A M. LE MARÉCHAL DE NO AILLES
Parti, ce mercredy If Juin 1003.
En arrivant de Saint-Clou icy, j'ay apris la coiiqueste que vous venes de faire de Rose, mon bon duc, dmt j'ay esté ravie pour l'amour de vous, je vous asscure, et sachez m'en bon gré, car en vérité, il faut que vous soyez, auttant de mes amis que vous en estes, pour que je puisse me réjouir (en l'humeur où je suis de l'orible cruauté qu'on a faite en dernier lieu ft Heijdelberg) de. ce qui vous est arrivé et y prendre part, car je frémis encore quand j'y songe. N'en parlons plus, je vous diray seulement, mon bon duc, que qu'en quelque estât que je puisse estre, je m'inléresserésàtout ce qui vous regarde, car je vous estime fort et ay beaucoup d'amitié pour vous, je vous prie d'en estre persuadés.
A LA COUTESSE LOUISE.
Versailles, 6 aura 1096.
le ne vois pas pourquoi il faut aux gens tant de costumes divers ; mes seuls vêtements à moi sont le grand habit et un costume de chasse quand je monte à cheval ; je n'en ai point d'autre ; je n'ai de ma vie porté ni robe de chambre, ni manteau, et je n'ai dans ma garde-robe qu'une seule robe déduit pour me lever et pour me mettre au lit.
Le roi Jacques d'Angleterre n'a pas voulu que nous prissions le deuil de sa fille '; il a vivement insisté
1 Volume ei-desauB indiqué, fol. B8.
* Marie, fille de Jacoues 11 et femme du prince d'Orange,
14 CORRBSPONDANCB
pour, qu'on n'en fil rien; il n'a pas du tout été ému de cette mort, ce qui m'a étonnée, car je pense que l'on ne peut oublier ses enfants, quels que soient les torts que l'on ait à leur reprocher; le sang doit toujours conserver sa force. D'après le portrait qu'on m'avait fait du prince Guillaume, je n'aurais pas cru qu'il eût été aussi attaché à sa femme ; je lui en sais bon gré.
le suis bien aise d'apprendre que Charles Maurice m'aime, quoiqu'il ne m'ait jamais vue : c'est l'effet du sang; il n'est pas étonnant que je l'aime, car je l'ai vu venir au monde, et d'ailleurs, j'ai conservé un tel respect pour Son Altesse, notre père \ que j'aime tous ceux qui sont ses enfants. Je désire que Charles Maurice soit bientôt colonel. On meurt quand vient le moment marqué, Maurice ne vivra pas au delà de l'époque que lui assigne sa destinée, qu'il soit à la cour ou à la guerre. 11 faut qu'il suive son penchant, car tout ce que l'on fait par goût, on le fait bien mieux que lorsqu'on cède à la contrainte.
A LA COMTESSE PALATINE LOUISE'
14 mal (605,
Nous avons ici un comte de Nassau, qui est un très- Guillaume III; elle prit une part active à la révolution qui détrôna son père, et elle occupa sa place.
1 C'est l'expression dont se sert toujours la prine«Bse:/. G.ntf ter tater. Elle ne désigna Jamais sa mère, ton mari, ta Bile et jusqu'aux moindres de «es cousins, sans mettre leurs litres audevant de leur nom. Nous avons cru devoir supprimer ces répétitions continuelles ; Il suffit d'en prévenir une fois.
1 Les lettre» suivantes sont de même adressera à celte sœui
DE MADAME LA DUCHESSE b'OBLÉANS. 15
brave homme et fort estimé ; il a un diplôme de l'empereur, qui l'autoriserait a prendre le titre de prince; mais il n'en fait point usage, ce que je trouve fort bien. La danse est maintenant passée de mode-fNtlout. Ici, en France, aussitôt qu'où est réuni, on ne fait rien que jouer au lansquenet; c'est le jeu qui est le plus en vogue, mais les jeunes gens ne veulent plus danser. Pour moi, je ne fais ni l'un ni l'autre. Je suis beaucoup trop vieille pour danser, et je ne l'ai pas fait depuis la mort de notre père. Je ne joue jamais, pour deux très-bonnes raisons: la première, c'est que je n'ai jias d'argent ; la seconde , c'est que je n'aime pas le jeu. On joue ici des sommes effrayantes , et les joueurs sont comme des insensés; l'un hurle, l'autre frappe si fort la table du poing que toute la salle en retentit; te troisième blasphème d'une façon qui fait dresser les cheveux sur la tête ; tous paraissent hors d'eux-mêmes et sont effrayants à voir.
il JallM înos.
Je vous prie de saluer de ma part tous uos vieux aniis du Palatinat ; je maudis aujourd'hui la guerre plus que jamais; mon pauvre Ois, qui a été si gravement malade et qui prend encore du quinquina, s'est trouvé à une affaire où le maréchal de Villeroi est tombé sur l'arrière-garde du prince de Vaudemont et a mis quatre bataillons en déroute. Si mon fils a eu le bonheur de ne recevoir aucune blessure, je tremble