‹ Correspondance complète de Madame duchesse d'Orleans née Princesse Palatine, mère du regent; (volume 3)Chapitre 12 sur 32 · A M. LE MARÉCHAL DE SOAILLF.S · texte numérisé non relu

A M. LE MARÉCHAL DE SOAILLF.S

Versailles, ce 13 juin IG85.

Avant mesme que d'avoir rcceuc voslre lettre du G de ce mois qu'on m'a donnés hier au soir, mon bon duc, je me suis flattée' que vous séries fâches quand vous aprendries ma juste doulleur, elle est aussi forte quejenay de sujet, je croi que c'est asses vous en dire pour vous en faire comprendre toutte son estendûe,

* Marie-Louise, fllle du premier lit de Philippe, duc d'Orléans, et belle- Qlle de Madame. Elle avait épousé, en JGT9, Charles II.

1 Celte lettre se trouve en autographe à la bibliothèque du Louvre, vo). F, n" 335 (Lettres de Louis XIV et des prince* au maréchal de Nmiitles, p. 8î). Nous la reproduirons avec toutes ses Incorrect! MU d'orthographe.

mais si quelque chose peust adoucir ma peine, cest assurément de voir si mes amies s'y intéressent et particullïèrement ceux que j'estime aussi parfaitement que vous, mon bon duc, je ne vous donneras jamais occasion de changer de sentiments pour moy, et jevous prie d'estre persuades que vous ores en moy tant que je viveray une^par mon malheur très inutille) mais pourtant très sûre et véritable amie.

Je souhaitte que les eaux de Bourbon vous facent du bien et que nous vous revoyons bien test en parfaille santé icy.

A MADAME DE HABLIKG.

IS noicmbro 1(187.

J'ai reçu votre lettre du 27 octobre ; elle m'a fait grand plaisir, car elle m'a prouve que votre santé était meilleure ; j'en étais grandement en peine, et, après tous les soins que vous avez eus pour moi durant mon enfance, après toutes les preuves d'amitié dont vous m'avez comblées, il est bien naturel que je vous chérisse de tout mon cœur et que je m'intéresse extrêmement à tout ce qui vous regarde. On ne peut pas dire qu'on a été inutile en ce monde lorsqu'on a fait tout le bien que ma chère demoiselle Uffel a fait; il faut alors désirer de vivre et de ne pas affliger ses bons amis en mourant. Pourquoi auriez-vous de la répugnance pour la vie? Avec la résignation que vous avez dans la volonté de Dieu , aucun grand malheur ne saurait vous atteindre, et il vaut encore bien mieux vivre que mofrir. On ne va que trop tôt t'ans l'autre

\P COnRESMIMDÀNCE

monde. Vous vous réjouirez avec moi de ce que mon fils, grâce à Dieu, est revenu en parfaite santé; Dieu a fait pour lui un miracle en le tirant sain et sauf de la bataille '. Je m'étonne que Son Altesse l'électeur ne soit pas encore chez lui, lorsque le roi Guillaume est déjà en Angleterre; la duchesse douairière sera maintenant convenablement à Hanovre; il me semble que notre oncle ne fait pas grand honneur à la maison en restant à la chasse, tandis que cette duchesse arrive. Je désire que vous puissiez bientôt faire librement usage de vos pieds et de vos mains, et vous trouver en parfaite santé, afin d'en jouir longtemps avec plaisir. Je n'ai eu aucune peine à lire votre lettre. On ne me fait maintenant ni bien ni mal ; Dieu veuille que cela puisse rester ainsi ; je serais alors bientôt en pais. J'adresse à monsieur Harling mes félicitations au sujet de son neveu ; de tout coté on m'en fait des compliments. 11 n'est de retour ici que depuis sept jours el en parfaite santé; mon fils et ses gens ne peuvent assez le louer au sujet de la façon dont il s'est conduit pendant la bataille. J'ai vivement demandé qu'il fût avancé dans son régiment, mais la protection de madame de Haintenon et sa recommandation ont plus de poids que la mienne; j'espère qu'une autre fois nous serons plus heureux ■•

< De Stelnkerque. .

1 Le volume, publié eu 1791, donne, peu après cette lettre, l'extrait d'une autre, sans Jute, dans laquelle la duchesse raconte une anecdote concernant une demoiselle de la cour de Brunswick. Étant à la table du duc, elle se mit a soupirer.au point d'attirer l'attention de tous les assistants-^» lui demanda

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