AVERTISSEMENT. V
latérale de Neubourg; les enfants de Charles-Louis furent exclus de la succession. Les fils prirent du service dans les armées; les sœurs séjournèrent d'abord à Francfort, puis en Hano\Te, auprès de leur tante Sophie , ensuite en Angleterre, oià l'aînée, Caroline, épousa le fils du célèbre maréchal de Schomberg; mais peu de temps après, elle mourut en 1696. Les deux autres sœurs, Amélie et Louise, revinrent en Allemagne, où Amélie mourut en 1T09. La duchesse commença, en 1676, à écrire à Charles-Louis, l'aîné des jeunes rougraves-, il ne tarda pas à la rejoindre à Paris; elle adressa quelques lettres à son frère, Charles- Maurice ; mais avec ses'deux sœurs, Amélie et Louise, elle entretint une corespondance active, qui commence en 169o, devient de plus en plus considérable et intime à mesure que la duchesse perd ses autres parents, et n'arrive à son terme que quelques jours avant la mort de la princesse elle-même. Les cinq frères consanguins de Madame moururent tous sans postérité; la plupart trouvèrent la mort au champ d'honneur. L'aîné, Charles Louis, était entré au service de la république de Venise; il mourut on 1688, au siège de Négrepont; Charles Edouard, devenu oflicier autrichien, expira eu 1690, dans un combat livré aux Turcs; Charles- Auguste tomba, en 1691, sous le drapeau prussien, en combattant les Français; Charles-Casimir fut, la même année, tué en duel; enfin Charles-Maurice succomba en 1702, victime de son intempérance. Caroline, la seule des trois sœurs qui fut mariée, eut trois enfants; son fils unique lord Hardwich, mourut jeune; de ses deux filles, l'aînée, Frédérique, épousa lord Holderness; et la seconde, Marie, fut unie à son cousin, le comte Christophe-Martin de Degenfeld, qui joignit à son nom celui de Schomberg. Ses descendants conservent dans leurs papiers de famille les originaux des lettres que la duchesse d'Orléans avait adressées aux oncles et aux taule? de leur aïeule.
VI AVEKTISSEMENT.
Confiées à un écrivain allemand distingué^ M. Wolfgang Menzel, ces lettres ont été, pour la première fois, publiées à Stuttgard, en 1843 ; elles forment un volume in-S", imprimé aux frais de la Société littéraire de Stuttgard *, et qui est nécessairement fort rare ; car ces publications, destinées exclusivement aux membres de la Société qui les met au jour, n'entrent pas dans le commerce.
Quelques mots sur la vie de Madame et sur sa famille sont nécessaires pour que l'on connaisse les personnes dont il est question dans cette correspondance.
Née à Heidelberg, le 7 juillet 1632, Elisabeth-Charlotte fut, très-jeune encore, remise à sa tante, électrice de Hanovre, qu'elle ne quitta qu'au moment de se marier.
Le frère de Louis XIV, Monsieur, duc d'Orléans, était devenu veuf; le roi de France voulut le remarier à une princesse dont l'union faisait acquérir à la cour de Versailles des droits probables sur le Palatinat, éventuels sur la Bavière, il n'y eut jamais de mariage plus exclusivement inspiré par la politique.
Convertie au catholicisme avec trop de précipitation pour que sa foi nouvelle fût bien fervente, la tille de l'Électeur épousa Monsieur le 16 novembre 1671; elle le perdit en 1701. Elle eu eut trois enfants, le fameux régent, né en 1674; une (ille, Elisabeth-Charlotte*, qui épousa le duc de Lorraine, et un fils qui mourut à l'âge de trois
' Fondée eu 1839 sons le patroûagc du roi de Wurtemberg et sous la présidence du savant bibiiolhéciiire de Tiibingue, le docteur Keller, connu par d inipurlauts travaux relatifs à la liltéialure du moyen âge, la Société littéraire a mis au jour, indépendamment do livres d'un intérêt spécialement geruiaDiijue, des écrits que tout ami de l'bistoire et de la littérature du nioven âge regardera comme fort précieux ; citons entre autres la Chronique catalane de Raymond Muntancr, li Itomam d^Alexandre ( il en a été rendu compte dans Id Nouvelle Revue encyclopédique, 18*6 et 18*7, t. 1! et 111), le Cancionrro porlH;;ais de Kcsoiule.
- Elle porta le titre de duchesse de Chartres ; née le î septembre 1676, elle fut mariée le 13 octobre 169S, et elle mourut le 13 novembre 17**. En épousant le duc de Lorraine, elle fut u ravie de se voir délivrée de la rude férule Je Madame. » Saiul-Simoa^ i^ui s'es^primc ainsi] lacoulc ^t. IV)
AVEKTISSEMENT. Vil
ans. Elle fut forcée, bien malgré elle, d'avoir pour bellefille M"« de Blois', fille naturelle de Louis XIV et de M"* de Moritespan.
Nous n'avons pas besoin de reproduire ici des détails qui sont partout, au sujet des intrigues de cour dont la duchesse fut témoin, et auxquelles elle se trouva souvent mêlée. Son animosité violente contre M""^ de Maintenon est connue. La seconde épouse de Louis XIV était toute dévouée aux intérêts du duc du Maine, fils naturel du roi; elle voulait le placer à la tête du gouvernement pendant la régence. Madame, qui avait pour son fils l'affection la plus vive, ne voyait qu'avec horreur les prétentions de ce qu'on appelait alors le parti des bâtards *.
Madame mourut septuagénaire, le 8 décembre 1722 ; son fils ne lui survécut que d'un an ; elle fut ensevelie à Saint-Denis. Massillon prononça son oraison funèbre.
Divers discours furent prononcés à l'occasion du trépas de Madame. Nous citerons le Discours prononcé dans Véglise de Saint-Denis , en présentant le corps de Madame, avec l'abrégé de sa vie, par M. de Saiut-Gery de Maynas. Paris, 1723, in-4°, et l'Oraison funèbre prononcée dans l'é-
p. 41 ) les singulières difficultés d'étiquette auxquelles donna lieu ce mariage ; il fut célébré par des abbés déjjuis's en évèques.
' Françoise-Marie de CoiuLon, légitimée de Frjnce en 1681, née le 9 mai 1677, mariée le 18 février 1692, morte le 1" février 1749. Madame s'opposa tant qu'elle put à ce mariage, qui blessait sa fierté, et elle ne céda que devant la volonté > xprcsse de Louis XIV. Elle n'bésita pas à donner à son fils, dans la grande galerie de Versailles, lorsqu'il venait lui baiser la main, le soufflet le plus sonore. Sainl-Sinion retrace celte scène d'une façon pittoresque ; il montre Madame se promenant à grands pas, parlant sans contrainte (t. I, p. 46).
' On lira avec profit les observations judicieuses Je M. de Noailles à cet égard, dans son [lis'oire de 31"'^ de Maintenon. Après avoir expliqué, sans le justifier, bien entendu, coniii;ent le scandale des légitimés trouvait grûce dans l'opinion par le préjugé f 'odal en vertu duquel ni Guillaume le Conquérant, ni Duiiois, ne rougissaient de bâtardise, et par l'autorité monarchii^e investie du droit de légitimation, ce qui str. clément conférait ii Louis XIV le pouvoir de s'absoudi-c de ses fautes; après avoir alTf gué toutes ces circonstances atténuantes, .M. de Noailles n'en nrononce pas moins une sentence rigoureuse au nom de la morale et delà religion.