtesse d'Ayen, madame de Melun, son fils, le comte d'Âyen, deux home à M. de Noaille, Duché, Rousseau et Baron le père. Je vous assure, monsieur, qu'il ont fait des merveilles. Cela se joue tout à fait en particulier chez madame de Maintenon, ainsi le roy m'a permis de la voir, j'ay estes surprise do voir corne ils
• Nous empruntons cette lettre aux Mémoires secrets sur l'établissement de la maison de Bourbon en Espagne, extraits de la correspondance du marquis de Louville (publiés par le comte S. du Roure). Paris, 1818, 2 vol. in-8.
DE MADAME LA DL'CHESSE d'OULÉANS. 63
jouoit tous bien, ce Iraislre de Baron joue mieux que jamais. Je suis sûr que Vostre Majesté seroit eslonnée de voir comme mon fils joue et les comte d'Aycn, et que celte comédie vous oroit coustée de larmes '. J'y ay pleurée come une folle et le roy n'est oit pas loin de quelques larmes aussi. Le sujet de la comédie c'est la mort d'Absalon, mais on y a changé quelque chose pour la rendre plus touchante. On feint qu'Absalon vient blessés et meurt devant le roy son père, devant sa fâme et sa fille. C'est mon fils qui est David, le comte d'Ayen Absalon, la comtesse d'Ayen Tharis, fàme d'Absalon, qui a le plus beau rôle de toute et elle le joue à merveille; après la grande pièce ils ont joué une petite, oîi M. duc de Berry estoit un amant, et le petit comte de Noailles un austre'. Pour ces deux ils jouent à faire mourir de rire, mon fils estoit un fourbe, un valletqui sort des galleres, les maistresses estoit madame la duchesse de Bourgogne qui joue mieux le sérieux que le comique, mais la comtesse d'Estrée joue fort bien ; la petite pièce ne veaut pas grand chose, mais on ne laisse pas que d'y rire ; il est enfin temps que je finisse cette lettre, je crains que Vostre Majesté ne la trouve déjà trop longue et que ce récit ne vous ennuy, il faut pourtant, grand roy, vous dire encore que je supplie 1res instamment Vostre Majesté de me continuer l'honneur de ses bonnes grâces, et d'être persuadée que je les mérite par les
' Celle comédie était la tragédie d'Absalon, de Duché.
* Probablement la Ccinlurc magique de Rousseau. L'auteur parle à mots couverts de celle représeutation dans la yrélacc de sa pièce.
sentiments respectueux que j'ay pour Voslre Majesté, et que je conserveres loutte ma vie. »