‹ Correspondance complète de Madame duchesse d'Orleans née Princesse Palatine, mère du regent; (volume 3)Chapitre 17 sur 32 · CORRESPONDANTE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANTE

que la fatigue ne lui rende la lièvre. Une bonne paix serait bien à désirer.

13 juillet 1605.

1 Madame de Savoie ' m'a écrit beaucoup de bien de mon cousin le landgrave; elle dit qu'il est actif et qu'il a fort bonne mine , et qu'il lui a dit qu'il serait charmé de me voir. Je vous prie:, ma chère Louise, si vous voyez ce prince, de lui esprimer combien je regrette que la guerre ne nous permette pas de nous trouver ensemble. L'histoire du prince Charles de Brandebourg ' est quelque chose de fort étrange ; j'ai été la première a mander à ma tante cette nouvelle que notre duchesse de Savoie m'avait écrite en détail. On m'a annoncé que Casai s'était rendu ; en tout cas, cela aura sans doute lieu bientôt ; je ne sais ce qui se passe à Namur.

Fontainebleau, 3T (cplembre 1095.

Ma tante m'a écrit de drôles d'histoires au sujet de

l'ubbcsse d'Hervord. Nous avons ici un Courlandais

qui sert dans l'armée et qui prétend être terriblement

bien dans les bonnes grâces de cette abbesse ; il m'a

' Anne-Marie , fille de Philippe d'Orléans et belle-fille de Madame, mariée au duc de Savoie.

* Charles -Philippe, fils de l'électeur Frédéric-Guillaume, s'éprit a Tarin de la belle comtesse de Solmeur, et l'épousa en secret. Son frère, le roi de Prusse, Frédéric 1", la fit enlever de force; dans cette circonstance, Charles se battit héroïquement et fuOileBsë. Peu de temps après, H mourut de chagrin. La comtesse parvint a s'enfuir du couvent où clic avait été mise et épousa le maréchal saxon, comte de Wockerhiixlb.

montré des lettres d'elle, qui prouvent qu'elle s'intéresse, en effet, beaucoup à lui : il se nomme Ainbollcn ; elle me l'a également fort recommandé par l'entremise de M™* de Plattcr. C'est un jeune homme de vingt ans, qui n'est point laid ni mal fait, mais qui me semble fort peu agréable. 11 a de l'esprit et il écrit bien, mais il parait avoir trop d'amour-propre. Elle voudrait volontiers l'avoir près d'elle, mais il ne s'en soucie pas. Ici on ne fait pas autre chose que des chansons contre tout le monde ; le roi lui-même n'est pas épargné ; mais celui contre lequel on se déchaîne le plus, c'est le pauvre duc de Villeroi ■ ; il n'y a pas de jour qu'il ne surgisse quelque nouveau couplet contre lui.

1 Ce personnage Joua malheureusement un grand rôle vers la un du règne de Louis XIV. Saint-Simon, qui ne l'aimait pas, a crayonné son portrait à sa manière; rapportons-en les principaux traits : * Le maréchal do Villeroi était un grand homme,

• bien fait, fort, vigoureux. Quinze à seize heures a cheval ne

• lui étolent rien, les veilles pas davantage. Toute sa vie nourri

• et vivant dans le grand monde j magnifique en tout, fuit

• noble en set manières, homme fait exprès pour présider à un

• bal ou pour être Juge d'un carrousel. Brave de sa personne,

• mais sans capacité militaire. » 11 mourut en 1730. Les liémoires du temps et M"" de Sévigné ne le désignent que sous les noms do charmant, de fastueux. La Bcaumelle lui attribue te mot bien connu : A-t-on mis de l'or dans mes poches? que Voltaire revendique pour un financier. Il fut le héros de beaucoup d'aventures galantes, et la bonne opinion qu'il avait de lui faisait dire qu'il n'avait Jamais trouvé do cruelles. On peut voir, dans les Mémoires de Maurepas (1, 23S), comme le duc de Roquelaure, dont 11 avait séduit In femme, voulut user de réciprocité. La surprise de Crémone, où il demeura prisonnier dea Autrichiens, fit pleuvoir de plus belle sur lui une grêle de couplets moqueurs. Nous en donnerons quelques échantillons.

Les recueils manuscrits do chansons renfermant contre ce gé-

COKHF.SmNnANCF,

S Oclohrc 1C0S.

Francfort est maintenant, à ce que je vois, le rendez-vous de tous les princes allemands, et la maison de la comtesse de Hohenlohe est le rendez-vous du

Grand général en peinture, Irait au feu comme nu bal,

Mais ce fiil siivliiiil après In si -r|irïse da Crémone, où Villerol resla jirisuiiuiur du prince Eugène que la verve dit loua 1rs rimeurs se déclinina. On remplirai! une Foute de na^M de ce qui lireula en ce genre.

Oui

je liens la eboae c

erl.iiie,

Eugène est un grjuui ci

itaiiiu,

lit do coups des p

Ali

que de grâce on d

it lui rend

Pu

r Villaroi qu'il noua

a pria.

El

•-riam* qu'il n'a p

Non, Ville roi n'eil poil

blâmable

Et

Qu

«al lait prendre à il

pairie ;

De

uu«ec toute l'IUtlia

beau monde. J'ai un portrait de la troisième femme du comte palatin Charles, fait lorsqu'elle était encore margrave de Brandebourg. Elle n'y paraît pas jolie, et si elle n'a pas embelli depuis, il ne faut pas qu'elle se

En triomphe

on l'y mène.

Uaurécnal

de Vill.roi

Eit prisuoni

«dam Vienne,

tôt pour notre g.

Puurquoi faut-il, grand genrre

Qu'en prisai!

Yuu* qui n'a

ici poinl fait de a

Auifoudi

prince Eagène T

La perte d'ut

! combat naral

1 tait Tuurvi

BoutBert, nu

[ Namur laissa pi

En eut de«en

u doc et pair;

A quel! hem

■eue doit donc p..

Eugène va exprès prendre Crémone- r

Petit Soiwoni, tout laite* l'habile tu

20 CORRESPONDAfiCK

vante de sa beauté. Il me semble qu'au lieu de dé-' penser de l'argent en divertissements de carnaval, l'électeur palatin ferait bien mieux de secourir les pauvres habitants du Palatinat qui sont dans tine ex-

Voici lu Frar.piia qui \'l-

Il croyoit noua remplir d'eit

En nous cnleiant VOIcrai,

Qui Ruaitlj perdit ]■ France N'ajiol point tu prendre Tori Il vient pour Toir prendre Moi

DE MADAME LA DUCHESSE d'ûKLÉASS. 21

(rème misère; cela lui ferait plus d'honneur devant Dieu et devant le monde.

Versailles, 1 1 décembre tCÎ)5.

Je regarde comme un grand éloge qu'on dise de moi que j'ai le coeur allemand, et que j'aime ma pa-

— Demudei-lei k Vdleroi, 11 eu i perdu plus que mol.

Ce qu'on ni à Crémone!

Ce gépéral, de bonne foi.

-epdre la belle Hélène.

La Harpe, dans ton Court de Littérature, donne comme modèle du genre le refrain que chantaient les soldais français :

23 ConnMNWnUNCB

trie; je m'efforcerai, avec la grâce de Dieu, de monter cet éloge jusqu'à mon dernier jour. J'ai encore le cœur allemand, car je ne peux me consoler de ce qui se passe dans le malheureux Palatinat; je ne peux y penser, aussi je suis triste toute la journée. Samedi prochain, je reviens à regret à Paris, que je trouve très-désagréable.

Il n'y a rien au monde de plus malheureux que le sort d'une reine en Espagne; je le sais par la feue reine, ^ui'm'a décrit jour par jour l'existence qu'elle y menait. En Portugal, c'est encore pire, et cela mon- Ire bien la vérité du proverbe qui dit que tout ce qui reluit n'est pas or.

Versatiles, 8 mars 1696.

Notre duchesse de Hanovre ne peut assez m' exprimer combien sa fille est heureuse à Modène ; Dieu veuille que cela dure. Je sonderai le roi, dès que je trouverai un moment favorable, pour savoir s'il consent à ce que vous ayez la jouissance de vos biens dans le Palatinat, et je vous ferai savoir sa réponse. Rien ne pourrait me faire plus de plaisir que de vous rendre service ainsi qu'à votre sœur, mais je crains que le roi ne refuse l'autorisation nécessaire, parce que notre frère Charles Maurice est au service de Brandebourg; mais je ne lui parlerai que de voub et d'Amélie.

Vemllie*. 36 m*ra 1GM. !

J'étais trop âgée quand je vins en France pour changer de caractère; la base était jetée, il n'y a rien là de surprenant; mais je serais inexcusable si j'étais

m MADAME LA mTHKSSK nWflANS. SI

fattsse et si je n'aimais pas les personnes pour lesqnellea je dois avoir de l'attachement. Vous avez ™-> «on de croire que j'écris comme je parle ; je suis trop franche pour écrire autrement quo je ne pense. La bonne duchesse de Guise, cousine du roi et de Mon* sieur, est morte ici il y a cinq jours. J'en ai clé fort affligée; c'était une digne et pieuse femme; notis dînions chaque jour ensemble, il n'y avait qu'une anllchambre entre ma chambre et son cabinet. Elle a conservé toute sa tète jusqu'au dernier moment, et elle est morte tranquille et sans regreti

Versailles 13 mni 1GSC.

Depuis que je ne vous ai écrit, j'ai été obligée d'aller passer douze jours à Paris, ce qui, selon l'usage, m'a fait bien du mat, car l'air de «et te ville est intolérable pour moi; j'en suis revenue avec h fièvre. Ma . Allé est maintenant, grâce à Dieu, en parfaite santé; elle est assez grande, car elle a la moitié de la tête de plus que moi, et elle est bien faite; elle a vraiment bonne mine, ce qu'on ne peut pas dire démon (lis qui est petit, quoiqu'ilne soit pas mal bâti. J'ai trouvé un autre peintre, dp sorte que j'espère, avec le temps, vous envoyer nos trois portraits.

Siiiiil-Cîoui], [ 1 Jllln iCDG.

Si je n'avais déjà appris par ma tante que vous alliez en Hollande, j'aurais été tout étonnée de recevoir de vous une lettre datée de La Haye. Ma santé est maintenant assez bonne ; j'ai, selon mon usage, chassé la fièvre en allant à lii chasse. J'ai eu la satisfaction

de pouvoir rendre service à quelques-uns des prisonniers qui ont été conduits dans ce pays. Je ne puis pas grand'chose, mais je n'épargnerai rien pour être utile à des compatriotes qui auraient besoin de moi. Je me souviens parfaitement de La Haye, et je trouve cette ville fort agréable; mais l'air n'y est pas aussi bon que dans le Palatinat, et tout est devenu bien cher en Hollande. Le roi Guillaume n'est plus à Loo, mais à la télé de son armée ; Dieu veuille qu'il n'y ait pas de bataille, car je ne puis y penser sans trembler à cause de mon fils. Le sort des bons habitants du Palatinat me désole, mais je ne puis rien empêcher. Unissonsnous tous pour faire des vœux pour la pais, car elle est bien nécessaire ' .

Versailles. îî janvier 1G97.

Il est déplorable que les prêtres fassent que les chrétiens soient tellement divisés entre eux. Les trois religions chrétiennes n'en formeraient qu'une seule si l'on suivait mon avis; on ne s'informerait pas de ce que croient les gens, mais s'ils vivent conformément à l'Évangile, et on prêcherait contre ceux qui mènent une mauvaise conduite. Ou laisserait les chrétiens se

■ la pal* hit conclue à Ryswick cette année, et donna lien

1 divers couplets que noue trouvons dans les recueils manuscrits, En voici un eiemple :

On dit parmi qw 11 pt.il

Ne se conclura jaitlti», ■ r

On dil que pur complaisance! '"' '-

marier entre eux et aller à l'église où ils voudraient, sans y trouver à redire; il y aurait alors plus d'harmonie qu'il n'y en a à présent. Je fais tant de cas du roi Guillaume, que j'aimerais mieux l'avoir pour gendre que l'empereur d'Allemagne. Je puis dire avec vérité de ma fille qu'elle n'a aucune pensée de coquetterie ni de galanterie; à cet égard elle ne me donne aucun souci, et je pense n'avoir rien à craindre ; elle n'est pas belle, mais elle a une jolie taille et bonne mine, et de bons sentiments. Je suis persuadée qu'elle restera vieille fdle; car, selon toute apparence, voire roi épousera la princesse de Danemark. Je me figure que l'empereur prendra la seconde princesse de Savoie, et le duc de Lorraine la fille de l'empereur; il ne restera donc plus rien pour la mienne.

Je ne sais si vous vous souvenez combien j'étais gaie durant ma jeunesse ; cela m'a bien passé ; je viens d'être plus de six semaines sans rire une seule fois; la comédie est encore ce qui me divertit le mieux.

Salnt-Cloud, 15 mal 18ST.

Jeudi était mon jour de courrier pour îc Hanovre; j'écrivis de si longues lettres que j'étais ensuite trop fatiguée pour reprendre la plume. Vendredi, je fus à Port-Royal, mais je n'y restai pas longtemps, car Monsieur m'avait donné rendez-vous au Palais-Royal pour aller à l'Opéra; j'y arrivai au moment où le spectacle finissait. Samedi, je partis A huit heures

du matin* pour aller à cinq lieues d'ici à la chasse du loup; je ne revins qu'à cinq heures, ei nous dînâmes à six. Dimanche était encore le courrier pour le Hanovre, et j'avais à aller à l'église; lundi, c'était le jour du courrier pour la Savoie, et beaucoup de personnes vinrent me rendre visite, enlre autres la grande-duchesse de Florence ; le soir nous reçûmes la nouvelle que la petite fille de mon fils était à la mort, et nous vînmes à Paris.

Si vous saviez tout ce qui se passe ici, vous ne seriez certes pas surprise de ce que je ne suis pas gaie; une autre à ma place serait peut-être depuis longtemps morte de chagrin, moi, je ne suis qu'engraissée.

Sainl-ClouO, 11 juin 1691.

J'ai reçu depuis quinze jours voire lettre du 21 mai ; mais je ne pouvais y répondre, car je n'étais pas encore en état d'écrire de la main gauche, et M11* de Rathsamhausen ' met si ma) l'orthographe que je ne me souciais pas de lui dicter. Je vais vous raconter ce qui est arrivé. 11 y a un mois, je fus avec M. le Dauphin à la chasse du loup '. Il avait plu, le terrain

1 Une des dames d'honneur de Madame; elle fut, durant plu» de quarante ans, la compagne la plus Intime de la duchesse, et, a Versailles comme à Saint-Cloud, elle reste toujours une Allemande pur sang, Ignorant (out à fait le langage et les habitudes de la France.

1 Le Dauphin, fila <lc Louis XIV, avait an goût prononcé pool celto chasse. Parmi les romans satiriques de l'époque, Il en existe un que La Beaumelto, dans son édition des Lettres de !U«" de Maintenon, qualifie de » lecture de laquais, » et qui a pour tiire : La Chaste au loup de monseigneur le Dauphin,

DR MADAME LA DUCHESSE d'orlÉAMS. 27

était glissaut; nous avions cherché un loup durant deux heures et, ne le trouvant pas, nous nous rendîmes dans une autre eoceinte où nous comptions en trouver un. Au moment où nous suivions un sentier, Il en part un presque devant mon cheval qui s'emporte et se dresse sur ses deux pieds de derrière; il glisse et s'abat sur le côte droit; mon coude rencontre une grosse pierre et je me démis l'os. On cherche le chirurgien du roi, qui suivait la chasse, mais on ne le trouve pas, car son cheval ayant perdu un fer, il avait été dans un village pour le faire remettre. Un paysan qui se trouvait là dit qu'il y avait à deux lieues un barbier fort habile, qui remettait tous les joins des jambes et des bras; lorsque je sus qu'il avait autant d'expérience, je montai en calèche et je m'y fis conduire, non sans éprouver de vives douleurs. Aussitôt qu'il m'eut remis le bras, je n'éprouvai plus aucune souffrance, je remontai en calèche et je revins prompte m eût ici. Mon chirurgien et celui de Monsieur vinrent pour examiner mon mol; je crois qu'ils éprouvaient un peu de jalousie de ce que le

ou la rencontre du comte du Bourre dum les plaines afAnet; Cologne (Hollande). 161)5. Ce prince fut d'ailleurs d'une nullité déplorable) Saint-Simon le représente (chap. 394 ) • sans vlcea ni vertus, absorbe dans sa graisse et dans ses ténébrei, sans conversation, sans sentiment, sans pensée; 11 ne fut jamais rien, ni de rien. A cinquante ans, Il n'en avait Jamais eu six à l'égard du roi. n On voit, dans le Journal de Dangeau, qu'il passait sa vie k courir le loup tout le Jour, et Jouait ensuite troll heures durant à mon chien n'aime point les o.i ave les dames, Le IL novembre 1084, étant malade, il ne put aller à la chasse ; mats II fit faire, dans le parterre de l'Amour, la curée du loup que ses (biens avaient pris, et il la voyait de «on lit.

pauvre campagnard avait si bien opéré; Us m'attachent le bras et me font souffrir outre mesure; ma main a enflé d'une manière horrible, et je ne peux ni remuer le poignet, ni porter la main à la bouche.

Suiiil-Clourt, * septembre 1007.

Il est bien vrai que le célibat est le meilleur état, et que le meilleur des hommes ne vaut pas le diable. L'amour dans le mariage n'est plus du tout à la mode el passerait pour ridicule. Les catholiques ici voient dans leur catéchisme que le mariage est un sacrement; mais, au fuit, ils vivent avec leurs femmes comme si ce n'en était pas un, et, ce qui est pire, rien n'est plus approuvé que de voir les hommes avoir des galanteries et délaisser leurs femmes; mais, afin de ne pas trop m'étendre sur ce sujet, je vais vous parier de mon loup.

l'iiTïs, 10 novembre 1007.

Vous aurez appris que ta paix a été signée avec l'empereur el l'empire; c'est un grand acheminement vers la paix générale. Je ne crois pas que la guerre éclate en Pologne, car il n'est pas sûr que notre prince de Conti y aille, et il pourrait bien y renoncer, ce que j'estimerais beaucoup plus heureux pour lui que la couronne de Pologne; c'est un pays sauvage et sale, et les grands y sont trop ambitieux. Nous avons eu ici, pendant deux mois, l'électeur de Saxe, de sorte que je connais bien sa force ; mais il est étonnant qu'on en parle dans les journaux. On ne pourrait pas en dire autant du prince de Conti; car, quoiqu'il soit de plus

DE MADAME LA DECHUSSE ïj'ORLÉÀNS. 99

haute taille que l'électeur, il est tout à fait faible. A ce que je vois, vous aimez le jeu aussi peu que moi ; l'ombre est ici 1res à la mode ; on ne joue que ce jeu et le lansquenet. La danse est passée de mode; mais elle pourrait bien y revenir, car la nouvelle duchesse de Bourgogne l'aime beaucoup. Je suis ici souffrante, et j'ai gardé la chambre pendant huit jours, ce qui ne m'étonne pas, car à Paris je ne peux être en bonne saule. J'en fais l'expérience depuis vingt-six ans ; mais on m'appelle en ce moment pour aller a l'église, car il est dimanche; monsieur le Dauphin* viendra ensuite diner avec nous et jouer au lansquenet. Le soir, nous irons à l'Opéra voir une pièce nouvelle; ce n'est qu'un ballet, mais il est fort joli; il a pour nom V Europe galante'. On y voit comment les Français, les Espagnols, les Italiens et les Turcs font l'amour; l'humeur de chaque nation y est représentée d'une façon fort divertissante.

Versailles, 5 décembre tC3T.

Ce temps-ci est bien dangereux pour les jeunes gens, et ils feraient bien mieux d'aller chercher à acquérir de l'honneur à la guerre, plutôt que de rester ici à no rien faire et à se livrer à la vie la plus désordonnée, pour laquelle, soit dit entre nous, mon fils n'a que trop de penchant; il prétend qu'il n'a du goût que pour les femmes, et non pour d'autres débauches qui

1 Opéra-ballet en cinq entrées (la première serrant de prologue), par La Molte-Houdart, muBiqne de Camprn. On le retrouve dans les Œuvre* de La Motla ( publiées par l'abbé Trublet), Paris, 1764,10 vol. in-lî.

90 JOBRESPONDANCE

sont ici encore plus communes qu'en Italie', de sorte qu'il dit qu'on doit le louer et lui savoir gré ; mais sa conduite ne me convient pas du tout.

Saint-ClouJ, 1T juin 1633.

Je n'ai pas besoin de beaucoup de consolation à l'égard de la mort ; je ne désire pas la mort et je ne la redoute point. On n'a pas besoin du catéchisme d'IIeidelherg pour apprendre à ne pas trop s'attacher à ce monde, surtout en ce pays où tout est si plein de fausseté, d'envie et de méchanceté, et ou les vices les

1 Voir parmi tes libelles dirigé! contre la cour de Louis XIV, celui qui est intitulé : La France devenue italienne, et qui parut pour la première fois en 1U85, sous le nom de Intrigues amoureuses de la Cour de France. Il a été attribué au fécond Catien de Courlili, et il a été plusieurs foie réimprimé dans des recueils de ee genre, notamment dans la Fiance galante, Cologne(Hollande), sans date (vers 1737) et dans les diverse» éditions de l'Histoire amoureuse des Gaules, livre tort connu de Bussy-Rabutin, et auquel les imprimeurs hollandais ont Joint une suite a&sez nombreuse de petits romans d'amour et de pièces satiriques du temps. Consultes à cet égard une notice de 11. Basiii sur Bussy (Bévue des Deux-Mondes, Juillet 1842, reproduite dans ses Éludes, 1844, ln-8), les Mémoires de M. Walckenalrwr M*" de Sévigné, t. III, p. le et 446, le Catalogue de la bibliothèque de M. Leber, t. I, p. 336. De nombreux passages des Mémoires de Saint-Simon montrent que les vlcea dont parle Madame étaient en effet répandus a ta cour de Louis XIV} Monsieur lui-même ne s'en cachait point (I, 40); le maréchal d'Amenés ne ae gênait pas davantage ( Vil, 7 .) Il existe un libelle intitulé : Anecdotes pour servir à l'histoire secrète des Ebugors, Medoso (Hollande), 1733 1 ce petit volume de 1 10 pages en tout, et dont les anagrammes complaisants révèlent d'eux-mêmes le sujet, est Tort rare. A la vente Millet, en 1846, un exemplaire lut adjugé à 61 francs.

DE MADAME LA nUCHES.SE D'ORLEANS. 31

plus inouïs s'étalent sans retenue ; mais désirer là mort est une chose tout à fait opposée à la nature. Au milieu de cette grande cour, je me suis retirée comme dans une solitude, et il y a fort peu de gens avec lesquels j'aie de fréquents rapports; je suis de longues journées entières toute seule dans mon cabinet, ou je m'occupe à lire et à écrire. Si quelques personnes viennent me rendre visite, je ne les vois qu'un moment, je parle de la pluie et du beau temps ou bien des nouvelles du jour, et je me réfugie ensuite dans ma retraite. Quatre fois par semaine, j'ai mes jours* de courrier : le lundi, en Savoie; le mercredi, à Hodène; le jeudi et le dimanche, j'émis de très-longues lettres à ma tante à Hanovre; de six à huit heures, je me promène en voiture avec Monsieur et avec nos dames ; trois fois par semaine, je vais à Paiis, et, tous les jours, j'écris à mes amies qui y demeurent; je chasse une ou deux fois par semaine; c'est ainsi que je passe mon temps.

Mirly, 4 juillet 1698.

Ceux qui ne s'imaginent pas la situation exacte des choses ici croient que le roi et la cour sont ce qu'ils étaient autrefois, mais tout est changé d'une façon bien fâcheuse; si quelqu'un avait quitté la cour à l'époque de la mort de la reine et qu'il y revînt maintenant, il penserait se trouver transporté dans un tout autre monde : il y aurait bien des choses à dire làdessus, mais on, ne peut les confier au papier, car toutes les lettres sont ouvertes. Ma tante a coutume de dire que chacun ici-bas est le démon chargé d'en

tourmenter un autre, et c'est bien vrai-. Nous savons ' bien que tout est le résultat de la volonté do Dieu et n'arrive que comme il l'a fixé de toute éternité, mais le Tout-Puissant ne nous ayant pas consultés sur ce qu'il voulait faire, nous sommes dans l'ignorance sur les causes de ce que nous voyons arriver.

Je vous ai déjà dit mon opinion à l'égard des prêtres qui défendent la comédie, je n'en parlerai pas davantage; je dirai seulement que s'ils y voyaient un peu plus loin que leur nez, ils comprendraient que l'argent que le peuple dépense pour aller à la comédie n'est pas mal employé : d'abord, les comédiens sont de pauvres diables qui gagnent ainsi leur vie; ensuite, la comédie inspire la joie, la joie produit la santé, la santé donne la force, la force produit de bons travaux; la comédie est donc à encourager plutôt qu'à défendre.

.Pod-Hoyil, » avril IG98.

Lundi dernier, une de mes bonnes amies est morte subitement à Versailles, sur sa cliaise, d'une attaque d'apoplexie; elle se nommait la princesse d'Espinoi' ; c'était une dame du plus grand mérite, avec beaucoup de politesse et de jugement, et ayant la meilleure conduite du monde. Elle ne pensait qu'à servir ses amis et ses parents, et était de la meilleure compagnie. En somme, c'est une très-grande perte, et elle m'afflige jusqu'au fond du cœur.

1 Saint-Simon, très-sobre de louanges, raconte (III, 244) la mort de celte princesse et en parle avec éloges ; ■ Elle éloit noble, généreuse, Irès-uUle a ses amis, ■

[I M'importe guère que l'on soit beau, et une belle figure change bientôt; mais une bonne conscience reste toujours bonne. II faut que vous ne vous souveniez guère de moi si voue ne me rangez pas au nombre des laides; je l'ai toujours été et je le suis devenue encore plus des suites de la petite-vérole ; ma taille est monstrueuse de grosseur, je suis aussi carrée qu'un cube; nia peau est d'un rouge tacheté de jaune; mes cheveux deviennent tout gris; mon nez a été tout ha?riolé par la petite-vérole, ainsi que mes deux joues; j'ai la bouche grande, les dénis gâtées, et voila le portrait de mon joli visage ' .

Sainl -Clou J, ÎO août 1093.

Lorsque, l'année dernière, je m'étais foulé le bras et que je ne pouvais plus rien faire, Video me vint do composer des chansons; j'en fis Irois ou quatre en assez mauvais français, et je les envoyai à ma lanto l'électrice de Brunswick; mais ma verve poétique s'en est allée à mesure que mon bras a été guéri.

FonlaSnsbtcnu, 10 octobre 1G9B.

Je ne vous ai pas écrit depuis quelques jours, car j'avais été à Montargis, d'où nous sommes revenus

1 D'après Mm« de Sevlgné, la princesse ne brillait pas par ses charmes ; elle avait des traits Fortement prononcés, une taille épaisse, de l'indifférence et même de l'aversion pour la parure. Le beau portrait qui est en tète de l'ouvrage de La Chau et Leblond ( Description des pierres gravées du duc d'Orléans ) la représente dans un àgc avancé, sous un aspect des plus disgracieux.

84 COHRESPOMDANCB

hier. Nous avons trouvé ici le courrier qui nous apporta les dispenses pour le mariage de ma fille. II aura donc lieu lundi prochain, et deux jours après, elle se mettra en route. Vous pouvez facilement imaginer que mon cœur est gros, et que je suis plus près de pleurer que de rire; car ma fille et moi, nous ne nous sommes jamais quittées, et maintenant nous allons nous séparer pour longtemps'. J'ai les yeux pleins de larmes, mais il faut que je les cache; autrement on se moquerait de moi, car, dans ce pays, on ne comprend pas que les gens aiment leurs parents.

On se repent bientôt ici d'avoir dit franchement sa pensée, voilà pourquoi je vis si solitaire. Je suis étonnée que l'empereur ait laissé son fils choisir ses gens; le Dauphin n'aurait pas ici cette faculté. Je regrette que l'on ait placé auprès de la reine des Romains une intrigante; il n'en résultera que du mal. Cette femme, après tout, aura fort à faire ; car, comme vous le remarquez très-bien, ce n'est pas une petite charge que celle de gouvernante des filles d'honneur.

1 Mademoiselle de Chartres, née te ii> septembre 1676, épousa, le 7 octobre 169S, Léopold- Charles, duc de Lorraine et de Bar. Ses hautes qualités et l'amour de «es sujets l'appelèrent a la régence après la mort de son mari. Elle fut la mère de François 1er, empereur d'Allemagne et époux de Marie-Tbérèse, 11 existe une UUtoire abrégée de la vie privée et de* vertut do celte princesse, par le P. Cullin, Nancy, 1762, inlî. A l'égard de son mariage, voir Saint-Simon, ch. lui, t. IV, p. 34 et suiv. La dot tut réglée ; 900,000 livres du roi comptant en six mois, et 400,000 livres, moitié de Monsieur, moitié de Madame, payables après leur mort, et 300,000 livres de pierreries. L'envoyé du duc présenta à Mademoiselle, de la part du son maître. pour 400,000 livres de pierreries.

Harlr, 16 aura IG89.

Vous voulez plaisanter lorsque vous dites que chacun connaît mes grandes qualités : je nie connais trop bien pour me figurer que j'aie rien de pareil , maïs chacun doit rester ici tel que Noire-Seigneur l'a fait ; je ne peux me vanter d'aucune qualité, si ce n'est l'avoir le cœur droit. Je suis peinée de ce que notre pays se soit gâté, et de ce que les honnêtes gens y sont devenus si rares. Vous vous trompez fort si vous croyez que j'ai de grands intérêts dans les affaires du Palatinat ; avec le temps, il pourra en résulter quelque avantage pour mes enfants, mais, de toute ma vie, je n'en toucherai pas une obole ; car, de la manière dont mon contrat de mariage est fait, Monsieur est maître de tout ; et les deux cent mille écus qu'il a tirés du Palatinat, il les a dépensés sans m'en donner une obole; il arriverait donc d'autre argent de ce coté que je n'en aurais aucun avantage. Vous n'avez rien à attendre du roi ; il ne veut entendre parler d'aucun dédommagement. Toutes les fois que je vais à Paris, il est sûr que je tombe malade; mais aussitôt que je suis sortie da ce mauvais air, je me retrouve bien, caf je ne suis pas du tout de disposition maladive. Ha fille se trouve un peu mieux qu'elle ne l'a été depuis le commencement de sa grossesse ; ce qui me fait espérer qu'elle n'aura pas une fille, c'est que j'ai souffert encore plus qu'elle lorsque j'étais enceinte de mon premier fils, celui qui est mort. Vous êtes bien heureuse de ne pas être en position de faire l'expérience de ce qu'on souffre alors. Lorsqu'on se détermine à se

38 COBRKSl>ONliANCE

marier, il faut se résigner à beaucoup de chagrins, et plus on est dans une position élevée, plus on a à souffrir ; je crains que la bonne reine des Romains ne l'apprenne à ses dépens. On me donnerait sa jeunesse, son rang, et des tonnes pleines d'or, en y mettant la condition que ma vie s'écoulerait en de pompeuses cérémonies, que je n'y consentirais pas; car, en huit jours, je serais morte d'ennui ; je regarde la grandeur comme une vraie chimère, lorsqu'une puissance réelle n'y est pas jointe. Dieu veuille que la reine soit d'un autre goût que moi!

30 mars 1090.

l'avais hier dans ma chambre six princes allemands, quatre comtes et plusieurs gentilshommes, en tout vingt et un Allemands ; vous pouvez croire qu'on a parlé allemand bien plus que français.

La comédie m'amuse maintenant plus que la chasse, mais je vais à la chasse à cause de ma santé, car si je ne me donne pas beaucoup de mouvement, j'éprouve d'horribles maux de cœur. Le loup est bien moins à redouter à la chasse que le cerf, car il n'attaque jamais. Vous savez bien que notre père ne voulait pas souffrir qu'on chassât ni qu'on montât à cheval ; c'est ici que j'ai commencé à apprendre. Je suis tombée vingt-quatre ou vingt-cinq fois, mais cela ne m'a point effrayée.

Vous êtes bien heureuse de pouvoir rire encore; il y a longtemps que cela ne m'arrive plus, quoique jadis

j'aie ri plus que qui ce soit. Une personne qui ne veut plus avoir sujet de rire n'a qu'à se marier en France; l'envie lui en passera bien vile.

Pori-Rojvl, 13 juin IBM, Le roi d'Angleterre n'est pas , je pense , très-pressé de se marier. Ce monarque est assurément, en raison de son mérite, un des plus grands rois qui aient jamais porté la couronne; mais, entre nous, je puis vous assurer que si j'étais fille ou veuve , et qu'il me fit l'honneur de vouloir m'épouser, j'aimerais bien mieux passer ma vie dans le célibat que devenir la plus grande reine du monde, à la condition d'avoir un mari, car le mariage est devenu pour moi un objet d'horreur.

Stllnl-Cloud, 23 juin IG09.

On ne parle ici que de la feinme de ce conseiller qui avait fait assassiner son mari, et du courage avec lequel elle a subi la mort ; mais elle a horriblement souffert, car le bourreau l'a frappée cinq ou six fois avant de lui abattre la tête. 11 y avait une telle foule i de gens qui voulaient assister à l'exécution, qu'une fenêtre a été louée cinquante louis d'or. Elle se nommait M°" Tiquet ■ ; elle s'était fait tirer son horoscope, et on lui avait dit que, pourvu qu'elle se préservât do la main d'un homme qui portait le même nom qu'elle,

1 Saint-Simon (IV, Î06) parle de ce procès célèbre. 11 etisle une Oraison funèbre de Jtfmo Tiquet, Pari*, 1 690. Le» tecueiU ttCmuti célèbres (et notamment celui de Richer, 1113, t. 5), contiennent (le longs délai!?. Consultez aussi les Lettres de Mme Dunoj'er, t. 1, p. 383-395, et les Mêttittget de Dois-Jour dan,t. 111, p. 301-325.

38 COMESPONOAliCE

elle aurait une vie longue et heureuse; elle su nommait Cartier, de son nom de fille, et il ae trouve que le bourreau qui la décapita portait la même nom. C'est vraiment une chose remarquable.

SMut-Qcud, 10 juUtet tcao.

J'auraii répondu hier & votre lettre du 30 juin, à je n'avais pas fait un petit voyage a sept lieue* d'ici pour voir ma tante, l'abbesse de Maubuissou, que j'ai trouvée, grâce à Dieu, en bonne santé. Elle ressemble fort à votre père ; je me trouve fort bien avec eue, et si ee n'était pas si loin d'ici, j'irais la voir souvent; elle parle même fort bien l'allemand, et sait parfaitement le français, l'anglais et le hollandais, il n'est pas etouliant qu'après vingt-huit ans de séjour en France, je sache le français mieux que vous qui n'y avez jamais été. Vous me faites plaisir de me dire que je n'ai pas oublié mon allemand et que je l'écris correctement ' . Il ne faudrait pas dire surpris si j'avais oublié quelques phrases; de mon temps, l'usage était de mêler à l'allemand quelques mots de français ; je le fats quelquefois, car il faut bien se conformer à l'usage, mais je ne puis souûrir qu'on le fasse par affectation.

Saiul-Cloud, 11 juillet 1688.

| Ce que ce pays a de pire que l'Angleterre, c'est que I tous les gens sans conduite , hommes et femmes , se

1 Madame méritait peu ud pareil compliment, car elle écrivait avec une Incorrection rare, violant les lois de l'orthographe et df la ejnlaxe, ne ponctuant Jumaie, mettant 4 tort et travers Ut» iuhJumuIm, et suuïuut ntcnie au milieu des mots.

livrent aussi h la politique et veulent intriguer à la coût', ce qui amène beaucoup de perfidies et de fïius- «tés. En quelque pays que l'on soit, lorsqu'on est marie, il faut chaeser la jalousie de son eœur, car elle ne peut servir à rien de bon ; il faut laver ses mains dans l'innocence et as conserver la conscience pure; mais on n'a aucune relation agréable et l'on peut avoir de longues heures d'ennui. Je ne me tracasse point de la façon dont va le monde , mais je le prends en mépris, et j'ai peu de goût pour être en société. On n'entend parler ici que d'aventures tragiques; on a récemment jugé cinq femmes qui avaient Tait mourir leurs maris ; d'autres se sont donné la mort à ellesmêmes,

Stlot-Clood, SI jollM 181».

Rien n'est plus rare en France que la foi chrétienne; / il n'y a plus de vice ici dont on ait non te ; et si le roi voulait punir tous ceux qui se rendent coupables des plus grands vices , il ne verrait plus autour de loi ni nobles, ni princes, ni serviteurs; il n'y aurait même aucune maison de France qui ne fut en deuil.

Marij, 1 août 1009.

Je suis retournée h Haubuisson voir ma tante l'abbesse; je l'ai, grâce à Dieu, trouvée en bonne santé; elle a plus de vivacité, et elle voit et entend mieux que moi, quoiqu'elle ait juste trente ans de plus ; elle aura soixante-dix-sept ans le 11 avril. Elle mène une vie dure mais. tranquille ; elle ne mange jamais de viande, à moins d'être gravement malade ; elle couche sur un matelas dur comme la pierre; elle n'a dans sa chambre

qu'une chaise de paille , et se lève à minuit pour prier. S'enivrer est chose fort commune chez les femmes en France; et M"* de Hazarin a laissé une fille, la marquise de Richelieu, qui s'en acquitte à la perfection1.

Fonlaincblwiu, 1" octobre 1899.

Je ne sais si la reine de Portugal est à plaindre, car je la crois plus heureuse d'être morte que d'être restée sur le trône avec son mari. On a pris avant-hier le deuil pour elle. Le roi paraît être un homme trèscorrompu * ; on dit ici qu'il a donné le mal français a sa femme et qu'elle eu est morte ; la princesse impériale qui va aller en Portugal me semble fort à plaindre. Je reçois quelquefois de la reine d'Espagne de fort aimables lettres; je regrette que cette pauvre reine soit aussi malheureuse. Ce serait un grand bonheur pour l'Europe si elle avait un enfant; garçon ou fille, tout serait bon, pourvu qu'il vécût; car il ne faut pas être prophète pour deviner que si le roi d'Espagne meurt sans enfant, il s'élèvera une terrible guerre; toutes les puissances prétendent à sa succession ; aucune d'elles ne voudra céder à une autre , et il n'y aura que ta guerre qui pourra décider.

1 Saint-Simon parle à plusieurs reprises de cette dame : * Belle comme le Jour , elle s'eet rendue fameuse par le désordre et les courses de sa vie errante. Son mari l'avoit enlevée d'un couvent de Challlol. C'élolt un homme enterré dans la crapule et la plus vile compagnie, quoique avec beaucoup

■ Il s'agit de Don Pedro 11, mort en 1106. Il avait épousé, en 1CST, une princesse de Bavière.

DE MADAME LA DUCHESSE D'OHLÈAPiS.

Il m'a été impossible de tous écrire d'ici, à cause des chasses , des comédies et des appartements qui se sont succédé sans relâche , car nous avons eu ici , pendant dix-huit jours, la cour d'Angleterre ' . Ils sont partis ce matin à du heures ; c'est ce qui me met & même de tous répondre. Quant à notre voyage en Lorraine, auquel il a fallu renoncer, je tous suis extrêmement obligée de la part que vous voulez bien prendre au chagrin que j'ai eu à cette occasion. Le roi u'a pas voulu permettre qu'on trouvât un moyen terme pour concilier le cérémonial. Le duc de Lorraine prétendait avoir devant Monsieur et devant moi une chaise à bras , disant que l'empereur le lui permet. Le roi répond que chez l'empereur H y a une étiquette, et que chez lui il y en a une autre. Par exemple , les cardinaux reçoivent chez l'empereur une chaise à bras », et ici ils ne peuvent s'asseoir devant le roi. Le

1 La tristesse et la dévotion dominaient à celte cour de réfugiés, ce qui n'empêcha pas les libelliate» du temps d'en faire le Ihéalre d'aventures scandaleuses, dont le récit parut sous le litre de la Cour de Saint-Germain, ou les Intrigua galante» du roi et de la reine d'Angleterre depuit leur itjaur en France. Saint-Germain (Hollande), 1(105. En 1129, le titre fat modifié alla de tromper le public et de renouveler un écrit qui n'élail plus de circonstance. Pareil stratagème s'est bien Boutent

' Ils avaient aussi le privilège de l'asseoir devant le roi d'Espagne ; mais Philippe 111, * fatigué de leur orgueil, • se mit à les recevoir debout, et Ht pratiquer dans un mur du palais une jiiehc avec un banc de pierre sur lequel il se plaçait quand l'audience élait trop longue. (Voir les Mémoire* de Saint- Simon, t. XXXVH, p. 147.)

42 GOltKSSNHIDAKCE

vieux duc de Lorraine, quoiqu'il fût beau-père de feu Monsieur, n'a jamais eu, devant lui et devant sa sœur, qu'un tabouret. Monsieur aurait bien accordé une . chaise à dos, et le roi y aurait consenti, mais le duc prétend être traité comme un électeur, et c'est ce que le roi ne veut pas admettre. Monsieur avait proposé alors qu'on fit comme chez le roi d'Angleterre, qui ne veut pas nous donner de chaises, tandis que nous prétendons y avoir droit; alors qu'il nous reçoit, il s'asseoit sur un tabouret, et nous en faisons de même , mais le roi n'a pas voulu souffrir non plus cela, et alors, pour ne pas faire un affront au duc, nous avons renoncé à un voyage projeté; voilà la vérité des choses'.

J'apprends avec peine la conduite de Charles-Maurice à Berlin ; s'il agit de la sorte , nous ne resterons pas longtemps bons amis. Je suis très en colère de savoir qu'il est ivre-mort presque toute la journée; c'est une honte ; si je croyais qu'en le grondant bien fort on pût le corriger un peu, je lui écrirais. II est désolant de penser que le seul fils qui reste de notre père soit un ivrogne.

' Saint-Simon raconte (t. IV, p. 110 ) que Moniteur obtint que le duc de Lorraine, Tenu pour taire hommage* lige a LonJi XIV, restât incognito) il le conduisit à Versailles pour cette cérémonie. On trouve entz le même écrivain (t. III, p. 118, et t. X, p. 1 16) de curieux détails sur le pire et l'oncle, de ce doci l'un d'eux, Cnarlea IV, m trouvait à BruxeMee et voulait épouaer une veuve, la marqulu de Cantecrolx dont il était amoureux , mais 11 était déjà marié ; Il se tait expédier un courrier qui lui apporte la nouvelle de la mort de sa femme, la ducbcnaeMcolle, 11 époute sa maitreua deuijouri aprée, «tilde*

DE MADAME LA DUCHESSE u'ORLEANS. 43

Salnt-Cloud, 14 octobre lu».

(1 est impossible d'avoir meilleure mine et une plus belle figure que le margrave d'Anspaoh, mais je ne tais s'il n'est pas d'une humeur eaprielen&e, et je ne mettrais point la main au feu pour répondre qu'il soit toujours aimable. 11 m'a joué un singulier tour; on m'avait priée du lui proposer un mariage. Lorsque je lui eus parlé de la chose, il me dit qu'elle lui paraissait convenable, et qu'il me priait, lorsqu'il serait revenu en Allemagne, de lui écrire pour lui Taire savoir si l'on pouvait y donner suite, et si certaines personnes y consentaient. Lorsque j'ai pris ha imonnatkmn nécessaires, je lui écris en lui demandant de me répondre immédiatement; voilà neuf mois que cela s'est passe, et je n'ai pas encore un mot de lui.

Paris, 13 novembre 1609.

Je crois que le prince de Bîrckenfclt s'est bien fait moquer de lui en Allemagne, de porter dans sa poche le portrait de Fanchon ; tout le monde ici se moque de lui de ce qu'il a pris pour héroïne une pareille coureuse. Je lui ai dit très-nettement mon opinion à

meure bigame. Quant ou* disputes relatives 1 l'étiquette et dans le genre de celles dont parle Madame, Il j en u une Foule d'exemples. Lorsque les princes de Conll se rendirent, en 1685, à l'année de Hongrie, ils ne virent point l'empereur' , parce qu'Us voulurent un fauteuil devant lui, comme en ont les électeurs, et réinsèrent d'être reçus debout, et tous les honneur» BuUblG* 1«'un leur outil, ce tenant ferme sur la fauteuil.

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