‹ Correspondance complète de Madame duchesse d'Orleans née Princesse Palatine, mère du regent; (volume 2)Chapitre 20 sur 22 · S6 CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

S6 CORRESPONDANCE

tant : c J'ai été trop loin et trop près des grandeurs pour savoir ce que c*est '• »

21 Juillet 1716.

Autrefois on m'appelait toujours sœur pacifique parce que je faisais mon possible pour maintenir l'harmonie entre Monsieur et sa cousine, la grande Mademoiselle, ainsi qu'avec la grandeduchesse ' ; ils se querellaient fort souvent et comme de vrais enfants pour les plus grandes bagatelles du monde... Monsieur était jaloux de ses enfants; il les tenait tant qu'il pouvait éloignés de moi; il me laissait avoir plus d'autorité sur ma fille et sur la reine de Sicile que sur mon

^ Il s'en fallut de peu que la veuve de Scarron ne devint point la femme de Louis XIV. Le paralytique écrivain s'imagina que le soleil de TAmérique pourrait rendre à ses membres leur souplesse; il s'intéressa pour mille écus dans une compagnie des Indes, qui voulait fonder un établissement dans la Guyane, et il se mit en route au commencement d'octobre 1652. Le gazetier Loret, à rafiTût de tous les petits événements du jour, ne manque point de consigner celui-ci dans sa Muse historique; Il annonce que Scarron :

Est sorti de cette cité,

Ayant sa femme à son c6té,

Ou da moins en estant bien proche.

Lai dans une chaise, elle en coche.

Pour, devers la ville de Tours,

Aller attendre quelques jours

L*embarquement pour rAroérique.

Arrivé à Tours, Scarron apprit que les dirccleurs de la compagnie avaient déjà fait de mauvaises affaires, et que la flotille qui devait porter les colons en Amérique , ne partirait pas. Il revint à Paris, il y mourut peu d'années après; on connaît le reste de Thistolre de sa veuve.

* La ducbesse de Toscane et Mademoiselle (efeAfon^pen5fer) étaient ûlies de Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis XIU.

DE MADAME LA DUCHESSE d'ORLÉANS. 257

fils, mais il ne pouvait empêcher que je ne lui disse nettement la vérité* Ma fille n*a, de sa vie, rien fait qui pût me donner de l'inquiétude.

Feu Monsieur n'aimait pas la chasse. Si ce n'est à la guerre, il n'a de sa vie pu se résoudre & monter à cheval. Il écrivait si mal qu'il m'apportait souvent, pour les lire, les lettres qu'il avait faites, et il disait en riant : c Vous êtes, madame, accoutumée à mon écriture ; lisez-moi un peu cela, je ne sais ce que j'ai écrit, » Nous en avons souvent ri de bon cœur.

22 Juillet 1716.

Je n'ose pas pens^ à ce que le roi m'a dit à son lit de mort; il y avait dans sa chambre tontes les personnes qui avaient le droit d'y entrer et tous les mem* bres de la famille royale, excepté M*^' la Princesse et Urnes ses filles, la princesse de Conti et M"* de Vendôme; ces trois dernières n'ont pas vu le roi. 11 a reconmiandé Tunion à ses filles légitimées. J'ai été la cause innocente de ce que le roi leur a dit de désagréable; en l'entendant dire : < Je vous recommande surtout d'être unis, » je crus qu'il disait cela pour moi et pour la femme de mon fils, et je répondis : « Oui, je vous obéirai. Monsieur; » le roi se retourna alors vers moi et dit d'une voix rude : « Vous croyez que je dis cela pour vous : non, non, vous êtes raisonnable et je vous connais; c'est à ces princesses que je parle qui ne le sont pas autant que vous. »

24 jQillet 1716.

Madame de Colonne a beaucoup d'esprit; ilotre roi en a été tellement amoureux que, si son oncle le cardi-

288 CORRESPONDANCB

nul l'avait Toulu, U l'aurait épou^. C'était pourtant l<mable du cardinal M ^xarin de n^avoir pas voulu souffrir ce mariage* ; d'ailleurs ce cardinal ne valait abgo* limoQt rien dp tput«

tk Jatilei ITie.

Le duc du Haine pensait qu'il pourrait épouser ma flUe; mais des marchands qui étaient chez If* de Montespan l'entendirent qui parlait à M*"* de Main-

* M. de Laborde (Palais Mazarin, p. 208-228) donne des détails fort circonstanciés au sujet de l'attachement du roi pour Marie de Hancini ; U cite de nombreuses lettres du cardinal, et réfutant « un jugement qui n'en est pas moins erroné parce qu'il est éerenu popQlaire soat la plume légère de Voltaire, • il montre que le oardinal n'Ii^s^a pas un instant à sacriHer ses intérêts personnels à la gloire du roi et au bonheur de la France. Forcé de quitter Paris pour se rendre à la frontière, il exila sa nièce à La Rochelle.

t 81 noua avions trouvé daps la via du eardiaal et, en général, 4an8 l'histoire des hommes d'État, de quelque temps et en quelque pays que ce soit, un plus bel exemple de noble abnégation et de complet dévouement, nous l'aurions cité et nous mettons au défi quiconque sait l'histoire d'y rencontrer un pendant. » M. de Laborde transcrit à cet égard un long passage des Mémoires de l'abbé de Choisi (1727, 1. 1, p. 85); nous y renvoyons. La correspondance de Guy Patin nous offre aussi trois lignes à citer : « La reine a envoyé chez les religieux pour « faire prier Dieu, afin qu'il plût à sa sainte bonté de détourner t « le roi d'un dessein qu'il a. N'est-ce pas celui-là d'épouser la « nièce du Mazarin?» (Lettre du 21 juin 1655, t. II, p. 183.]

Baylea consacré le chapitre lxxi des Questions et un provincial à établir que l'entrevue du roi et de Marie de Mancini n'est qu'une fable romanesque. Marie n'était point jolie, comme le portrait qu'en a tracé Mme de Motteville [Mémoires, U IV, p. 461 ) en fait foi, mais elle était séduisante et spirituelle. Sa fiéparaUen d'avec son^ mari, aea aventures biiarres, ne doivent pas noqs occuper ici,

DE MADÀH6 lA DUCHE^SB d'ORLÉANS. 259

tenon de ee mariage; ee^ dames ne pensaient pas que des gens du commun pussent les comprendre ; ils pri* rent la parole et dirent : c Mesdames, ne vous y joue« pas; il vous en coûtera la vie si vous faites ce mariage, i^ Cela empêcha la chose; M"** de Maintenon fut eflrayéct ^e alla trouver le roi et le pria de ne p)us y penser.

36 Jaillet 1716.

Le chevalier d*Orléans est fils de la Sery qui a ét^ une de mes filles d*honneur; le margrave d'Ànspach en a aussi été amoureux. Mon fils a acheté pour le chevalier au maréchal de Tessé la charge de général des galères ; il le fera chevalier de l'ordre de Halte afin qn^il ne puisse se marier, car mon fils ne veut pas que de ses bâtards provienne une race, et il a fait un abb4 de celui de ses bâtards qu'il n*a pas reconnu et qui ressemble tellement à M*** de Valois que, si on les voit Tun près de Tautre, on ne peut douter qu'ils ne soient frère et sœur. Le chevalier ne ressemble à personne, ni à son père, ni à sa mère, ni à ses frères, ni à ses sœurs; je ne sais où mon fils l'a péché; c'est un bon enfant et il ne manque pas d'esprit. L'abbé a dix-huit ans; il est fils de la Florence, qui était une fort belle personne, danseuse à l'Opéra. Mon Qls ^ ^u {|us^ de la comédienne Desmares une fille qui a quatorze ans; la mère joue encore chaque jour.

4 août UI6.

Le roi était tellement attaché aux vieux usages de la maison royale qu'il n'y aurait rien changé pour tout au monde. M"* de Tiennes avait l'habitude de dire que dans la maison royale on tenait si bien aux usages et

coutumes, que la reine d'Angleterre était morte avec un toquei sur la tète. C'est un petit bonnet que prennent les enfants lorsqu'on les met au lit.... Quand le roi voulait quelque chose, il ne permettait pas que Ton raisonnât; il fallait faire de suite et sans réplique ce qu'il avait commandé. Il était trop accoutumé au tel est notre bon plaisir pour souffrir des observations. 11 était fort sévère pour l'étiquette qu'il avait établie chez lui^

4 août 1716.

La fille de la comédienne ressemble un peu à sa mère; on l'a élevée à Saint-Denis dans un couvent, mais elle n'a pas du tout les goûts d'une religieuse. Lorsque mon fils la fit venir, elle ne savait pas qui elle était, et lorsqu'il lui dit qu'il était son père, elle fut transportée de joie, car elle s'imagina être la fille de la Sery et la sœur du chevalier ; elle pensait ainsi qu'elle serait reconnue; mais quand mon fils lui eut dit que cela ne pouvait être et qu'elle était la fille de la Des* mares, elle se mit à pleurer amèrement.

Le chevalier d'Orléans est un bon enfant, mais il

^ H. Barrière, dans son Essai sur les mœurs et les usages du dix^eptième Mècle (en tête des Mémoires de Brienne, 1828, 2 Tol. in-8), donne» d'après le Traité des droits du roi et de la couronne de France, de curieux détails sur rétiquette dont Louis XIV avait réglé les plus minutieux détails. « Quand « on parcourt ce singulier code qui , dans leur palais , dans « leur intérieur le plus intime» asservissant les princes, les prin- « cesses et le monarque lui-même aux règles du service, ne « leur laissait le libre usage ni de leurs bras, ni de leurs mains, « ni de leur volonté, on ne sait sMl faut sourire ou s'il faut le; « plaindre. Il y a de quoi guérir de l'envie d'être roi. »

n*est ni joli ni beau * . II est dommage que Tabbé soit un bâtard, il est bien élevé, il n'est point laid de figure ; il a beaucoup d'esprit et il a fait d'excellentes études.

5 août 1716.

Un officier de marine, homme de beaucoup d^esprit et nommé M. Hautmont, avait fait les vers suivants contre le cardinal Mazarin, qui le fit mettre pour dix* huit mois à la Bastille :

Crentons tous le tombeaa A qui nous persécute ; A ce Jules nouTeau, Cherchons un nouveau Brute ; Que le jour sera beau, Si nous Yoyons sa chute.

7 août 1716.

J'ai une fois été terriblement grondée dans un petit voyage de Manheim à Heidelberg. J'étais assise dans le carrosse auprès de Son Altesse, feu mon père et un envoyé de l'Empereur, le comte de Koenniyseck était en face de moi; j'étais alors aussi maigre et aussi légère que je suis maintenant grosse et lourde. Un cahot me fit perdre Téquilibre, je tombai sur la figure ducomte; ce n'était pas ma faute, mais je n'en fus pas moins vertement réprimandée, car Son Altesse n'entendait pas la raillerie; il fallait tenir devant elle la chandelle droite.

^ Ce chevalier survécut de longues années à son frère: il mourut au Temple à l'âge de quarante-six ans. « W était fort aimable et avait été extrêmement débauché ; mais depuis deux ans il s'était Jeté dans une dévotion si austère qu'elle l'a plus épuisé que ses débauches. On dit qu'à force défaire des aumônes il laisse beaucoup de dettes. » (Journal de Barbier, jain 17 48, t, UI, p. 35.)

m CORBESPOIIDÂIICS

10 août 1716.

Une actrice de l'Opéra, qui est morte, M"* d'Uzé *, a été fort en faveur auprès de mon fils; mais il ne Ta pas longtemps gardée. A sa mort, on a trouvé que, bien qu'elle ait eu des enfants, ni elle, ni sa mère, ni sa grand'mère, n'avaient jamais été mariées.

11 août 1716.

A Marly, le roi n'avait pas la moindre cérémonie. Il n'était permis ni aux ambassadeurs, ni aux envoyés d'y venir; il ne s'y donnait pas d'audience; il n'y avait pas d'étiquette et tout courait pêle-mêle. A la promenade, le roi faisait mettre le chapeau aux hommes, et, dans le salon, il était permis à tout le monde, jusqu'aux capitaines et sous-lieutenants de la garde à pied, de s'asseoir. Cela m'a donné tant de dégoût pour le salon que je n'ai jamais voulu y rester.

11 août 1716.

On qe saurait mieux danser et avec plus de grftce que M'"'' la Duchesse (de Bourbon) et ses filles; mais la mère danse encore mieux que les filles... Dans cette maison la malice passe pour de l'esprit. Les trois sœurs, Jtpae la Duchesse, M™^ d'Orléans et la princesse de Conti ^ont toutes trois comme si elles n'étaient pas sœurs; il n'y a entre elles ni attachement, ni confiance réci- I^roques; elles vivent entre elles sur un pied de cérémonie comme des personnes étrangères.

> On trouve dans lés Mélanget de Boisjourdaia (1807, 1. 1), au sujet de cette actrice et du régent, une anecdote que nous nous dispenserons de transcrire.

DE MADAMB LA DUCHBSSE d'ORLÊANS. t68

12 août 1716.

M^^* de Chartres danse bien, chante encore mieux; elle a une voix étendue et belle; elle déchiffre la musique à livre ouvert et elle comprend parfaitement l'accompagnement. Elle chante sans faire les moindres grimaces. Elle persiste fermement à se faire reUgieuse» mais je ne puis croire qu'elle en ait la vocation, car elle a tous les goûts d'un garçon; elle aime les chiens,*^ les chevaux, la chasse, les coups de fusil ; elle ne craint rien au monde et ne se soucie nullement de ce qu'aiment les femmes. Elle né se préoccupa pas du tbnl de sa figure, quoi(iu*elle ne soit point laide et qu'elle Mrfl bienformée.

IS aoûl 1716.

Monsieur n'a jamais inquiété sa femme au sujet de sa galanterie avec le roi son frère ; il m'a raconté toute la vie de Madame, et il n'aurait pas passé cela sous silence, s'il l'avait cru ' . Je crois donc qu'en celte circonstance on a été injuste envers Madame. C'aurait été vraiment par trop fort : le frère et le neveu, le pèi^ et le JSh ensemble, c'aurait été effroyable!

^ Voici (comment U^^ de La Fayette, diuis 6on Histoire deMa^ dame Henriette, s'exprime sur ce point délicat: «Eile ne pensa plus qu'à plaire au roi comme belle-sœur ; je crois qu*elle loi plut d'une autre manière Je crois aussi qu'elle pensïi qu'il ne lui {tlalsolt que cotnme un beaU-ftère^ quoiqu'il lui plût peut-être davluiUge^ mais enfin, comme ils étoient tous deux infiniment aimables, et tons deux nés avec des dispositions galantes, qu'ili i^e vbybiént tous les Jours au milieu des plaisirs et des dltertissements , il parut aux yeUx de tout le monde qu'Us âvoient rnn pour l'&fitrb <iet agrément qui précède d*ordinaire les girftndei j^oftft. i

13 août 1716.

M. le Dauphin ressemblait beaucoup à la reine. Il a eu de la comédienne Raisin une fille qu'il n'a jamais voulu reconnaître. La princesse de Gonti qui, depuis la mort de Monseigneur, a pris soin de cette enfant, Ta mariée à un gentilhomme nommé d'Avaujour. Le Dauphin était tellement fatigué du duc du Maine qu'il avait juré que, de sa vie, il ne reconnaîtrait aucun de ses bâtards.

13 août 1716.

La vieille guenipe n'a pas eu beaucoup de temps pour lire, car elle avait fort à faire à lire toutes les dépèches qu'on lui adressait pour lui rendre conapte de tout ce qui se passait à Paris et à la cour. Il y avait parf(HS des paquets de vingt à trente feuillets; elle les montrait au roi selon sa convenance et suivant qu'elle aimait ou baissait les gens.

14 août 1716.

Henri IV fut averti une fois qu'une de ses maîtresses lai était infidèle. Elle avait donné rendez-vous au duc de Bellegarde', lorsqu'elle pensait que le roi ne viendrait pas chez elle. Le roi fit épier le moment où son rival serait auprès de la belle, et, lorsqu'il le sut, il alla la trouver. Elle était au lit et se plaignait d'un grand mal de tête. Le roi lui dit qu'il fallait qu'elle lui donnât & souper, car il avait grand'faim. Elle répondit

1 Koger de Termes, duc de Bellegarde, né en 1663, mort en 1636, IL passe pour a?oir été Tamant de Gabrielle d'Estrées, dont il eut la maladresse de faire à Henri lY un portrait sédai- &ant« Le roi lui enleva la belle, et le favori fut exilé.

qu'elle n'avait pas songé à souper et qu'on n'avait gardé pour elle qu'une paire de perdrix. Le roi répliqua que c'était bien et qu'on apportât les perdrix. On apporta encore bien autre chose, car un souper avait été préparé pour le duc de Bellegarde. Quand les perdrix arrivèrent, le roi en prit une, la mit sur un mor-, ceau de pain et jeta le tout sous le lit. La dame fut effrayée et dit : « Sire, que faites-vous? i Le roi répondit en riant : « Madame, ne faut-il pas que tout le monde viveYi II se leva ensuite et se contenta de lui avoir fait peur *•

iSaoûl 1716.

J'ai vu M. de La Hothe {le Vayer); avec tout son ta«i lent, il allait vite comme un fou. Il portait des bottes fourrées, un bonnet doublé aussi de fourrures qu'il ne quittait jamais, un grand rabat et un habit de velours ndr \

17 Mût 1716.

La vieille guenipe ne manque pas de capacité; elle parie fort bien quand elle veut. Elle n'aimait pas qu'on

* Tallcmant {Historiettes ^ t. X, p. 73) raconte un trait semblable de François I^r et de Brissac, amant de la ducbesse d*Ëlampes^ mais avec quelques différences : le duc, sur le point d*étre surpris, se jeta dans un cabinet dont la clef fut retirée ; le roi demanda des confitures qui étaient dans le cabinet, et Brissac sauta par la fenêtre ( voir Dreux du Radier, Anecdotes des reines et régentes de France, 1808, t, VI, p. 21). Les deux anecdotes sont peut-être apocryphes.

* La Mothe le Vayer , écrivain paradoxal et hardi. Il a Joui d'une grande réputation qu'il méritait à certains égards. Il est l'objet d'un Essai de M. Etienne, 1849. Voir aussi le Diction'naire des sciences philosophiques ^ t. III, p. 496 , et VÂnalecta* Biblion,X.U,T^. 312.

M6 CORftEâPONDANGB

lai donnât le titre de marquise ; elle roulait qt(*oii Tap^ pelât M"** de Maintenon tout court.

Elle a montré de toutes les façons là haine qu'elle avait contre moi; par exemple, quand la feine d'Angleterre allait à Marly et qu'elle faisait des promenades à pied ou en toiture avec le roi, lorsqu'on revenait, la reine et la princesse d'Angleterre, M*"* la Dâuphine et les princesses allaietit avec le roi , et j'étais la seule

qu'on renvoyât.

is «eût nie.

La seconde Dâuphine était délicate etniènleinalingre; le docteur Chirac assura jusqu'à la fin qu'elle guérirait, et, en efiet, si on ne l'avait laissée ae lever pendant qu'elle avait la rougeole et qu'elle était en sueur, et si on ne l'avait saignée du pied^ elle vivrait encore. Immédiatement après la saignée, au lieu de rouge comme du feu, elle devint pâle comme une morte et se trouva extrêmement mal. Quand on la fit sortir du lit, je m'écriai qu'il fallait au moins attendre que la sueur fût passée pour la faire saigner. Chirac et Fagon s'obstinèrent et se moquèrent de moi. La vieille guenipe vint à moi et me dit : « Voulez-vous être plus habile que tous ces docteurs qui sont là? » Je répondis : « Non, madame, mais il ne faut pas être fort habile pour savoir qu'il faut suivre la nature, et puisqu'elle incline à la sueur, il serait bien mieux de suivre cette voie que de faire lever une malade en transpiration pour la faire saigner. > Elle haussa les épaules et sourit ironiquement; j'allai de l'autre côté et je ne dis plus th seul mot ^

A a Le public voulut que la duchesse de Bourgogne fût inort6

24 aotkt 1716.

Mo^ de Montespan était très-amusante et on ne s'ennuyait jamais avec elle. Elle aimait extrêmement le jeu*.

1» septembre 1716.

. Mon 4octeur n'est pas un charlatan et n'aime pa^ les remèdes ; mais mes gens, qui sont très-intéressés, craignent que ma mort ne leur fasse perdre leurs charges, de sorte qu*ils le tourmentent afin qu'il me doni^^ des drogU63. La peur qu*a eu la princesse de Galles au sujet de Taccident arrivé à la comtesse de Puckeburg, dont elle croyait la jambe cassée, est bieq naturelle, mais je crains qu'il n'en résulte quelque chose d^ fâcheux pour l'enfant dont elle est enceinte. Nous avons eu ici, ces jours-ci, un exemple terrible

pouf avoir prie du tabac dans une tabatière qu'elle avolt perdue peudaBt trois seoiaineg , et qu'elle retrouvi^ sur sa toilette. » (Mémoires de Maurepae, t. h p* 54. ) « On la crut empoisonnée ; il est aujourd'hui démootré qu'ils furent tués par les médecins, véritables assassins de ce temps où l'art de guérir était resté en arrière de tous les autres ; les saignées arrêtèrent Téruptton de la rougeole. Les détails de leur fin ne laissent point de doute à cet égard. » {Notice déjà citée, insérée dans les Mélanges de la Société des bibliophiles, )

1 On lit dans les Lettres inédites de Féuquières, Paris, Leleux, 1846, t. lY, p. 227 : « Le jeu de Mme de Montespan est monté à un tel excès, que les pertes de cent mille escus sont communes. Le jour de Noël elle perdoit sept cent mille escus ; elle joua sur trois cartes cent cinquante mille pistoles et les gagna, et, à ce jeu-là, on peut perdre ou gagner cinquante ou soixante fois en un quart d'heure. » Nous voyons dans le Sujh plément aux Mémoires de Bussy, 1734, p. 76, qu'en une nuit Mme de Montespan perdit quatre cent mille pistoles contre la banque, et les regagna k la fm.

de ce genre : la jeune marquise de Béthune, sosur du duc de Gèvres, est heureusem^it accouchée d*un beau garçon ; mais comme elle avait été fort eCErayée en voyant dans une église un mendiant auquel un cancer avait rongé toute la chair de la poitrine, il s'est trouvé que l'enfant avait sur la poitrine et sur la figure un mal comme une toile d'araignée. Il est mort après avoir été baptisé. On a cent exemples de ce genre, de sorte que je m'inquiète à l'égard de la princesse de Galles.

4 septembre 1716.

La guenipe n'a jamais pu pardonner au roi de ne l'avoir pas déclarée reine. Elle s'est donnée devant le roi d'Angleterre pour tellement pieuse et humble que la reine la prenait pour une sainte. La vieille guenipe sait bien que je suis une Allemande qui n'a pu, de sa vie, souffrir une mésalliance, et elle s'est figurée que c'était à cause de moi que le roi ne voulait pas décla* rer son mariage : de là vient la haine qu'elle me porte. Tant que la reine a vécu, elle ne m'a point haïe; depuis la mort du roi et depuis que nous avons quitté Versailles, mon fils n'a pas vu la guenipe un seul instant,

5 septembre 171 G.

La vieille guenipe n'a jamais permis que je me mêlasse de quoi que ce fût, car elle ne voulait pas que j'eusse des motifs de causer avec le roi. Ce n'était pas une jalousie due à de Tamour, mais elle savait que je parle toujours avec sincérité, et que ne sais pas mettre un lien à ma bouche; elle craignait que je ne voulusse ouvrir les yeux du roi et lui montrer la conduite désordonnée de la dame : ce n'était pas mou mtentiou.

DE MADAME LA DtCHESSE O'ORLÉANS. 269

8 septembre ITIC.

Les maîtresses du feu roi n*ont pas terni sa gloire autant que sa vieille guenipe qu'il avait épousée; elle a attiré sur toute la France les plus grands malheurs. Elle a occasionné la persécution des réformés; elle a fait renchérir les grains et elle a causé la famine; elle a aidé les ministres à voler le roi; elle est coupable de la mort du roi, à cause de tous les tracas qu'elle lui a donnés avec la Constitution; elle a fait le mariage de mon fils et voulu mettre les bâtards sur le trône; en somme elle a tout ruiné et mis en confusion. Le roi aussi a souvent été mal servi par ses ministres \

ISseplembre 1716.

J'ai vu la première femme de chambre de la reine, la Beauvais; elle était borgne. Elle a vécu encore quelques années après mon arrivée en France. Elle est la première qui ait appris au roi comment il faut agir avec les dames; elle était bien au fait de la chose, car elle a mené une vie déréglée *.

*■ On ne les épargna pas dans les coaplets alors à la mode« Une citation suiQra (1696).

Le babillard chancelier.

Et le fade Pelletier, Croissy, le triste Pomponne, Sont Tappui de la couronne ; Lampons, lampons, camarades, lampons.

Après quoi vient Barbezieux, Qui ne vaudra jamais mieux ; De tous ces choix Ton peut dire, Que qui choisit prend le pire ; Lampons, lampons, camarades, lampons.

> Tous les mémoires du tcmps^ dit M. de Laborde, toutes les

270 C(HUlESP011DAIICfi

20 fleptembre 17t6«

La fausseté passe ici pour de Tbabileté et la franchise pour de la niaiserie. Je ne suis ni rusée ni adroite, et j'ai souvent entendu dire : vous êtes trop d'une pièce.

22 septembre 1716.

Je vous dirai franchement pourquoi je ne yexi% me mêler de rien; Je guis vieille; j'ai besoin de me repoiser et ne me soucie point de m^ tourmenter ; je ne veux point entreprendre ce que je ne serai pas en mesure de mener à bien; je n'ai point appris à gouverner; je n'entends rien à la politique ni aux affaires de l'État, et je suis beaucoup trop âgée pour apprendre des choses aussi difficiles. Mon fils a, grâce à Dieu, assez de capacité pour mener les choses sans moi; d'ailleurs, j'exciterais trop la jalousie de sa femme et de sa fille aînée qu'il aime mieux que moi; il en résulterait des querelles perpétuelles, et c'est ce qui ne me convient nullement. On m'a bien tourmentée, mais j'ai tenu ferme; j'ai dit que je voulais donner un bon exemple à la femme et à la fille de mon fils; ce royaume a, pour son malheur, été trop gouverné par des femmes jeunes ou vieilles. Il esl temps qu'on laisse les hommes me-

histoires de France» ont fait honneur h la dame de Beauvais du premier amour de Louis XIV. Elle était borgne et sans beauté, mais elle avait une propreté excessive et un tempérament de feu, ce qui nous explique, et le nombre de ses amants, et la violence effrénée de ses amours. La Bruyèr^it allusion^ sous le nom d*Ërgaste, au baron de Beauvais, son flls. Un passage de l'agenda du cardinal Mazarin, 1649, montre qu'il était^ort prévenu contre elle. ËllQ fut disgraciée momontaoémaot. (Mémoires d? Mpuglau )

DE MADAME LA DUCBBSSE D^OHLÉANS. 27i

ner les affaires; j'ai donc pris le parti de ne me mêler de rien. En Angleterre, les femmes peuvent régner, mais en France, pour que les choses aillent bien, il faut que les bomm^ seuls gouvernent. Quel avantage y aurait-il pour moi à me tourmenter nuit et jour! Je ne demande que la paix et le repos. Tous les miens sont morts; pour qui irai-je me mettre en peine? Ma vie est presque terminée; il m'en reste seulement assez pour pouvoir m'apprêter à mourir tranquille, et il est difficile dans les grandes affaires publiques de conserver une conscience paisible.

24 septembre 1716.

Je suis née à Heidelberg au mois de septembre (1 652). Lorsque je peux, par ma recommandation, aider de pauvres gens auprès des conseils qui décident ici les affaires, je m'y emploie de tout cœur; si cela réussit, j'en suis bien aise; sinon je peh6e que telle était la^ volonté de Dieu, et je suis contente.

25 septembre 1716.

Si la duchesse de Berri n'était pas ma petite-fille, j'aurais toutes les raisons du monde d'être contente, d'elle, car elle vit fort poliment avec moi; je ne yeijx pas en dire davantage.,.. Elle a pour résidence de veuve le, château d'Amboise.... Elle sait fort bien la musique qu'elle a étudiée à fond ; sa voix n'est pas forte mais agréable^ et elle chante avec beaucoup de justessa. .

8 octobre 1716.

Le feu roi n'a jamais peilsé que son testament fût maintenu. Il a dit à plusieurs personnes^ : « On m*a

fait écrire mon testament et plusieurs choses; je Vai fait pour avoir du repos, mais je sais bien que cela ne subsistera pas, i

14 octobre 1716.

Les moines de Saint-Mihiel ont en original les Mémoires du cardinal de Retz ' et les ont fait imprimer. On les vend à Nancy. Il manque beaucoup de choses dans cette édition ; mais il y a à Paris une dame, nommée M"' de Gaumartin, qui a ces mémoires en manuscrit sans qu'il y manque un mot, mais elle s'entête à ne pas les laisser voir, de sorte qu'on ne peut compléter l'ouvrage.

16 octobre 1716.

Quand un ambassadeur fait son entrée à Paris, il en fait quelques jours à l'avance prévenir l'introducteur des ambassadeurs, et on envoie lui faire les compliments ordinaires. On envoie aux ambassadeurs des rois le chevalier d'honneur; à ceux de Venise et de Hollande le premier écuyer, et s'il est malade ou re-

^ La première édition des Mémoires du cardinal de Relz, Nancy, 1717, 3 vol. in-13, présente en eifet des lacunes noni^ breuaes qui n'ont été remplies dans aucune des nombreuses réimpressions qui se sont succédé jusqu'en 1 836. Le texte fut alors établi d'après les manuscrits de la Bibliofbèque impériale, et publié dans la Collection des Mémoires pour seriHr à V histoire de France éditée par MM. Michaud et Poujoulat, 3" série, t. !. C'est aussi d'après ces manuscrits qu'a été donnée TédiUon complète de Paris, 1842, 2 vol. in-18. Nous n'avons point à nous occuper ici de ce personnage célèbre ; nous renverrons aux RC' cherches historiques sur le cardinal de Retz, par M. Musset- Palliay, 1807, in-8, ainsi qu'à deux articles de M. Saintc-Bcuve, Cameries du lundi.

DE MADAME LA DtCRESSE D*ORLÉANS. 273

tenu par qudque autre circonstance, le premier maître d'hôtel; c'est aussi celui qu'on envoie à l'ambassadeur de Malte.

19 octobre 1716.

II n'est pas étonnant que le feu roi et Monsieur aient été élevés dans l'ignorjtnce. Le cardinal Mazarin voulait régner; s'il avait fait instruire les deux princes, on ne l'aurait plus ni estimé, ni employé ; voilà ce qu'il voulait prévenir : il avait l'espoir de vivre plus longtemps qu'il n'a fait. La reine-mère trouvait bon tout ce que le cardinal faisait ; il lui convenait d'ailleurs aussi qu'on eût besoin de ce prélat. C'est un miracle que le roi ait pu devenir ce qu'il a été '.

* Des libeUistes répandirent en effet le bmit que le cardinal laissait le jeune roi dans Tignorance. Nous citerons le témoi* gnage de Tun d^entre eux, d'après M. de Laborde : le chanoine Claude Joly , grand-chantre de Notre-Dame , avait des prétentions à la place de précepteur du roi ; il écrivit un volume de 584 pages pour prouver qu'on avait eu tort de ne pas lui confier ces importantes fonctions : « Il n*a pas esté difficile au car* dinal Mazarin, encore qu'il fût mal habile homme en toutes choses, hormis Vart infâme de fourber, d'imiter en cela ces corrupteurs de princes qui Tout précédé. » (Préface du Recueil de maximes véritables et importantes pour Vinslilution du roi contre la fausse et pernicieuse politique du cardinal Mazarin,)

Les calomnies de la Fronde reprirent cours à la fin du règne de Louis XIV. On lit dans le Breviarum politicum secundum rubricas Mazarinas: « Le cardinal voulait régner tout seul, « c*est pourquoi il l'a fait aussi mal élever que prince le pût « estre. »

M. de Laborde combat Topinion de M. Barrière, qui a écrit dans Ui Mémoires de ht\eïïne{ Éclaircissements, 1. 1, p. 390): « Louis XIV fut élevé peut-être avec plus de négligence encore M que ne Pavait été son père. Il semblait que Mazarin eût pris

874 G0RRB8PtMIOAIIGB

28 octobre 1T16.

Mon fils avait un sous-gouverneur qui lui a donné Tabbé Dubois, qui est un homme fort instruit ; il comptait réloigner de mon fils aussitôt que celui-ci aurait terminé ses études, et il ne voulait pas qu'il fût un seul instant auprès de mon fils, si ce n'est à Theurc des études; mais le pauvre homme ne put exécuter son projet, car il fut atteint d'une fiarte colique dont, pour mon malheur, il mourut en quelques heures'* L'abbé se présenta alors ; on n'avait aucun autre précepteur sous la main; il resta donc auprès de mon fils, et il pouvait si bien s'exprimer comme un honnête homme que je l'ai regardé comme tel jusqu'au mariage de mon fils; c'est alors que j'ai découvert toutes ses fourberies... Si cet abbé était aussi bon chrétien qu'il est habile, ce serait un homme excellent, mais il ne croit à rien et cela fait de lui un homme faux et scélérat. Il est instruit, ce n'est pas douteux, et il a donné de l'instruction à mon fils; mais j'aimerais bien mieux qu'il ne l'eût jamais vu; alors ce malheureux mariage, que je déplore encore, n'aurait pas eu lieu. Excepté

« à tâche de laisser son esprit sans culture, et d'éteindre toutes « les dispositions généreuses qu'il avait reçues du ciel. »

Cette assertion n'est fondée que sur les ridicules Mémoire de La Pqrte ; ils ont pourtant induit en erreur M. Mignel.

^ Saint-Simon en parle ; il se nommait Saint^Laureol, « homme de peu, sous- introducteur des ambassadeurs chez Monsieur, l'homme de son siècle le plus propre à élever un prince et à former un grand roi*., p Pour gouverneur de son neveu, le roi nomma Gayeux, brave et très-honnéte gentilhomme , qui buvait bien et ne sAvait rien au delà . i,Hémoiirt$, t, 1, p. 4 1 » et Ht P-39.)

DE MADAME LA DUGRËSâE D'oRLÉANS. S75

l'abbé Dubois, il n*y a aucun prèke qui soit en faveur auprès de mon fils.

25octdbre 1716.

Le bon roi était vieux, il voulait du repos et ne pouvait en obtenir; il faisait alors ce que voulait sa vieille guenipe la Maintenon; ce moyen était employé souvent, car la vieille, qui est une sorcière rusée, avait observé qu'on le faisait ainsi céder, et elle en profitait.

M"'^ de Montespan avait pour maxime que les rois ne devaient pas aimer leurs parents à la bourgeoise, et elle avait voulu inculper ce principe au roi, afin qu'il eiût plus d'attachement pour elle et pour les bâtards que pour nous. La vieille guenipe avait encore feuchéri là-dessus au point qu'il n'y avait que ges amis et ses créatures qui pussent être en grâce et en faveur.

28 octobre 1716.

Je taquine souvent M"'"' de Berri, et je lui dis qu'elle se figure qu'elle aime la chasse, mais qu'au fond elle aime seulement à changer de place ; elle ne se soueieque de la fin de la chasse, et elle aime mieux celle au san^ glier que celle du cerf, parce qu'elle y trouve l'occasion de manger de bons boudin&et des saucisses... Elle se divertit tant qu'elle peut : un jour elle chasse, un autre elle se promène, un troisième elle va à la foire, quelquefois elle se rend aux danseurs de corde ou bien à la comédie et parfois à l'Opéra, mais toujours en écharpe et sans corps.

29oetol>ie 1716.

Nous avons eu peu de reines en France qui aient été entièrement heureuses. Marie deMédicis est morte en

276 CORRfiSPONDANCE

exil. La mère du roi et de Monsieur a été malheureuse tant que son mari a vécu. Notre reine, Marie- Thérèse, a dit à son Ht de mort que dans toute sa vie, depuis qu*eUe était reine, elle n*âvait eu qu'un jour de véritable contentement.

L'électeur de Bavière m'a souvent fait faire bien du mauvais sang, car il faisait ici les choses les plus sottes ; par exemple, il allait jouer et manger chez M. d'Ântin, et il prétendait qu'il ne pouvait se mettre à table avec aucun des enfants de sa sœur^ tandis qu'un souverain, sans être électeiur, pouvait manger avec M*"* la Dauphine et avec moi. S'il l'avait demandé, cela aurait eu lieu ; mais il s'est contenté de manger chez d'Ântin ou de Torcy avec des dames de la table du roi. Cela me donne encore de l'impatience quand j'y songe. Le roi riait de bon cœur de ma colère, et lorsque cet élec- j teur avait fait quelque nouvelle bévue, il m'appelait dans son cabinet et me disait : « Que dites-vous de cela. Madame? » Je répondais : c Tout est chez cet électeur de même parure. » Et le roi riait de tout son cœur'.

^ L'alliance qne ce prince, dépourvu de talents, conclut avec la France pendant la guerre de la Succession, lui devint funeste, et les chansonniers exercèrent leur malice à cet égard. Voici quelques passages que nous croyons inédits.

L*auitié du roi très- chrétien

Vaut mieux qu*nne couronne ;

BaTière a choisi pour soutien ^

L*amitié du roi très-chrétien ;

Sa fortune est réduite à rien, '

Mais voici comment il raisonne :

L*amitié du roi très-chrétien |

Vaut beaucoup mieux qu*une couronne.

Le grand maréchal de Tallard

DE MADAME LA DtClieâSfi D*ORLÉANS. 277

6 novembre 1716.

Autrefois on ne prenait jamais ici le deuil pour des enfants an-dessous de six ans, mais M. le duc du Maine ayant perdu une petite fille d'un an, la vieille guenipe nous fit donner ordre par le roi de prendre tous le deuily et depuis on le prend pour les enfants d*un an.

A M. DE HARLING.

G novembre 1716.

Lorsque les gens ont vécu comme H. Leibnitz et ont mené une conduite telle que M. Harling me représente la sienne, je ne puis croire qu'il ait eu besoin d'avoir des prêtres autour de lui ; ils ne pouvaient rien lui apprendre, car il en savait plus qu'eux tous. Une habitude ne forme pas une véritable crainte de Dieu, et la communion, considérée comme le résultat de l'habitude, n'a aucune valeur morale, si le cœur est dépourvu de sentiments louables. Je ne doute pas du

Et le dttc de Ba'vière Ont, par nn surprenant hasard.

Donné les étri^ières Au prince Eugène, ce dit-on, La faridondaine, la faridondon, et aux confédérés aussi,

Biribi, - ' >

A la fafon de Barbari.

Bavière n'est point dans l'erreur

De se joindre à la France, C'est pour être fait empereur ; *

S*il agit par prudence.

Le grand Louis lui en répond, La faridondaine, la faridondon ; Il tient tout ce qn*il a promis,

Biribi, A la façon de Barbari.

â78 CORnESPONDANCK

tout du salut de M. Leibnitz, et je trouve qu'il a été^ heureux de ne pas avoir eu à souffrir longtemps.

10 novembre 1716.

Quand mon fils a reproché tout doucement à la Maintenon qu'elle le décriait, et l'a engagée à rentrer dans sa conscience, puisqu'elle savait que ce qu'elle disait était des méchancetés, elle a répliqué : < J'ai répandu ce bruit parce que l'ai crû. >» Mon fils lui a répondu : « Non, vous ne pouviez pas le croire, sachant le contraire. » Là-dessus elle a répondu avec insolence, et j'admirais la patience de mon fils ! < Ëst-tie que la Dauphine n'est pas morte? — Ne poutaît-elle pas mourir sans moi? repartit mon fils; était-elle donc inimortelle? » Elle répliqua : « J'ai été si au désespoir de cette perte, que je m'en suis prise à celui qu'on me disait en être la cause. 9 Mon fils lui dit : « Mais, Madame, vous «ivez le compte qu'on a rendu au roi; que ce n'est pas moi, et que M"* la Dauphine n'a point été empoisonnée du tout — Il est vrai, répliqua-t-elle, je n'en dirai plus rien *é »

10 novembre 1716.

Le feu roi me raconta une histoire au sujet de la reine de Suède , Christine ; elle ne mettait jamais de coiffe de nuit, mais elle s'entourait la tête avec une serviette. Une fois qu'elle ne pouvait dormir, elle fit faire de la musique auprès de son lit. Gamme le concert était de son goût, elle avança soudain la tête hors

^ Fagon, premier médecin du roi par le crédit de Mme de Maintenon, avait dit au roi que la cause de la mort de la Dauphine était le poison (Mémoires de Saint-Simon )•

m MADAME LA DUCHESSE D*ORLÉANS« 270

de ses rideaux et s'écria : « Mort diable ! qu'ils chantent bien. » Les castrats et les Italiens, qui ne sont pas des plus braves, furent tellement épouvantés à raspeci de cette étrange figure qu'ils demeurèrent muets, et il fallut que la musique cessât. On voit encore à Fontainebleau, dans la grande «aile, le sang de l'homme qu'elle a. fait massacrer, ^lle ne voulait pas que tout ee ^'il savak sur son compte vînt à èlre connu,, et elle pensait que les choses se divulgueraient si elle ne lui faisait pas àiev la vie. Il avait déjà commencé à jaser par jalousie, car un autre était venu le supplan* ter dans ses bonnes grâces. Elle était très-vipdicative et livrée à toutes sortes de débauches, même avec les fesunes. Si elle n'avait pas eu autant d'esprit, personne n'aurait pu la souffrir. Elle était redevable de ses vices à des Français, et surtout au vieux Bourdelot, qui avait été médecin du grand Gondé, et qui l'a fortifiée dans tous ses dérèglements. E^le pouvait parler de choses que les plus grands débauchés seuls peuvent imaginer. Elle a forcé M"' de Brégy à des turpitudes, et celle-ci n'a pu se défendre. On a regardé cette reine comme une hermaphrodite. Les Français qui étaient avec elle à Stockholm étaient des gens fort dépravés; ce sont eux qui l'ont amenée à tous ces désordres. Le duc Frédéric-Auguste de Brunswick était charmé de Christine ; il disait que de sa vie il n'avait trouvé aucune femme qui eût autant d'esjM*it et qui iùi aussi agréable et aussi divertissante ; il ne trouvait jamais le temps long auprès d'elle. Je lui dis que j'avais entendu dire qu'elle parlait de la façon la plus licencieuse; il répondit que c'était vrai, mais qu'elle

savait si bien arranger les choses qu'elles n'inspiraient pas de dégoût'. Cette reine ne pouvait plaire aux femmes, car elle les méprisait toutes en général.

10 novembre 1116,

Notre reine était de la plus grande niaiserie S mais la meilleure femme et la plus vertueuse du monde, qui avait de la grandeur el savait bien tenir une cour. Elle croyait tout ce que le roi lui disait , le bon et le mauvais. Elle avait ^vilaines dents noires et gâtées. On prétend que cela venait de ce qu'elle prenait tou-

■ Les MémMrei de Mm« de Motteville représentent Christine eomme elle fat tot^oars, rldienle dans son accoutrement, faidëcente dans son maintien, libre dans ses manières, dans ses gestes, dans ses discours. Cependant Mme de MôUeville ne ra« conte rien d'aussi fort que ce qu*a rapporté Brienne ( Mémoires^ iB2S, t. II, p. 242), On ne sait ce qui doit surprendre le plus, Ml de Teffironterie de Christine qui tenait un pareil langage à la reine devant les dames de la cour, ou de l'indulgence extrême de la duchesse de Longuevillc qui, dévote et janséniste, soufQre cependant que Brienne lui redise ces étranges paroles, et qui en rit at!x éclats.

Amelot de la Houssaye s'exprime ainsi dans ses Mémoires (MI, p. 351);

«( Bourdclot et le chirurgien Soreau ont fait leur fortune avec la reine Christine en sauvant les apparences de sa virginité par des remèdes abortifs. • On peut consulter, mais avec précaution, deux écrits publiés en Hollande : Histoire de la Vie de la reyne Christine, 1667, eiBectieil de quelques pièces curieuses ser» vont à l'esclaircissement de VHistoire de la reyne Christine,

* Marie-Thérèse ne mettait pas Torthographe , comme le montre un hillet inséré dans VHistoire de CoÙtert, par M. Clément, p. 1 30. Du reste, cette ignorance ou cett« négligence était alors chose générale. Saint-Simon menUonne « la bêUse et Tétrangc langage de la reine. »

jours du chocolat; souvent elle mangeait aussi beaucoup d'ail. Elle était grosse et petite, et avait une belle peau blanche. Quand elle ne marchait ni ne dansait, elle paraissait assez grande. Elle mangeait fréquem* ment et longtemps, mais c'étaient de petits morceaux, comme si c'eût été pour un petit sorin. Elle ne pouvait renier son pays; elle avait beaucoup de manières espagnoles. Elle aimait le jeu outre mesure; elle jouait la bassette, le reversi et l'ombre , et quelquefois la petite prime; mais jamais elle ne gagnait, parce qu'elle u*avait pu apprendre à bien jouer.

12 novembre 1718,

M. le Dauphin {le fils de Louis XIV) n'a jamais rien véritablement aimé ni haï, mais il était méchant; son plus grand plaisir était de faire de la peine aux gens ; lorsqu'il avait quelque pièce à faire à quelqu'un, il commençait à le traiter avec bonne grâce. Il a été en tout le caractère le plus inconcevable qu'on puisse imaginer. Lorsqu'on s'imaginait qu'il était en colère, on le trouvait souvent de fort bonne humeur; lorsqu'on le cropit fâché, il se montrait content ; jamais on ne devinait juste.

Id novembre 1716.

L*abbé Dubois agit comme s'il croyait que lui et moi nous sommes parfaitement d'accord, et quelque chose de désagréable que je puisse lui dire, il tourne tout cii plaisanterie... Je lui rends justice; il a beaucrjp de capacité, il parle bien et il est de bonne conr.pagnie, mais il est faux et intéressé comme le diable ; il ressemble à un jeune renard, sa fausseté se voit dans ses yeux,

17 novembre 1716.

Il y II bien des années que le bruit courait & Saint- Cloud que l'esprit de feu Madame se montrait auprès d'une fontaine où elle s'était assise dans les grandes chaleurs; caï* cet endroit est très-frais. Un soir» un larguais du maréchal Clérambault étant allé puiser de l'eau à la fontaine , irit quelque chose de blanc sans visage; ce fantôme, qui était assis, se leva au double de sa hauteur ; le pauvre laquais s'enfuit tout saisi d'ef&oi ; il assura, en rentrant, avoir vu Madame, tomba malade et mourut. L'officier qui était alors capitaine du château, s'imaginant bien qu'il y avait quelque chose là-dessous, se reqdit quelques jours après à la fontaine, et voyant marcher le fantôme, il le menaça de lui donner cent coups de bâton, s'il n'avouait ce qu'il était. Le fantôme dit ; « Ah ! monsieur de Lastéra, ne me faites point de mal, je suis la pauvre Pliilipinette. it C'était une vieille du village, âgée de soixante-dix-sept ans, n'ayant plus une seule dent dans la bouche, les yeux malades et bordés de rouge, une grande bouche, un gros nez ; en somme elle était hideuse. On voulut la conduira en prison, j'intercédai pour elle. Comme elle yint pour me remercier, je lui dis : Quelle rage vous tient de faire le fantôme au lieu de vous aller coucher? Elle répondit en riant : Je ne puis avoir regret à ce que j'ai fait ; à mon âge on dort peu ; il faut bien avoir quelques petites choses pour réveiller l'esprit. Tout ce que j'ai fait dans ma jeunesse nem'a pas tantréjouieque défaire le fantôme. J'étais bien sûre que ceux qui n'auraient pas peur de nion drap blanc auraient peur de

mon visage. Les poltrons faisaient tant de grimaces que j'en mourais de rire. Ce plaisir nocturne me payait de la peine d'avoir porté la hotte toute la journée.

19 novembre 1716.

Si mon fils a un œil malade, cela vient de l'accident qu'il a éprouvé lorsqu'il n'avait que quatre an$*, De près il y voit bien et peut lire les écritures les plus fines; mais à la distance de la moitié de longueur d'une chambre, il ne peut reconnaître personne s'il n'a pas de lunettes,

20 noTeœbre 1716.

}{me d'Orléans se farde outre mesure avec du rougp d'Espagne; nous la taquinons souvent à ce sujet; elle ne fait qu'en rire... Elle met beaucoup de temps à manger, à se mouvoir, à tout ce qu'elle fait... Elle est fort superstitieuse; il y a quelques années, une religieuse vint à mourû* à Fontevreaux, M™^ de Boitar. Quand M"^^ d'Orléans perd quelque chose, elle promet des prières à cette religieuse pour la retirer du feu du purgatoire , et elle se figure ensuite qu'elle ne peut manquer de retrouver ce qu'elle a égaré.

24 novembre 1716.

L'électeur de Bavière avait avec lui son mai^hal, le courte d'Arco, frère de celui qui a été marié d'une façon si étrange à la Popel, maîtresse de l'électeur^ et

' En 1678, le dnc de Chartres fut malade; le roi en pleura, Monsieur fut au désespoir, et Madame tira Tépée du chevalier de Beuvronpour se tuer. (Bussy-Rabutin.)

« Saint-Simon, t. XXVII, p. 112, parle de Mme d'Arco; elle mourut h Paris, « où elle donnoit à jouer tant qu'elle pouvait. »

mère du cheyalier de Bavière ; il n'a jamais pu se trouver seul avec elle. Ce maréchal était aussi distingué que son frère était nigaud ; il était désespéré de ce que le prince jouait un rôle aussi ridicule «t misérable; le pauvre homme venait me trouver et me raconter ses chagrins; quand les choses allaient un peu mieux, il venait aussi m*en rendre compte, mais je crois qu'on lui a défendu ensuite de me rendre visite, car je ne l'ai plus revu jusqu'à sa mort. Aucun de tous les personnages de la suite de l'électeur ne sont plus venas me voir; je pense qu'on leur avait donné des ordres à cet égard. Toutes les manigances de cet électeur ne plaisaient pas du tout au roi ; il me disait : « Que ditesvous de cela? Tapprouvez-vous? » Je répondais en me fâchant que c'était la chose la plus ridicule du monde, et le roi riait de tout son cœur. L'électeur faisait si grand cas des grisettes que, lorsque le roi donna des noms aux avenues dans la forêt, il voulait à toutes forces qu'il y eût l'allée des Grisettes, ce que le roi ne jugea pas à propos. 11 a laissé de sa race dans les villages. On m'a montré deux filles qu'il avait laissées enceintes en partant.

l"" décembre 1716.

Le jeune roi a des yeux noirs comme du jais, et ce qu'on peut appeler un beau regard; ses yeux sont bien plus doux qu'il ne l'est en effet, car il a une petite tète violente. Il a déjà une vanité effroyable, et il sait fort bien ce que c'est que le respect.

3 décembre 1716.

Mon fils prétend que sa fille n'a aucun pouvoir

sur lui. n était enchanté de commander Tarmée d*Es* pagne; aussi tout a été de son goût dans ce pays; cela lui a valu la haine de la princesse des Ursins, qui a craint que mon fils ne fit tort à son autorité , et qu'il ne gagnât plus qu'elle la confiance des Espagnols.

Paris, 11 décembre 1716,

On dit que la princesse de Galles a été au moment de périr, parce que Faccoucheur anglais s'opposait à ce qu'une sage-femme allemande approchât de la princesse, et pendant ce débat, sa vie courait les plus grands dangers. Je voudrais savoir si cela est vrai.

Parte, 15 décembre 1716.

On dit qu'une dame d'honneur de la reine d'Angleterre, une veuve, se trouve enceinte du fait du prince de Galles; je vous prie, ma chère Louise, de me dire si c'est vrai ou non. Si la chose est vraie, je plains de tout mon cœur la princesse. Quoiqu'elle ne se soit jamais montrée jalouse , un pareil éclat, dans sa propre maison, ne peut lui convenir. Tous ces Anglais sont des cerveaux étranges, et je regretterais infiniment qu'il survînt quelque chose de désagréable à la princesse. On a bien raison de dire que des catins ne vient jamais rien de bon '.

ISdéœmbre 1716.

Ce bossu deFagon', favori de la vieille guenipe,

^ Von Huren hompt nie nickts gutts» Proverbe allemand que nous reproduisons avec Torlbograpbe de la ducbeise.

* Mort en 1 693 , à Tâge de quatre-vingts ans. 11 avait été nommé en 1672 premier médecin de Louis XIV.

286 CORREftMNIDANGB

dÎMit que ce qui lui déplaisait dans le christianisme, p'éiait de oe pouvoir élever à U Maiotenoii un toupie l^t \^^ ^tel ^ûj^ de l'adorer * •

24 déeembre il te.

Le roi était galant, mais souvent débauché ; tout lui était boa, ppurvfi que oe fussent des femmes ; paysanpes, ûlles de jardiniers % femmes de chambre, dames 4e qualité, pourvu qu'elle^ fissent seulem#pt semblant 4'être amopreuses de lui,

> Iten afttnt «a touto-putosanee ; elle avait des flatteurs. yii^oqqaM l» |4us «auaUqiye de l'éfioqae étxïY^t i « Je eais li « générosité de M^e Scarron, son honnêteté et ea vertu, et je « suis persuadé que la corruption de la cour ne la gâtera ja- « mais. 9 Lettre de Bussy à M^e de Sévigné , datée de Paris, Id décembre 1673, publiée par M. Lud. Lalanne, Biblipifièfue de V École des chartes, 3* série, t. IV, p. 157.

* Voir les Mémoires de Saint-Simon, t. ï, ch. xiv, les Aventures de d'AssouQy, t. II, etc., au sujet d'une jardinière, modeste mère 4ii premier et du oioins eiigeant des bâtards de Louis XIV. Benâerade se permit de reprocher au roi ses ardeurs fougueuses avec une franchise dont Louis ne lui sut pas mau- >raie gré ; le poète plaça les vers suivants dans le Ballet des PMiir$, dansé par Sa Majesté le 4« jour defebvrier 1656; ils 80jq[t ddngmés au roi représentant un débauché ;

Ifaif d*en luer comme cela, Et de courir par-ci par-là, S«ps vous arre«ter à quelqu'une, Que tout TOUS soit bon, tout égal, La blonde autant comme la brune; Àli i Sire, c'est un fort grand mal.

Vfir wmi La Beeuraelle, Mémoires pour servir à l'histoire de M^^ de Maintenon, 1755, t. I, p. 217. Citons aussi quelqaea lignes que nous empruntons à une curieuse dissertation de M. Paul Lacroix : Concordance de l'état sanitaire de Louis XIV aim hs 4v^emenls de son règne [Dissertation sur quelques points curietup dfi l'kistoire de Franee, n* Vi^ i tao}' « Louis XIV

t>fi MADAME LA DUCffiaiSC D*ORLÉANS. 287

2d déeeMbre ttl6«

Sans la vieille giiettîpé, le dnc de Berrt e^ êtë iioi^gti comme les autres jeunes princes à qui le duc de Beauvilliers avait fait porter des croix de fer... Le caractère du duc de Berri a changé tout d'un coup ; on dit qu'il lui est arrivé ce qui arrive à beaucoup d'enfants de Paris qui montrent beaucoup d'esprit dans leur jeunesse, et qui deviennent ensuite stiïpideè.

La vieille DèanraiSf I^hiière femniô de dbanAre de la reinennère, était dans le secret de son msiriaga avec le cardinal Mazarin ; cela obligeait la reirie à passer par tout ce que voulait cette feiniDê ^ ; de là eni

avait dans le sang une âcreté qui se révéla dès sa naissance par des gales et des érysipèles, sans (|ne les médecine pafyinssent à détmire ce principe d*éruption cutanée. C*étâil là eertfinéinenf une des causes organiques de son caractère orgoeilleoi, obstiné, despote , irritable ; c'était là aussi le foyer de ses amours. Il faut le dire, en demandant pardon de cette hypotbèse triviale aut datises et à la dignité de l'histoire , si Louis XIV lie fût pas venn au fiionde âoutert de gal^^ et a'ii n'eût pas tari le lait d'un nombre ir^ni de nourrices, il aurait imité an père qui tirait avec des pincettes un billet doux caché dans la gorge de Mme de Haufefortf et left noms de Mancini, de La tallièré, de Montespan, de Fontanges et de tant d'autres fi'éfefUenâènt ad'- CQn souvenir de galanterie et de libertinage. »

' « G'étoit une femme avec qui les plus grands ont longtemps compté, et qui, toute vieille, hideuse et borgnesse qu'elle était devenue, a, de temps en temps, continué de paraître à la eonr, en grand habit, comme une dame, et d'y être traitée avec distinction Jusqu'à sa mort. » (iVo^es du Journal de Danpeau* ) La reine l'aimait fort et ne l'appelait que Gataut ; elle ne manquait ni d'esprit^ ni d'expérience. Le marquis de Richelieu épousa par amour sa fille, et, à la recommandation de la reine-mère^ lo roi

venu que les premières femmes de chambre de ce pay&Hsi ont tant de droits dans nos appartements.

]3janvier 1717.

Un gentilhomme du Palatinat qui avait longtemps servi dans les Indes racontait que, dans une des cours de ce pays-là, le premier ministre et le garde des sceaux avaient l'un contre l'autre une haine effroyable ; un jour, ce dernier voulant se servir des sceaux , ne les trouva plus dans la cassette. Il fut saisi d'efiroî, car sa vie et sa tête étaient fort compromises. 11 alla trouver un ami qui lui était dévoué et lui demanda ce qu'il y avait à faire en cette circonstance. L'ami lui demanda s'il avait des ennemis à la cour : « Oui, répondit le garde des sceaux, le premier ministre est mon ennemi acharné. Tant mieux! dit l'ami; allez vite mettre le feu à votre maison , ne prenez que la cassette où sont renfermés les sceaux, remettez-la vite au premier ministre ; elle ne peut être déposée en meilleures mains. Retournez ensuite chez vous afin de sauver ce que vous pourrez. Quand l'incendie sera fini, allez chez le roi et priez-le d'ordonner au premier ministre de vous remettre les sceaux ; faites que la chose ait lieu en présence du roi ; si les sceaux se retrouvent dans la cassette, tout est au mieux ; s'ils n'y

loi donna la capitainerie de Saint-Germain [ Mémoires de Choisy ). On lit dans les Lellret de Gui*Patin : « La marquise de Richelieu est fille de Une de Beauvais, première femme de cbambre de la reine ; on dit que le père de cette madame de Bcauvais étoit un fripier de la halle; d'autres disent encore moins que fripier, mais seulement crocheteur » ( Lettre du 4 mal 1663, t. m, p. 433).

DE MADAME LA DUCHESSE D'oRLÉANS. 289

sont pas , prenez-vous en au minisire, accusez-le de les avoir volés; vous perdrez ainsi votre ennemi et vous recouvrez les sceaux. » C'est ce qui est aiTivé en effet, et les sceaux se sont retrouvés.

15 jan^er 1717.

Aussitôt qu'un enfant du roi vient au monde, il se nomme Enfant de France ; on l'emmaillotte et on lui met au cou le cordon (de l'ordre du Saint-Esprit) ; mais il n'est fait chevalier de l'ordre qu'après sa première conmiunion , et cela a lieu avec les cérémonies habituelles.

16 Janvier 1717.

H ne peut y avoir dans le monde entier de mains plus vilaines que les miennes. Le roi me l'a souvent reproché et m'a fait rire de bon cœur; comme je n'ai jamais de ma vie pu me vanter d'avoir quelque chose de joli, j'ai pris le parti de rire moi-même de ma laideur, et cela m'a réussi , car j'ai souvent trouvé des sujets de rire.

18 janvier 1717.

Le roi d'Espagne est un bon et paisible personnage; il parle peu et il aime extrêmement sa femme ; il lui

laisse tous les soucis et il ne se tracasse de rien Il

est dévot ; mais s'il ne l'était pas, il serait fort débauché, car il ne peut se passer de femmes ; voilà pourquoi il aime si fort toutes ses épouses. Ce bon roi n'est pas assez délicat pour faire des diflérences; pourvu qu'il ait une femme dans son lit, tout lui est bon.

25 janvier 1717.

Tant que le roi a été jeune, toutes les femmes ont

290 CORRBSMNDANGB

couni après lui; iHais il a renoncé à ce genre de yie ^and il a'esl imaginé qu'il était devenu dévot. Le véritable motif était que la vieille sorcière le surveillait si bien qu'il n'osait filus regarder personne *. Elle le

^ Léi libellisteà et les chansonniers continuèrent de prétendre que, dans sa vieillesse, le roi se livrait à la galanterie. Les recueils manuscrits renferment, sous la date de 17 10, une chanson ^ui a été reproduite dans le Nouveau Siècle de

CliaatoBf lef exploits Inoalf De notre invincible Louis, Qui, septuagénaire,

Eh bien !

S'srise encor de fûre.

Vous m*entendes bien .

Les malheurs de son petit-fils.

Nos pertes, fli set eheveoi gris, N^ont encor pu rabattre^

Eh bien !

tl est Tif comme quatre, Vous m^entendei bien*

Quoique dertna bisaieul.

Et près d'entrer au cercueil, U a fait à la nièce.

Eh bien 1 De sa vieille maîtresse, Vous oTentendez bien.

Ce trait, relatif à Mme de Caylus, est une calomnié stupide. Un sonnet de la même époque fait aussi atlusion aux prétendues amours du roi,

Ces<et done, ensemit, dMnsnHer ma personne : * Si vous me surpasses au métier de Belione, Je vous surpasse tous au métier de Vénus.

En 1696 on avait publié en Hollande les Amours de Louis le Grand et de mademoiselle du Tron, comédie satirique où Mme de Malntenon est vivement attaquée. Celte pièce, réimprimée plus tard avec des augmentations, a reparu dans les Mé-' langes de Boisjourdain, 1. 1, p. 74- 178.

dégoûta aussi de tout le monde pour TaToir et ie gouverner toute seule, et cela sous prétexte de prendre soin de son âme.

30 jaivier 1717.

J'ai entendu raconter qu'en Angleterre on regardait mon oncle, le feu prince Rupert', comme un grand sorcier, et un gros chien noir qui l'accompagnait pour le diable. Quand il vint à Tarmée et qu^ marcha à l'ennemi, de^ régiments ^ptieis «'enfuyaient devant lui à pause (Je pele^»

2 février m 7.

Quoique feu Monsieur ait beaucoup reçq de moi , j'ai été obligée de tout lui céder : bijoux, meubles, tar bleaux, enfin tout ce qui m'est venu de ma famille; je n'avais pas autrefois les moyens de vi^re selon mon rang et de soutenir ma maison, qui ei^ fort considé* rable... On m'a maltraitée; mais c'est un peu la faute de la princesse Palatine, qui a si mal fait dresser mon contrat de mariage

Toutes les madames ont des pensions du roi ; mm eomme elles sont établies sur Tancpen pied , cda ne donne pas les moyens d'arriver au bont de Tannée*

6 février 1717.

Des femmes de chancelier n*ont ici le tabouret que

^ Fils de Frédéric, électenr palatin, et d'Élisabetii, flUe ainée de Jacques I*'. Il défendit avec beaucoup de vigueur et de ta* lenf la cause de Charles I^, et mourut en 1682. Il s'occupa assidûment d'expériences de chimie et de physique, ainsi que de la pratique des arts mécaniques. On lui doit plositMirs inventions importantes.

le matin, lorsqu'elles viennent à la toilette; le soir, elles doivent se tenir debout ; cola vient de ce que, du temps de la reine Marie de Médicis, il y avait une chancelière qui était en grande faveur; mais elle avait de mauvaises jambes et ne pouvait se tenir debout; (a reine la faisait venir tous les matins et lui permettait de s'asseoir; depuis, cet usage s^est maintenu.

9 février 1717.

Le marquis de Villequier, fils du duc d'Aumont, fit il y a quelques jours une visite à la marquise de Nesle. 11 vint dans la tète de celle-ci de lui demander s'il était vrai qu'il était amoureux de sa femme. Villequier répondit : c Je n'en suis pas amoureux ; je la vois même fort peu ; nos humeurs diffèrent beaucoup : elle est sérieuse, et moi j'aime la gaieté et les plaisirs. Je l'aime d'une amitié fondée sur Testlme,, car c'est une des plus honnêtes femmes de France. :» Madame de Nesle à laquelle on ne peut donner pareils éloges, crut que le marquis voulait lui faire un affront, et s'en {daignit à M. le Duc, qui lui promit de la venger. Quelques jours après, il invita le jeune Villequier à dîner chez le marquis de Nesle même ; il y avait , outre madame de Nesle, le marquis de Gèvrcs *, madame

^ Le marqais de Gèvres a dû une célébrité fâcheuse à rétrange procès que lui intenta sa femme, pour cause dHmpuissance, procès dont les pièces recueillies à Rotterdam , en 17 U, remplis^ sent deux volumes formés de neuf cents pages. Il avait épousé Mile Maserani> fille d'un maître des requêtes, extrêmement riche. Saint-Simon parle de ce procès qui amusa tout Paris, t. XIX, p. 74, t. XXI, p. 136. Le père du marquis, le duc de Gèvres, renchérissait sur le laisser-aller de l'époque en fait d'ortho-

de Goligny et d'autres. Pendant le dîner, M. le Duc commença tout à coup à dire ainsi : < Bien des gens croient être à couvert du cocuage, mais c'est une erreur. J'ai cru me mettre à l'abri, en épousant un monstre : cela ne m'a servi de rien , car un vilain Du Ghallar, plu| laid que moi, me fait cocu. Pour le marquis de Gèvres, il ne le deviendra point, parce qu'étant impuissant, il ne saurait se marier; mais vous (à M. de Nesle), vous l'êtes de tel et tel, etc. » Nesle, qui ne le croyait pas, quoique cela soit très-vrai , se mit à rire de tout son cœur; puis, s'adressant à Villequier, il lui demanda : « Et vous, ne croyez-vous pas l'être, Villequier? » Celui-ci se tut. M. le Duc continua : « Vous Têtes du chevalier de Pesay. » Villequier rougit ; cependant il dit : « J'avoue que, jusqu'à présent, je n'ai pas cru Têtre, mais, puisque vous me mettez en si bonne compagnie, je n'ose m'en fâcher. » Je trouvai que madame de Nesle n'avait pas été bien vengée.

13 février 17i7.

Mon fils était si content de commander une armée, que tout lui a plu en Espagne; de là est venue la haine que la princesse des Ursins lui porte; car elle

graphe, ainsi que le montre un billet écrit de sa main, et que M. Peignot a fidèlement reproduit (Documents et détails sur les dépenses de Louis XIV, 1827, p. 44) : « Monsieur me trouvant oblije de randre unne bonne party de largan que mais anfant ont pris de peuls qu'il sont an campane cela moblije a vous suplier très bumblemant de me faire la grâce de commander Monsieur quant il vous plera que l'on me pay la capitcnery de Housaux vous asseurant que vous moblije res fort sans! blement. »

394 GOaRESPOMDAMCE

s'est figuré que mon fils empiéteraU sur son autorité et qu'il gagnerait plutôt qu'elle la confiance des Espa* gnols.

Le baron Gœrz a voulu ici tromper mon fils; mais mon fils. ne s'est point fié à lui et ne lui a pas permis d'acheter un seul navire, de sorte que les espérances du baron * se sont dissipées.

15 février 1717.

Quand mon fils n'avait que quatorze ou quinze ans, il n'était pas laid ; mais depuis, le soleil d'Italie et d'Espagne l'a si fort bruni , que son teint est devenu d'un rouge foncé. Il n'est pas grand et cependant il est gros ; ses mauvais yeux font qu'il louche parfois, et il a une mauvaise démarche. Je Tainie du fond de mon âme, mais je ne puis comprendre que des femmes soient éprises de lui, car il n'a nullement les manières de la galanterie, et il n'est pas disert.

22 février 1717.

J'ai été obligée de céder mes joyaux à mon fils, autrement je n'aurais pas eu assez pour vivre selon mon rang et entretenir ma maison, qui est fort grande, et, à mon avis, c'est une chose plus recomipandable que d'être parée de pierreries Lorsqu'on dresse le contrat de mariage, selon la coutume de Paris, tout est en commun ; mais le mari est mattre de la communauté. On ne compte que ce que l'on a apporté dans l'avoir conjugal.

Lorsqu'on se flattait que je gagnerais mon procès à

^ U éUUt venu eo France pour eervir les intéréli du prétendant.

DE MADAMB LÀ DUCHESSE d'ORLÉANS. SOft

Rome et que je recevrais de Pargeaty la vieille nie fil dire, au nom du roi , que je devraicf m'engager, si je gagnais mon procès, à donner aussitôt à mon fils la moitié de ma fortuqe, et que, si je ne iie faisais pas, je devais m'attendre à la disgrâce du roi ; je nie mis à rire et je dis que je ne savais pas pourquoi Ton me fair sait des menaces, que je n'avais nul autre héritier que mon fils-, qu'il était convenable, s'il me survenait quelque bien, qu'il attendît ma mort pour en avoir la propriété, et que le roi était trop juste pour m'en vouloir si je ne faisais que ce qui était équitable et convenable. Là-4es8U8 vint la nouvelle que j'avais perdu mon proeès, ce qui, pour les motifs que je viens de dire, ne me chagrina pas.

23 février 1717.

La guenipe cachait au roi tout ce qui pouvait le chagriner dans les affaires étrangères ou dans les événements du royaume, mais elle l'a tourmenté continuellement avec la constitution * et avec les bâtards qu'elle a toujours voulu^ élever plus haut que le roi même ne l'aurait désiré ; elle l'a tourmenté aussi par suite de sa haine contre moi et contre mon fils ; mais quant à Itd, il ne nous haïssait pas.

.4 n^ar» 1717«

La reine d'Angleterre (veuve de Ckarks f^) avait contracté un mariage clandestin en épousant son che-

* La consU^ution Unigenitus, rendue par Cléaiept X1^ et <|ui condamne cent une propositions extraites àe& Réflexions morales dtt pèr« Quesnel; l'acceptation de la bulle du pape donna lieu en Fjranca k 4e lonst <t vifi débats fort onbUéa au|om4'liui.

valier d^hoimeiir, qui la traitait fort mal. Tandis que cette pauvre reine n'avait ni bois ni nourriture, il avait dans son appartement un grand feu et il donnait de grands repas. Il s'appelait mylord Jermyn , comte de Saint-Âlbans; il n*adressait pas une seule bonne pa* rôle à la reine.

13 mars 1717.

Du temps d'Henri IV» les bâtards de ce roi avaient le pas sur tous les princes de la maison de Lorraine; mais, le lendemain de la mort du roi, le duc de Yerneuil, voulant passer devant le duc de Guise, celui-ci le prit par le bras et lui dit : « Cela était bon hier, mais cela ne vaut rien aujourd'hui. :» II le tira en arrière et passa devant lui.

19 mars 1717.

Je suis irritée lorsque je songe combien on a mal parlé du feu roi, et combien Sa Majesté a été peu regrettée de tous ceux à qui elle avait fait le plus de bien.

23 mars 1717,

Mon fils a bien recompensé son abbé Dubois; illui a donné la charge de secrétaire du cabinet du roi, qu'avait feu M. de Caillières et qui rapporte 22,000 livres de revenu ; il lui a aussi donné une place dans le conseil de régence pour les affaires étrangères.

31 mars 1717.

Le duc de Berri était au commencement passionné l)our sa femme ; celle-ci, qui était adroite, s*aperçut de son inlrigue et déclara à son mari que s'U voulait con-

tinuer à vivre avec elle de bonne amitié et comme ils avaient fait d'abord, elle le laisserait se conduire à sa guise et qu'elle ferait comme si elle ne se doutait de rien ; autrement elle irait se plaindreau roi, et la personne serait chassée si loin , que de sa vie il ne la re* verrait ni n'en entendrait parler. Il a parfaitement vécu avec elle jusqu'à sa mort, lui a laissé faire toutes ses volontés, et il est décédé épris de la femme de chambre. Un an avant sa mort, il l'avait mariée, mais avec la condition que son mari n'aurait aucun rapport avec elle. Il l'a laissée enceinte, ainsi que sa femme ; toutes deux sont accouchées après sa mort; M"'* de Berry, qui n'était pas du tout jalouse, a pris soin de la mère et de l'enfant.

14 mai 1717.

J'ai reçu aujourd'hui une grande visite, celle de mon héros, le Czar. Je lui trouve de très-bonnes manières, en prenant cette expression dans le sens de celles d'une personne sans façon et nullement affectée. II a beaucoup de jugement ; il parle un mauvais allemand ,. mais il se fait cependant comprendre sans peine et il cause très-bien. Il est poli à l'égard de tout le monde et il est fort aimé \

1 On trouve des détails sur le séjour du Ciar à Paris, dans Saint-SimoD, t. XXVIII, p. 137, dans les Mémoires de la Régence (par le chevalier de Piossens, 1737, 1. 1, p. 318) et dans les Mémoires de Louville, t. II, p. 341, qui met en latin le récit d'une des prouesses de ce monarque. Ce qu'il buvait et mangeait était inconcevable, au dire de Saint-Simon. Sa conduite fut loin d'être toujours exempte de reproches. Voir aussi les Nouveaux Essais sur Paris, par Coudray, 1. 111, p. 353.

ITonai 1717.

M™« d'Orléans serait la plus fausse de toutes les personnes du monde, s'il n'y avait pas sa fille, W^^ de Valois; celle-ci est pire encore. Je trouve affreux de trouver une fausseté aussi hoirible dans une personne aussi jeune... M"« de Valois ne se soucie pas de moi et ne peut me souffrir.

21 mai 1717.

La grande princesse de Gonti est, de toutes ses filles du côté gauche, celle que le roi a le plus aimée.

aO mai 1717.

Le mariage de l'électeur de Bavière avec la princesse polonaise montre bien que l'on ne peut échapper à sa destinée; ce n'était pas du tout une union convenable pour ce prince. On m'a raconté qu'on l'avait embarqué et marié sans que lui-même le sût; ses conseillers avaient été gagnés avec de l'argent, et ils ont si bien poussé la chose qu'elle s'est trouvée faite sans qu'il s*en doutât pour ainsi dire.

i«^jum 1717.

Ifine de Ventadour est devenue ma dame d'honneur il y a au moins seize ans, et elle m'a quittée deux ans après la mort de Monsieur; c'était un tour que me jouait la vieille guenipe pour me faire enrager, parce qu'elle savait que j'aimais cette dame; elle est bonne et agréable, mais ce n'est pas la femme la plus adroite du monde. La vieille l'avait tracassée comme un diable ; elle a employé feu ]tt°^® de Soubise, qui était une

adroite scMrcière, et dont le fils avait épousé la fille de Mme de Ventadour ', pour déterminer, à force de menaces et de promesses, la pauvre femme à faire ce qu'on voulait d^elle. Pour la récompenser, on Ta nommée gouvernante.

La reine de Sicile me demandait une fois si je ne me promenais plus avec le roi, comme de son temps. Je lui répondis par ces vers :

Cet lieurcax temps n*e8t plas ; tout a ehan^é de faee Depuis que dans ces lieux les dieux ont amené ta fille de Slinos et de fasiphaé ^.

Le Torcy porta cela à la guenipe comme si je parlais d'elle, et au fait c'était la vérité; le roi me bouda longtemps pour cet objet.

^ Gharlotte-Ëléonore-Madelaine de La Motte-Houdancourt, dueUesse de Ventadonr.

* Hercule-Mériadec de Roban, prince de Soubise , marié en 1694 avec Anne-Geneviève de Levis-Ventadour. Les recueils manuscrits n^épargnent pas toujours cette dame. Nous trouvons ees vers à la date de 1697 :

Rohan parait fort tranquille De sa femme, et ne dit rien; Je connais certain blondin, Qui Ta disant par la yllle, (2a*on a beau la tant garder^ Qu'elle n*est que plus facile.

Dans un couplet de 1699 elle s'exprime elle-même; et ce couplet, c'est elle qui l'aurait fait, s'il fallait s'en rapporter à une note da temps :

Si j'aime Tamour et le vin.

De quoi va-t-on se mettre en peine ?... Se pent-il qu'on ait oublié Comme j'en usois étant fille ?

Tout le monde l'a publié ; l'ai les vertus de ma famille.

lOjainnil.

J'aime les gens sérieux; la pauvre dauphine de Bavière m'envoyait tous les jeunes étourdis parce qu'elle savait combien ce caractère me déplaisait, et elle riait ensuite aux larmes de mon air chagrin.

11 juia 1717.

J'ai été bien aise quand feu Monsieur, après la naissance de sa fille, a fait lit à part, car je n'ai jamais aimé le métier de faire des enfants. Lorsque Son Altesse me fit cette proposition, je lui répondis : « Oui, de bon cœur, monsieur ; j'en serai très-contente pourvu que vous ne me haïssiez pas et que vous continuiez à avoir un peu de bonté pour moi. » Il me le promit, et nous fûmes tous deux très-contents l'un de l'autre.

C'était aussi fort ennuyeux que de dormir auprès de Monsieur ; il ne pouvait souffrir qu'on le troublât durant son sommeil ; il fallait donc que je me tinsse sur le bord du lit, au point que parfois je suis tombée comme un sac. Je fus donc fort contente lorsque Monsieur, de bonne amitié et sans aigreur, me proposa de coucher chacun dans son appartement séparé.

Je n'ai eu que cent louis d'argent pour le jeu jusqu'à la mort de ma mère. Lorsque feu Monsieur a reçu l'argent du Palatinat, il m'en a donné le double.

11 juin 1717.

Deux jeunes duchesses ne pouvaient voir d'assez près leurs amants, et elles se sont avisées d'un tour original. Ce sont deux sœurs, et elles ont été élevées dans un couvent à quelques lieues de Paris. Une reli-

DE MADAMfi LA Ot3GHËSSE D*ORLÉANS. 301

gieuse vint à mourir dans ce couvent; les dames (Hrétendirent qu'elles étaient très -affligées, et qu'elles avaient eu beaucoup d'attachement pour la défunte ; elles demandèrent permission de lui rendre les derniers honneurs et d'assister à ses funérailles, ce qui leur fut accordé avec de grands éloges pour leur bon naturel. Lorsqu'elles vinrent au couvent, il se trouva pour la cérémonie funèbre deux prêtres étrangers que personne ne connaissait. On leur demanda qui ils étaient; ils répondirent qu'ils étaient de pauvres ecclésiastiques qui avaient besoin de protection, et comme ils savaient que deux duchesses devaient venir à l'occasion de l'enterrement, ils s'étaient rendus afin de solliciter leur patronage. Les duchesses dirent qu'elles voulaient les interroger, et qu'ils pouvaient, après la cérémonie, venir les trouver dans leur chambre. Les jeunes prêtres s'y rendirent et ils restèrent avec les dames jusqu'au soir. L'abbesse trouva l'audience trop longue, et fit dire aux jeunes prêtres de s'en aller; l'un résista et se mit en colère, l'autre ne fit qu'en rire. Ce dernier était le duc de Richelieu, l'autre le chevalier de Guéménée, fils cadet du duc de ce nom. Ce sont ces cavaliers qui ont eux-mêmes raconté cette aventure.

13 Juin 1717.

M. le Prince (de Conti) est amoureux de la Polignac et elle l'est de M. le Duc {de Bourbon)^ qui ne peut pas encore oublier M"*° de Nesle, quoiqu'elle lui ait donné son congé et qu'elle ait pris à sa place ce grand veau, le prince de Soubise. On prétend que celui-ci dit :

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