‹ Correspondance complète de Madame duchesse d'Orleans née Princesse Palatine, mère du regent; (volume 3)Chapitre 21 sur 32 · DE MADAME LA · texte numérisé non relu

DE MADAME LA

A LA COMTESSE LOUISE

Verwtlle», î! itril 1703.

L'électeur de Hanovre ' est un égoïste sournois et dissimulé ; je m'en suis assurée depuis longtemps, car, quelque marque d'amitié que je lui aie témoignée, il ne m'a jamais donné aucun signe de confiance, et il a A peine voulu me parler; j'ai été obligée de lui arracher, pour ainsi dire, les paroles une à une, ce qui est une chose fort désagréable ; il est tout à fait dépourvu de bon naturel.

La reine d'Angleterre {veuve de Jacquet II) s'est montrée véritablement chrétienne et généreuse àl'occasion de la mort du roi Guillaume : beaucoup d'Anglais voulaient, lorsque cette nouvelle est arrivée, témoigner leur joie ; la reine a fait défendre de donner aucun signe d'allégresse, et elle parle de ce prince sans animosité. Je l'admire fort, et il est sûr qu'elle n'a pas mérite son malheur. Je suis persuadée que ma tante est maintenant plus heureuse qu'elle ne le serait si elle était reine d'Angleterre, car les Anglais sont des gens faux et bizarres.

Marly, SD avril 1T0I.

La duchesse de Brunswick a plus de motifs que personne de s'affliger du malheur survenu à sa fille; car si dès sa première jeunesse elle ne l'avait pas élevée dans la galanterie et la coquetterie, cette catastrophe

1 Depuis roi d'Angleterre bous le nom de George 1er. Madame appréciait assez exactement le caractère de ce prince peu aimable.

QB COimESPOKDhKCB

ne serait pas arrivée ' . Cette duchesse était d'une naissance fort obscure, et c'eût été pouf elle un honneur que d'épouser mon premier valet de chambre; elle peut donc regarder comme un bien grand bonheur pour elle d'avoir trouvé un duc de Brunswick qui ail voulu en faire sa femme. Je n'ai point dé peine à croire que té prince d'Anhalt ait voulu faire passer pour princesse la fille de son apothicaire ', mais qu'il y ait des princes qui aient été assez sots pour la reconnaître comme telle et pour accorder les honneurs de ce rang & une pareille créature, voilà ce qui est révoltant.

alarij, 3 juillet 1701,

l'ai appris hier, par une lettre de ma tante l'élec- IHce de Brunswick, la mort de notre pauvre Charles Maurice; j'en suis sincèrement affligée, et je vous plains du plus profond de mon âme.

Versailles, 39 jaillit 110!.

Si Charles Maurice n'avait pas si fort aimé le vin, 0 eût été un parfait philosophe; mais U a payé bien

1 II s'agit delà catastrophe arrivée à Sophie-Dorothée, femme de George , électeur de Hanovre , qui devint roi d'Angleterre., Le conte de Kœnigemarck , soupçonné d'être son amant, tut mis i mort, et l'électrlce enfermée pour le reste de sa vie dans une citadelle, nous aurons l'occasion de revenir sur cette sombre et mystérieuse affaire. Quant t la duchesse de Bruanriak, c'était une Française, Éléonore d'Eimler. Le duc n passlouna pour elle, l'épousa, et Madame ne put Jamais pardonner cette mésalliance.

1 Le prince Léopotd d'Anhalt Deseau , un des pins habiles généraux de l'Allemagne, épousa Anne-Louise Fochse, fille d'un apolhk'aire, mais aussi vertueuse que belle. L'empereur santlioima celle union, qui fut heureuse.

cher son défaut, car je suis sûre que l'ivrognerie a abrégé sa vie: il ne pouvait rester sans boire, et il s'était brûlé tout le corps.

Si la cour de France était comme autrefois, on pourrait y apprendre l'art de se conduire dans la vie; mais, excepté le roi et Monsieur, personne ne sait plus ce que c'est que la politesse : les jeunes gens ne songent qu'à d'horribles débauches; je ne conseillerais à personne d'envoyer ici ses enfants, car, au lieu d'apprendre quelque chose de bien, ils ne recevraient que des leçons d'inconduite ; vous avez donc bien raison de blâmer les Allemands qui envoient leurs en* fants en France; je voudrais que nous fussions l'une et l'autre des hommes afin d'aller à la guerre, mais c'est un souhait complètement inutile.

lUrly, ÎT Juillet 110S.

Ha fille et son mari sont encore si enfants que je suis toute tracassée loisque je la sais enceinte; Dieu veuille qu'elle nous donne cette fois-ci un garçon.

Marlj, 8 août 1102.

On a reçu la nouvelle que le roi de Suéde, avec douze mule hommes, a mis en déroute complète l'armée du roi de Pologne, qui était plus forte du double : ce loi k été blessé, et on ne sait Ou il s'est retiré ; il eût mieux valu pour lui de rester électeur de Saxe.

Hier, avant et après le repas, nous nous sommes promenés dans le jardin avec le roi afin de voir de fort beUts statues; elles coûtent coût mille francs les deux:

l'une est une Renommée assise sur un cheval ailé ; le tout est d'un seul morceau de marbre blanc; l'autre est un Mercure assis sur un cheval : on ne peut rien voir de plus beau. Je ne crois pas qu'on puisse trouver au monde un plus beau jardin que celui-ci.

Vous m'avez fait rire en me disant que le roi des Romains a entendu la messe à quatre heures du soir. A cette heure-là on ne La dit plus; on voit bien que vous n'êtes pas au fait des cérémonies catholiques. Je n'ai pas encore entendu dire que Landau fût pris, quoiqu'il y ait quinze jours qu'on prétende qu'il ne pourrait pas tenir davantage.'

Il me semble que les Allemands conduisent leurs sièges avec beaucoup de lenteur.

Fontainebleau, 29 septembre 170!.

J'étais sortie pour me promener en voiture dans la forêt, comme je fais tous les jours; mais à peine étions-nous parties que le cocher nous a versées tout net : une de mes dames a eu à l'épaule et au dos des coupures faites par une vitre cassée. 11 y avait sept chiens dans le carrosse; aucun n'a éprouvé le moindre accident. Je crains que la guerre ne fasse perdre à nos paysans de l'Allemagne tout ce qu'Us avaient pu ramasser depuis quinze ans. Je vous ai dit qu'il me semblait que quelque petit diable était toujours à l'œuvre pour m'empêcher de vous écrire; il ne se repose. pas, car depuis que j'ai commencé cette lettre, le roi est venu me rendre visite; ensuite, la duchesse de Bourgogne ; après, la princesse de Conti et une foule d'autres dames: c'est une procession; et il faut donc,

DB MADAME LA DUCHESGB D'ORLEANS. fi&

contre mon gré, que je termine ici en vous assurant de toute mon amitié,

Fontainebleau, (! «labre 170!.

Le prince de Taxis est une drôle de principauté ; si vous voulez compter de pareils princes, vous les trouverez par douzaines: c'est comme les Lobkowit2.ee sont des princes tout récents. J'espérais que, par suite des événements de la guerre, la reine des Romains resterait a Heidelberg et qu'elle y ferait un archiduc palatin. Nous autres comtesses palatines, nous avons fait, pour ainsi dire, les plus grands personnages du monde; mais à peine veut-on croire ici que nous soyons de bonne maison, et si un comte palatin arrive, un gueux de duc [lumpener herzog) viendra lui disputer le rang; cela me parait si violent, que j'en suis hors de moi, et toutefois la femme de mon fds trouve la chose fort juste; j'ai eu bien des disputes avec elle à ce sujet.

Je vous prie de me dire si la reine des Romains a logé à Heidelberg ; entre nous, l'électeur eût bien mieux fait de consacrer les vingt mille écus à rebâtir le pauvre château qu'à donner un opéra qui n'est nullement à propos à l'époque actuelle. Je n'ai maintenant que neuf petits chiens dans ma chambre; celui que j'aimais le mieux est mort cet été.

YsrMlllei, fl mil 1103.

Je ne sais si les ravages de la guerre et les grands incendies ont changé l'air du Palatinat; maïs de mon temps, à Heidelberg, à Manheim et dans les montagnes, il y avait bien des gens qui avaient plus do ,

5'0 CORRBBtWiDAWGB

cent ans. En toé promenant un joui- ptfès du Couvent dcNeubourg, je trouvai un homme qui avait cent dix ans. 11 y avait à Manbéim un homme qui avait cent deux ans, et sa femme cent. Mon 'frère m'a dit qu'à Meysaeinhcim il avait vu un paysan qui avait Cdnt vingt-quatre ans. Vous voyes bien que ces exemples d'une très-longue vie n'étaient pas rares,

Versailles, 7 ae|>tctubra 1703.

J'ai été deux fois au moment de mourir, et on dit que je suie à peine échappée à la mort; il y a aujourd'hui vingt-deux joure que la fièvre ne m'a pas quittée un seul instant.

Versailles, SB êéeemore 1703.

le Bavais bien que le prince dUssingen avait épousé une demoiselle de Lowenstein, mais ce n'est pas celle qui est maintenant â Francfort; vous donnez àsasœur qui est ici un beaucoup plus grand nom que celui qui lui revient : ee n'est pas d'Anjou, titre qui n'appartient qu'à des membres de la famille royale, mais Uangeau, et c'est bien différent; son mari n'est point un prince c'est tout simplement un gentilhomme'. Les vers

» lime de Dangeau était fille du comte te Lowetmeio, iè la maison palatine. Son mari, Jean de Courclllon de Daugenu, est Iris-aottreat mutiné dans lot récita de l'époque. • 11 aroit beau- « coup d'honneur et de probilé; 11 faisait des vers, étolt bien « fin, u« Bonn* initie et galant; le voll* tout a la cour, mâla - teujeufi subalterne » ( Bal nt -Simon), il est fort connu i càuM deaonTolumineu\/oBJ7ifl(,dontuiiinanuscritcoiapl*t*i^tdépaa* à la Bibliothèque nationale : c'est un recueil fort curieui et autaentlqiu de tout lu fait» parvenus a la eonntOaadee ft

air Sain t-Évremont ne sont pas justes ; U peut bien dire au fait ilu mopde et des arts, mais il n'a pas cherché

l'iulenr. L'article de la Vgraphle univertctlê a confondu les ÎH-Mf» manuscrits qui forment ce Journal aveu le* quatre cent* portefeuille* de Daugean remplie de pièce* originale» on Imprimée* de correspondance. Un extrait fort abrège* a para en 1T10, da reparu en JgOI. M«>e deflenlisen a piihlié un cboln en 1117 (4 roi. ht-8), et H» de Satory en fit, ta même année, l'objet de Asux volume* ln-11. Une édition, publie sur le* manuscrite originaux par «M. Paul Lacroli et A. Picnot, devait avoir don» volumes, mal* Il n'en a para que quatre, en 1B3S; elle fut Interrompue par le* événemenl* politique», funestes*, la librairie. Lemoutey, dan* ton EiMfiur Yitabllumtnt Monarchique de fort* XIV (ISIS), a mla au Jour un millier d'article* inédit* de ce Journal, ai ee de* note* de Saint-Simon, note* qn'll donne comme anonymes, et ce travail forme le quatrième volume dea enivre» de cet académicien (Paris, 18Î9, fi vol. in-8). Une édition nouvelle et complète, accompagnée de note*, a été entreprise tout récemment, et le premier volume vient de paraître eues MM. Firmln Dldot frère*.

Lemontey a dit aveo raison :

* La lecture de Dangeau exige beaucoup de réflexion, parce " que la bassesse des détail* et la platitude dn style y cachent

* continuellement des faite curieux et Important* qu'on cher-

* cherult vainement ailleurs. Ce singulier Suéloqe du dlx- ■ huitième siècle est un témoin d'autant plu* précieux qu'il ne

* croit pa» rendre témoignage- •

Savait-on. par exemple, que les mousquetaire* fussent une espèce d'hommes si débite* qu'il avait fallu leur donner un valet pour porter leur cuirasse? Un article nous apprend, que sou* Uni* XIV, les forçais entrés aux galère* n'en sortaient do leur vie, suit que leur condamnation fût à terme ou à perpétuité. Ça tait ne révèle-t-ll pas a L'instant la naturo d'un gouvernement dent l'arbitraire s'exerçait sur la chose qui en parait le moins susceptible, l'exécution de* arrêts? On Ut que Cavove se trouvant gêné dan* son Jardin de Lucienne par des voisina qui refirent de tul vendre leurs terres, le roi les achète d'autorité et lui en fait prêtant. Ce mot sulïtt pour donner la mesure du

Diou, et il n'était pas à l'école pour le connaître ' . Je

n'ai pas vu Samt-E vtemoiil , mais à en juger par son

droit de propriété à cette époque, et expliquer l'attachement des favoris bu pouvoir absolu. Pour qui sait le lire, Dangean est rempli de cet traita féconds en résultais.

H.Paul de Musset a inséré dons la Revue de Parti (1T juillet 1836) une notice Intéressante sur Dangeau et son Journal. 11 y relève, entre autres paragraphes singuliers, celui-ci :

* Ce matin on m'a dit que le bonhomme Corneille étoit mort. 11 avolt été fameux par ses comédies. ■

Du reste, si voua désirez savoir combien le roi faisait de passes heureuses en Jouant à la bague, combien il enleva de (êtes en carton dans la course & cheval, combien de coups de fusil furent tirés à la chasse, combien de faisans mis à bas, à quelle heure Sa Majesté s'en alla voler [c'est-à-dire faire voler dcsépervlen), voue le saurez au plus juste eu lisant le Journal de Dangeau. Les chansonniers du temps ne manquèrent pas de se moquer de lui j voici quelques couplets que nous prenons dans le recueil de Maurepaa :

Jean de Coure

lonatii

grand.

folie ;

EN? dans l'âge g

iion preo

dre femme jolie,

aiipe

Jean de Coure

i.erti

c-gie;

Elle lui dit : D

Jean de Coure

Ion, par

prudhom

n potion

pour

Lire la bo

Ilie

Du prétendu pi

uponqu'

«ira

de Sophie.

1 Saint -Évremont fut un correspondant assidu de la célèbre Ninon de l'Enclos; il mourut en 1703, âgé de quatre-vingt-dix

« Sa vie se partagea en deux moitiés bien distinctes. Jusqu'à

c l'Âge de quarante-huit ans, Il vécut en France à la cour, i

• l'armée, d'une existence brillante et active ; une longue lettre

■ de lui, très -spirituel le et très- malicieuse sur le traité des Py-

■ rénées et contre le cardinal Uaiarln, trouvée lors de l'orrea-

■ talion de Fouquct, irrita Louis XIV, qui ordonna de mettre « l'autour ù la Bastille. Averti à temps. Saint- Évremont quitta

portrait, et sauf la loupe qu'il a su visage, il ressemblait à Chevreau. Je crois qu'à l'âge où il était, M** de. Mazarin pouvait bien le voir fréquemment et avec intimité, sans crainte de scandale.

Versailles, 11 février 1104.

On trouve ici tort peu de femmes qui ne soient pas coquettes de leur nature, et il est excessivement rare qu'on en rencontre qui ne le soit pas. Devant Dieu la chose est peut-être très-répréhensible , mais devant les hommes elle est regardée comme un jeu. Les coquettes se flattent que Notre-Seigneur ayant montré, d'après la sainte Écriture, tant de charité pour les personnes de leur espèce, il aura aussi compassion de leurs faiblesses : l'exemple de Marie-Madeleine, de la Samaritaine, de la femme adultère leur sourit. Il ne faut pas croire qu'on se lasse de la coquetterie; on ne peut plus s'en passer, pour ainsi dire , et on ne s'en fatigue jamais.

Versailles, 30 mars 1104.

Je n'ai pu faire la bonne oeuvre d'observer le jeune; je ne puis supposer le poisson, et je suis bien persua-

• la France et se réfugia en Hollande, puis en Angleterre, et

■ vécut quarante- deux ans encore d'une vie de curieux et de

• phi'oBophe, irèa-goùté, très-recherché dans la plus haute so-

• «été. Ce qui contribua beaucoup i adoucir sa disgrâce, c'est

• qu'il vit bientôt arriver eu Angleterre la belle duchesse do

• Ûazarin, la nièce même de celui qui était la cause première de

• sou malheur; Il s'attacha à elle et l'aima pour ion esprit,

■ pour ses qualités solides, autant que pour sa beauté. »

74 CORRKBPONMNr.lï

dée que l'on peut faire de meilleures œuvres que de gâter son estomac en mangeant trop de poisson.

Comme j'ai l'honneur de connaître le roi de Pologne, je suis peinée pour lui; mais il faut convenir qu'il a fait une grande folie en se faisant roi de Pologne.

A parler franchement, il me semble qu'en Allemagne on se conduit maintenant d'une façon si extravagante, qu'il semble que les Allemands ne sont plus des Allemands. D'après eequej'en apprends, je ne m'y reconnais plus, et il faut que tout soit changé d'une manière inouïe.

Venaille», I8nrH1704.

Vous me faites rire avec votre répugnance a insérer dans vos lettres des mots français; c'est, du reste, une très-sotte habitude que des gens ont prise, comme si l'allemand ne suffisait pas pour exprimer toutes les idées; je crains qu'à la longue l'allemand ne se corrompe au point de ne plus être une langue du tout.

Êtes-vous assez simple pour croire que les catholiques n'ont aucun des vrais fondements du christianisme ï Croyez-moi, le but du christianisme est le même chez tous les chrétiens : les flSérences qu'on voit ne sont que des chansons de prêtre (pfaffen gesang) qui ne concernent pas les honnêtes gens ; mais ce qui nous concerne est de vivre bien et chrétiennement, d'être miséricordieux, et de nous appliquer a la charité et à la vertu. Messieurs les prédicateurs devraient s'appliquer à recommander cela aux chrétiens,, et ne pas se quereller sur une foule de pointe,

comme si on les comprenait, mais cela diminuerait beaucoup l'autorité de ces messieurs ; aussi ne s'occupent-ils que de ces disputes, et non de ce qui est le plus nécessaire et le plus essentiel.

L'ivrognerie n'est que trop à la mode parmi les. jeunes femmes ' , mais on est ici dans une complète satisfaction. On ne pense qu'à amuser la duchesse de Bourgogne & force de collations, de présents, de feux d'artifice, et autres réjouissances. J'ai tu récemment quelques Allemands, entre antres un comte de Wied, qui a le teint aussi blanc qu'une dame, et qui servait dans les troupes du Palatinat ; il a été pris auprès de " Spire, ainsi qu'un Hattenbach de Cassel, lequel est un très-brave homme, et qui parait de la bonne et digne souche allemande, telle qu'elle était de mon temps.

' De car! eux détails sur l'Intempérance des femmes, à la On du grand ilède, te rencontrent dan* la aatant onvraae de MM. Frin» ti»que Michel et Edouard Fournler, Histoire dut Mtelleriei, cabarets, tmtrtUlet, IBM, t. 11, p, 39t. M"»da Vllledieu, romancière alors renommée, mourut des suites d'une ivresse, Coulangea disait dans nn de ses couplets .'

Mademoiselle L'Héritier Uncait

Trouïoii-nn de 11 flaire t Se piquuit-ou d'un estomac Qui Mtti propre à boireî Certaine! damei île ee lempi L'emportent pour en beau Sur Je«r.daWerth, Sut Jeu de Vterlti.

76 COflBESHMtDÀNCB

VeruMw, 30 novembre i 70*.

On dit que le second fils du prince d'Harcourt s'est enfui, et qu'il est à Vienne; il se plaint, à ce qu'on prétend, de ce que son père et sa mère veulent, contre sa volonté, en faire un ecclésiastique.

Mariy, Il Jantler 1106.

Les cavaliers boivent aussi volontiers avec la femme de chambre qu'avec sa dame, lorsque celle-ci est coquette; mais, à dire vrai, ce n'est pas tant ces filles qui boivent ici jusqu'à l'ivrognerie que des personnes de bien plus grande qualité.

le n'ai jamais aimé beaucoup les bals masqués, et il me semble que M™8 de Delmont est d'un âge à y renoncer. J'ai entendu dire que mon oncle Rupert' l'avait séduite en lui promettant de l'épouser ; mais ce n'est pas exact : il la trompa en faisant célébrer Un prétendu mariage par un laquais qui s'était déguisé en prêtre; c'est ce que des Anglais m'ont assuré ; elle était alors fort jeune.

Veruillea, H février 1105.

Je ne puis vous dire combien j'ai été frappée en recevant ce matin l'affreuse nouvelle deJa mort de notre ch^re reine de Prusse '. Je ne saurais vous exprimer à

i U comte Rupert, frère de l'électeur Charles-Louis, et commandant les troupes ds Charles 1er lors des pierres civiles de l'Angleterre.

• * Sophie-Charlotte, femme de Frédéric 1". Elle était fille d< Sopble, «lectrice de Hanovre, c'eut- a- dire de cette tante dont Madame parle souvent.

DE MADAME LA DUCHESSE b'oRLÈAKS. 77

que point j'en suis troublée, et combien cela me donne d'inquiétude au sujet de ma tante l'électrice. Mes yeux me font tant de mal que je ne puis écrire davantage, car je n'ai cessé de pleurer1.

Marlj, 19 terrier 1105.

Ce n'est que mercredi dernier que j'ai reçu votre lettre du 6 de ce mois. Cest une misère que la façon dont va la poste aujourd'hui. Du temps de H. Louvoîs on lisait les lettres aussi bien qu'à présent, mais on les remettait du moins en temps convenable ; maintenant que ce crapaud de Torcy a la direction de la poste, les lettres se font attendre un temps infini, et jamais, de ma vie, je n'ai été plus impatiente de recevoir des nouvelles de Hanovre, car je suis fort inquiète au sujet de ma tante.

Vendues, 6 mm 1105.

Je n'ai jamais de ma vie, si ce n'est à la mort de Monsieur, été plus troublée et plus désolée qu'en apprenant la mort de cette belle reine enlevée si vite, et dont je déplore la perte de toute mon âme. Je ne puis comprendre qu'on n'ait pas aussitôt emmené ma tante: rester dans la maison où est le corps mort, c'est quelque chose d'affreux et qui renouvelle la dou-

1 La relue de Pmise vil les approches de la mort avec la plus grande fermeté ; on lui parla du désespoir de son mari : « Je suis fort tranquille, répondit- elle ; le soin de me taire taire de magnifique* obsèques, le distraira; pourvu que rien ne manque A cette cérémonie, Il sera consolé de tout. ■ Elle avait rencontré Juste (ThlebauU, Souvenirs, 1. 1, p. îîB).

leur d'heure en heure. Je suis restée plus de dix nuits sans pouvoir dormir, tant j'étais inquiète au sujet de ma tante. Il vaut mieux qu'elle ne se contraigne pas pour retenir ses larmes, ee qui est fort malsain, mais qu'elle les laisse couler. Si j'avais eu le choix, j'aurais voulu mourir avant cette bonne reine, qui aurait pu consoler ma tante de ma perte. Il est bien vrai que de pareils événements font faire bien des réflexions morales ; ils me rappellent le cantique luthérien au sujet de la mort que j'ai souvent chanté lorsque j'étais à Hanovre .

Mflrtj. 1* avril 1105.

Je ne manque jamais de lire la Bible; hier je lui les psaumes 54 et 55, les chapitres 14 et 15 de saint Matthieu, et 3 et 4 de saint Jean. Ce matin, je n'ai pu rien lire, car nous avons été à la chasse du cerf. Je n'ai nullement approuvé qu'on maltraitât ici les réformés ; niais oa voit bien qu'il ne faut s'en prendre qu'à la politique; ce sont d'ailleurs des sujets qu'on peut traiter en tèioà-tôic, mais qu'il ne faut pas aborder par la voie de la poste. Je suivra; donc votre, bon exemple, et je parlerai d'autre chose.

Le jubilé n'a pas encore converti tous les abbés; il s'en trouve encore bon nombre à Paris qui font la cour aux dames ; je n'ai jamais pu comprendre de ma vie qu'on put être éprise d'un ecclésiastique. Ni vous, ni votre sœur n'êtes coquettes, et je puis bien dire: je reconnais mon sang. Ce qui empêche ici de contracter des amitiés sincères, c'est qu'on est sûr de ne pas trouver de réciprocité : il n'y a qu'egoïsme et du-

plicité ; il faut donc ou vivre dans une bien triste el ennuyeuse solitude, ou se résigner à beaucoup de soucis. A ce que je crois aussi, vous partagez l'opinion qui est exprimée dans l'opéra d'Alceste .

l'hymen désirait li tendreus,

Voulej ton» limer uni ctsit,

Et un cavalier qui est mort l'an passé disait :«Quel amour quon puisse avoir, dais qu'on entre au lit d'hymen, l'amour sort du cœur. »

Harlj, 5 mai 170.1.

Je ne sais si ma tante vous a dit que mon fils a découvert que l'air du cantique : TorGottteill iek nieht lassm, est une entrée de ballet du temps deCharlesVII.

JJiidj, ie m»i 1706, Quoiqu'a dîner nous soyons ici quatorze ou seize personnes à table, tout est plus calme que dans un réfectoire de religieuses : chacun se tient à part soi et ne dit pas un mot, et personne ne songe & rire.

Yemlllo, 19 mai 11M.

Un docteur disait une fois ici, comme on lui demandait pourquoi les enfanta de la reine n'étaient pas sains comme les enfants le sont ordinairement : ■ C'est que le Roy n'apporte que la Rinsure de ses veres à la Reine.» Ù peut bien en être de même du roi des Romains; ce n'est pas un secret que l'empereur actuel est un galant à outrance ; tout le monde en parle '.

' Cet empeKur ut Leopold Ier.. bon ûli, jowpb 1«, malt

80 court espondanci;

Vernilles, «Juillet 1T0S.

On ne m'a jamais grondée pour dormir à l'église; je m'y suis donc si fort habituée, que je ne puis m'en défendre : le matin, je n'y dors pas ; mais le soir, après dîner, il m'est impossible d'y rester éveillée. Je ne dors pas à la comédie, mais très-souvent à l'Opéra. Je crois que le diable s'occupe assez peu si je dors ou non & l'église : le sommeil n'est pas un péché, mais le résultat de la faiblesse humaine.

Versailles, S tout 170&.

Beaucoup de Françaises, surtout celles qui ont été coquettes et débauchées, aussitôt qu'elles sont devenues vieilles et qu'elles ne peuvent plus avoir d'amants, se font dévotes, ou du moins se donnent pour telles ; mais elles sont ordinairement fort dangereuses, car elles sont envieuses et ne peuvent souffrir

Venantes, 18 août ITOfi.

Ha tante m'a annoncé le mariage de son petit-fils l'électeur de Brunswick avec la princesse d'Anspach '.

été proclamé roi des Romains en 1690; ta femme, la reine dea Humains, dont Madame parle quelquefois, était une princesse de Hanovre, Wilbetmioe-Amélie. Léopold, marié trois fois, eut dix enfants : cinq seulement lui survécurent. On peut remarquer que ce goût pour les plaisirs, que Madame signale chei lui, se montra de même cbei un de tes successeurs, Léopold II, an sujet duquel H. de Lamartine, dans ion Histoire de* Girondinj, Indique d'étranges particularités.

1 Ella fut plus tard princesse de Galles; c'est i elle que sont adressées un grand nombre dea lettre» que noua pnhlion»,

J'en suis bien aise, car on m'en dit beaucoup de bien. Dien veuille que ce mariage soit heureux!

H me semble qu'il n'est pas convenable pour un prince d'aller en manteau comme un bourgeois, et je trouve que le manteau est un costume beaucoup plus déplaisant que le grand habit; les cornettes, surtout, sont choses que je ne puis souffrir. Hais il faut, ma chère Louise, que je m'arrête; je sue d'une façon inouïe, la chaleur est extraordinaire. Voici deux mois qu'il n'est pas tombé une goutte de pluie, et les feuilles sont comme grillées sur les arbres.

Harlj, 11 septembre 1705.

La mort du comte de Zeli me cause une peine sincère, car j'avais pour lui une véritable afTcction ; je ne m'informe pas de sa femme, car elle ne nous a pas fait honneur, au contraire ; aussi je n'en dirai rien.

S novembre 1105.

Ne croyez pas que ceux qui parlent tant de la dévotion et de ta crainte de Dieu soient les plus dévots; ils n'agissent souvent ainsi que pour avoir comme un manteau qui leur sert à cacher beaucoup d'iniquités; la vraie dévotion est une grâce de Dieu qu'il ne donne pas à tous les hommes ; elle consiste, je crois, dans l'amour de Dieu et dans la charité.

VemllU*, Î6 corembra 1705.

Vous me faites rire quand vous parlez des effets de ma protection ; c'est une triste ressource, et je suis, comme on dit ici proverbialement, c de ces saints qui

no guérissent de rien a, et qui ne peuvent faire que des souhaits en faveur de ceux qui les implorent.

Versailles, 3 décembre 1105.

Le monde ett pire encore que vous ne l'imaginez, et on ne peut se faire une Idée de tous les vices qui dominent; je connais un homme- tellement dépravé, que ses excès s'étendaient jusque sur des animaux. Depuis que je le sais, je ne puis le voir sans horreur; il était au service de Monsieur : il était un vrai misérable et tout à fait dépourvu de raison '.

Versailles, Il décembre 1706.

Les prédicateurs sont ordinairement assez peu amusants; il me semble qu'on perd le respect pour les ecclésiastiques lorsqu'on les voit si souvent et de si près; car il est sûr que ce sont des hommes comme les autres.

Le Malade imaginaire n'est pas celle des comédies 4e Molière que j'aime le mieux ; Tartufe me plait davantage.

Il arrive fort souvent que des femmes enceintes ne peuvent manger de la viande sans se trouver incommodées ; j'ai été dans ce cas : on mange volontiers ce dont on a pris l'habitude dans sa jeunesse. Voici trente-quatre ans que je suis en France, et je n'ai pas

1 Hidaaie, B'adwuant i ans tœur non mariée, entre Ici dam de si étranges détails qu'ils ne sauraient s'exprimer qu'en latin ; noue savoH» que le lecteur français vent être respecté, et noua UlHDBi de coté la taie allemand de cette lettre et d'une autre datéo de Fontainebleau, 10 feplvmbre U05.

encore pu m 'habituer à la cuisine de ce pays; je ne mange aucun ragoût.

Tenaille», » février" JTOB.

Le café n'est pas aussi nécessaire aux ministres protestants qu'aux prêtres catholiques, qui ne peuvent se marier, car il rend chaste '.

YarMUUMwrotfM.

On ne danse plus en Allemagne comme autrefois, et en n'y rit plus ; je ne trouve pas qu'il y ait sottise à s'égayer, car la joie est très-bonne pour la santé ; ce qui est sot, c'est d'être triste, car cela rend malade et ne sert a. rien. Je n'aime pas du tout les danses1 françaises : un éternel menuet me semble insupportable.

Vmalile», H man HOS.

le sais bien pourquoi mon lettres voua parviennent irrégulièrement; c'est la faute du directeur des postes: il veut les lire toutes, afin d'en faire des extraits qu'il montre au roi de la façon qui lui convient, et comme ii ne sait pas beaucoup l'allemand, il faut qu'il les fasse traduire, le ne lui sais nullement gré de son attention.

Marly. Î5 mars 17 06.

Si mylord Lincoln avait prononcé son nom comme

1 Nom ignorons si le café possède la vertu que signale Mallame, mais nous savons qu'un Autrichien, J. F. Reuech, dans ma DisputaUo medico'dlmtetiea (Tienne, 1623, in-i), devenue tort rare, conseille d'interdire aux moines l'usage du vin et du chocolat, dans la crainte du scandale qui peut rénlter de l'habitade de ces b oissons échauffantes.

vous l'écrives, ma chère Louise, un des gardes du corps de Monsieur n'aurait pas fait à Saint- Cloud la réponse qu'il a faite : c'était en été et vers dix heures et demie du soir; nous étions à la fenêtre, Monsieur et moi, et nous attendions que l'on annonçât le souper. Tout d'un coup nous voyons arriver une voiture à six chevaux, et quelqu'un en descend. Monsieur crie : «Qui est-ce cela qui ariveî» Un garde dit : < Ma foy, Monsieur, je n'ose le dire à Votre Altesse Royale. > Monsieur dit : * Qu'elle sotisse! je veux savoir qui sest. > Le garde dit : ■ Hé bien, Monsieur, puisque vous le voulles savoir, son nom est une sotisse, cari il y a du ... ' en sou nom. * Je crus que Monsieur allait mourir à force de rire.

VeruiiiM, m iTrtinoe.

Vous êtes trop dévote pour aller le dimanche au spectacle; mais je crois qu'une visite est plus dangereuse que le spectacle, car il est difficile, dans une visite, de ne pas médire du prochain, ce qui est un plus grand péché que d'aller à la comédie. Je*n' approuverais pas qu'on allât le dimanche au théâtre au lieu de l'église; maïs après avoir rempli ses devoirs envers Dieu, je crois que le spectacle est moins dangereux pour une conscience scrupuleuse que la conversation.

Verullltt, 30 mal 1100.

Mercredi dernier, j'écrivis à l'électrice une lettre

1 Nous sommes forcé de laisser en blanc ce que Madame écrit en toute» lettre» dans un français, que noua reproduisons

M MADAME LA DUCHESSE D'OItLÉÀSS. 85

d'une longueur si inouïe', qu'il me fut impossible de vous répondre ce jour-là. Est-il possible que vous croyiez que le jeune roi d'Angleterre ' soit un enfant supposé , et non le fils de la reine ï je gagerais sur ma tête qu'il est parfaitement légitime : d'abord il ressemble à la reine sa mère comme deux gouttes d'eau; ensuite je connais une dame qui a assisté i sa naissance, qui n'était pas du tout amie de la reine, et qui, pour dire la vérité, m'a avoué qu'elle était venue làafin de tout surveiller; elle m'a déclaré qu'elle avait vu l'enfaut retenu par le cordon ombilical, et qu'il

d'ailleurs fidèlement. Singulière) aneedoetca à raconter à mu

1 Einen so unerharten langen Britff.

' Charles-Edouard, fils de Jacques II. Sa légitimité fut vivement attaquée dan* divers libelles du temps. Citons entre autres la Consultation de l'oracle par tel puissances de la terre, pour savoir ii le prince de Galles ( sic ) est supputé ou légitime (Whitehall , i U83 ; ; le Roi prédestiné, par l'esprit de [.oui* XIV, avec plusieurs lettrée concernant l'accouchement de la relue d'Angleterre (Cologne, s. d., 1688); Lettre du père de La Chaise au pire Péter*, confesseur du roy d'Angleterre, sur le ton succès qu'on a eu à faire et à inventer te prince de Galle* (Imprimé en 168S, qui est l'an de la tromperie); la Couronne usurpée et lé prince supposé ( 1689); l'Ancien bâtard, protecteur du nouveau (1000); le Retour de Jacques II à Part* (Cologna, 1696), comédie que M. Paul Lacroix (note Insérée an catalogue Plxerécourt, p. 150} croit pouvoir attribuer * Le-

Ce» écrits ne sont pas d'accord entre eux : les uns affirment que le fils de Jacques H, connu plus tard soua le nom du Prétendant, fut un enfant siîbstitué pour amener le dénouaient d'une feinte grosswse; d'autres consentent i lui laisser la reine pour mère, mais ils attaquent vivement les mœurs de cette princesse. Dans une comédie satirique. Imprimée e> nos.

86 COttRESPOITOANCE

était très-posilivemttflt le fils de la reine. Comme les Anglais se conduisent parfois assez singulièrement avec leurs rois, et qu'ils n'ont pas encore tu d'étrangers sur le trône, on n'a pas beaucoup d'empressement à devenir leur souverain.

VEspédUion d'Ècoue au le retour du prince 4t Galles en France, l'auteur fait dire au rai Jacquet ;

Je voahu, par l'aiia d'un jésuite ptrt en,

Faire la reine groue un jeux de l'uiiiar* ;

lu bqom reutit; la roint en typarenee,

Pau une obaeurité de nocturne lilenw,

Hit au monde mi enfuit né depuit plut d'un mail.

Car il était le fis d'un dei moindres bourgeoii.

«ans frontons dans les recueils manuscrits un quatrain fort mordant et qui, pour ainsi dire, coupe des deux cotes :

A Jacques ilisoit Louis :

De Galle eat-il votre fils ?

Ouî-d*, par talute Tbirise,

11 existe aussi des caricatures sut le mène sujet. Le catalogue de la bibliothèque de H. Leber, t. IV (18S2), n° 589, en indique une gravée par Romain de Hooglte : l'Europe alarmée pour le fils d'un meunier. Les ennemis du roi Jacques soutenaient que l'enfant avait été Introduit dans le lit de «a mère au moyen d'une bassinoire. Ou voit figurer cet ustensile dans un grand nombre de caricatures du jour. Dans une de ces caricatures, Intltuléeuae FamiUt-enfAotiçue, onaperçoltlareineMarle de Modène assise près d'un berceau, auprès d'elle un jésuite qui parait avoir des façons assez familières; l'enfant, dans le berceau , tient un petit moulin qui indique la condition de ses vrais parenUi

M. de Slsmondi a bien apprécié ce prince, a Le Prétendant* fils de Jacques II, était d'une constitution faible, maladive, mélancolique; sa dévotion était excessive; a Fumée on rendit témoignage de sa bravoure : un courage d'esprit n'y répondit

lUrij, » an|| llûft.

L'histoire du valet de chambre de H. de Degenfelt est plaisante ; elle me fait souvenir de ce qui est arrivé une fois à mon fila; il est comme tous les Français qui ne savent pas bien parler l'allemand. Je lui avais fait avoir un maître d'allemand, et après qu'il eut étudié pendant quatre apnées entières, je lui dis qu'il fallait qu'il me parlât quelquefois en allemand. Un jour nous étions dans la galerie {de Versailles) ; je ne sais ce qui se pasga d'étrange ; mon fils voulut citer la proverbe allemand ; 4rt ItUst nicht von Art (bon chien chasse de race).

II prononce avec emphase et comme une belle sentence : Arsch lds.it nicht von Arseh '. Je tressaillis, je crus qu'il voulait dire quelque saleté ; je lui criais : Drôle, taiset-vous. J'examinai ce qu'il voulait dire, et je reconnus qu'au Tait son idée était fort simple ; il avait été témoin de quelque chose de singulier qui lui avait mis en tête le proverbe. Lorsqu'il m'eut expliqué en français oe qu'il avait voulu dire, je lui appris la différence entre art et arsch ; il rit à s'en rendre iua- 'ft'le, et il dit qu'il voyait bien qu'il ne pouvait ap<prendre l'allemand ; depuis, il l'a complètement négligé,

tkrfy, SO mil 170t.

La mort de la femme de mon frère m'est allée au cœur ; elle a eu une mort fort douce, à ce que m'écrit

1 Art, espèea, race; Arsck, le dciriiuK.

88 GORIIESPONDANCE

M. Voss, qui, par ordre de l'électeur de Saxe, m'en a

envoyé une relation complète.

VeruiiLles, 3 Juin 1106.

On fait bien à Hanovre de s'amuser ; cela est salutaire et prolonge la vie; mais ici la mode en est bien passée. L'exercice fait plus de bien que l'emploi des remèdes, et je vois que ceux qui se droguent souvent ne se portent pas mieux que ceux qui n'ont point recours aux remèdes; aussi je n'en use point: je sais ce qu'il faut à ma santé, et je laisse les docteurs parler tant qu'ils veulent. En Lorraine, on entretient encore un bouffon ; ici on est devenu trop grave, et il n'y a plus qu'une conduite sens dessus dessous et sans mesure, ou une gravité roide.

Vsmilto, 12 Juin 1706.

Je sais Sien ce que c'est que de s'exposer à la chasse à un soleil brûlant ; il m'est arrivé biea des fois de rester à la chasse depuis le matin jusqu'à cinq heures du soir, et en été jusqu'à neuf heures; je rentrais rouge comme une écrevisse et la figure toute brûlée: c'est pourquoi j'ai la peau si rude et si brune. On ne fait pas attention ici à la poussière; j'ai vu dans des voyages une poussière telle, qu'on ne pouvait se voir dans le carrosse, et cependant le roi n'ordonnait pas aux cavaliers de s'éloigner un peu. Le grand air la nuit ne fait aucun mal. A Marly, je me promène souvent au clair de lune.

* Marlj, î« juin HOC.

Ha vie, qui était tranquille, va être livrée à bien des

DE MADAME LA DUCHESSE D'gRLÉANS. 89

soucis, car mon fils part dans huit jours pour l'Italie, où il prendra le commandement de l'armée : il aura bous lui le maréchal deVillars; M. de Vendôme commandera en Flandre, sous l'électeur de Bavière ' . .

11 faut espérer que le bonheur du roi reviendra et Harlborough sera battu'. S'il arrive quelque malheur au roi & cause d'une femme, ce ne sera pas à ht reine Anne qu'il faudra s'en prendre, mais à une autre que je connais. Faisons toutes des vœux pour la paix. Adieu, j'ai encore trois lettres a écrire, et j'ai déjà écrit vingt-quatre feuillets à ma tante; il faut donc que je termine.

Marlj, SU Juillet 1706.

Le roi de Prusse s'évertue pour avoir autour de lui le plus de cérémonial possible ; c'est ce que je ne puis comprendre, car je suis, comme vous savez bien, ennemie jurée des cérémonies. J'ai fcrodé pour ma tante une jupe que je lui envoie et qui n'est pas vilaine ; des fleurs naturelles avec un feston d'or Eurun fond noir : les modes allemandes ne sont pas autre chose queJes françaises, car on ne porte pas en Allemagne d'autre costume qu'ici.

1 Les cbnnfcumlflri de l'époque n'épargnèrent point Vendôme, dont le cynisme effronté était un scandale que le roi fallait femblsnl d'Ignorer, car il avait besoin de» talent) de ce général. Oo chantait tout haut:

la croii le gentil Tendant Mut propre à itUmiit Sodtat Qu'à biUrt le fimii Angloi».

1 La princesse, aasex mal disposée en général en tuteur des armes françaises, fait des vœux peur elles, parce que son fils est * U télé d'une armée.

..:■,.:■ ,,C00yIc

COnftBBPONDANCE

Vwwiilm. 13 uût tlOe.

Ma tante l'abbesse dé Maubuisson est, depuis la mois d'avril, dans sa quatre-vingt-cinquième année; elle a quelque peine à parler et à marcher, mais elle dort bien, mange bien, et elle est toujours de bonne humeur; nous pouvons donc espérer que Dieu ne mettra pas de sitôt un terme à ses jours. Les Anglais ne peuvent se souffrir les uns les autres, c'est ce que nous voyons bien à la cour de Saint-Germain ; ils y vivent comme chiens et chats. le n'ai jamais entendu parler du philosophe Spinosa; était-ce un Espagnol? 11 me semble que ce nom est espagnol. 11 est tout à fait faux que mon fils ait été mal reçu à l'armée ; il est devant Turin, et je crains fort que le prince Eugène, qui avance vers lui, ne lui donne bien du mal; je suis dans des angoisses à cet égard, et cette nouvelle, qui est arrivée hier, m'a réveillée plusieurs fois cette nuit.

Versailles, 9 septembre 1706.

Ha fille ne perd pas de temps pour avoir des enfants; elle est mariée depuis huit ans, et la voici enceinte pour la huitième fois. Je suis extrêmement tracassée aujourd'hui, car je suis très-inquiète au sujet de mon (ils, qui est plongé par-dessus les oreilles dans ce siège de Turin, et qui se donne tellement de mouvement, que c'est merveille s'il est encore en vie; ensuite je compte sur une lettre de ma tante, et je n'en ai pas reçu.

DE MADAME LA DUCHESSE D'oKLEANS. 91

Vertaille». IflitjitmbW 1706.

Amélie m'a écrit ce qu'elle a répondu au rai de Prusse et m'a fait force plaisanteries ; je lui aurais répondu sur le même ton, mais depuis avant-hier j'ai perdu toute envie de rire et de plaisanter. On a reçu la nouvelle que les ordres de mon fils n'ayant pas été suivis, les lignes devant Turin ont été forcées; mon fils a reçu deux blessures graves : l'une près de la hanche, mais dans les chairs seulement; l'autre est un coup de feu dans le bras droit, sans que l'os ait été cassé; le chirurgien assure qu'il n'y a aucun danger; Dieu le veuille ! J'écrirai & Amélie et je répondrai à deux de ses lettres, mais j'ai encore aujourd'hui quatre lettres à écrire : on m'accable de lettres au sujet du malheur de mon fils.

Vereaillp». 24 w iilrmtare 1706.

Depuis deux jours je n'ai fait que pleurer; on m'assure que mon fils n'est pas en danger, mais ses souffrances me désolent : j'ai les yeux si enflés et si rouges que je ne peux plus y voir,

Venwlllei, 30 Mplenbre 170S.

Le siège de-Turin et la catastrophe qui l'a terminé ont failli coûter la vie à mon fils ; il a reçu une terrible blessure, mais depuis le 24 il est hors de danger. Cela me fait encore plus soupirer après la paix. J'ai été trois jours tellement tracassée, que je crois que j'aurais perdu la tête si cela avait duré. J'ai dit depuis longtemps qu'il Faudrait faire lutter ensemble les deux

b2 CORRESPONBAKCE

rois d'Espagne ' : celui qui aurait le poignet le plus robuste aurait l'avantage, et ce combat singulier, pour décider du sort du royaume, serait plus chrétien que de faire verser te sang de tant d'hommes.

Marlj, 4 novembre 1700.

Plus on est dans une position élevée, plus on doit être poli, afin de donner -l'exemple aux autres; il est impossible d'être plus poli que le roi, mais ses enfants et ses petits-enfants ne le sont pas du tout. Si je pouvais avec convenance revenir en Allemagne, vous m'y verriez bientôt ; j'aime beaucoup ce pays , et je le trouve plus agréable que tout autre, parce qu'il y a moins de ce luxe dont je ne me soude pas, et plus de cette droiture et de cette franchise que je recherche ; mais, soit dit entre nous, on m'a mise ici contre mon gré; il faut que j'y reste et que j'y meure. 11 n'y a pas apparence que nous nous revoyions dans cette vie; ce que nous deviendrons, Dieu seul le sait.

Verwillei, 18 novembre 1700.

H"* de Poellnitz a raison de suivre le conseil de saint Paul : « Celui qui se marie fait bien, celui qui ne se marie pas fait mieux.» C'eut été aussi mon avis, si j'avais pu agir selon mon idée ; mais mon destin a été différent. Je puis vous donner de bonnes nouvelles de mon fils; il est arrivé ici lundi dernier, en poste,

' C'est-à-dire le» deux prétendante su trône d'Espagne, Philippe V, petit-fils 4a Louis XIV, et l'uehiduc Charte», qui fut plu» tard empereur sous le nom de Charles VI.

* DE MADAME I.A DUCHESSE u'OBLÉANS. 03

& l'improviste; il est, grâce h Dieu, en bonne santé, mais il restera estropié toute sa vie; il ne peut remuer que le pouce et le premier doigt': les trois autres sont recourbés, et il ne pourra jamais les étendre; s'il n'eût pas porté de cuirasse, il aurait reçu quinze blessures mortelles,

Verwllle», 2 décembre 1700.

Nous avons ici la sœur et la nièce du comte de Frise : la nièce est ua bel homme1 et la mère a de l'esprit; elles brillent fort ici.

Je n'ai de ma vie rien vu de plus affreux que la paix Que le roi Auguste a conclue ! ; il faut qu'il ait été fou pour avoir signé de pareilles conditions : je ne l'aurais jamais cru aussi peu attaché à l'honneur, et j'ai honte pour l'Allemagne de ce qu'un de ses rois se montre aussi dépourvu de courage et de fermeté.

Mon fils va bien mieux : il est allé au bal, et il peut maintenar ît étendre tous les doigts et jouer de la flûte ; j'espère que les eaux de Bourbonne, où il ira ce printemps, le guériront complètement.

VemiltM, 9 décembre 1100.

Je vous remercie de m'avoir envoyé la gazette; je vois ainsi ce qui se passe en Allemagne, et, quoique ce ne soit plus des choses nouvelles, il vaut encore

' Eln tehoena Mentch, c'est-à-dire une belle femme. Nom wwm dit que cet locutions étranges «talent très-fimllière* i

1 Li paix d'Altranitadt.

mieux apprendre du vieux que de ne rien savoir du tout.

Versailles, 13 décembre I10G.

Tous les c... ' devraient faire une pension au docteur piétisle, en ce qu'il prêche si fort contre l'adultère : si chacun lui donnait un écu, il serait bientôt très-riche ; mais il mérite d'être puni pour avoir écrit contre le roi de Prusse. Il y a aussi ici une espèce de piélistes qu'on appelle quiétistes, mais ils valent mieux que les piétistes d'Allemagne; on ne dit pas qu'ils soient débauchés. Le dernier roi de Siam, lorsque notre roi le fit engager à se convertir au christianisme', répondit qu'il croyait 'que l'on pouvait fi In; sauvé dans toutes les religions, et que Dieu, qui avait voulu que les feuilles des arbres ne fussent pas toutes exac-

1 Hanerey. Nous laissons Ici en blanc un mot que Molière et Paul de Kock n'ont pas craint d'écrire en toutes lettres en tête de certains de leurs ouvrages.

* Voir une note de M. Walckenair, dans son édition de La Bruyère (184 5, p. 751). Il exista une lacune dans l'histoire de Louis XIV, relativement aux négociations qui eurent lieu sous aou règne entre la France et cette puissance asiatique. Elles furent une portion d'un vaste plan tonné pour étendre en Orient e commerce français. 11 parait qu'il y eut une première ambassade qui périt en mer en 1680.

En 168* ou 1686, Louis XIV donna deux ou trois audiences aux ambassadeurs siamois. Afin de satisfaire la curiosité publique, l'auteur du Mercure galant publia quatre volumes de supplément. Intitulés : Ambassades de [Siam ( 1087 à 1688), dans lesquels se trouve épuisé tout ce qui concerne ces ambassadeurs. De tous les historiens du règne de Louis XIV, Reboufet est celui qui parle le plus en détail et pertinemment de cet événement (t. 11, p. 411 et 433); Sismoutli (t. XXV, p. 573) en fait mention assez peu exactement.

tentent de la même couleur verte, voulait aussi être honoré de diverses manières ; qu'ainsi le roi de France devait continuer de servir Dieu de la façon dont il avait l'habitude, tandis que lui, de son coté, adorerait Dieu à sa manière; et que si Dieu voulait qu'il en changeât, il lui en inspirerait la volonté. Je trouve que ce roi n'avait pas tort. Je pense qu'il y a encore bien du temps à s'écouler avant que le jugement dernier arrive ; nous n'avons pas encore vu l'antechrist; avant qu'il vienne, j'aurai souvent l'occasion de vous assurer de mon tendre attachement.

Vtti*11lM,31jllVtMr1W*

Ha fille m'a mandé la mort du prince Louis ' . Sa femme me fait compassion, mais je ne sais comment elle pouvait l'aimer si fort, car il était très-laid et débauché; il avait fort bien fait de chasser les moines qui lui avaient parlé avec tant d'impertinence. Il faut qu'il soit arrivé quelque chose d'extraordinaire à l'électeur {de Hanovre) pour qu'il soit content comme vous le dites; d'ordinaire, il n'est ni gai, ni bienveillant; peut-être est-ce que la princesse de Zolstern lui a donné dans l'œil, et rien ne rend plus joyeux qu'un nouvel amour.

VonalIlM, S mm 1107.

Je mange seule toute l'année, mais je me dépêche

1 Louis-Guillaume 1", margrave de Bade, célèbre général des

armées impériales. Né J Parla en 1 655, 11 avait eu pour parrain Louis XIV qu'il combattit sans retâche. 11 mourut le 4 Janvier l'OT, aptes avoir fait vingt-sli campagne), commandé à vingtcinq sièges et livré trelie batailles.

96 COBHEâPOSDAKCK

autant que possible, car rien n'est ennuyeux comme d'avoir autour de soi vingt valets qui regardent ce que vous vous mettez dans la bouche et qui comptent tous les morceaux que vous avalez ; je ne reste donc pas une demi-heure i table ; le soir, je soupe avec le roi. Nous sommes cinq ou six à' table; chacun s'observe comme dans un couvent, sans proférer une parole; tout au plus un couple de mots dits tout bas à son voisin. Ce qui nous rend si sérieux ici, c'est une foule d'intrigues dont on ne peut parler sans se faire des affaires ; par exemple : un fou s'imagine, à Paris, qu'il peut faire venir un auge dans une chambre ; mon fils veut s'amuser de ce fou ; il va le trouver, et, entre autres impertinences, il lui demande combien de temps le roi a encore & vivre ' ; ceci peut vous faire juger du reste. J'aurais encore bien des choses à vous dire, mais il faut que je m'arrête, car il est sept heures

1 A cet égard on peut citer une particularité singulière. Le

chevalier do Jant, farde des médailles de Monsieur, publia, en 1613, une Explication des prophéties de flotlradamut qui te peuvent appliquer à la guerre actuelle; en pâlissant sur les énlsmatlqnefl quatrains de l'astrologue provençal, 11 crut découvrir que Louis XIV vivrait solxante-selse ans. Le roi avait alors trente-cinq ans; cet Age a beaucoup d'avenir, mais les princes n'aiment pas trop qu'on leur en marque le terme; était-il d'ailleurs possible d'admettre la supposition que Louis XIV était mortel? Ce qu'il y a de piquant, c'est que le chevalier du Jant rencontra presque aussi juste qu'une biographie , quoiqu'il eût le désavantage assez considérable de quarante-deux ans d'anticipation sur un fait. Louis mourut le 1* septembre 1715, n'ayant pas encore soixante -dix-sept ans accomplit. Consulter Nodier, Mélanges d'une petite bibliothèque, p. 35 1 ; le livre de M. Hernie sur Nostradwnus, p. 504 ; une noie de l'édition ia-12 des Historiettes de l'alternant des Beaux, t. X, p. ES.

DE MADAME LA DtïCHËSSE D'ORLÉANS. S?

et demie ; j'ai encore cinq lettres à écrire, et à neuf heures trois quarts il faut que j'aille au concert.

Mirly, 13 minno?.

Je sois bien aise que ma tante se soit amusée à Brunswick ; c'est bon pour la santé, et j'espère qu'elle prolongera sa vie. Il n'est pas étonnant qu'on ne trouve plus à Hanovre la gaieté qu'il y avait autrefois : l'électeur est si froid qu'il change tout en glace. Son père et son oncle n'étaient pas ainsi ; ce sera pire encore quand le prince héréditaire aura à parler; il ne sait pas du tout ce qui convient à un prince; c'est ce que je vois dans toutes ses actions.

VerMlUet, ÎT mari 1707.

le vois que vous croyez que mon fils est un prince du sang, mais il ne l'est pas; son rang est celui de petit-fils de France, ce qui est plus élevé et lui donne tes plus grands privilèges : les petits-fils de France s'asseoient devant les reines et montent dans leurs carrosses, ce que les princes du sang ne peuvent faire; ils sont servis par quartier, comme les enfants de France; ils ont un premier écuyer, un premier aumônier, un premier maître d'hôtel ; ils ont des gardes <lu corps et des Suisses de la garde; tout cela établit une grande différence. J'apprends avec plaisir M qui se passe en Allemagne ; je suis comme les vieux cochers qui aiment encore à entendre claquer le fouet lorsqu'ils ne peuvent plus conduire ; vous me faites donc grand plaisir de me mander ce qu'on fait et comment on s'amuse. Quoique le duc de Courtaude soit

C8 correspondance

de mauvaise humeur et maladif, tous auriez dû le

prendre, et vous vous seriez bientôt trouvée princesse

douairière; il aurait fait votre fortune, car ces ducs

passent pour avoir ramassé beaucoup d'argent. La

beauté sans argent est une chose dont on ne se soucie

plus.

Yemilta, 30 mon 1107.

Ha tante écrit que la comtesse de Zintzcndorf sait de belles histoires de revenants; je les apprendrais avec plaisir.

Je suis tellement dégoûtée de tout ce que je vois, que je suis devenue absolument une ermite au milieu1 de la cour; je ne fraye avec personne, si ce n'est avec mes gens ; je suis aussi polie que je peux avec tout le monde, mais je ne contracte avec personne des liaisons particulières, et je vis seule; je me promène, je vais en voiture ; mais, depuisdeux heures jusqu'à neuf et demie, je ne vois plus figure humaine ; je lis, j'écris ou je m'amuse à faire des paniers comme celui que j'ai envoyé à ma tante. Il faut qu'il y ait quelque chose dans l'air qui rende la jeunesse d'à présent si fainéante. De mon temps ce n'était pas du tout la mode, et il me semble que notre gaieté venait du cœur et était plus propre à nous rendre heureux que tout ce que la jeunesse actuelle peut inventer pour sa commodité. Je pense bien, comme vous, que le monde a été mis à l'envers.

Marly, 14 avril 1707,

Je ne sais pas s'il y a en anglais des livres de piété plus attrayants que ceux qui sont écrits en français et

en allemand ; je les trouve tous extrêmement ennuyeux, excepté la Bible, dont je ne me lasse jamais, mais tous les autres m'endorment.

Versailles, Î8 a»rll 1107.

Je vous remercie des médailles que vous m'avez envoyées, majs j'aurais voulu recevoir celles qu'on a faites contre la France; j'ai déjà les plus injurieuses, celles qui ont été fabriquées à L'époque du roi Guillaume ' ; on peut ici les voir sans qu'il y ait a redire :

1 Des détails curieux * l'égard de cm médailles satiriques h lumen t dans l'ouvrage do KloU, Htsloria iiumorum cerHumeliojoj-um, Altenburgi, nfl6. Ile sont peu connus et nous espérais qu'on ne noua saura pas mauvais gré de les placer ici.

Médaille frappée en 1668.

Le soleil levant éclaire une portion du globe terrestre sur laquelle en reconnaît la Belgique, la France, l'Espagne et f Angleterre. ECQVIS CVBSVM INFLECTET. «ewrt ; Le soleil eu Wut des deux. Josué an milieu d'une mêlée de cavalerie, S'i'ETIT SOL IN MEMO COELI. Âv-deuou$t UB. lOSViE. C. X.

tn pijian hollandais montre du doigt un fromage inr lequel «l écrit : FROMAGE D'HOLLANDE, et 11 regarde le soleil ru «Illeu duquel est un lia : STA BOL. Exergue : XII SEP. 1 87 3. Jtoeri ; Cheval gaulois fuyant ; IL. HE. 6CA1T. OV. ALLER. H» NOV. 1818.

A" sujet de l'alliance, en 1668, de Louis XIV avec le sultan.

Un chrétien est livré aux flammes ; le roi de France, ayant PU terre, près de lui, ea couronne, son sceptre et son épée, rend Gommage au Grand-Turc qui est assis sur un trfine, et auquel il offre deux sacs pleins d'argent. GALL1A 8VPPLKX. Au-der «W.-V1R0 IMM0RTAL1. Rtvtrt : AMICUS TVBCA. AMIC1 ALGERIKI. AM1C1 DARBARL CHRISTIANORVM OSOR ET HOSTIS. 1089,

Télé du roi. LVDOVICVS MAGNYS REX. Revers : Le roi lenire a Versailles dans un char que traînent deux femmes :

1er don mière occasion.

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