‹ Correspondance complète de Madame duchesse d'Orleans née Princesse Palatine, mère du regent; (volume 3)Chapitre 18 sur 32 · H CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

H CORRESPONDANCE

ce sujet; mais rien n'y fait. Ces drôlesses-là coûtent fort cher; quant à Fanchon, son prix est connu, c'est mille pistoles; mais le grand-prieur de Vendôme l'entretient1, et s'il découvrait quelque chose, elle s'en trouverait mal; Puisque la France est pleine de femmes coquettes et galantes, le prince aurait mieux fait d'en prendre une qui lui aurait apporté une bonne somme d'argent , plutôt qu'une qu'il lui a fallu payer si cher.

1 Fauchon était le nom. vulgaire de la Horeau, célèbre actrice de l'Opéra ; les chansons du temps indiquent, en effet, le grand prieur comme l'un de ses amants ; elle lai faisait des infidélités pour le chevalier de Snrlj et pour un financier, H. de la Tounnnr, puissamment riche. Le Dauphin, (Ils de Louis XIV, avant en une fantaisie pour elle, son premier valet de chambre U manda à Mcuilon ; par erreur la lettre fut remise à Loulion Moreau, sœur de l'actrice, qui vint et poussa la méprise jusqu'au bout. Fanchon, irritée d'avoir fait une course inutile et de ce qne Monseigneur la faisait congédier sans la voir, en lai envoyant du louis, les jeta au visage de l'ami du prince. Voici de ui couplets que renferme le recueil Maurepas:

Noua trouvons aussi, sous la date de 1604, une chanson car le président Filbirt et sur Fanchon, que noua ne transcrivons pas

Msrlj, 31 janvier 1700.

Ce n'est pas une fable que le roi de Maroc ait fait demander en mariage la princesse de Gonti, maïs le roi a nettement repoussé cette proposition'. Celte princesse était extrêmement belle avant d'avoir eu la petite-vérole, mais sa maladie l'a bien changée; elle conserve encore une taille parfaite et une tournure charmante; elle danse admirablement; je n'ai vu

et pour cause. Une autre chanson Ironique sur les actrices de l'Opéra dit que

Lci déni Monta lent dcBI tigmiu.

• Le grand- priouT et Fonction Monta font toujours In même vie & Clichy, où quantité de gêna de condition vont la voir, et où elle les régale très-bien. * {Lettre* de H0"1 Du noyer, 17 39, 1. I, p. 13.)

1 It existe une Relation historique de l'amour de l'empereur de Maroc pour la princesse de Conti, Cologne (Hollande), 1100; on en connaît deui éditions : l'une, en petits caractères, de 140 pages; l'autre, d'une impression plus grosse, de 156 pages. 1. 'empereur en question était Mulejrîsmaêï, despote des plus sanguinaires. MmB de Cajlus, dans ses Souvenirs, parle d'un portrait de la duchesse de Contl ( M"* de Blols, Ql le de Louis XIV et de M°>e de La Veillera ] porté à Maroc ; mais d'autre* ajoutent que ce n'était qu'une gravure enluminée. Consulter la brochure de M. Thomassy : De la politique maritime de la France tout loua XIV, et de ta demande de Muley Ismae.l pour obtenir en mariage ta princesse de Conti, 18* I, In-S, 32 pages. Ajoutons que cette Relation n'a de commun que le nom de l'héroïne, avec un autre écrit Intitulé : Le Triomphe de la déetie Mono*, ou l'Histoire du portrait de Madame la princesse de Conti; l'auteur suppose que le portrait de la princesse, apporté dans le Nouveau-Monde, y devint un objet d'adoration, et qu'un prince Indien, follement épris de celte belle Inconnue, substitua son image A celle de l'Idole du paye, sous le nom de déesse Monas.

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d'elle aucun portrait gravé qui lui ressemblât Je puis bien comprendre qu'on aille à Rome , comme mon cousin le landgrave de Gassel, pour voir des antiquités; mais je ne puis m'imaginer qu'ony aille pour assister à toutes les cérémonies des prêtres, car rien n'est plus ennuyeux. Peut-être aussi que beaucoup de gens y vont à cause des trente mille dames galantes qui y sont, à ce qu'on dit; mais ceux qui sont curieux de pareille marchandise n'ont qu'à venir en France, ils en trouveront en abondance. Celui qui veut se repentir de ses péchés n'a pas besoin de faire le voyage de Rome; se repentir sincèrement sans sortir de chez soi est tout aussi profitable ; ici on ne s'occupe guère ni de Rome, ni du pape; on est persuadé qu'on peut aller au ciel sans lui.

Versailles, 33 avril 1100.

Ma fille est dans une grande affliction de la perte de son petit garçon ; elle a , en outre, cette semaine, eu à subir un triste spectacle ; son beau-père avait, danB son testament, ordonné à son fils, aussitôt qu'il serait rentré en possession du duché dé lorraine, de faire déterrer son corps et de le faire ensevelir }à Nancy. Le grand-père et le petit-fils ont donc été ensevelis ensemble ; c'a été une triste chose ; ma pauvre tille est fort à plaindre, et cela prouve bien que, dans cette vie, personne ne peut être complètement heureux; car, sous les autres rapports, elle est) grâce à Dieu, la plia heureuse coquine qu'il y ait au monde.

Je suis bien aise que mon jeune cousin ait fait uu aussi bon mariage; Dieu veuille que le proverbe qui

dit que les unions entre cousins-germains sont toujours malheureuses , ne- se réalise pis. La fortune n'est pas toujours ce qui donne le plus de bonheur es ménage. La conformité, d'humeur tend davantage à rendre heureux. Quand la dévotion ne dégénère pas en bigoterie, elle est chose très-louable; mais il est difficile de saisir le terme exact où il faut la placer.

Port-Rojal, 17 Juillet 1100.

11 s'est passé ici une chose affreuse la semaine passée; la duchesse d'Uiac ' est morte du mat français; elle était fille du prince de Monaco, et une très-digne et respectable dame; son infâme mari qu'elle adorait l'avait ainsi gâtée. Je ne puis comprendre comment elle aimait un tel homme, car il est horriblement laid; il pue. comme un bouc; il passe toute la journée à se soûler avec ses laquais, et il fait encore pis avec eux. Cependant il lui avait inspiré une telle affection qu'elle a dit qu'elle mourrait contente si elle le revoyait avant de rendre l'âme. Elle était enceinte, et les remèdes qu'on lui a donnés l'ont fait accoucher au huitième mois; l'enfant n'a vécu qu'une demiheure, et elle est morte quatre jours après. Je plains bien sincèrement son pauvre père.

J'ai vu le prince de Frise lorsqu'il était encore tout

1 C'eet-S-dire Mma d'Uiei, fille unique do prises de Monaco, femme de ruériLB, fort vertueuse, peu Leureuw, et qui méritait un meilleur sort. Son mari était un homme obscur , qui ne loyalt personne que des gueuse», et qui s'en tira mieux qu'elle, qui fat tort plainte et regrettée. Set enfants périrent du même mal. [ Sjûii-riimon, t. V, p. 10. )

à fait jeune et ici à Paçis, il avait l'air fort bien portant, mais depuis il est devenu dans un fort triste état. J'ai aussi vu ici le jeune duc de Wolfenbûttell ; c'était un. très-laid personnage et horriblement débauché, il était épris de Charles-Louis, mois celui-ci le reçut mal et fut au moment de lui casser le cou.

Marlj.e août 1100.

Je ne vois jamais Monsieur ici, nous ne dînons pas ensemble; il joue toute la journée et, la nuit, chacun de nous est dans sa chambre. Monsieur a la faiblesse de croire qu'on lui porte malheur, de sorte que je n'assiste pas à son jeu. Il nous a causé de l'effroi, car il a eu deux accès de fièvre quarte ; aujourd'hui est le joue où elle devait revenir; mais , grâce à Dieu, il n'a rien ressenti encore, et il est dans le salon, à jouer ',

Saint-Ctoud, 31 août 1700.

Il y a ici une princesse de Nassau que je n'ai pu voir, car le roi n'a pas voulu permettre que je la traitasse en princesse. Les vices du duc de Wolfenbûttell sont quelque chose d'effroyable. Dieu me pardonne, mais je trouve qu'êlre amoureux de sa propre sœur,

1 Monsieur n'aimait ni les chevaux, ni la chasse; il se plaisait i jouer, à se parer, à tenir cercle, et faisait consister son bonheur dans les mascarades, dans les cérémonies, mémo dans les pompes funèbres. Le bruit des cloches avait pour lui un tel attrait, qu'il ne manquait jamais de se trouver a Paris le Jour de la Toussaint; Il n'aimait pas d'autre musique. L'abbé de Cholsy noua apprend, dans ses Mémoires, que ce prince désirait passionnément se déguiser en femme.

.Couple

DE MADAME LA DUCHESSE d'OELEANS. 49

c'est pire que tout te reste; il me semble que plus le monde va, plus il se gâte. Je ne digri plus rien de M™" la duchesse, si ce n'est qu'elle ne manque pas d'esprit; son mari n'a aucune capacité; il est laid et puant. On prend ici des maris sans y réfléchir, et le repentir vient après.

Vemulei, Smart 1701.

Dimanche, il y avait sermon, et j'eus aussi à écrire a ma tante , l'électrîce de Brunswick ; cette lettre est toujours fort longue. Lundi, je fus avec H. le Dauphin à la chasse du loup, mais nous ne trouvâmes rien, quoique nous ayons cherché longtemps ; mardi, nous courûmes le cerf a Saint-Germain , et le soir il y eut comédie ; mercredi, j'écrivis en Lorraine et à Hodène, et je fus au sermon ; jeudi , nous allâmes encore à la chasse au loup ; je revins, après y avoir passé plus de quatre heures, et je n'eus, le soir, que le temps d'achever la lettre que j'avais commencé d'écrire à ma tante ; vendredi, il y eut encore sermon, el j'eus des affaires tout le jour, car mon premier écuyer est mort; sa veuve a un brevet de retenue , de sorte que celui qui prendra la charge du défunt doit en payer à la veuve le prix, qui est de 42,000 écus. Cela m'a occupée toute la journée , car j'ai reçu lettres sur lettres, auxquelles il a fallu répondre. Samedi, nous fumes encore à la chasse au loup ; lorsque je revins, j'écrivis à ma fille ; , dimanche , j'écrivis à Hanovre , et j'allai au sermon, qui fut très-long; j'écrivis aussi à Paris. Lundi, c'est à vous; hier, j'écrivis à ma fille et en Savoie; cela me mena jusqu'au moment d'aller au spectacle , qui

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est le dernier qu'on joue jusqu'au voyage de Fontainebleau ; c'él Mfeia Mort de Pompée et le Médtcin maigré lui; tous voyez ainsi que ee n'est qu'aujourd'hui que j'ai un moment pour vous écrire. Ha ganté est parfaite, grâce à Dieu ; les parties de chasse m'ont fait le plus grand bien. Je ris de bon cœur Mer au soir i la comédie. L'acteur qui avait le rôle du père de Lucinde devait dire : « Ah ! ma fille parle ; * mais je ne sais comment la langue vint à lui tourner, il dit : « Ah ! ma fille patte. » Cela provoqua un éclat de rire. J'espère que ma tante est aussi bien que sa sœur, l'abbesas de Maubuisson, qui entrera le 11 avril dans sa quatreringtième année , et qui lit sans lunettes l'écriture la plus fine ; elle a conservé toutes ses dents, est toujours gaie et contente, et plus ingambe que moi.

Port-Jlgïsl, 15 inaj 171)1,

Toutes les lettres qui entrent eh France ou qui en sortent sont ouvertes ; je le sais fort bien, mais je ne m'en inquiète pas , et j'écris tout ce qui me passe par la tête.

A MADAME DE HAIKTgNOÇf'.

Ce uwrwedj. 1* juin (nul), à oein hatira «a malin. Si je n'avoîs eue la fièvre et de grandes vapeurs , Madame , du triste employ que j'eust avant-hier d'ou-

1 Lettre transcrite eur l'autographe qui M trouve » la blblkr tbèque du Louvre. Volume F 338 , Lettre» autographe* de Louis Xiy, etc. , fol. 93. Une autre lettre autographe de Madame ■ B«e de Malntenon m trouve dans le même volume, p. 95 ■ elle ne porte pu» de date ; noua la plaçons fol.

m MADA1TE LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 51

' vrir les cassettes dit Monsieur toultes parfumées des plus violentes senteurs, vous auriez eue phislot de mes nouvelles, mais je ne puis me tenir de vous marquer à quel point je suis touchée des grâces que le roy a fait hier à mon fils, et de la manière qu'il en eusse pour lu y et pour tnoy ; ootae ce sont des saittes de vos bons conseils , Madame , trouves bon que jp nus en marque ma sensibilité et que je vous assure que je vous tiendras très inviolableinent l'amitié que je vous ai promise, et je vous prie de me continuer vos conseils et advis et de ne jamais doutter de ma reconnoissance, qui ne peut finir qu'avec ma vie.

Cmsmedjmiitinà Il heureiêtdemk,

Corne je n'ay l'honneur de voir le roy qu'en publiq, je n'ay pust luy dire que j'avois reçue encore une lettre de la reine d'Espagne, et quoy quelle me défende de faire semblant d'avoir reçue sa lettre, je ne veux point avoir de secret que le roy ne sache; j'ay cru que Vous trouveriez bon, Madame, que je m'adresse à vous pour vous prier de montrer celte lettre au roy et aussi la response que j'y ai faille pour voir s'il l'aproave, cl si cela est, ja vous prie de me là renvoyer, eu- l'homme qui m'a donnés te lettre de la reine d'Espagne en attatid la respoftsê ce soir. Ayez la bonté de me marquer la volonté du roy ; je seres toujour* ravie de les «prendre par voue, Madame, pour qui je me sens astetire une véritable amitié fondée sur une grande estime.

<::>.. G00gk'

52 CORRESPOMDASCE A

mK LA COMTESSE LOUISE.

Venaillcs, 15 Juillet (TOI.

Ma santé est toujours fort affaiblie ; voici la première fois depuis huit jours que la fièvre m'a quittée; j'ai eu, depuis le malheur qui m'a frappée , dix-huit aecèg de fièvre, et je croyaiB que la volonté" de Dieu était de terminer ma triste vie, mais il n'en a pas été ainsi. 11 me reste encore une très-grande lassitude et beaucoup de faiblesse dans les jambes, ce que j'attribue à l'impression que m'a fait éprouver la mort de Monsieur ; mes jambes sont restées à trembler durant vingt-quatre heures , comme lorsqu'on a un très-violent accès de fièvre; on ne peut rien voir de plus effroyable que ce dont j'ai été témoin. A neuf heures du soir, Monsieur sort de ma chambre en parfaite santé, gai et riant; à dix heures et demie, on m'appelle, et je le trouve sans connaissance; il me reconnut encore et prononça quelques mots avec beaucoup de peine. Je restai toute la nuit auprès de lui, et le lendemain matin à six heures, lorsqu'il n'y eut plus aucun espoir, on m'emporta sans connaissance'. Je

1 Lire dan* Sslut-Simon (t. IV, p. ïî2) le récit de la mort de Monsieur : « On peut Juger Quelle horreur ce fut a Salut-

• Cloud, ce palais des délice*. Madame, qui n'avoit jamais eu ni « grande affection, ni grande estime pour Monsieur, mais qui

• «siitoit m perte et sa chute, s'écrioit de toutes ses forces : « Point de coûtent! je ne veux point de couvent; qu'on Dente

* ■ parle pas de couvent ! — Elle savoit que, par son contrat « de mariage, en devenant veuve, file dcvolt opter entre un

• courent et le château de Montargts. » Ce que nous ne trouvons pas dans la correspondance de Madame, c'est le récit d'une anec-

vous guis bien obligée de toute la part que vous prenez à mon malheur, qui est affreux , et je tous remercie de tout mon cœur. Je tous prie aussi de faire savoir & la reine douairière de Danemark combien je suis touchée de ce que Sa Majesté a bien voulu se souvenir de moi dons mon infortune.

Mirij.îejufiiïi noi.

J'aurais bien besoin de trouver, dans ma triste situation, quelque chose qui pût me divertir; tout m'est interdit à présent, excepté la promenade; ma plus grande consolation est dans les bontés dont le roi continue à me donner des preuves; il est venu me voir et m'a menée à la promenade avec lui. Samedi était le jour de l'enterrement de Monsieur, et quoique je n'y fusse pas , j'ai bien pleuré , comme on peut l'imaginer.

Vemlllea, Il août noi.

l'ai fort à mo louer des grâces du roi, ainsi que mon fils, que Sa Majesté a fait un grand seigneur ; j'en suis bien contente pour lui ; nous vivons très-bien ensemble; c'est un bon garçon et il a de très-bons sentiments.

dote qni « pana à celte époque, et qui fut bien dore pour la flére Allemande. Le ministre Torcj intercepta une lettre adressée ■ l'clwtriee de Hanovre, et dam laquelle M™ de Hainlenon était affublée de» désignations lei plue outrageantes. On peut lire tente ceUe scène dans Saint-Simon ; Madame, oubliant M sincérité habituelle, nia d'abord, puis, foudroyée A la vne de la lettre nalenconlreuse, elle finit par tout avouer avec repentir, cria, le de pardon.

Vemliles, 13 octobre 1101 .

. Ma sauté est maintenant parfaite, et pour la conserver telle, je me promène en voiture le plus que je peux; tous ceux qui sont ici vont avec le roi tous les jours à la chasse, et deux fois par semaine à la comédie; moi seule j'en suis privée, comme vous pouvez croire, et, entre nous, ce n'est pas pour moi une petite mortification de me trouver privée de ces deux amusements. Je me promène souvent a pied, et je fais chaque fois une bonne lieue à travers la forêt ; cela dissipe la mélancolie qui m'accablerait autrement, surtout lorsque j'entends parler d'affaires dont je n'avais précédemment jamais entendu dire un mot de toute ma vie. il serait bien heureux que je pusse entendre les affaires aussi bien que vous, niais je ne peux rien comprendre à ces choses-là, et à cinquante ans, on est trop âgé pour se mettre à apprendre; ce serait le moyen de me rendre importune et fâcheuse comme «ne punaise. A propos de punaises, estes ont presque entièrement mangé la jeune reine d'Espagne, lors de son passage Sur les galères espagnoles ' ; on & été obligé de veiller sur elle toute la nuit ; elle est arrivée depuis quelques jours à Toulon, d'où elle se rendra par terre à Barcelone. Elle ne pouvait plus supporter la mer, i ce qu'elle m'a écrit. Je ne voudrais pas être a sa place : être reine, c'est en tout pays chose pénible; mais reine d'Espagne, c'est le pire de tout. Le roi

■ ' Ce toit ««t «glanant consigné <Unl 1s Jtninwl de Uaogem {7 octobre HOt ]- La reine d'Espagne dont il l'aglt «tait la princesse de Savoie, première feauno de Philippe V.

Guillaume change souvent de favori; on dit qu'un nouveau est venu prendre la place d'Albemarle ;.fl ne tant pas s'étonner s'il n'a pas donné à la reine de rivale durant sa vie, car ce roi n'a aucun penchant pour les femmes.

Je dois avouer que la mort du roi Jacques ' m'a rendue toute triste; sa veuve est dans une situation qui attendrirait un rocher ; le bon roi Jacques est mort avec une fermeté qu'on ne saurait décrire et avec autant de tranquillité que s'il allait s'endormir ; la veille

1 Ce monarque avait Joué un triste rôle depuis qu'il était réfugié en France, * Jacques II parut tout a fait Indigne du trône.

• On cessa de s'intéresser A un étranger apathique, qui semblolt

■ lui-même ne pas s'Intéresser à son ;>ropre sort Les court launa < le trouvèrent fart ridicule avec sa bigoterie «1 puéri c, ta

■ femme si Intrigante et ses maîtresses si laides. On méprisa

• l'insolence d'un Anglais qui, nourri & Saint- Germain des biea-

• faits de Louis XIV, aflectolt de toucher les écrouelles en sa •prétendue qualité de roi de Fronce.» (Lamontev). Saint-Simon (t. X, p. 9) raconte une anecdote piquante. La Roquette, évèque d'Autun { < c'est sur lui que Molière prit son Tartufe, et personne nés' y méprit • ), souffrait d'une Dstule lacrymale; peu de tempe après la mort de Jacquet 11, H a'en prétendit guéri pu son Intercession, 11 fit part de ce miracle A la veuve de Jacques, au roi et à M"" de Hauttenon. « Mail la natale reparut

■ peudejoursaprè»,etl'évéquefiit si houleui du mauvais tucoet

• de dette intrigue, qu'il s' enfuit dan son diocèse. Il avait été

• talet A faut faire du cardinal Maiarln. » Lenet et l'abbé do Choiiï donnent dans leurs Méntotrtt des détails piquants sur ce personnage, dont 11 est parfois question dans les lettre* de M»» de Sévigné, et sur lequel porte une éplgramme attribues à Bofleao, ruait à tort , ainsi que l'a montré 11 , tVrriat-Salnl-Prlx, du* Mu excellente édition de* œuvres de l'auteur du Lutrin (1110, t. il, p. ta»). De* détail* sur ce prélat trop décrié m trouvent dans une dote de L'édition de La Bruyère, donnée par ». W*lc*oaa*r, p. îOi.

de sa mort, il a dit : c Je pardonne de lotit mon cœur à ma fille tout le mal qu'elle m'a fait, et je prie Dieu de lui pardonner, ainsi qu'au prince d'Orange et à tous mes ennemis. »

Fontainebleau, 13 octobre 1T0I.

La reine d'Angleterre ne peut se consoler de la mort de son mari, quoiqu'elle supporte son malheur avec une résignation toute chrétienne. Je ne savais pas que le roi de Danemark envoyât des troupes en Italie; elles ne sont pas nécessaires, car les affaires des Impériaux ne vont que trop bien dans ce pays. Je n'ai d'ailleurs rien de neuf à vous dire ; je me promène, je lis, j'écris, et quelquefois le roi me mène a la chasse dans sa calèche ; il y a chasse tous les jours ; le dimanche, ainsi que le mercredi, c'est mon fils; le roi chasse le lundi et le jeudi ; le mercredi et le samedi , M. le Dauphin va à la chasse du loup; M. le comte de Toulouse chasse le lundi et le mercredi ; le duc du Maine, son frère, le mardi, et H. le duc le vendredi'. On dit que si tous les équipages de chasse

1 Monsieur le Doc, c'est-à-dire le duc de Bourbon. Celait le pelit-GUdu grand Coudé. Saint-Simon en trace un portrait bien peu flatteur: « C'étoilun homme très -considérai) le ment plus petit

■ que le pins petit des hommes, qui, sane être gros, éloit gros

• partout, la télé grosse i surprendre et un visage qui talaoit

* peur. Il «toit d'un jaune trct-Hvide, l'air presque furieux,

■ mais en tout temps si lier et al audacieux qu'on avoit peine i

• s'accoutumer i lui. 11 avoit de l'esprit, de la lecture, des restes

* d'une excellente éducation, de la. politesse, et des grâces

■ même quand il le votiloil, mais il ne le vouloit que trfis-ia-

■ remeut; ses mœurs perverses lui parurent une vertu. ■ Quanti sa femme, dont il est parfois question dan» les lettres

* DE MADAME LA UUCHESSK n'oRLÊANS. 57

étaient réunis, oo verrait ensemble 900 a ),000 chiens. Deux fois par semaine, il y a comédie ; mais vous comprenez bien que je ne vais nulle part, ce qui me con-^ Irarie fort, car je dois avouer que la comédie est encore"" le plus grand amusement que j'aie en ce monde et Io seul plaisir qui me reste.

4 norembre ITOI.

H n'y a pas longtemps qu'on m'a communiqué une des chansons faites sur la guerre d'Italie; elle m'a Tait rire, car la façon dont les Français parlent l'allemand y est retracée d'une façon fort plaisante.

Vous auriez tort de supposer que j'ai cessé de lire la Bible ; je lis tous les matins trois chapitres. Vous ne devez pas imaginer que les catholiques français soient aussi sots que les catholiques allemands; c'est une tout autre chose, et on dirait que c'est une religion entièrement différente ; lit la sainte Écriture qui veut; personne ici ne regarde le pape comme infaillible, et lorsqu'il excommunia Lavardin à Rome , on

de Madame, on l'appelait Mme |a Duchesse : c'était HJI* de Kantes, nile naturelle de Louis XIV, mariée te î* juillet ICS5 m duc de Bourbon, Saint-Simon en a Tait on portrait un peu Inrrg, naît piquant : « Dana un taille contrefaite, mais qui t'aperce-

• voit peu, as figure était formée pour les plus tendres amour.',

• et son esprit étolt fait pour ee Jouer d'eux à aon gré. N'ai-

• niant personne, connue pour telle, on ne pou voit se défendre < de la rechercher. Enjoués, gale, plaisante avec le ael le plus

• 'in, elle avoit passé sa Jeunesse dans le frivole et dans les

• plaisirs. Beaucoup d'esprit, nuls peu de conduite pour le»

• christs de longs cours, méprisante, piquante et Tort capable de ■ haine, et alors méchante, Implacable, féconde en artifices

• noirs et en chinions des plus cruelles. •

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